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Full text of "Le mensonge chrétien - Bar-Abbas - Volume 10"

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t HEKSONGB CHRETIEN — (JESUS-CBRIST N'A PAS BXISTR) 



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ARTHUR HEULHARR 



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BAR-ABBAS 

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PARIS 

ARTHUR HEULHARD, EDITEUR 
C, rue Saulnler, (i 



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BAR-ABBAS 



I* MENSO.XGE CHRETIEN (JESUS-CURIST N'A PAS EXISTE) 

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ARTHUR !!! I'LHARD 

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BAR -ABBAS 




PARIS 

ARTHUR HEULHARD, ED1TEUR 

U, rue Saulnier, 6 

1910 

Droits fle inductioa el it reproduction reserves. 



BAR-ABBAS 



DE BAR-ABBAS A JESUS 



•■ Engagement lenu. — II. Bar-Abbas en Egypt e : kabbale el magie. 
HI. Sa mission definie par les miracles de son enfance. — 
IV. Juifs tdmoinsde l'existcnce de Bar-Abbas et de l'inexistence de 
Jesus : Philon, Alexandre, Josephe, Jusle • de Tiberiade. Faux de 
1 Eglise. — V. I.e temoignage des Egyptiens : Apion et les Anes. 
*aux de l'Eglise. — VI. Le temoignage des Juifs de Chypre : Simon 
•le Magicieu; de Menandre le Samaritain. Faux de l'Eglise. — 
>1I. Le temoignage des Romains. Faux de l'Eglise : Actes de 
''"'•'• Manoeuvres dans Tacite et dans Su^tone. Temoignage des 
Juifs de Rome : Akiba l'ancien. Faux de l'Eglise : incendie de Rome 
Par les christiens; enz6nemcnt dc S6neque. — Mil. Les Juifs de 
noine apres la prise dc Jerusalem par Titus. — IX. Opinion de 
Quintilicn sur Bar-Abbas et sa famille. — X. Le Jubile de 839 sous 
"Omitien. Le fisc jwlaiqu- et l'ombrc du Joannes. Predication de 
Rabbi Akiba. Les Anes dans lepeuple. Les fils de Toamin a Rome, 
bbi Gamaliel. Condamnatiou de Flavins Clemens et d'Acilius 
"labrio pour circoncision et bapteme. Testament de Flavius 
c 'emensen faveurde Rabbi Akiba. Conversion de Clemens en suc- 
cesses de Pierre par l'Eglise. — XI. Le voyage d'Andreas et d'Arte- 
niion. -_ xil. La fausse lettre dc Pline et la fausse reponse de 
"ajan. _ xill. Jubii c j e 889 sous Hadrien. Le dernier roi-christ : 



2 

Sbefaimmi ilit Bar-Koeheba. pctit-nercu de Bar-Abbas. La Montague 
royale. Faux ile FEglise SM Bar-Kocbcba. Fansscs lellresd'Hadricn. 
— XIV. Execution lies adorateurs de Bar-Abbas a Carthage. Faux 
dc FEglise : la lellre d"Antonin le Pieux sur les jehonddolatres. — 
XV. On chreslien qui ignore Jesus : temoignage de Miuucius 
Felix sur le scelOrat crucifie par Pilafau el Mir sa seete. Faux de 
l'Eglise : interpolations, falsifications el suppressions. 



I. — Je me suis engage a etablir non seulement que 
Jesus n'a point existe, mais que, depuis le chatiment 
inflige a Bar-Jehoudda jusqu'ii la fin du quatrieme 
siecle et au-dela, aucun homme consciencieux et ins- 
truit, de quelque pays que ce soil, n'a ete dupe de 
la mystification ourdie par les parents du crucifie et 
reprise cent ans plus tard, sous une forme nouvelle, 
par les premiers evangelistes. Le moment est venu de 
tenir cette promesse. Je vous ai aunonce des milliers 
de temoignages, j'aurais pu dire des millions, si je 
n'avaia pas voulu vous reserver la surprise de voir des 
peuples entiers surgir du monde antique et deposer 
ainsi : « Tout ce que vous dit Arthur Heulhard, nous 
l'avons dit nous-memes. Tous nous avons su, pro- 
fesse publiquement, de Louche et de plume, que l'indi- 
vidu promu dieu par les Juifs du Royaume etait 
l'imposteur et le scelerat qui, pretendant etre christ et 
fils de Dieu, avait ete crucifie sous le nom meme qu'il 
s'etaitdonne : Bar- Abbas (1). Et cela, nous ne l'avons 
pas dit pendant une ou deux generations, nous Tavons 

(1) II existe encore des lecons dans lesquelles il est dit : c Jesus 
Bar-Abbas >. Quelques critiques (M. l'eyrat, llUtoire de Jesus, in-8*. 




rie jehouddique : un en deux, deux en un. 



— 3 — 

J"t pendant quatre fois cent ans, sans nous laisser 
influencer par les faux que 1'Eglise semait a chaque 
instant sous nos pas pour uous faire tomber dans ses 
pieces. » 

On ne m'embarrasse done nullement en m'opposant 
les trois cent soixante millions d'hommes qui croient 
a l'existence de Jesus, parce que les savants ont 
neglige de leur apprendre qu'ils adoraient Bar-Abbas. 
A mon tour j'en fais comparaitre des milliards, qui ont 
refuse d'adorer Bar-Abbas, parce qu'ils connaissaient 
inexistence de Jesus. La seule difference, e'est que 
v os temoins sont vivants, tandis que les miens sont 
m °rts. Us n'eu sont que plus desinteresses dans la 
question. 

'*■ — Appelons d'abord les temoins qui se sont 

succede depuis l'execution de Bar- Abbas jusqu'a la mort 

Qnadrien, soit une periode de cent annees pendant 

esquelles nul n'a pu connaitre Jesus, puisqu'il n'etait 

Pas encore invente. Nous commengons par les Juifs- 

efractaires a la jehouddolatrie, et par la nous enten- 

°us tous ceux qui, soit parce qu'ils n'etaient pas 

uwstiens, soit precisement parce qu'ils l'etaient, ont 

peruse de reconnaitre pour fils de leur Dieu le fils aine 

e Jeboudda le Gamaleen. A ceux-la on fait un proces 

^osurde, et qui d'ailleurs ne se serait jamais produit, 

Sl iss e fussent defenduspar les armes invincibles qu'ils 

vaient en mains. Les cathoUques et les protestants 

Ur re prochent d'avoir tue Jesus; s'ils n'etaient pas- 

eugles, ils ne leur en voudraient que d'avoir donne 

n aissance a Bar-Abbas. 

j ur le sejour de cet imposteur en Egvpte nous- 

av °us que trois lignes dans le Talmud de Jerusalem 



— 4 — 

€t trois lignes dans celui de Babylone : « Joshua 
ben Perachja et Jesus se rendirent ensemble a Alexan- 
drie d'Egypte, dit le Talmud de Babylone. A partir 
de ce moment, Jesus exerca la magie, et instruisit 
les Israelites dans les voies les plus facheuses. » 
Ce passage n'a de valeur qu'en ce qu'il etablit le 
fait meme du sejour de Bar-Abbas en Egypte a l'age 
de Tinitiation. C'est une variation sur le passage 
du Talmud de Jerusalem ou Bar-Abbas n'est nulle- 
ment designe sous le nom de Jesus, mais sous celui de 
Ben-Sotada, fils de Viidultere, ou, pour rentrer dans 
la pensee du scribe, fils de la deviation par le double 
adulterede David et de Betlisabee(l\ Elle est d'un temps 
oil 1'imposture evangelique a fait son ceuvre et ou le fils 
aine de Jehoudda, parfois designe sous le nom de 
Joannazir (2) dans le Talmud de Babylone, n'est 
plus connu que sous son pseudonyme ecclesiastique : 
Jesus. 

Strauss a fait observer qu'ayant vecu un siecle avant 
bar-Abbas (3), Joshua ben-Perachja n'apu accompagner 
celui-ci a Alexandrie. Nous avons montre qu'il y avait 
erreur d'un degre dans rallegation du Talmud : c'est 
le pere qui fut disciple de Joshua ben Perachja, et non 
le fils. Encore doit-on defalquer du compte de Strauss 
les vingt-et-un ans qu'avait Bar- Abbas lorsque l'Eglise 
fait naltre Jesus dans VEvangile de Luc. 

Voici comment l'Eglise (4) explique qu'il y ait eu, au 

(1) Cf. Le Charpentier, p. 176. 

(2) Contraction d'leou-Shana (Anntfe de Dieu} et de Nazir (consacr4 
par un vceu). 

(3) Strauss, Vie de Jesus, 
(i) Dans Justin, Premiirc Apofogie, xxx, adresstSe a Antonin le PieuX 

par le faussaire. 






— 5 — 



temps du sejour de Bar-Abbas en Egypte, des traduc- 
tions grecques de la kabbale sur laquelle ont specule le 
pere et la mere de cet imposteur. « Le roi Ptolemee 
(on veut parler de Ptolemee XIV, Cesarion, fds de 
Cleopatre et de Cesar, et non, comme le croient les 
exegetes, de Ptolemee Philadelphe, mort quelque deux 
cent trente ans avast la naissance de Bar-Abbas), 
ayant voulu fonder une bibliotheque ou seraient reunis 
les ouvrages de tous les ecrivains, fit demander a 
Herode qui regnait alors en Judee de lui envoyer ces- 
livres. Herode les lui envoya ecrits en'hebreu, mais 
comme personne n'entendaitcette langue en Egypte (1), 
Ptolemee lui fit demander de lui envoyer des savants 
juifs pour les traduire en grec. De la ces traductions 
qui existent encore en Egypte, oil on les trouve partout 
entre les mains des Juifs; mais Us les lisent sans les 
comprendre. » 

La kabbale de Ben-Perachja etait connue en Egypte 
bien avant que Bar-Abbas y fiit mene. Le signe phy- 
sique du nazircat, — consecration a Iahve, — c'etait le 
tatouage cruciforme, nous l'avons deja dit (2), et nous 
a vons cite le passage du Talmud de Jerusalem ou il 
e st question de la croix dont fut marquee la peau, — 
^as droit, main droite, front, on ne sait, — de Bar- 
Abbas. De tout temps ce signe avait ete permis ou 
to lere, a la condition qu'il ne reproduisit pas la lettre 
f ^au, la derniere del'alphabethebreu, toutes les lettres 
d'ailleurs appartenant au Verbe de Dieu. Beu-Sotada, 
Pour l'appeler comme les rabbins qui discutent la-dessus 

U) Quoiqu'il y eut plus dun million de Juifs, dont deux cent mille 
a Alexandrie. 
I 2 ) Cf. le Charpenticr, p. SIS. 



— 6 — 

<lans le Talmud de Jerusalem (1), s'elait tatouii de la 
croix solaire. « Mais, leur objecte Rabbi Eliezer, Ben- 
Sotada n'a apporte ses sortileges d'Egypte que de cette 
facon? — Est-ce qu'a cause d'un fou, repliquerent-ils, 
nous chatierions une quantite d'hommes senses ? » 

II y avait certaineroent des documents plus expli- 
■ cites sur l'initiation de Bar-Abbas a la magie et sur les 
pratiques auxquelles il se livrait. Comment, en atten- 
dant qu'on put les supprimer, les a-t-on disqualifies ? 
En lui attribuant les miracles fabriques par les evan- 
gelistes. De cette facon ceux qui l'accusaient de sorti- 
leges ont passe pour des calomniateurs, et les miracles 
eux-memes pour des faits autbentiques. « II avait cssaye 
a force de prodigesdereveillerl'attention desescontem- 
porains, mais ceux-ci attribuerent a la magie les mira- 
cles qu'ils luivoyaient operer(2). » Les miracles etaient 
indispensables, et quand bien meme ilsne seraient pas 
laen remplacement des signes, il cut fallu les inventer, 
ne fiit-ce que pour ne pas mettre Bar- Abbas au-dessous 
d'Apollonius de Thyane et de tous les faiseurs de tours 
qui tondaient partout l'immense troupeau des imbe- 
ciles. 

III. — Dans les Evangiles dits de I'Enfancc, la plu- 
part des scenes a clef se passent en Egypte. II n'y a 
.point, avons-nous dit (3), (T Evangiles apocryphes rela- 
tivement a d'autres qui seraient autbentiques. Ceux 
qui semblent les plus absurdes, comme les Evangiles 
de VEnfance, sont parfois les plus precieux par les 



(i) TroiUdu SchaUalh. 

(2) Dialogue acec Tnjphon, § 69 : travail d'Eglise mis sons le nom 
-de Justin par le fanssaire. 

(3) Cf. L*s Evangiles de Satan, premiere parlie. p. 176. 



allegories qu'ils recipient, car ils aident puissamment a 
expliquer les semiologies des Ecritures canoniques et 
jusqu'aux noms de guerre des principaux personnages. 
On y voit Jesus faisant des oiseaux avec de la boue : 
ce sont les modelesde la colombe lumineuse qu'il exhiba 
au Jourdain et dont parle le Coran d'apres la tradition 
recueillie par les Ecayigiles eux-memes (1). II ne fau- 
drait pas croire qu'il flit libre de ne pas avoir une colombe 
comme presage de l'leou-Sbana (2). Elle lui etait ce 
qu etait l'arz's jiroipes a un augure, l'oiseau dont le 
vol est favorable et se pose en un lieu d'beureux pre- 
sage. Avec sa colombe de terre cuite il ne pouvait en 
imposer qu'a des rustres perdus d'ignorance et de cre- 
dulite. Mais il y avait, meme en pays barbare, des gens 
d assez d'experience pour ne pas s'etonner qu'un Juif 
eut pu faire une colombe de terre cuite et qui volat. 
Car la plupart des auteurs grecs, et notre gaulois 
Favorinus d'Arles, nous ont transmis comme un fait 
certain qu'Archytas de Tarente, a la fois pbilosophe 
et ^ecanicien, avait fait une colombe de boisqui volait, 
et qui, une fois posee, ne s'elevait plus. Et Aulu-Gelle, 
^i rapporte le fait (3), pense que l'impulsion etait 
journie a cet oiseau mecanique par l'air qu'il contenait 
^terieurement. 11 est probable que la colombe de Bar- 



U) Cf. Lt, Evcngiles de Satan, dcuxicnie partie. p. 43. <c Xos apdtres 

nt ecrit (dans I'Evangilc par consequent; que Jesus eiant venu au 

purdajn (oil Joannes baptisaiU il descendit dans l'eau, qu'un feu 

F lum a dans le lleuve, et que. Jesus etant sorti de l'eau. le Saint- 

- s Prit vola sur lui sous la forme d'une colombe. » [Dialogue avec 

"■yphon, § 88.) 

•o' ^, ann ee de Dieu, la Grande annee. 
Abh '* ""'?"'*' '• x - Archytas vivait qualre cents ans avant Bar- 



— 8 — 

Abbas eut ete de bois, si elle n'avait pas eu pour but 
de recevoir de l'huile et de former lampe. 

On le voit rendant la vie a un poisson desseche, 
image du Zib qui etait son signe dans le Zodiaque 
millenaire, (I'leou-Shana-os,) et d'oii son pere fut sur- 
nomme avant lui Ieou-Shanu-os par les uns et Zibdeos 
par les autres. On le voit portant de Peau a Marie 
dans son manteau, ce qui complete l'etymologie des 
mots Ieou-Zeb (ou Zepb, equivalent de Zib,) et Baal- 
Zib-Baal (1). On le voit planter en terre trois batons 
qui deviennent immediatement trois arbres couverts de 
feuilles et de fruits, parce qu'ils lui ont servi a marquer 
sur le calendrier les trois signes par oil il devait ren- 
trer dans PEden avec les Anes : d'oii il est dit « le 
Jardinier » par Cerinthe (2). On le voit faisant jaillir 
de nouveau la fontaine miraculeuse dont parle la 
Genese comme etant au milieu de l'Eden. 

On le voit mettant a mort un enfant qui l'avait frappe : 
c'est un droit regalien, et il en usa contre Ananias 
lorsque celui-ci se permit de lui faire concurrence en 
baptisant (3). 

Josepb et Marie choisissent pour demeure la maison 
d'un jeune homme qu'une magicienne avait change en 
mulet. Le jeune homme descend d Abraham par Ismael 
et Agar. La magicienne est de la famille de Jannes et 
de Mambres, les mages de Pharaon qui jadis engage- 
rent la lutte contre Moise; et par cette metamorphose 
elle a rendu impossible le retour du jeune homme a 
Punite de son espece, puisque le mulet est le produit 

(1) Cf. le Charpentier, p. 6S et les Ecangiles de Satan, 1" parlie, p. 3. 

(i) Cf. VEvangile de Xessui, p. 335. 

PJ Cf. Us Etangiles de Satan, troisicme partie, p. 353. 



— 9 — 

de l'ane avec la jument ou celui du cheval avec l'anesse 
et ne reproduit pas. II est dans des conditions encore 
moins bonnes que l'anesse de Balaam qui pouvait etre 
montee par Fane de Juda ; mais il ne se rend aucun 
compte de son etat, et celte in intelligence est l'ceuvre de 
la raagicienne qui l'a metamorphose ; ses sceurs, aucon- 
traire, qui sont d'un sexe condamne, mais en meme 
temps sauve par le petit Bar- Abbas, voient tres bien ou 
e st le salut du pauvre mulet. Elles se tournent vers 
-'lane, l'accoupleuse de femmes, la priant de lui rendre 
sa premiere forme. Marie met le petit sur le dos du 
m ulet, et immediatement ce mulet redevient jeune 
homme, parce que Bar-Abbas en le montant l'a soumis 
au signe de Juda, fds d' Abraham par la noble Sara : 
Ce signe, c'est I'Ane et VAnesse qui dans la kabbale 
nullenariste marquent le retour a i'un en deux, deux 
en un; c'est le signe copulatif de YIEon-Zib, lui- 
"^me copulatif en tant qu'.Eon A). 

loute celte scene n'est qu'une semeiologie inspiree 

par les Paroles du Rabbi oil Salome jouait, en sa qua- 

j de reine-mere, le r6le considerable que Ton sait. 

» e petons pour la dixieme fois qu'interroge par elle sur 

e Pojnt de savoir a quel moment arriveraient les choses 

e I'Evangile du Royaume, Bar- Abbas repondait : o Ce 

8 era quand vous aurez foule aux pieds le vetement de la 

P u deur, quand deux deviendront un, le male avec la 

fe mell e> ni homme ni femme (2). » 

L? ., Pyiuon est double, comnie I'Ane. 

te| . a PP°rte par Clement d'Alexandrie : « Le Seigneur etait done 

conda J ° Ute - ' homme d'Eglise qui a jebouddolatrise Clement, qull 

que ait ,a volupte qui devance l'union. » Son. mon ami, non, ce 

^ndamnait celui que tu appellcs le seigneur, c'est 1 union elle- 



— 10 — 

IV. — Explicite sur Bar-Abbas, l'histoire des Juifs 
est muette sur Jesus, plus muette encore que les pois- 
sons du lac de Genezareth. On ne s'est pas borne a 
dresser contre elle une montagne de faux, on l'a fait 
parler de Jesus alors qu'elle n'en disait rien, ou mentir 
toutes les fois qu'elle parlait de Bar-Abbas. L'Evangile 
a dit qu'un jour les pierres crieraient ! 

Philon, qui meurt tres vieux, nous mene jusqu'aux 
premieres annees de Claude, non sans avoir assiste a la 
reprise de la mascarade du pretoire au Gymnase 
d'Alexandrie (1), dans une ville qui comptait plus de 
deux cent mille Juifs! Or la parade d'Alexandrie se 
rapproche beaucoup plus de l'originale que le recit de 
celle-ci dans les Evungiles actuels. Ce recit a subi 
des restrictions sensibles : la scene a ete simpliiiee de 
maniere a en abreger la duree, mais celle que cite 
l'Eglise dans Justin (2) porte qu'on avait « tire Bar- 
Abbas de cdte et d'autre et qu'on 1'avait fait asseoir 
sur un trdne en lui disant : « Jnge-nous! (3) » Allu- 
sion trop conforme a son Apocalypse pour se retrouver 
aujourd'hui dans les textes admis par le canon. 

Philon est de ces Juifs qui se sont hellenises par la 
langue, mais il n'a point renonce a Molse pour embras- 
ser Platon, il n'admire dans la philosopbie des Grecs 
que ce qui s'en eloigne pourse rapprocber du judalsme. 
Comme tous les Juifs, il alia au moins une fois sacrifier 
l'agneau dans le temple de Jerusalem, « le temple de 

r 1 1 ■"- 1 1 1 - ■ . parcc qu'elle devance la generation. Cf. Les Eiangiles 
S,:ln„. premiere partie. p. 35. 
(i) a. Les Uarehanhd, Christ, p. 109. 

(2) Premiere Apologie. 

(3) La scene du pretoire ne comporte pas le fotiet. Le fouet n'est 
venu qu'apres la parade. 



IIULI .,'Ji. ! >LW(1WI.UIJ!4PMU l- i 



— li — 



ses peres », et prit son chemin par Ascalon, la patrie 
d'H erode et la ville aux familieres colombes (1). Car 
toutalexandrin qu'il fiit devenu par habitation, il ne 
devia pas d'une ligne dela foi mosalque : « Nous accep- 
tonslamortavecjoie, comme si nousrecevions l'immor- 
talite, plutot que de laisser toucher ii aucun des usages 
de nos ancetres, persuades qu'il en arriverait comme de 
ces edifices auxquels on arrache une pierre et qui, tout 
e " paraissant rester fermes, s'affaissent peu a peu et 
s'ecroulent (2). » Et nul, pas plus Caligula que le der- 
nier des citoyens romains, n'entreprit rien contre ses 
croyances. 

Philon ne s'est pas doute de l'existence de Jesus, 
m »is il a connucelle de Jehoudda etde ses fils, car rien 
ue lui echappe de ce qui touche aux mouvements reli- 
gieux de sanation. II est frere d' Alexandre l'alabarque, 
un herodien inparlibus .Egypliorum qui sertde trait 
d'union entre l'autorite romaine et les Juifs du Delta. 
Alexandre etait a Jerusalem en 772, lors de la pre- 
ndre arrestation de Bar-Abbas; dumoins est-il noramc 
Parmi ceux devant lesquels comparut cet imposteur, 
qui n'en etait pas encore a la periode inflammatoire (3). 
Riche a millions, tout-puissant sous Caligula, c'est 
alabarque Alexandre qui fit la commandite d'Agrippa, 
Petit-fils d'Herode, lorsque celui-ci alia en Judee pour 
gouverner les terres ou Bar- Abbas s'etait dit roi-cbrist. 
Nous avons dit comment Agrippa avait fait escale a 
Alexandrie, comment il avait ete recu par l'alabarque, 
c °uiment enfin et par quel exemple les habitants avaient 

i9\ ?* prm >'te*Ud. sermo II. § 101. 
V Xf 9ali0a « «-'«*««. 16- 
l °. U. tc Roi des Juifs. p. 183. 



— 12 — 

xaille ['ambition qu'il annonfait de reconstituer le 
royaume de son grand-pere : on lui joua la mascarade 
du pretoire. Les remaniements et les substitutions de 
texte pratiques dans les A?itiquites juda'iques et dans 
la Guerre cles Juifs de Josephe, en meme temps que 
dans le Contre Flaccus et dans la Legation a Ca'ius 
de Philqn, nous ont empeche de dater avec precision 
la mascarade d'Alexandrie. D'un examen plus attentif 
il resulte qu'elle est posterieure de deux ans et environ 
quatre mois a celledu pretoire. Elle eut lieuenjuillet ou 
en aoiit 791, seconde annee du regne de Caligula, 
quelques semaines avant la fete des Tabernacles, la 
Rosch-ha-shana dont il est fait si grand etat dans les 
Evangiles. Ce fut le prelude de troubles sanglants 
qui mirent aux prises les Juifs et les Egyptiens et, a 
ce qu'il semble bien, les Juifs entre eux. L'influeuce 
d'Alexandre ensortitamoindrie, mais elle remontasous 
Claude qui le tira de prison et le combla d'egards. 
Parmi les fils de l'alabarque, l'un epousera une Bere- 
nice herodienne apres la mort de Caligula; l'autre, 
Tibere Alexandre, gouverneur de Judee sous Claude et 
devenu parent de Saul, fera crucifier deux des freres 
de Bar-Abbas : Shebimon et Jacob senior. 
' Le silence de Philon sur Jesus etait malbeureux. 
Comment enzdner (1) ce grand Juif ? Un jehouddolatre 
du sixieme siecle, nomme Ammonius, se mit en devoir 
d'ecrire, sous le nom de Philon, un ouvrage que celui- 
ci aurait adresse a Mnason (2), disciple des Apdtres, 

(1) Enz6nor quelqu'un. c'cst 1c tier inalgre lui dans la ceinture 
magique de Bar-Abbas. Cf. Le Gogolha, p. 156. 

(2) I)ont on avait trouve Ic nom dans les Acta. C'est ce Mnason, 
chypriote, qui est l"h6te de Paul lorsqu'il montc a Jerusalem, dans la 
ceinture du Trere Jacques. CI. Le Gogolha, p. ID'J. 






13 — 



et dans lequel il combattait la divinite de Jesus avec 
toute la vigueur dont cet Ammonius etait capable. Le 
but de cet interessant travail n'etait pas d'etablir que 
Jesus etait dieu, mais qu'il avait ete homme : il s'agis- 
sait de culbuter les bataillons eutycheens, lesquels 
niaient, avec les manicheens — et combien d*autres! — 
que Jesus fut venu en chair et qu'il fut efficace de 
s'egorger pour ou contre Bar-Abbas. D'apres le faus- 
saire Anastase, sinalte, voici le langage ingenu qu'Am- 
monius aurait tenu, s'adressant aux Eutycheens : 
« Puisque vous ne voulez pas reconnaitre la nature 
humaine de Jesus-Christ, je vais faire le personnage 
de Paul de Samosate (1), ou plutot celui d'un Juif infl- 
d ele, du philosophe Philon qui, dans un ouvrage qu'il 
adressa a Mnason, disciple des Ap6tres, combattit la 
divinite du Sauveur. » Etant du quatrieme siecle, Paul 
de Samosate ne pouvait etre invoque utilement, tandis 
q u 'en faisant plutot intervenir Philon, contemporain de 
Bar-Abbas et de Saul, on prouvait l'existence de Jesus 
Parle seul fait que Philon niait sa divinite. Or c'etait 
"Jerveille d'entendre Philon s'ecrier dans un long pas- 
sage qu'avait invente Ammonius : « Les miracles de 
Jesus ne prouvent point qu'il soit Dieu ! Moise et plu- 
s >eurs saints prophetes en out fait d'aussi grands! » Et 
Philon ajoutait : « Les infirmites, les miseres, les 
besoms de la nature humaine auxquels il a ete sujet, 
de m6me que les outrages, les supplices, la mort qu'il 
a soufferts, montrent qu'il n'etait quun homme! » II 
n 'etait qu'un homme, mais il en etait un qui n'etait pas 
Bar-Abbas, voila ce qu'on demandait a Philon de dire. 

(1) L T n de ceux qui connaissaieat et affirmaient linexislence de 
a4 sus en chair. 



— 14 — 

Amisi Pliilon, qui etait mort dans une incomparable 
ignorance des Ev&ngiles, devenait garant de Jesus 

contre Bar- Abbas joue au Gymnase d'Alexandrie. 
Par lui tousles Juifs d'Egypte, son frerel'alabarque, 

son neveu Tibere Alexandre, temoignaieut de l'exis- 

tence de Jesus en chair et en os. Ce temoignage 
devancant les besoins de l'Eglise, enzdnait tout le pre- 
mier siecle. Philon avait combattu la divinite de Jesus, 
oui! mais il avait prouve par la que Jesus etait homme, 
il avait entendu parler de ses miracles, de ses 
malheurs, de sa mort, et il ne les niait pas, puisqu'il 
les soumettait a la critique ! Mnason etait un compa- 
gnon de Paul, il avait assiste ix l'enzduement de Saul 
par Jacques : Pliilon lui avait adresse un ecrit pour 
combattre la divinite de Bar-Abbas, mais ay-ant ren- 
contre Pierre ii Rome (1), il avait ete tellement ebranle 
dans son opposition qu'on ne doutait point qu'il ne fut 
mort jehouddolatre ! 

Aujourd'hui on convient qu'Ammonius est un faus- 
saire, mais on s'est longtemps servi de lui pour soute- 
nirque Pliilon avait connu Texistencede Jesus. Obligee 
d'en rabattre, l'Eglise a insinue que, s'il n'etait point 
de Philon lui-meme, Tecrit invoque par Anastase le 
Sinalte pouvait bien etre de quelque autre Juif, 
membre de la Synagogue et contemporain de Mnason ; 
mais la chose est jugee : Ammonius est un faussaire 
comme Anastase. 

V. — L'Egyptien Apion avait ete depute a Cali- 
gula pour lui exposer les griefs des Alexandrins contre 
les Jaifs representes par Philon dans cette ambassade. 






(1) Xous avons parlc de cette imposture. Cf. Le Gogotha, \i. 397. 






— 15 — 

Dans un livre documents Apion montrait que les soule- 
vements d'Alexandrie contre les Juii's tenaient en partie 
a la religion, pour mieux dire aux pretentions mons- 
trueuses de la kabbale juive. Le livre d'Apion a dis- 
paruj et on lit aujourd'hui dans Josephe (i) que si ces 
soulevements tenaient a la religion, il y en aurait eu 
egalement dans les autres villes habitees par les Juifs, 
puisque chacun est d'accord que les Juifs ne sont point 
Otvisia de sentiments dans leurfoi, et qu'au contraire 
118 }' sont attaches jusqu'au martyre. » Or, il y eut des 
e "ieutes dans quatre ou cinq villes, notamment Seleucie, 
^pnese et Athenes, a cause de la division que la croi- 
8a de jehouddique semait au quartier juif (2). 11 est 

°Qc certain qu'apres avoir supprime Apion, l'Eglise 
a r evu et corrige la Reponse de Josephe a cet auteur, 
nime elle a remanie ce que l'ecrivain juif y pouvait 
re des Paroles du Rabbi. Et quoique, dans ses Anti- 
ques, Josephe eut constate que ces Paroles etaient la 
° ause de la chute de Jerusalem, on lit aujourd'hui dans 
Sa Peponse a Apion que toute l'histoire, toute la loi, 

. e * a morale juive consiste dans les vingt-deux livres 

e Ancien Testament, oil nul ne s'est trouve assez hardi 
P0Ur e ntreprendre d'ajouter, d'dter ou de changer un 
3e " 1 mot , — pas meme un iota, disait Bar-Abbas. De 
n»e vous chercheriez vainement dans le Contre 
. P, l(m de Josephe la mascarade ou les Alexandrins 
J°«ierent Bar-Abbas au Gymnase, quoique Philon dans 

0n Contre Flaccus la donne comme ayant ete le pro- 
gue de l'emeute qui amena Philon et Apion devant 
Ga ugula. 4 

■ ** Smnt-Esprii, p. 231 et 302. 



— 16 — 

Qu'Apioa conmit les Paroles du Rabbi, il n'en faut 
point douter. C'est en Egypte meme que Jehoudda le < 
Gamaleen avait ete initie a cetle kabbale par Joshua 
ben Perachja. 

Sur les Anes de Juda et la restauration de ce signe 
Apion disait tout ce qu'il failait dire. Juste a l'endroit 
ou Josephe le cite a propos des seditions arrivees dans 
Alexandrie et des Anes eux-memes, un texte latin 
d'une epoque relativement moderne remplace aujour- 
d'hui le texte grec, lequel ne reprend qu'apres le pont 
aux anes franchi (1). Cette substitution embrasse tous 
les evenements qui concernent les Juifs et la Judee 
depuis le regne d'Herode, jusques et y compris la mas- 
carade du Gymnase. Et on peut lire aujourd'hui dans 
ce latin de curie que « si Ton veut faire une recherche 
exacte des auteurs des seditions arrivees dans Alexan- 
drie, on trouvera que ce n'etaient point des Juifs, mais 
des citoyens tels qu'Apion ! » D'oii il resulte qu'Apion 
attribuait i-.es emeutes aux prophetes du Tharthak (2). 

Apion insistait tellement sur le signe de Bar-Abbas 
que l'interpolateur latin de Josephe lui lance cette ame- 
nite tout ecclesiastique : < Apion aurait du considerer 
ces choses, s'il n'avait une stupidite d'ane et une impu- 
dence du chien qui est un des dieux de sa nation (3). 
Nous ne rendons aucun honneur aux Anes, ni ne leux 



(1) Cette substitution commence avec la (in du cu. n du livre II el 
ne finit quapres les premiers paragraphes du ch. iv. Le passage rela- 
tif a la tete de l'Ane d'or jadis conservOe dans le Temple se trouve 
coupfi en deux parties fort inegales, moiti£ latine, moitie grccque. 

(2) Nom chaldeen de l'Ane. 

(3; Et Tun des signes que le Zibdeos, le pere aux sept fils, avail 
introduit dans son theme du monde. Cf. Let Evangiles tic Satan, pre* 
.niiere partie, p. 55. 



- 17- 

attrihuons aucun pouvoir (1)... Les anes ne servent 

Parmi nous, comme partoutailleurs oil on agit raison- 

aablement, qu'a porter des fardeauxet autres usages 

"agriculture, et on les charge de coups lorsqu'ils sont 

paresseux ou qu'ils mangent le ble dans 1'aire. » Sans 

savoir qu'il s'exposait a de pareilles injures de la part 

des jehouddolatres futurs, Apion racontait tout au long 

* e reve mondial qu'avait forme pour son fds aine 

homme que les Jerusalemites disaient etre Baal-Zib- 

^aai et que les Evangiles appellent tautdt Ieou-Ziph 

(Joseph), tant6t Zibdeos (Zebedee). Ce qu'etait devenu 

le texte d'Apion dans Josephe, nous l'ignorons absolu- 

me nt; il est certain que, tout en defendant les Juifs 

serieux de compter sur le double ane, Josephe recon- 

Q aissait la materialite du fait en ce qui touche Zibdeos 

*•* s es sept fds. Comme Josephe et avant lui, Apion 

uisait dans son livre que le futur Jesus des Evan- 

9 l les s'appelait devant la circoncision Jehoudda, fds de 

e houdda, nes tous deux sur la montagne du Camel (2). 

x %etes competents, et vous, simples jehouddolatres, 

Uvrez les oreilles et les yeux ! Voici ce qu'est devenu 

e « songe du Zibdeos » entre les mains de l'interpola- 

teu r latin de Josephe. 

TV l. * 

, a bord, par un vigoureux coup de pouce dans la 

, rono 'ogie, les faits se passent sous Antiochus Epi- 

aae (3) qui, comme vous savez, trouva un Tharthah 



meili) °' ci un rabbin qui nest pas de cet avis : c Jenverrai un de mes 




\i) j ... e,e 'nentaire el critique <~ -v JU -, , . r - 

S a t an l ' as Gamala cliameau, en grec Camelos). Cf. Us Evangiles de 

(3) a ," xi6mc partie, p. 31. 
BaN Abb Ur de 'l ueIc l ue deux ccnl «='i"l uanle ans * la mort de 



— 18 — 






d'or dans le Temple, lorsqu'il s'empara de Jerusalem. 
Zibdeos se nomme Zabidos (comme Barabas se 
nomme Carabas dans Philon). Au lieu d'etre ne au 
tnont Camel, il est pretre et sacrifieateur d'Apollon 
au mont Carmel (1). Loin de prophetiser contre les 
Idumeens dont est issue lafamille d'Herode, il va s'ins- 
taller en Idumee afin de prophetiser pour eux. La 
guerre ayant eclate entre Jerusalemites et Idumeens (2), 
l'oracle d'Apollon revele a Zabidos le moyen d'entrer 
dans le Temple et de s'emparer du Tharthak. Une 
condition est necessaire, c'est que tous les Juifs 
soient reunis dans le Temple, et il n'y a pas besoin 
d'etre bien malin pour voir qu'une telle condition 
s'oppose radicalement au plan de Zabidos, tandis qu'au 
contraire elle etait indispensable a la realisation de 
celui de Zibdeos. On s'etonne done que ce soit Zabidos 
qui aille trouver les Jerusalemites pour leur confier un 
pareil projet, alors qu'on contraire c'est le fds aine de 
Zibdeos qui leur avait donne rendez-vous dans le 
Temple, avec les Juifs Cyreneens, Alexandrins etj 
autres. On s'etonne encore plus lorsqu'on voit Zabidos 
s'enfermer dans une machine de bois, comme aurait pu 
la construire un Charpentier qui n'aurait pas ete spe- 
cialement affecte a la barque du salut, allumer autour 
de cette machine infernale trois rangees de flam 
beaux (3), comme aurait pu les exiger le fds du Cha 

(1) En Phenicie. L'oracle da Carmel predit ['empire a Vespasien. l*i 
faussaire place cet oracle a Dora, viile du Carmel. 

(2) Ourrez les Antiquitti de Josephe, vous n'y Irouverez pis 1» 
moindre trtce de cette guerre nu temps d'Antiochus Kpiphane. 

(3) Cc sont les trois vetemenls lumineux donl devait etre enve 
loppe Bar-Abbas : le vetement-Jffnean, le vctemenl-7Viurrau et I 
yiltment-Gemeaux. Cf. Ui Etangilts de Satan, troisieme parti* 

•p. 233. 



"- „L^i.i4!i«!U 



'- 19 - 

Pentier, et paraitre, au fur et a mesure qu'il s'avance 
dans cette triple ceinture de lumiere, pareil a un astre 
descendu sur la montagne de Sion : tel YAgneau, s'il 
futvenu a la paque de 789 (1). 

Ce grand spectacle eblouit les Jerusalemites qui 
voient Zabidos venir de loin ; on ne sait quelle stupeur 
es saisit qui les paralyse, ils laissent entrer la machine 
a ans le Temple, Zabidos en sort sans bruit, prend le 
ph&HhaJt d'or et (j'espere que c'est avec sa machine) 
s en retourne au Camel, lieu de sa naissance et de 
son sacerdoce. Pourquoi pas en Idumee ? Car a ce 
c °mpte les vainqueurs sont les Carmelites qui ne sont 
Pas en guerre avec les gens de Jerusalem ! Le faussaire 
8 et °nne lui-meme que Zabidos s'en aille au Carmel 
avec s on tharthak ; et achevant de se moquer des dupes 
u xquelles il vient de donner ce beau change sur le 
songe du Zibdeos et sur son lieu de naissance, ils'ecrie : 
e puis-je pas dire avec verite qu'Apion n'a pu faire 
Qcontesi impertinent sans montrer qu'il est lui-meme 
plus grand ane et le plus eflronte menteur qui fut 
Jamais, puisque ces lieux dont il parle sont imagi-* 
} res (2), et que son iguorance passe a ce point qu'il ne 
.... P as 1 ue l'ldumee conline a Gaza (3) et n'a point de 
e se nommant Dora? (4) II y a bien une ville ainsi 
m mee en Phenicie, aupres du mont Carmel, mais 

men,. ' wsse le texte latin et reprend le texle grec, qui est de la 

(2) ri na ' n cn M 1 ui louche cette fanlasmagorie. 
Ou Je>f n j on ' Carmel, Nazireth provisoire en attendant le grand jour 
sa Slm sa ' eirl sera la Nazireth i-tcrnelle, est derenu imasinaire j>ar 
oppression dans les Eiangiles. 

«J Le'? n SaVail Mla sur k boul du doigl - 
dit „ Ue I aus saire donne le change sur le mot doru. bois. Apion arait 

zibdeos etait en mime temps dorutomttf, charpenlier. 



— 20 — 

elle n'a point de rapport a ce qu'Apion dit si mal a 
propos, elle est a quatre jours de l'ldumce ! Comment 
parviendra-t-il a nous persuader que nos peres avaient 
cru si facilement a la venue d'Apollon s'avancant 
vers eux et marchant sur la terre tout environne 
d'etoiles ? (1) N'avaient-ils jamais vu de lampes et de 
flambeaux, eux qui en avaient une si grande quantite? 
Ce pretendu Apollon pouvait-il marcher ainsi a tra- 
vers un pays si extremement peuple, sans rencontrer 
quelqu'un qui eut decouvert sa fourberie ? Et aurait-il 
en un temps de guerre trouve les bourgs et les villes 
sans corps de garde ? » On voit par la qu'Apion repro- 
duisait toutesles pretentions qu'affichait Bar-Abbas, et 
les circonstances dans lesquelles il avait si ignominieu- 
sement echoue, avec le nom des lieux que le faussaire 
taxe d'imaginaires pour avoir ete enleves de toutes les 
ecritures ecclesiastiques. On voit aussi qu'a 1'instar de 
Josephe, et avant lui, il contait l'histoire des vases 
enterres au Garizim par l'imposteur du Sdrtaba, car 
avant su par Luc qu'un des chefs de la condamnation 
de Bar-Abbas etait d'avoir empeche les pretres de 
transporter les vases sacres de Siloe au Temple, le 
faussaire a mis dans le meme chapitre de la Reponse a 
Apion qu'il etait defendu de porter aucun vase dans le 
Temple. Apion disait comment, a la voix de Bar-Abbas, 
devant le mot du plerome (2), les murs de Jerusalem 
8'ecroulaient et les portes du Temple s'ouvraient toutes 
seules : « Je ne parle point des autres absurdites qui se 

(1) Ici le faussaire a laisse ecbapper qu'il s'agissail des onie etoiles 
de la vision de Joseph, atids Zibdeos. Cf. Le CUarpentier, p. 122. 

(21 Le mot de 1'accomplissement de \ Apocalypse. Cf. Les Evangilct 
de Satan, troisieme partie, p. 308. 



— 21 — 



rencontrent dans cette ridicule histoire, dit a ce propos 
le faussaire. Mais je ne laisserai pas de demander com- 
ment les portes du Temple, si pesantes qu'il ne fallait 
pas moins de deux cents hommes pour les fermer chaque 
jour, eussent ete si facilement ouvertes par cet impos- 
teur tout revetu de lumiere ? (1) » 

L'entree de Jesus a ane, — que dis-je ? a deux anes ! 
— dans la Ville Sainte, est un des traits qui ont le 
plus contribue au succes de Bar-Abbas aupres des 
Juifs, car le privilege de delier YAne et VAnesse, et 
d'cntrer a Jerusalem sur ce Tharthakthaklhar, est 
reserve au Messie triomphant, quoi qu'il lui arrive 
ensuite, fut-ce la crucifixion. II etait absolument 
^efendu de faire penetrer dans la ville aucune chair de 
cheval, de mulet, d'ane, soit priv6 soit sauvage, de 
panthere, de renard, de lievre ou de quelque animal 
d °nt il est interdit aux Juifs de manger. Defense d'en 
n °urrir, defense d'y porter meme leurs peaux (2). Dans 
la fable, des que le peuple de Jerusalem voit Jesus sur 
le double ane, il n'hesite plus : « C'est le fils de David 
^i entre! Hosanna dans les hauteurs! » Lorsque les 
Juifs de la dispersion purent lire dans un recit que les 
^glises declaraient veridique la condition sine qua non 
de s anes, ils ne douterent point qu'un tel heros n'eut ete 
re ssuscite par I alive et ne dut revenir un jour avec 

T W Le faussaire demande ecalement si. apres avoir emport* le 
"arthak dor. Zabidos l'a rapporte. ou s'il l'a donne a un premier 

j.P'on contemporain d'Antiochus pour le rapporter. aGn que cclui-ci 
. trouvat a son tour pour donner sujet a ce second Apion dinventer 

le (k fable " nous livre P ar l * le secret de son fauX ' CeSl bien 
com k rtv * P ar Zibdeos quApion avail vis6 dans son livre 

i°\ D lesJuifs - 
salp scrit d'Antiochus le Grand, a la demande des pretres de Jeru- 

m - da «»s Josephe, Antiquitet, livre XII, ch. m. 






22 

les pouvoirs suprumes. Les Anes etaient la preuve. 
VI. Sur les trois grands ecrivains juifs du premier 
siecle, l'un, Philon, montre bar-Abhas joue au Gym- 
nase par les Alexandrins ; l'autre, Josephe, raconte 
l'histoire de l'imposteur qui ne se faisait conscience de 
rien pour tromper ses compatriotes et qui, leur ayant 
donne rendez-vous sur le Mont Garizim poury retrou- 
ver les vases qu'il avait enterres la veille (I), fut battu 
au Sdrtaba par Pilatus. Et Josephe parlait de la fin de 
ce miserable, puisqu'aujourd'hui encore il parle de celle 
de Shehimon, de Jacob senior (2) et de Menahem (3). 
Le troisieme, Juste, galileen de Tiberiade, est un bis- 
torien de terroir, il parlait done du gamaleen qui s'etait 
dit bar-Abbas. Le premier a vecu et est mort en 
Egypte, les deux autres ont passe leurjeunesse dans 
des conditions telles, a la fois si pres du Temple et de 
Gamala, qu'ils n'ont pu faire un pas sans croiser un 
juge de bar-Abbas ou un sicaire chi istien. Josephe a vu 
le regnede Menahem a Jerusalem. On a falsifie Josephe 
et supprime Juste, celui-ci avec d'autant plus de rai- 
sons qn'ayant ecrit l'histoire de la guerre finale com- 
mencee par l'aventure de Menahem (4), il ne pouvait 
parler du roi-christ de 819 qu'apres avoir passe en 
revue toute sa famille depuis le Recensement de Qui- 



(1) Cf. U Roi des Juifs, p. 326. 

(2) Cf. Le Saint-Espril. p. 32t. 

(3) Cf. Le Gogolha, p. 66. 

[i) Juste avait ecrit son histoire au iendemain mi-me des evene- 
menls, mais pour la publier il attendit vingt nns et la mort de Titus ; 
Josephe avait publie la sieonc du temps de Vespasien et l'avait 
roontree a Titus qui en avait approuve la publication. Juste et 
• Josephe se disputaient soil Ihonneur davoir defendu la Galilee, soil 
la honte de l'avoir perdue, uiais sur MOuahcin ils etaient d'accord, 
done sur Bar-Abbas. 



I 



^^^iMW^J^!*jpj!W 



— 23 — 




ri'iius. Mais de Jesus pas l'ombre, ainsi que l'a cons- 
tate le patriarche Photius (1). 

Pour ce qui est de Josephs, apres en avoir enleve 
Presque tout ce qui avait trait a bar-Abbas, l'Eglise 
hi a fait subirtrois interpolations (2). Lebut de la pre- 
miere est de faire croire a l'emprisonnenient et a la 
m ort (sous-entendupar decapitation) de Jean-Baptiste ; 
le but de la seconde est de faire croire a ['existence de 
Jesus et a sa resurrection, preuve de sa divinite. Le 
Uu t de la troisieme estde faire croire que Jacob junior,. 
Presente tantdt sousle nom d 'Andre dans les Evangiles, . 
ta nt6t sous celui de Stephanos dans les Actes, n'etait 
Pas celui des freres de bar- Abbas que Saul avait lapide 
ea ^68, mais un autre Jacob, qui aurait ete execute par 
°rdre du sanhedrin posterieurement a la crucifixion de 
Shehimon et de Jacob senior (3). 

Les Juifs, dit-on, en parlant des ortbodoxes, n'ont 
P a s reclame contre les Eva7igiles, ils ont done ete for- 
ces d'avouer l'authenticite des miracles et de la resur- 
rection. H s n'ont pu reclamer contre ce qui n'existait 
Pas; niais contre ce qui existait, e'est-a-dire contre Bar- 
f bbas et ses sectateurs, ils ont reclame des le premier 
i u r, notamment par l'organe de Saul. 

\l\ £ f - Pholiut, BMliolhrqw, dans la Palrologi'- grecque de Migne. 

>' U est un autre endroit ou J'on aurait du interpoler Josepbe, . 

pasL , U '■' P" 1 * de J «n as et du poisson dans lequel ce prophete a 

e(J - . tr . ois jours et trois nuits. (Antiquites jwialques, I. IX.ch. a.) En 

■jgo ' Sl wtte similitude cut ete appliquee au crucifie de Pilatus des 

coani tpllc 1"' ecrit cinquante ans apres cut ete force" den tenir 

dans , Mais le Passage sur la resurrection de Jesus n"a ete introdmt 

crucilu phe ( ' u ' an cinqaieme siecle : et sans prendre garde que le 

"uits r naurait du sorlir du Guol-goIU qu'apres trois jours et trois- 

(3, e lntcr Tolateur la ressuscite le troisieme jour, comme dans Luc 1 

Le S Sur <*s impostures, cf. Les Uartkandt de Christ, pp. 183, 237; et 

'"'•''•V"T(, p. 317. 



— 24 — 

« C'est un faitnotoire, disent les Acles des Apotres, 
qu'on se prononce partout contre cette secte (i). » Et 
l'auteur, quel qu'il soit, du Dialogue avec Tryphon, 
conGrme que les Juifs organiserent un apostolat, — le 
seul qu'il y ait jamais eu, — pour mettre leurs coreli- 
eionnaires en garde contre les exces de la croisade 
jehouddique. 

De ce nombre fut Simon de Chypre, plus connu sous 
le nom de Simon le Magicien et auteur de la Grande 
exposition dirigee contre VEvangile du Royaume. 

Ce Simon etait un fort habile homme que les hero- 
■diens opposerent aux f re res survivants de Bar-Abbas. 
Ne a Kitto (2) en Pile de Chypre, commensal des 
Herodes, mage a leur devotion et a celle des procu- 
rateurs, Simon etait reconnu par tous comme la Grande 
Puissance, le Grand Demon de Dieu. (Jesus en avait 
extraitsept des entrailles de Salome.) Mais c' etait un 
faux prophete pour les davidistes, puisqu'il niait le 
Messie ,autant dire la predestination des Juifs au gou- 
vernement du monde. C'est le faux prophete de V Apo- 
calypse, et il se peut tres bien qu'etant parfaitement 
instruit de la kabbale et des sortileges usites dans la 
famille jehouddique, il ait dit son mot soit avant soit 
apres la condamnation de Bar-Abbas. Aussi fut-il con- 
.sidere pendant deux siecles au moins comme etant, 
avec Saul, Pennemi capital de la famille et de la secte 
-christiennes. C'est contre ces deuxpersonnages qu'on 
eclatait, lorsque les souvenirs du passe revenaient a la 
surface. Dans les premiers ecrits fabriques par l'Eglise 
sous le nom de Clement le Romain, la haine des jehoud- 

(1) Ch. xxxm, 22. Cf. Le Gogotha, p. Ml. 

(2) Le Citliuui des latins. 



— 25 — 

olatres s'exprime par la fable de Pierre accourant a 

° me pour chutier Simon sous le nom de Saul et Saul 

s °us l e nom de Simon. Quand le mensonge eut tout 

^vahi et qu'on eut enz6ne Said mort, on representa 

lrnon comme ayant ete la contrefacon de Bar- Abbas, 

°n lui p re t a i a meme pretention a Timmortalite (1). 

Les Simoniens repoussaient Bar-Abbas pour ses 

lmes et le Millenium pour sa faillite. Simon lui-meme, 

on aamnant la these du retour a l'hermaphroditisme 

. 'o ln el preche par Jehoudda et ses disciples, avait 

roduit l e t\-pe d'Helene dans sa Revelation : d'ou ses 

Se ctateurs sont dits parfois Heleniens. II n'est pas de 

^omnies dont l'Eglise jehouddolatre n'ait poursuivi 

m ° n . jusqu'a l'accuser d'avoir trouve cette Helene 

. ns une maison publique et de l'avoir associee a sa 

le Pour combattre Bar- Abbas. Pour Simon, en effet, 

a eux moteurs du monde etaient un principe mascu- 

' u ne maniere d'lahve, et le principe feminin auquel 

. ait donne le nom d'Helene. D'oii les docteurs eccle- 

tiques, dans un esprit de mensonge qu'ils eten- 

g toutes les matieres, ont dit (2) — cela ne signi- 

Pas qu'ils l'aient cru — : « Simon se pretendait une 

ar nation du Pere et il avait achete sur le marche de 

J" 1, une fille publique, nominee Helene, qu'il faisait 

er Pour le principe feminin de sa divinite. » . 
V u and on eut fabrique la resurrection, on raconta 
. U1 aussi s'etait vante de ressusciter le troisieme 

JOUr 1] 

hauteur des Philosophoumena ne sait rien de 

t>a t'-oi 0n ' lo "' l ' / '<""nena, VI, dans les OEuvrcs (fOrigene, edition de. Ia 

(0) j^j« 9recque. 
Hon >elie, ^ff ment dans le Contra hxreses d Irenee, i, 23, et dans les 
L ""ientines, 11, 23-23. 



TM 



— 2G — 



la fin miserable qu'on a inventee pour Simon d'apreS 
les predictions que I'ierre lui fait dans les Actes. 
commit la fable de Pierre venu a Rome pour s'opposer 
aux prestiges de Simon, mais il ignore et ce que dit la 
pseudo-Justin du monument qui lui aurait ete eleve' 
dans Tile du Tibre et ce que dit le recit de sa fit 
icarienne, en plein cirque, devant .\eron et les apotresl 
Pierre et Paul. En revanche, les Philosophoumenil 
connaissent bien les Evangiles : l'auteur peint une . 
scene oil Simon, enseignant sous un platane, convie seS 
disciples a lui creuser une fosse et ii l'enterrer vivant.j 
leur garautissant qu'il ressusciterait le troisieme jour:] 
les disciples obeissent, mais il ne vient pas au rendez-- 
vous : c en eil'et, il n'etait point le christ. » (1) Et, a laj 
difference de Bar-Abbas, il ne disait point l'utre. 

Malgre toutes ses pretentions a la divinite, la renom-l 
mee de n'avoir ete qu'un vulgaire magicien n'en demeu-^ 
rait pas moins etroitement attachee a Bar-Abbas, nei 
fut-ce qu'a cause des Paroles du Rabbi. Pour ceux qui 
ne savaient pas qu'ileiit ete enmeme temps un criminel, 1 
c'est un magicien qu'on avait crucilie, rien qu'un magi- j 
cien ; et son remplacement sur la croix par un autre- 
magicien de sa bande, nomme Simon de Cyrene, n'etait 
qu'un dernier tour de metier. C'est ce qui a donne a 
l'Eglise, dans Terkullien notamment et dans Irenee, 1 

(1) Philosophoumena, liv. VI. 20, p. 3225 du t. XVI de la PatrologU\ 
grecque. II c-t clair que l'auteur ne sait rien de particulier sur SimoOr j 
dont il conriail en lout ou en partie.la Grande Expusilion. D'ailKurS 
on l'a falsiliee au cours des temps, afin que Simon cut l'air davoirj 
connu Jesu*. On y cite aujourd"hui comme favorable a cetle Ihese | 
un vcrset qui se trouvc dans Paul, donl les Lettres ne sont point [ 
anterieures au troisieme siecle, peut-«-trc meme au quatricme. On S \ 
reproduit egalement un verset de la Premiere Entire de I'ierre v l, 2*)l 
et un verset de Matliieu (in, 10). 



27 — 



MMfl de mettre en cause Simon de Chypre comme s'il 
Vai t ete pour quelque chose au Guol-golta. Lorsque 

P.usieurs siecles eurent passe sur la crucifixion de 
lTaoa de Cyrene et qu'on eut supprime les Paroles 
e bar-Abbas, on raconta de Simon le Chypriote 

* qu'il avait la temerite d'aflirmer qu'il etait la puis- 
ance de Dieu, que lui, qui etait la Sagesse, etait des- 
en du par l'operation du Demon pour etre recherche 
es Juifs, et qu'etant enveloppe d'un fantome, il 

Vpzit p aru sou ff r i rt quo i qtfu tfefa p as sou f. 

rt - (1) » Or les pretentions qui s'affirment ici sont 

Proprement celles de bar-Abbas, dont les Juifs disaient 

eux -memes : « H a le Demon » (2); et le trait final, la 

stituticm de Simon de Cyrene a Bar-Abbas par le 

. °) eti d'un fantome, reproduit textuellement le dispo- 

Slt j[ de YEvangile de Marc (3). 

y eut done un moment ou lEglise enzona Simon le 

ypnote pour diitourner sur lui l'attention qui s'etait 

. ee 8u r Bar- Abbas, cet autremagicien dont labande 

* ete dispersee au Sdrtaba. On eut besoin un jour 

. ^elqu'un dont les ancetres fussent de Samarie, qui 

° nit de n e connaitre ni 1'afTaire du Sdrtaba ni l'en- 

^ement de Bar-Abbas a Macheron, et qui vint 

j Irm ^ r ^e Simon le Magicien, Chypriote dans 

^Pbe, et a j t Samaritain, comme les Actes des 

c . res »sans le dire positivement, pouvaient le laisser 

(j -®" C'est alors qu'on enzdna le philosophe Justin, 

es Parents etaient Grecs de Sichem. Justin declara 

''6y"j,- e > Contra hxreses et Tertullien. Dts prescriptions contre les 

(3) Cf , t - Va "ail' de Nettut, p. 154- 

" Evangiles d- Satan, troisieme partie, p. 92. 



— 2S — 

qu'un magicien autre que Bar-Abbas avait travaille la 
Samarie sous Tibere et que ce magicien nomme Simon 
etait de Gitta (i) pres Sichem. Mais il fait, au nom de 
l'Eglise, cet aveu dont il aurait bien pu se dispenser : 
« Autrefois nous nous livrions a la magie ; aujourd'liui . 
nous nous consacrons au dieu bon (2) et non engendre. » | 
S'adressant done a Antonin le Pieux, egalemen* 
enzone pour la circonstance, Justin s'ecrie : « Apres l e 
retour du christ au ciel, les demons susciterent des 
bommes qui se dirent dieux, et loin de les poursuivre, 
vous les avez combles d'honneurs! Simon, le Samari'* 
tain du bourg de Gittlion (3), vint dans votre villa 
imperiale de Rome, sous le regne de Claude Cesar. Aide 
par les demons, il fit des prodiges de magie. On le pri* 
pour un dieu; il eut sa statue comme un dieu : elle 
s'eleve dans Tile du Tibre, entre les deux ponts, aveO 
cette inscription latine : Simoni deo saiicto. Presqu* 
tous les Samaritains, et quelques bommes d'autreS 
nations, le reconnaissent et l'adorent comme leur pre-.- 
miere divinite. Une certaine Helene, qui l'accompagnai' 
alors dans toules ses courses, et qui avait d'abord veC 
dans un lieu de prostitution, passe pour etre sa pre 
miere expression... Nous 1'avons deja dit, Simon vin* ' 
aupres de vous dans cette ville imperiale de Rome sou s 
Claude Cesar. II excita une telle admiration parmil 6 
Senat et le peuple romain qu'on le prit pour un die" 
et qu'on lui eleva une statue comme aux autres dieu* 
a qui se decerne cetlionneur. Nous supplions done ave" 

(1) Pour Kitto tie Cbypre. 

(2) Pour Cittium. nom latin de Kitto de Chypre. 

(3) Avec le chrittos, fils de Jehoudda, on faisait de h ma? 1 '' 
Aujourd'liui e'est le clwcstos qu'on adore en lui. A une lettre pres, n ' e 
ne s'est apeiru de den. On la roul6! 



-!-i ..^.u-wmmmi 



— 29 — 

v ous le Sacre Senat (quelle veneration ! c'est presque 

e Sacre College!) de prendre connaissance de notre 

*" e quete, afin que si quelqu'un est attache a ces fausses 

octrines il puisse reconnaitre la verite et echapper a 

erreur. Nous vous demandons aussi de -couloir 

ble * detruire cette statue. » 

v oila ce que l'Eglise ecrit dans la Premiere Apo- 

9ie qu'elle a mise sous le nom de Justin. 

Mais personne n'a presente requete a Antonin pour 

tenir la destruction d'un monument qui etait celui 

u ne divinite sabine. Une telle erreur etait impossible 

® 8 °n temps. Volontairement ou non, l'auteur de cette 

™ rase commet une erreur dont on n'a eu la preuve 

H au xvi e siecle par la decouverte de diverses inscrip- 

ns en l'honneur du dieu sabin Semo Sancus : l'une en 

et dans l'ile du Tibre, d'autres au Palatin ou ce dieu 
avail • 

. ll un temple. Erreur pardonnable a un etranger qui 

r ait loin de Rome et sans avoir vu les choses, mais 

Reusable chez ce meme homme, s'il habite Rome et 

cnt deux Apologies. Que Justin cherche a expliquer 

finite de Bar-Abbas a Antonin, passe encore! Mais 

qu'M° Utenir que Simon Je Chypre est samaritain (1) et 

J a sa statue dans l'ile du Tibre, entre les deux 

. > (comme si cet Empereur qui est un vieux romain 

8 j besoin de ces indications topographiques !) et le 

tenij. a l a faveur d'une confusion aussi bouffonne 

Pa! T ieille divinit e sabine, (comme s'il ne se rappelait 

d u ,^ Ul } P a rle au prince le plus verse dans les cultes 

Toir!) voila ce qu'on ne peut comprendre! Cette 

J 1 ) U r^; ,, , 

r cette ongine avant de terminer 

parmi Us mient I'enseigneinent 
Apologit, xv.) 



?° n diJ' Vlenl une troisieme fois sur c 

Hie m f : * J ' ai - di '-i>- nieprisg p. 

■aux de Simon. . (Ueuxieme A 



"*" 



wmm 



— 30 — 



erreur aurait ete signalee a Justin entre les deux Apo-j 
logies qu'on lui prete, soit par son entourage soit par] 
celui de 1'Empereur, et il aurait eu tout le temps d£ 
retrancher de la Premiere un argument qui la.rendait 
ridicule. 

II parait done bien qu'elle n'est point de Justin. Jus*; 
tin avait vu assez de monuments pour ne point con*] 
fondre l'asile rustique et moussu de Semo Sancus avefl 
un sanctuaire frais eleve a Simo Magus. Les marques] 
du temps auraient suffi a lui epargner cette bourde qu'ifl 
aurait eu, d'autre part, l'oceasion et le moyen ds] 
reparer avant d'ecrire une secoude Apologie. 

En depit de toutes ses ruses, l'Eglise n'a jamais p»j 
nier qu'elle eut dans ses fondements des livres qui] 
n'etaient ni les Evangiles, ni le6 Actes des Aputres o9 
les Lettres de Paul, mais bien des livres de kabbale «*] 
de magie. Ces livres etant ceux ou Bar-Abbas annovj 
cait son regne et sa judicature, l'Eglise dans Justin faw 
partir cette judicature non plus des Paroles du R&bjM 
mais des Evangiles, et parlant a Antouiu le Pieux ell 8 ' 
dit : 

« II enverra certains annoncer ces cboses dans I 
monde entier et ce sont surtout les Gentils qui croiroO* 
en lui. Quelques-uns, il est vrai, osent dire que JesU*] 
est homme, lils dun liomme, etinculpe de magie(l). Cj 
sont des on-dit : le sang de Jesus est du non a lfl 
semence bumaine, mais a la puissance de Dieu... il ewj 
le Fils de Dieu, le Verbe, la premiere puissance aprfl'j 
Dieu {2) ; la Vierge l'a concu sans commerce bumain. *a 
Quant aux livres de magie attribues a Bar-Abbas p**j 

_(1) Apologie, xxx. 
(i) Apologie, xxsu. 



— 31 — 

a malignite publique, ce sont les livres les plus inno- 
cents du monde, etils nesont pasjuifs, ils sont palens : 
" Les demons (1) fircnt porter la peine de mort contre 
ceux qui liraient les livres d'H ystaspe, de la Sybille oa 
*jes Prophetes (2), pour elTrayer les hommes et les 
etourner de chercher dans cette lecture la connais- 
ance du bien. Ils voulaient par ce moyen les retenir 
0n s leur joug, mais ils n*ont pu interdire ces livres 
P°ur toujours. Nous les lisons sans crainte, et raeme, 
omme vous voyez, nous vous les offrons, dans la per- 
uasion que cette lecture sera agreable a tous. Quand 
me nous ne parviendrions a persuader qu'un petit 

m ore d'entre vous. ce sera pour nous un tres grand 
S a »n! ( 3 ) „ 

Apres la mort de Simon de Chypre qui semble etre 
venue sous Xeron, Menandre parut qui, tels Ana- 
38 e * Apollos, et sans aucun souci du privilege appar- 
ent a la famille de Bar- Abbas, se mit en devoir de 
P"ser dans Antioche. II pretendait qu'on baptisat en 
nom, et d'un bapteme qui garantissait la resurrec- 
on un jour ou l'autre, — plutdt l'autre. L'Eglise dans 
8 »n fait Menandre samaritain, ce qui est possible, 
disciple de Simon le Chypriote, ce qui est plus dou- 
eux - « Menandre le Samaritain, du bourg de Cappa- 
e * e » fut disciple de Simon. Avec 1'assistance des 
m °ns, il trompa par les prestiges de la magie les 

n>; *8issant sur les autorites humaines. 
^'en ? ll0rs des 1'rophetes qui jamais n'onl He dcfendus, l'Eglise 
(Tflvst 6 ici les faux oracles qu'elle-meme a forces sous les noms 

^"■-Abh Pe 6t de la Sib >"" e ct ou elle fait annonc< -* r la niission de 

(3) p as .P ar des voix paiennes. 
tiq Ue ^'"'cre Apilogie, ch. xliv, qui avec le ilvi est le pins ecclesias- 
' Ces t-a-dire le plus denuede scrupule.-. 



— 32 — 

habitants d'Antioche, an point de faire croire a se 
adeptes qu'ils ne mourraient pas, et encore aujour- 
d'hui on trouve de ses disciples qui le croient. ... Simon 
et Menandre de Samarie seduisirent et maintiennent 
encore dans Ferreur beaucoup d'hommes. » 

Menandre, en elTet, se disait Jesus (1), et il avait pris 
ce nom aupresdeses disciples (2); mais, a la difference 
de Bar-Abbas, il ne sauvait pas les Juifs. En bon 
Samaritain qu'il etait, il enseignait que le vrai Pere 
leur etait inconnu, ce qui resulte en eiret de la faillite 
de F Apocalypse. Obeissant a un scrupule que n'a pas 
connu Bar-Abbas, il n'osait pas se dire envoye du ; 
Pere, mais simplement des .Eons ; il etait lui-meme 
VMon prepose au salut, F .Eon-Jesus, done F.Eon-Zib, 
et Bar-Abbas n'etait qu'un faux messie, comme sa fin 
l'avait surabondamment prouve. Si on avait la kabbale 
de Menandre, on saurait en quoi elle se rapproche ou 
s'eloigne du millenarisme juif au point de vue chrono- 
metrique. Mais Menandre, comme son nom Findique, 
etait, lui aussi, « l'homme qui demeureeternellement. » 
En recevant son baptemea lui, Menandre, ses disciples 
ne ptfuvent plus mourir, et au cas improbable oil cela 
leur arriverait, ils ont re^u la resurrection avec le | 
sacrement. 

Ananias et Apollos, eux aussi, disaient etre des 
Jtisus, sans quoi ils n'auraient point baptise. Mais 
comme ni eux ni Menandre ne descendaient de David, 
ils navaient pas le droit de prendre un pareil titre- . 
C'est pourquoi Jesus dit avec tant d'insistance dans 
les Synoptises : « II en viendra beaucoup en mon 

(1) Sauveur, Mler en grec. 

(2f Irenee le dit, et d'ailleurs il nen pcut elrc autrement. 






— 33 — 

n °m... raais il n'y a que moi (de legal)! » Cependant 

°us exigeaient la circoncision, sauf Menandre, et c'est 

cause de son succes dans les villes syriennes. Pour 

•ompher des repugnances que soulevait cette mutila- 

10n : l'Eglise a du desavouer Bar-Abbas et se faire 

"ienandrienne dans la Lettre aux Galales. 

"• — La profondeur du silence des bistoriens 

mams sur Jesus n'a d'egale que l'exactitude de leur 

ocumentation sur Bar-Abbas. Car on ne peut douter 

H ■ • 1S > ren dant compte a Tibere des actes de son 

ministration, ne lui ait fait un rapport sur la fin du 

1-6 . v °l eu rs. Quant a descendre a des details que 

S 'se elle-meme ne connaitrait pas sans les Ecan- 

es . c est une autre affaire. Ce n'est pas Jesus que le 

P r °cur a teur avail eu devant lui, mais Bar-Jeboudda dit 

Bar -Abbas. 

ar des inventions hardies, mais ridicules, on fit que 

n declarat a Antonin le Pieux : « Yous pouvez voir 

p Ut e 'ecit de la Passion dans les Actes de Pontius 

a tus... Qu'il ait accompli ces miracles, les Actes de 

His Pilalus vous en donnent la preuve (i). » De 

e me 0n mit dans Tertullien que Pontius Pilatus avait 

c - e a Tibere un proces- verbal de cette vie et de 

mort miraculeuses, que Tibere en avait ete impres- 

ne au point de prier le Senat de decerner les hon- 

8°y. ParT'T' Ap ? l< " l ' e ' ch - xsxv el XLX " 1 ,,rad - de M - t^u's Pauli- 
Pi^uiie re S ' -'' la ' i - • Juslin n'a P" connaitre ccs Actts apocryphes, 
'^rtques P ^ rtie de L'Btmgtte <ie Mcodemt. ils n etaient pas encore 
*k Ba r-Ahl * Anlonin ,e Pieux, nous montrerons qu"il pensait 



Ael " rf e e ?- p4chait P as Gfegoire de Tours d'etre convaincu que 
dentin J' <|u '' P° ssfalal1 ilaienl le recit fidele et la ven 
que de cc qui setait passe au Guol-golU. 



— 34 — 

neurs divins a Jesus (i), et que, si le Senat ne defera 
point a cette juste requete, c'est parce que l'Empereur 
ou Pilatus, ignorant les usages, avaient oublie de 
s'adresser directement a lui. Grande faute. Si Tibere 
avait eu le respect des prerogatives senatoriales, la 
face du calendrier ecclesiastique eut change. Au lieu de 
saint Pierre etde saint Paul, nous aurions saint Tibere 
et saint Pilate qui seraient morts martyrs au lieu de 
finir d'une facon basse et miserable. 

Tibere poussant l'indifTerence pour les dieux natio- 
naux jusqu'a vouloir introduire la religion de Bar- 
Abbas a Rome, Tibere ouvrant le Pantheon a un Juif 
execute pour crimes publics, non vraiment il n'v a que 
l'Eglise pour oser de telles mystifications ! De meme 
il n'y a que l'Eglise pour se figurer que les details de 
1'execution, comme le tirage au sort ties vetements et 
leur repartition entre les soldats, etaient consignes tout 
au long dans les Actes de Pilatus (2). Certes c'est une 
insanite rare que de representer Tibere comme ayant 
demande au Senat d'inscrire Bar- Abbas parmi les dieux, 



ji) A/iologie, v. 

(2) Je m'etonne que des critiques avertis consentcnt a disculer les 
inventions mises sou* le nom de Tertiillien et d'Eusebe. Cellcs qu'on 
a mises sous le nom de Justin ne meritent pas plus de consideration. 
< Vous pouvez apprendre ces details, dit-il [Premier* Apologie), dans 
les deles rediges sous Pontius Pilatus. > Quels Actes? II ne peut elr» 
question que des Gesla Pilati ou Ecangite de SicO'leme. Or. dapres le 
Codfx de Kabricius. ce document n'est cense avoir ete decouvert que 
sous Thfodosc. Si les ecrits mis sous le nom de Justin et de Tertul- 
lien n'etaient pas des faux certains, on pourrait croireque I'aHinunlioB 
de Justin faite par deux fois et le recit de Tertuliien ont etc l'occa- 
tion exploitee par les faussairt-S Mais cummc aucun des apologistes 
dn troisitme sit-cle, voire du quatriOme, y compris LacUnce, n'a eu 
recours, meme dans les cas les plus desesperes, a ('argument de Jus- 
tin e^ de Tertuliien, c'est que ni Justin ni Tertuliien ne parhieut de* 
Ada Pilati dans leurs ouvrages authentiques. 



-35- 

e * Neron comme ayant debattu la question avec Pierre 
et avec Paul. Mais si Ton songe que Tibere, instruit 
Par le Juif Theodore de Gadara, passa toute sa vie avec 
des astrologues comme Thrasylle, et que Neron, attentif 
a toutes les traditions des Iules, pretendait descendre 
des Troyens, ills du Soleil, on peut affirmer que ces 
deux empereurs surent parfaitement ce qu'etait la Rab- 
ble jehouddique, la Croix, VAgncau paschal, les.4nes 
el le reste (1). 
Pour remedier au silence de l'histoire romaine sur 

- 1 ) La verite est que Tibere a fait bon accueil au Soleil. le Verb*- 
. es Parthes : on a retrouve pres de Naples une inscription au nom 
\t\ ' nra - 'nitie par ses amis Yologese et Tiridate. Neron demanded 

>inra la remission de son parricide. A Home les souverains parthes 
j. . urs ambassadeurs celebrent publiquement le culte de Mithra- 

ron y incline si npertcment que. mort, on le croira sauve par le 
son 1 •" recueilu P ar ses ""deles. Vingt ans apres sa mort (Suetone 
Pan.' 1 de ' enfance )» uu faux Neron parut qui faillit regner sur les 

rihes. L'initiation de Neron est rertaine. V. Pline, Hist, nuturtlle. 

«*?*' ^' on Cassius, liv. IV, ch. lxiii, et Suetone, Siron. 
y* . Q oute qu'il n'ait parfaitement su ce qu il fallait entendre par le 
leg SSle ' P"' 5 ^ 11 '' 1 cst cense avoir connu Pierre et Paul. Instruits par 
6ta . as . lrol ogues. les Romains croyaient aux signes. et chaque comete 
Bern lnter P r<;, ^ c par eux comme l'annonce non equivoque d"un chan- 
q u ^?. l( ^ans le gouvernetnent de la terre. La comete etait un « presage 
de* '™ n ex P'ait toujours d'un sane illustre. dil Tacite, » — enten- 
(• K ( ' u '' supprimait l'bomme designt- comme devant l'evincer de 

q u - e a Premiere eruption du Yesuve succederent des prodiges, tels 
th fe "! "O'ons d*homme et d'animaux a deux tetes trouves sur les 
**i ,DS ' ''a seconde tote interpretee jiar les auspices comme mau- 
ce, P° Ur ''Empereur en exercice,; puis Tint; comme pour justifier 
SoleU * agcs " la cons P' ral ' on des •'isoas. Le danger passe. c"est an 
1°'on d Urtout ' donl la lumiere avail perce les tenebres des Pisons, 
Cifq dtcer na des offrandes et des actions de grices. Cest dans le 
av«ij* c,ue ll ! s con J ur ^ devaient faire le coup, et dans le Cirque il y 
veoj . n ancien temple du Soleil. On convint qu'il avait ete le San- 
ilt Ce ' *'ron. Un decida meme que Neron etait une maniere d'Oint 
donn- eu de lutniere. Sans le savoir, on le Gt Christ, quand on 
Y °Ulm ?*? noni au mois davril, qui repondait a 1 Agneau juif. On 

est peut- 



•nodestie qui empteha ce beau projel d'abouur. 



— 3G — 

Jesus, l'Eglise a interpole Suetone et Tacite en divers 
endroits. Les Actes des Apotres ayant ditcontre toute 
veriteque Claude avaitexpulse les Juifsde Rome, parmi 
lesquels Akiba l'Ancien ^1) qui dans Corintlie aurait 
initie Saul au metier de tisserand davidiste, on a glisse 
la chose dans Suetone, afin qu'il y en eiit un temoin hors 
des Ecritures ecclesiastiques. Suetone est le seul a 
parler de l'expulsion des Juifs sous Claude : les autres 
chroniqueurs de Rome n'en parlaient pas plus que des 
supplicesinfligessous Xeronaux jehouddolatres. Tacite, 
qui resume tous les liistoriens anterieurs, est muet. Or 
on sait quelle opinion il avail des Juifs : il a parle de la 
punition qui leur fut infligee sous Tibere, il n'eut pas 
manque d'y ajouter l'expulsion qui aurait eu lieu sous 
Claude pour une cause aussi scandaleuse que l'intro- 
duction de la jehouddolatrie dans Rome. 

Des expulsions particulieres, il y en eut sans doute, 
mais de collective point (2). La candidature de Sbehi- 
mon,' christ en charge, au trdne universel, ne rallia 
point l'unanimite, en depit des efforts d'Akiba et de sa 
femme. C'est ce couple qui etait depositaire des F'aroles 
du Rabbi pour Rome et l'ltalie. II etait tellement lie 
avec les divers membres de la famille jehouddique, 
hommes et femmes, qu'il a pu passer pour avoir recu 
chez lui, a Rome, une Marie qui, etant donne son nom et 
la date supposee de la Lettre de Paul aux Romains (3)i 
ne peut etre que Salome, fille de a la mere des fds do 
Zibdeos » et femme de CIeo|ias. De m<":me, le Rufus qu e 

(I) Transforme en Akila par les aigrefins qui ont fabriqui les Act* \ 
df^ApOlrei et les Ultret d- I'aul. Cf. le present volume, p. 55. 
(2i Cf. Le Smint-Btpril, p. 251. 
(3) Lttlrt aux Domains, jvi, 6. 



— 37 — 

nomme le pseudo-Paul, comme etant a Rome aupres 
d Akiba et de Zechena (1), ne peut etre que celui des 
deux fils de Simon le Cyreneendontil est question dans 
1 Evangile de Marc [2,. 

fc-n dehors de Interpolation de Suetone au sujet des 

U1 's qui sous Claude auraient ete expulses de Rome 

Pour jebouddolatrie, l'Eglise a remanie cet bistorien a 

endroit ou il parlail du Royaume universel que leurs 

ncetres leur avaient promis. II est bien vrai, comme il 

observe, que, colportee par eux de temps immemorial, 

Celte prophetie avait envahi tout l'Orient : c"est des Juifs 

4 u e devait sortir le maitre du monde, et c'etait la toute 

, r re ligion. Mais ce que Suetone ne pouvait ignorer, 

est la renaissance de cette Apocalypse sous Tibere 

ec Bar- Abbas, sous Claude avec Shebimon, et sous 

• J " avec Menahem : les astrologues avaient meme dit 

^eron qua C e compte le siege de l'Empire devait etre 

P'us Rome, mais Jerusalem, en un mot qu'il fallait 

J> Apocalypse s'accomplit, mais dahs le sens con- 

re a l'attente de sou auteur. Cet oracle, qui con- 

ait un empereur romain, comme l'evenement le 

UVa dans la suite, dit Suetone, les Juifs se 1'appli- 

ent a eux-memes. lis se revolterent, mirent a mort 

a S 0uvei *neur 3i, cbasserent le lieutenant consulaire 

}'ne qui venait a son secours et lui enleverent son 

be. \espasien, avec son lils aine, Titus, au nombre 

' Ses heutenants, retablit l'ordre. Des lors l'oracle se 

rendu" Anciei »ne • : femme d'ALiba TAncien, et dont le nom est 

(2) c e . n lal «n par i'risca. 

(3 ( G " *** Ewngiltt de Satan, truisieme partie. p. 144. 
Peiit-£i ess ' us Worm. Ce fait, d'autant plus important quil appartient 
Cf. » Jf au rcgne de Menalieiu, a couipletemcnl disparu de Josiphe. 
** bogotha, p. 65. 



— 38 — 



declara pour les Romains contre les Juifs. Vespasien 
consulta celui du Carmel, et le sort repondit que, si 
grande que put etre son ambition, il lui garantissait le 
succes. « Josephe, un des plus nobles prisonniers, au 
moment oil on lejetait dans les fers, ne cessa d'affirmer 
qu'il serait delivre par Vespasien, et par Vespasien 
•empereur (1) ». C'est Titus qui prit Gamala, et il 
. -voulut y entrer le premier. C'est a lui que l'oracle de 
Paphos promit la prise de Jerusalem : un tel honneur 
pour lui et une telle joie pour les soldats que ceux-ci, le 
-saluant du nom d'imperator, revaient de donner un 
commencement d'execution a V Apocalypse en fondant 
avec lui l'empire d'Orient! 

C'est un fait evident que Tacite disait toute 1'histoire 
interieure de la Judee depuis Jehoudda le Gamaleen 
jusqu'a Menahem. II la savait par Josephe, par Juste de 
Tiberiade, par les historiens latins et grecs qui avaient 
ecrit avant lui sur les origines de la Guerre des Juifs. 
Josephe n'avait ecrit lui-meme, et il le dit positivement, 
que pour repondre aux historiens etrangers. L'Eglise 
a fait mieux qu'interpoler et falsifier Tacite, elle a 
coupe tout le chapitre ou il racontait le regne de 
Menahem et les evenements qui ont amene la guerre (2). 

f I) C'est ce mime Josephe dans lequel on lit aujourd'hui que Bar- 
Abbas *tait le Christ! 

(2) C'est sous Xerva que Tacite. libert de la tyrannie douiitienne. 
.prit la resolution d'ecrire I'histoire. el c'est sous Trajan qu'il I* 
publia comme il lecrivait. livre par livre. 

Ouvrei Tacite au livre V de sc» llhloires, la ou il parle des Juifs et 
de la Judee. a propos de Texpcdition de Vespasien ei de Titus. Wu* 
•n'y trouverei pas un niol du llecensement de Quirinius on petit ' e 
pftre de Bar-Abbas. Vous y lircz que « sous Tibere tout fut I'dt- 
■jii- ■>. » alors que Josephe insiste sur le • grand trouble » q ul 
advint en Judee par le fait de Bar-Abbas. Pas un mot de Shehimon tl. 
■de Jacob senior crucifies par Tibere Alexandre pour avoir prcchc le rcfu* 






— 39 — 

Parmi les historiens que Tacite avait consultes, il y 
avait Vespasien et Titus eux-memes, Titus qui avait 
venge sur Gamala le massacre que Menahem avait fait 
" e la garnison de Massada! Comme Josephe, Tacite 
attribuait les causes de la guerre au Recensement 
de '60, a Jehoudda le Gamaleen et aux manifestations 
" e ses fils, par ordre de martyre, en commencant par 
J acob junior, lapide par Saul, pour linir par Menahem, 
le roi-clirist de 819. Les pretentions de Bar-Abbas a la 
m ° Q arcnie universelle, sa condamnation, sa capture et 
s a fin occupaientdonc encore plus de place dans Tacite 
1 u e dans Josephe, a cause du caractere anti-occidental 

e*on Apocalypse. Ce que Josephe avait du attenuer 
Par diplomatie, Tacite le mettait en rehef comme une 

°nstruosite temperee de bouffonuerie. 

^ est seulement apres avoir fait disparaitre le cha- 
" lr e sur les apdtres de la Restauration davidique qu'on 

•Dele Jesus-Christ et ses disciples a l'incendie de 
. 0nie sous Nerou. 11 est certain qu'aucun des historiens 

^"J Tacite emprunte le recit de l'incendie, ne melait 

^ i" 1 fninicnlaire. Au contraire. il estdit que t les Juifs suppor- 



l patiemiuent roppression jusqua la procurature de Gessius 
S4c "*• * ''as un mot du rtgne de MOnahi-m a Jerusalem ni du mas- 
Un p, .. ,' a garnison romaine a Massada- (Cf. Le Gogotha, p. 52.) Pas 



cjpi" n Ino1 des va>ux de nazin-at qui unissaient les fils et les dis- 
il es , S j. Jehoudda contre ie Temple et contre Rome. Au contraire, 



p mot dc la prise de Gamala ct de l'entree de Titus dans la ville. 
i , "n m 
'Pies de 
^tdit, 

"Old 

el'a 

i§ jj* 1 Ue lques vagues prodiges en rciu placement : par cxemple, 
di eu J J Une v °ix plus qu humaine annoncaut dans le Temple que les 

^ u « , d e PaieD8 a " aient c * der la P l * cc * cc,ui des Juifs * et le bruil de 
J* r Osai' K ' rt ^ CT ^ U distinctetnent. Suppression totale de la prise dc 
Men»i Ct du ri "6 nc d'Eleatar. fils dc Jair et beau-frere de 

,e «n, dans Massada. ^Cf. Le Gogotha, p. 114.) 




— 40 — 

les disciples du Gamaleen a ce sinistre (1). Aucun, par 
consequent, ne disait que les christiens de Rome eussent 
ete arretes en masse et livres aux supplices les plus 
atroces pour un crime dont on n'accusait que le hasard 
ou Neron (2). * 

Lebut de celui qui interpola Tacite a cet endroit a ete 
de faire croire que, des le regne de Xeron, il y avuit a 
Rome, et sous lenomde christiens, des incirconcis ado- 
rateurs de Bar-Abbas, et que l'horreur manifestee uni- 
versellement pour le nom de christ et de christiens 
venait d'une cause etrangere au sicariat jehouddique. 
L'immixtion des Juil's de Rome a Tincendie n'est dans 
aucune des histoires qui avaient precede Tacite. Ces 
histoires etaient dans toutes les mains en son temps, 
elles n'avaient point encore disparu au temps de Dion 
Cassius qui arriva cent ans plus tard. Or, ni Dion 
Gassius, ni ses successeurs jusqu'au cinquieme siecle 
ne connaissentl'incendiede Rome par les christiens; ils 
n'ont trouve ce nom, a propos du fait, ni dans Tacite 
ni dans les ecrivains anterieurs a Tacite. Autrement, 
senatenr romain, ennemi declare des Juifs. a fortiori 
des jehouddolatres, Dion Cassius n'eut pas manque de 
reproduire l'accusation, en l'aggravant au besoin. Ce 
n'est done pas a propos de 1'incendie que Tacite parlait 
des christiens, e'est dans le chapitre oil il parlait do 
frere aine de Menahem, et non pas sous le nom de 



(1) Cf. Le Gooolfia, p. i. 

(2) € On ne sail, dil-il. s'il fatit accuser le hasanl ou Xeron d>» 
desastre, (car lun et l'autre a eti- dit par les historiens). Ce fut 1« 
plus cruel et le plus terrible que le feu eiU jamais cause a Rome- * 
{AnnaUs, livre XV, ch. xxxvm.) Encore suis-je convaincu que '• 
choix ofTert entre le hasard et Neron est unc inano-uvre ecclesia*" 
lique. Cf. Le Gogotha, p. 1. 



Allium* uiiipujiiip 



— 41 — 

Jesus-Christ, mais sous son nom de circoncision, lequel 
etait celui de son pere : Jehoudda, ills de Jehoudda. 
«•* c'est cela qui, ecclesiastiquement, n'etait pas 
tolerable! 

lacite serait done le premier et le seul qui, sous 

lra jan, par une malice incroyable, aurait songe a decla- 

r « coupables » les Juifs de Rome que personne ne 

0u pconnait sous Neron ? II aurait de son propre mouve- 

eQ t, sans raison et sans indice, introduit dans le fait 

•storique de l'incendie un element entierement nouveau 

°i u i aurait echappe a tous les historiens anterieurs? En 

® c as, interessee a l'honneur de ses ancetres, l'Eglise 

eut pas manque de supprimer ou le passage ou sim- 

P e ment le mot « coupables, » qui est absolument 

'omnieux dans cette circonstance. II a done fallu que 

4 e Iqu'un, a une epoque posterieure a Dion Cassius, 

rotluisit dans Tacite, a propos de l'incendie, non 

lenient la personne de Bar- Abbas, mais le nom de 

8u s-Christ et toute la fable de la persecution nero- 

m er>ne contre les christiens de Rome. 

0u s avons soupconne soit un arien soit un palen 

emi de la jebouddolatrie (1), mais nous etions encore 

8 a cette epoque. L'interpolation est d'un pape. II 

iii. su pprime tout le chapitre ou Tacite racontait 

ls toire du sicariat juif depuis Jehoudda le Gamaleen 

4 U a Menahem. II ne lui restait plus qu'un moyen 

n troduire christ et christiens dans I'histoire de la 

e ou il siegeait, e'etait de les meler a l'incendie, mais 

a issant planer le doute sur leur culpabilite, et en 

entrant Tattention du lecteur sur la cruaute de 



* Cf - Le Satnt-Esprit, p. 390. 



— 42 — 

Neron (1). Je vous defie bien d'ailleurs, — »■ et c'est la 
aussi l'un des buts de l'interpolation, — de savoir a 
quelle nationalise appartiennent les victimes du tyran. 
On a le droit de les croire entierement composees de 
non-juifs. 

Etant donne l'opinion de Tacite sur Bar- Abbas et 
ses freres, l'interpolateur n'a pas ose lui faire dire que 
leurs disciples etaient innocents, il lui a fait la conces- 
sion de reconnaitre qu'ils avaient la renommee d'alfreuX 
scelerats, mais il a redige son interpolation de telle 
sorte que Tacite a l'air d'ignorer completement la con- 
damnation prononcee contre Bar-Abbas par le Sauhedrio 



(1) 11 existe un petit dialogue grec ou Musonius. exile a Lemnos, i 
retient le projet de perccr l'istbme de Corinlbr panni les idces qui 
peuvent honorer Neron. et on sail qu'uni- partie des Juifs <ntraine* 
dans le parli davidiste et fails prisonniers par Yespasien furen' 
employes a cctte besognc. On attribuc injustemcul ce dialogue * 
Lucien, il nest pas de lui, mais il a plus de prix encore, il est <lu 
temps de Galba. L'n vaisseau abordea Lemnos oil Minecrate est vcnu 
voir Musonius : les passagers ont la tete couronnec de Ueurs «3 
chantent un chceur de bon augure : ils npportent a .Musonius la noU'J 
velle de la mort de Neron. L'exilfi va-t-il se dechainer coulre 1* 1 
tyran.' Point. 11 lui reprocbera d'avoir fait tuer l'epirote qui avai&| 
ose se mesurer a lui dans la tragedie : « Ce n'etait i|u"un jeu. dira- 
t-il, pour celui qui avait tue so ini-re », il aura des puintes contre s* 
facon d'einettre la voix, mais il ue soufllera mot de l'incendie d' 
Rome et du chitiuient des cbristiens : cela nexiste pas. 

Nous avons deja dit que, si les Juifs de Home eussent tie po * 
quelque cbose dans l'incendie. jamais ce quon appellc le christi** 
nisme n'aurait pu s'etablir dans la ville. 

A propos de 1 incendie de Lyon, Seneque fail a Libcralis : « 0» *J 
bien vu des villes ravagees par des incendies, on n'en a pas T *j 
d'aneanties. » II console Liberalis du malbeur qui afflige sa patrie ■ 
peut-Ctre en sortira-t-elle plus brillante. « Tiuiagi-ne, ennenii <J° 
bonbeur de Home, disail que ce qui l'aflligeail lorsqu il voyail Iioi>>* 
en proie a un incendie, c'etait que les ediGces allaient iire rebat" 
avec plus ds soniptuosite. II est vrai de dire que dans letat mi® 9 
ou_est notre ville aujourd bui, s'il lui arriv.iit un inaltirur, tous I** 
citoyens se disputeraient la gloire de rtparer ses pertes » et l'bo' r 
ncur dela venger sur les inccndiaircs. 






— 43 — 

<juarante jours avant sa crucifixion par Pilatus. Aujour- 

nu i, c'est Pilatus qui non seulement a crucifie, mais 

c °ndamne. Et quant a Bar-Abbas, l'interpolateur 

onnait implicitement que c'est un rebelle, un assas- 

et un voleur que Pilatus a eu le plus grand tort de 

lle r pour crucifier ensuite cet innocent Jesus qui 

• mole bien, — Tacite ne le ditpas, mais il le sait par 

» etre ressuscite le troisieme jour, exactement 



mme dans Josephe! 11 y a plus. Le passage fiit-il de 

. e i — au lieu d'etre comme aujourd'hui dans Tacite, 

y ne prouverait point qu'il ait existe aux cdtes du 

st un second personnage appele Joannes que ses 

'ptes auraient, eux aussi, regarde comme etant le 

st - II prouve au contraire qu'il n'y a jamais eu qu'un 

et meme individu, connu de ses partisans sous le 

j e christ, eu un temps bien anterieur a l'invention 

ouze apotres ; et l'interpolation vient conflrmer tout 

,. 4 u e les Evangiles, par la bouche de Jesus, nous 

j du Joannes a la fois baptiseur et christ. Au fond 

r . re creuset, quelle que soit notre analyse, nous 

£°uvons toujours Bar-Jehoudda dit Bar-Abbas, 
fan S r ^ ac ' te et Suetone, calomnier Neron fut l'en- 
Ba a pour ceux qui exploitaient le cadavre de 

Dp " as > mais comment se concilier le grand Seneque, 
pf, .. ' a philosophic romaine ? II n'y a rien que 

^an n ' a * 1 fa ' 1 P our enzoner Seneque. Elle le reclame 
an , ler tullien. Dans Jer6me elle le met au rang des 
n^ rs 8a -cres, M. de Maistrevoit en lui un coreligion- 
8 jx . * Les jehouddolatresdu troisieme et du quatrieme 
a §, ' 1 Ua nd il fallut creer une doctrine morale, prennent 

den. De(IUe tout ce ^ uiI a dil de Dieu el de la Provi " 
« Qesesperant de mieux penser et incapables de 



— 44 — 

mieux dire. Sans doute on peut lui reprocher bien des 
choses, il est horame. Mais l'Eglise lui en prete une qui 
le deshonorerait completement, si elle n'etait pas d'une 
faussete rejouissante : toute une correspondance avec 
le pseudo-Paul sur la gloire et la divinite de Bar/" 
Abbas 1 (1). 

VIII. — Les deux eruptions du Vesuve (2), en boule- 
versant toutes les tetes, avaient consolide la croyance 
des Juifs dans la fin prochaine de la nation enuemie. 
L' 'Apocalypse avait echoue en Judee, mais reussi en^ 
Italie. Les dieux abandonnaient Rome. I a live soulevait 
les volcans contre les latins de la Campanie. L'eruf 
tion oil perit Pline l'ancien fit partie de la gheoullah (3 

(1) Einsloltc Puuli ad Senecam et Seneca ad Paulum. Lisez cela, ft 
vous prie, si vous TOalez passer un bOD moment, u Fais en sorWj 
d'evitcr les objections des paiens et des Israelites, eirit l'aul * a 
frere Seneque. lu deviendras un auteur Douveau, en appliquant I* 
perfection de style oil tu es si apprficie a faire l'i-loce de Jesu»' 
Christ! i 

Des ecrits qui nous sont parvenus sous le nom de Jerome la pl*J 
part sont faux, et parmi ceux qui le sont le plus, le fameux Ca'f 
Ingue dft auteurs ecclesiastiques oil Ton n"a pas crainl d'ii serif* 
Seneque conune ami et sectateur de l'aul. I.'imiiiatrirulatioii de Sene<l ue 
comme jehouddolatre est un travail d*6glise du sixieme ou septi* 01 ' 
siecle : on en a glisse quelque chose dans Augustin pour faire cro' 1 * 
que celui-ci l'avait empruntee a Jerome et que la liaison de Sene<l u 
et de Paul etait un fait acquis avant la fin du quatrieme siecle. "" 
en tirait egalement une preuve que Paul etait venu a Itome au teBJP 5 
de Seneque, et par contre-coup on donnait un air d'authenticite a \' tBr 
vestiture de Clement par Pierre, la grosse affaire de l'Eglise roiiiaio* 
Tous ces faux se tiennent. On prouve Paul par Seneque, I'ierre f 3 ^ 
Paul et le pape CISment par tous les trois. 

La Chromquede Dexter qu'on a voulufairepasserpour contemporai 1 * 
deJerotue n'est qu'une grossiere supercherie de l'espagnol La Higu* 1 ?" 
L'Eglise d'Espagne, jalouse des lauriers de celle de Itome. a app^ 
que Paul etant a Itome avait fcrit des letires a Seneque : a son '"" 
elle apprend a la posterite que Seneque a 6ct\1 a Paul alors <" 
Espagne. 
*(2l L'une sous Neron. l'autre sous Titus. 

(3) Vengeance. 



— 45 — 

jehouddique. « On se persuadait qu'il n'y avait plus de 
d |eux, dit Pline le jeune, que cette nuit etait la der- 
aiere, 1'eternelle nuit qui devait ensevelir le monde, 
c °mme l'annoncaient de terribles predictions. » Ces 
P^diclions, Seneque nous en a deja parle (1), et elles 
n etaient pas que sibyllines, elles etaient apocalyp- 
ses. Bar- Abbas avait annonce ce feu, cette fumee, le 
°'eil change en tenebres et la lune en sang. Sans 
£ r oire en aucune facon que Bar- Abbas flit dieu, il sem- 
a 't a beaucoup de Romains qu'il y eut une vertu spe- 
cie dans les sept jours de la paque juive, et dans 
autres rites des cultes etrangers. Mais ce n'est point 
P les JuiTs davidistes, c'est par les Juifs herodiens que 
e respect du chifTre sabbatique s'etait insinue dans la 
1 le - Perse le dit : « Quand viennent les jours d'Herode, 
* an d les lanternes ornees de violettes et bien rangees 
• 'enetres exhalent une epaisse fumee dans l'air, 
4 and une queue de thon nageant dans la sauce 
°rde du plat rouge et que le vin colore la blancheur 
nouteilles, alors vous marmottez des prieres entre 
. Gents et vous observez pieusement le sabbat des 
oncis. Pour ecarter les revenants, et conjurer les 
leurs que presage un ceuf casse, vous allez aux 
an ds pretres de Cybele, a la pretresse borgne armee 
sistre d'Isis, et ils vous font voir des dieux qui 
el rent dans les corps pour les gonfler, a moins que 
j> .^ n ' a yez pris la precaution de manger trois tetes 
le matin, conformement a l'ordonnance. » 
e 'nomphe de Vespasien et de Titus amena, Iaissa 
ttome une foule de Juifs qui, ne pouvant pleurer 



<>)cr. 



U Sainl- Esprit, p. 3:8. 






— 46 — 

sur les mines tie Jerusalem, se logerent dans celles de 
Rome, dejii trop grande pour etre partout neuve- 
Grouillants et tasses,les voici cachant leurs esperances 
sous les vieux arcs de la porte Capena, sur la route 
qui mene a Bales, tout pres de l'asile mysterieux on la 
nymphe Egerie venait, aux rayons de la lune, dieter 
les tablettes de Numa. Moyennant une redevance a 1* 
ville, ils sont maitres du temple, des bosquets et de la 
fontaine sacree. Rien n'eclaire mieux la difference des 
races : leschristiens tuent ceux qui laissent lesRomainS 
penetrer dans le Temple de Jerusalem (1) ; Molse, pour: 
quelques sesterces, babite chezle legislateur de Rome 1 - 
Pour que nous sachions cela, il faut qu'uu poete, u» 
Juvenal, verse up pleur de regret, en passant, sur cfl 
delicieux endroit que la superbe indifference du peuple 
a laisse degenerer en ghetto. On fait argent de tout,_ 
l'ombre de chaque arbre est taxee et rapporte. Le riant, 
asile des Muses, le vallon d'Egerie, avec ses grottes et 
ses eaux claires ourlees de marbre, tout cela est deven* 
un repaire de mendiants qui n'ont pour tout mobilief 
que des couchettes remplies de foin. Pour payer leur 
loyer que font-ils ? Les petits metiers du carrefour. Celui' 
civend desbouteilles de vin cuit de Syrie, des iigues 
de Syrie, des poires de Syrie, et quand viennent les 
fetes de decembre, celui-la offre des tapis, des prunes 
seches de Damas, de la bougie, des aiguillettes. Le* 
Syriens porteurs de litiere culbutaient ces regrattiers, 
ces revendeurs de laines teintes achetees en solde dan* 
Antioche. Dresses a la mendicite par leurs meres (2)»1 
ils vont par les rues, assourdissantles Romains de leur». 

(1) a. Le Gogolha, p. 45. 

(2) Martial, Epigrammn. 



— 47 — 

P aintes. lis crient pitie sur un ton plus aigu que celui 

es P r ^tres de Bellone, des naufrages qui portent leur 

reure > et des marchands d'allumettes. Au coin des 

V nts, dans les ruelles montueuses, sur le versant de la 

lne d Aricie qui conduisait au temple de Diane 

•urique, " s implorent la charite des belles matrones 

c " es cris de sommation. D'autres disent la bonne 

Quire, lisent dans les astres, annoncent au fils im- 

! " . eQ t la mort d'un pere qui tarde, a l'epouse infidele 

ort d'un epoux impotent, a l'entrepreneur de tra- 

ux Publics une concession lucrative. Laville d'ailleurs 

P eine d'etrangers, non pas seulement de ces Grecs 

*aire, rheteurs, peintres, sculpteurs, baigneurs, 

Wens, geometres, augures, danseurs, medecins, 

. en sorcele la societe romaine. mais d'asiatiques, 

me nens su rtout, dont les raceurs, le langage, les instru- 

Tib musique se sont transmis de TOronte au 

ien ' 6t ^3' r iennes, dont la mitre peinte fascine les 

Gp ^ ens attardes le soir aux environs du Cirque. Les 

de cs s abattent sur les Esquilies et le Viminal, venant 

Sam^ 10111, de Sic - vone et d'Amydon, d'Andros et de 
e8 ° 8 ' de Tralles et d'Alabandes, propres a tout, 
Pour * t0Ut ' r6ussissant tout > « prets a monter au ciel 
celuj ga8 . n " leur P ain > car il n'etait ni Maure ni Sarmate 
Ca Pab| 1UI S attaclia des ailes » a etait Athenien », et 
oiiai , ' *' s sont persuasifs, de faire croire que 

L e q s UUneStressuscite - 
ra bai i *' 3U bas de J'echelle, font du chaldalsme au 
Quel.* ! • r „ * ent par des propheties la cervelle des vain- . 

;7 u mfat ^8deleurtriomplie. 
bla nte j SOrllr de sa corbeille et de son foin, toute trem- 
» a Juive s'approche, mendie a l'oreille, elle aun 



— 48 — 

oracle a vendre! Interprete des Iois de la destined 
grande pretresse de l'Arbre (1), fidele messagere du troi- 
sieme ciel, on lui met quelque monnaiedans la main, et 
on sait tout. II en coiite pen, on a le songe des Juifs a 
bon compte ! (2) » Les plus friands de propheties etaient 
les Gaulois, — credule CO mate un Gaulois, dit Martial. 
Ouvrant leurs grands yeux bleus, montrant leurs 
paumes blanches, ils ecoutaient, bouche bee, aspirant 
la parole d'lahve dans le souffle amer des jeuneurs (3)- 
La ville etait bonne aux Juifs, la vie leur etait facile, 
quoiqu'ils fussent tres suspects depuis Y Apocalypse et 
ses suites. Titus avait vecu publiquement avec Ber6nice ( 
la grande cousine de Saul, et meme on accorde qu e 
cette Cleopatre herodienne aurait eu une cour de patri* 
ciens. Yainqueur des Juifs, Titus etait si peu TennenH 
de leur sang que, si on l'eut laisse faire, il eut epous^ 
Berenice, quoique miirie dans l'inceste. Les rues qui coD' 
duisaient au palais etaient pleinesde Juifs, marchand 5 
de pierreries et de parfums. Nesaupays des onguents e ' 
des baumes, ils fournissaient aux boutiques de CosniO s 
etde Niceros l'amdmon d'Assyrie et les huiles d'Arab' 8 
dont on oignait les chevelures, partout attaches a« $ 
metiers qu'entretient le luxede la toilette, au commerc 6 



(1) De la connaissance du bien et du inal : le figuier d'apres "*\j 
Abbas. On voit que Juvenal 1c connaissait. 

Cophino fasnoquc relicto, 
Arcana Judu-a tremens mendicat in aureui. 
lnlerpres legum solymaruin, et magna saccrdos 
Arboris, ac summi fida internunria cndi. 
Implet et ilia manum. sed parcioS. .Ere ininutu 
yuali icuin i ii-- volet Juda-i somnia venduut. 

"(2) Pas celui de Joseph. toulefois I 
(3) Jrjunia satbalariorum, dit Martial. » 



— 49 — 

ar gent qu'alimentent les besoins des prodigues (1). 

A. -— On oubliait deja tres vite en ces temps-la dans 

es capitales du monde latin. N'allait-on pas voir bientdt 

ur arc de Titus le turban juif, le chandelier a sept 

Ranches et la table de proposition ? C'etait la souve- 

<<iaete eternelle, puisque cela serait en pierre dans le 
forum! 

^ Les penseurs toutefois se souvenaient de Jehoudda 
^amaleen et de ses lils. Parmi ceux-la Quintilien, 
^ aitre de PJine le jeuue. II lesdesigue positivement, et 
^sunlivre d'ou la politique est exclue, un livre d'en- 
'gnement encore classique parmi nous : Vlnstitu- 
g u n 0ra i0ire (2). Joint aux brulauts souvenirs de la 

deT^ fina l e ' ,eur nom seul faisait planer le soupcon 

aine universelle sur tous les Juifs indistinctement. 

qui la faute sinon a cette maison de David qui de- 

d e 8 S01Xa nte ans semait la folie partout, dans le vent 

" 8e s Apocalypses ? « II est, dit Quintihen, des hommes 

e " "nomr" 111 de linsati:ible avidilt des femmes. Juvenal 'Satire vi) 
dia mant o IS? a qul son an,ant a ,oul donne « et qui veut encore ce 
que celtp in . dcvenu P lus precieux au doigt de Berenice, parce 
66116 Cont r " U , eusc l ,rincess e le rerut de son frere Agrippa, dans 
Dus ' et oil °" rols a -' lellrent la f e |e des sept jours, les pieds 
{i i Le ni e UnC an,,( ? ue superstition laisse vieillirles pourceaux. . 

c n ai'iiel-> Sa p° ft ' tr ° UVe au livre '" ,Jui c,ait acheve 'orsque Domi- 
i* n equ e I, au,eur P rcs de lui. Originaire d'Espagne, comme 
mc Par i -ik" Ct Marlial - ne sous Caligula, amene tres jeunc a 
* lail toute Pffesseur de rbetoriquc a vingt-six ans. Quintilien 

* e °ts de i. ,?, Carr,ere P ubli( l ue sous les Flaviens, au fort des evene- 



nls de Ji T " a,, "- re P u, ""l ue sousies riaviens, au fort des evene- 
! olr e la K r ' Cest vers S " 1 u ' il en,re au serv 'ce de DomiUen 
n Pres vinpi n de son troisieme liy re et celle du quatrieme.' 

iot «lien ^ S consacres a ''education de la jeunessc romaine 
n^ red ese R0U,e ' e charme dune deuii-retraite dans la mise en 
ft n cier - i" C0Urs ' un deuu-repos dans ceUe situation de precepteur 
d. Uinl i'ien ..;, n ? U 1 veaux eleTes *' ue la faveur 'mperiale donnait a 

ne autri n .,?* fl,s de t'lavius Clemens et de Domitiila, fill© 
re Uo «uitilla, qui etait steur dc Domiticn. 






— 50 — 

auxquels l'ignominie s'attache au dela du tombeau... 
On hait le nom de ceux qui font le mal (1). » Et cette 
pensee dirigeant son regard vers Jerusalem et les 
christiens, il ajoute : « II n'estpas jusqu'aux villes dont 
les fondateurs n'encourent une espece d'infamie, parce 
qu'elles sont le centre d'une nation pernicieuse a toutes 
les autres : tel est le premier auteur de la supersti' 
tion judaique. » Ce coup de boutoir tout a fait inat- 
tendu chez un rheteur pacilique s'eclaire par la date et 
par les circonstances. Quintilien ne blaspheme pas 
contre Jesus et contre son Eglise, comme l'a ecrit Rol" 
lin, il y a pour cela les raisons dirimantes que vouS 
savez (2). Mais il blaspheme contre le pere de Bar* 
Abbas, il parle de David et de sa descendance. David 
est le fondateur de Jerusalem au sens oil les habi" 
tants l'entendent, lorsqu'acclamant Jesus sur seS 
anes, ils s'ecrient : « Gloire a notre pere David ! * 
« La ville de David, » disent les Ecritures quand 
elles nomment Jerusalem du nom de celui qui l'a judai' 
see. 

David le premier a forme le dessein d'y batir ' e 
Temple. David est le premier qui se soit dit chris* 

(i) Itappelez-vous l'inscription decouverte dans les mines de Pod*"* 
pel : a Je hais les christiens et leurs crimes hideux. > (Cf. Le Gog 9 " 
tha. p. 301.: . i 

(2) Xeanmoins I'abM Itollin a bien senti que la phrase de Quin u 
•lien etait contre la maison de David, et pour n'avoir point v ^ cU Jj 
temps de la haute ex6gese qui regne aujourd'hui, il n'en a conse*^ 
qno plus de sens critique. C'est bien des christs et des christ' e ^° 
qu'a parle Quintilien. et d'eux seuls. Charger les Juifs ,ltrod '*^ 
alors que par Josephe ils accusent eux-uidmes les christiens d"»* „ 
provoque tous les malheurs de la Judee, c'eut ete chez yuintilieD 
comble de 1'aTeuglement, car dcpuis llanan jusqu'au dernier 
grands-prflres en passant par Kaiaphas. le Temple avail etc le P » 
fidele auxiliaire des procurateurs romains. depuis Coponius jusl 
Gessius Floras en passant par 1'ontius I'ilalus. 






— 51 — 



Parmiles Juifs(i). C'esta David qu'ont ete faites toutes 
. es Poornesses exploitees plus tard par les prophetes (2) 
jusqu'au Joannes. C'est lui qui a enterre au Garizim 
AKk VaSeS ^ Ui ^evaient servir au chrisme de Bar- 

obas, roi de la terre (3;. Seul et en propres termes, 

av id est « le premier auteur de la superstition judal- 
jl Ue > » qui vient de mener Jerusalem a sa perte et dont la 

ome de Domitien va etre victime a son tour, comme 

avait ete la Rome de Tibere. Lorsque sous le nora de 

^ es «s l e revenant de Bar-Abbas dit aux disciples (4) : 

Vous serez en execration a tous a cause de mon 

0rn ! » il cite du Quintilien et du Tacite. 
..'." ~~ Apres la chute de Jerusalem, Vespasien avait 

c »ue que les Juil's paieraient dorenavant les di- 

^rachmes du Temple au tresor du Capitole. Cette me- 

" re , au debut, ne souleva point trop de resistances, 

a is quelques annees plus tard, sous Domitien, lors- 
g **** le jubile de 839, cinquantenaire de la mort de 
ni ^ r " Ab ! )as > il y eut P ll,s que des hesitations. Au der- 

er jubile le roi-christ, restaurateur de la Loi, avait 
onne de refuser le tribut a la Bete ! Or ne savait-on 

UnV 111 aVait echa PP 6 aux execut »ons de Pilatus par 

de ces miracles dont il avait le secret ? qu'il etait 

j e Vant sur ^ terre ? qu'il allait reapparaitre pour juger 

onde et qu'a chacun il rendrait selon ses ceuvres ? 

m -ci la vie dans la Jerusalem d'or, s'il refusait 

""■*> j? mpan; k > m ange,.un messager d'EJoI. fl Roit, xix, 9; U 

(2i ii xix. *J~ .] 

,te voveV : l Udrail les citer lous - mais 'E^angile nous en dispense 
U> >'ativii ! e . canti 1 ue de Jehoudda. sous le nom de Zacharie, dans 
(3) rr . son f,ls aia6 - ! Luc > ■• Jans L< CharptMier, p. *>; i 
(4 pi" ^'"urnes d? David, 11, 6, su, 23. ' 

• t*i Eiaagilet de Satan, aeuxieme partie, p. 373. 






— 52 — 

l'impdt ; a celui-la, s'il le payait, l'etang de soufre. Ou 
bien la Loi n'etait qu'un vain mot. Si vous voulez vous 
rendre compte de la force du dilemme, relisez VApc 
calypse. L'ombre de Bar- Abbas et son nom d'Apo- 
cah/pse, — Ieou-Shana-os (Joannes), — sont restes si 
etroitement lies a cette agitation nonvelle que l'Eglise 
y a fait entrer sa personne meme : c'est de la que vient 
la le^ende du Joannes Porte latino (1), plonge dans 
une cuve d'huile bouillante a Rome sous Domitien, s'en- 
fuyant ensuite a Ephese, puis exile a Pathmos oil il 
compose Y Apocalypse. On ne doutejias qu'il y ait eu en 
Asie un mouvement christien et que, la aussi, l'ombre 
du Joannes ait parle. Car, devant regner sur le monde, 
le Joannes etait partout, meme a Pathmos, s'il y eut 
des Juifs deportes pour la loi. 

Si ceux de Rome avaient suivi ponctuellement ses 
ordres, ils seraient sortis de la ville (2), ils auraient 
fui la Bete; mais n'auraient-ils pas retrouve partout 
son image monnayee ? S'en aller n'etait pas pratique; se 
revolter n'etait pas possible; refuser le tribut, comme 
Bar-Abbas et Menahem en avaient doune ordre, il 
n'v fallait pas songer non plus. Mais il n'etait pas de- 
fendu de ruser. Quelle foi devait-on aux publicains? 
Aucune. Pour ne point encourir la damnation, les Zela* 
teurs dissimulerent leur origine, de maniere a faira 
echec a la loi romaine. II en resulta un tel trouble dans 
la perception que des Juifs authentiques echappaient a 
l'impdt, tandis que des individus, etrangers a cetts 



(I) La Porta Capena, dan.- l'esprit de celui qui a mis cctte inipO'' 
tnre_en circulation. 

(2f < Sortez de Babylonc. 6 mon peuple. etc. » Cf. le Hoi d'tJu'f' 
p. 59. 



— 53 — 

ation, mais cb6mant le jour du sabbat, etaient soumis 

a taxe. Suetone se rappelle avoir vu, dans sa jeu- 

sse, un receveur visiter, devant une assemblee 

°mbreuse, un vieillard de quatre-vinet-dix ans, pour 

savoir s'il etait circoncis. 

A ceux qui observaient les « paroles du Rabbi » 

°s les moyens etaient bons pour que les agents du 

Sc ne pussent avoir de leur argent. lis le cachaient 

u s leurs vetements, sur leur peau, presque dedans, 

e iaisant qu'un avec lui : ua en deux, deux en un. 

ar "al, qu'on sait par cteur, Martial qu'on chante dans 

es ' es rues de Rome, depuis le quartier de Suburre 

,. 1 u aux villas des environs, Martial, chronique 

v «nte du pave de Rome et des gradins de l'amphi- 

Jtre, Martial lache quelques epigrammes contre ces 

8 qui font servir leurs parties les plus secretes a la 

ense de leur bourse, et il dit a Lecania : « Ton 

ave se tient les parties enveloppees d'un sac de cuir 

, > chaque fois que tu te plonges toute nue dans un 

, n chaud. Le mien, pour ne rien dire de moi, n'a pas 

"loindre pondus judceum (1) sur la peau (2). » En 

™ e temps renaissaient les plaisanteries obscenes 

\t? Peuple avail faites contre les christiens de 

. na hem sur le passage de Vespasien et de Titus 

tophants. Mais qu'est-ce que la licence dont il avait 

i c ontre le gout, dans ses caricatures et dans ses 

ards, comparee a celle que les Galileens de Jeru- 

"^ avaient prise contre la nature pendant les journees 

*Uln„' € fH>n(tu * pour Martial, c'est le poids d'unc livre pris conime 
^ 0t »raon6lairc. 

'»utr c Cania ,,eut chercher sur eus, ils n'ont d'argent ni l'un ni 






— 54 — 

du siege? Martial a note trois ou quatre de ces raille- 
ries (1) sur le priape juif pese au poids de celui de 
VAne venu de Jerusalem en cendres et condamne au 
tribut par Jupiter Capitolin ! Elles etaient deja gros- 
sieres, le temps^et la plume des co|)istes les ont rendues 
peu intelligibles (2). Tout christien etait cense meno- 
phile (3) et porteur d'un priape destine a grandir au 
centuple sous le quatrieme mois de la Grande Annee : 
« Centuplum accipies! » et a passer par la transfigu- 
ration generale des choses : « Aureum hnberes? Tu 
l'aurais done en or ? » Eniin, brochant sur le tout, l'exe- 
crable usage qu'en avaient fait les Galileens du siege 
n'etait pas de nature a relever le niveau de ces allu- 
sions inspirees par l'Evangile du Royaume. 

De loin d'abord, de pres ensuite, le mouvement fut 
mene par le fils de cet Akiba qui se cacbe dans les 



(1) Cf. Euiijrammes, liv. Ill, liv. VII, 35 et S2. 

(2) Cf. celle que nous avons citt'c dans Le Gogolha, p. 80. Aidei-vous 
aussi des semeioloi-'ies de VAne d'or daus les Evangiles de Satan, 
preniii-re parlie, p. 6". 

(3_: Ami du mois triomphal de VAne. Atys. le soieil des l'hrygiens, 
est souvent, dit « Menotyrannus », maitre des mois. L'un de* 
apotres-poissonniers de Tbessalie dans VAne a~ur est appele Arislo* 
mine, le mois par excellence. Cf. Les EramjiUs de Satan, premier* 
partie, p. 10. 11 se pcut aussi que Martial ait compose le nom de 
c Menopbile » de nutum, demeurer, etre stable, comme Menandre 1* 
samaritain avait fait du sicn. Cf. le present volume, p. 32. 

Martial etait tres au courant des particulariles de la guerre contre 
les Juifs de Menabem, roire des operations qui avaient eu lieu contre 
ceux d'Eleaiar a Massada. II dit. sadressant a Domitien : « Ton frert 
merit.' de partager avec voire perc les triomphes de lldumee. » 
ll II, ep. 2. Quant a laigle-pbajnix qui emj.orta Bar-Abbas en Egypt* 
dans VApocihjfte, (Cf. Le Charpenti'r, p. 12$ et Le Kui des Jui/t, 
p. 3i ne croyez pas qu'on ignoiat M messager des temps, q" 1 
« apres dix siedes de vie renouvelle par le feu Ic nid qu'il s"eS' 
conslruit en Assyrie. » L. V, *, des Epigrammei. Ce livre est dedie * 
Domitien iui-meme qui avait unc bibliotbi-que magnilique dont Mar- 
tial connaissait le conservateur, Sextus. 



— 55 — 

Ecritures canoniques sous le nom a peine deforme 
9 Akila (1). Akiba l'ancien etait originaire du Poat. 
Sous le nom d' Akila et sous celui de Prisca ou Pris- 
c ^ a (2), le pere etla mere de 1' Akiba qui nous occupe 
sont restes si etroitement lies a la croisade christienne 
quel'Eglise n'a pu se passer d'eux a Rome, a Corinthe 
et a Ephese. C'est par eux que Saul, prince herodien, 
f l Apollos, christ antidavidiste, sont convertis a la- 
jehouddolatrie dans les Actes des Apotres (3). Sans 
eu * point de Paul ap6tre des nations. En effet, zela- 
^"•"s de la Loi litterale et de la kabbale asinaire, pre- 
I ani que le maitre des nations devait sortir de Juda, 
es Akiba n'ont cesse de tisser dans les synagogues la 
*°Ue sans fin dont la tente de David devait couvrir le 
^onde (4). Toutes les sympathies des Akiba etaient 
" 0ur Bar- Abbas et ses freres. 
Akiba jeune etait, dit-on, ne a Sinope, ville du Pont. 
est le plus celebre de tous les Akiba a cause de sa- 
ers, °Q grecquedes ecritures juives(5), c'est le grand 
Akiba, Rabbi Akiba. Sa version etait ebionite (6), il 
dv ait pas traduit, interprete comme ont fait les Sep- 
ante , il avait tout rendu a la lettre, disciple en cela 
e Jehoudda le Gamaleen dont le plus bel eloge est le 

plus ° n oblienl une deformation plus forte, on donne un change 
on 6 c ? m P let . lorsqu'on latinise le nom et quau lieu du grec Akula 
u Qrt Cnl A l"U a . U pensce s'eloigne alors de la loi juive pour se 

(" T Ve J S lai fc' le rom»ine. 
fem' raduc t'on de Zekena, lancienne. rclativement a la nourelle,. 
. nie de son tils 



13, p f " uls 

j { £• Lc Sainl-E-pril. pp. 25S, 2". 

(5 Cf /-.' • S " a '"'-^/"'7. p. 558. 

Iw. .; • le roine, ( ommtntani in Ifaiatn. ch. l. 



est h. feconnalt ici que l'Akila auquel elle attribue cotte rersion 

(6) v^T** par les Juifs volume avant etc l'Akiba du Pont 
' "de de toute interpretation. 



— 56 — 

surnom de Panthora (1) que les Juifs christiens lui ont 
donne. C'est un fait certain, reconnu par l'Eglise elle- 
meme, que la seule version grecque dont les christiens 
fissent etat, c'etait celle d'Akiba, particulierement en ce 
quitoucbe les Prophetes. Elle n'etait autre que la trans- 
cription en grec de la version arameenne dont se ser- 
vaient le pere et la mere de Bar-Abbas. Akiba 1'ancien 
la tenait d'eux. Instruit par sa famille et plus encore 
par le long sejour de Salome et de ses ills dans le Pont 
etla Bithynie (2), Rabbi Akiba connaissait a fond Bar- 
Abbas parson bistoire et par ses Paroles; mais comme 
il est mort dans la Loi et la kabbale jehouddiques, et 
qu'il n'a souffle mot de Jesus, il est traite d'apostat par 
l'Eglise, quoique d'autre part elle retienne son pere et 
sa mere parmi les fondateurs de la jehouddolatrie a 
Rome, a Corintbe, a Ephese et dans le Pont. 

Void par quel moyen l'Eglise tire d'Akiba deux per- 
sonnes distinctes parle changement d'une seule lettre. 
Sur l'indication des Actes ties Apotres qu'Akiba etait 
originaire du Pont, elle fait naitre dans cette province, 
a Sinope, un certain Akila, paien d'education, mais fort 
entete de magie et d'astrologie. II faut que cet bomme 
ait pu apprecier V Apocalypse. Frappe des miracles 
qu'operaient les christiens de son temps, il embrasse 
le christianisme pour en vivre. Mais vovant qu'il ne 
reussissait pas au gre de ses desirs, parce qu'il man* 
quait dela foi et de la sincerity necessaires dans un doD 
si divin, il retourne a sa magie et a son astrologie 
pour tromper les simples et jouer au grand homme. 



(J) « Toute la loi. » Cf. Le Charpenli'r, p. 17$. 

(2) Cf. Lt Sjinl-Esprtt, p. 210 et la suscriplion des Lrllrtt de 
Pi rrt. 



— 57 — 

Ce 6UX qui Souvernaient alors l'Eglise s'apercoivent de 
f " lane o e ' mais c'est en vain qu'ils lui remontrent sa 
obli e '. J e f l insensible a leurs objurgations. On est 
8ef • • ^"communier. De depit il passe anx Juifs, 
eh/ 11 Clrconcire P our biea montrer qu'il a cesse d'etre 
l'e ^ Gn ' Ct P ° Ur mienx ' e P r °uver encore il se met a 
e de Rabbi Akiba, le plus fameux docteur de la 

Ian Cn Ce . tem P s " la - U fait un si rapide progres dans la 
8acf UC llebraI< I ue et dans ,a connaissance des livres 
grec^ r UG S °" maitre le J u S e ca P ab 'e de les traduire en 
deve dC pouvoir °PP oser a la version des Septante, 

inter 0116 Ce " e d& ,E e lise ' un texte moins favorable aux 
diso Pr< j tations des cbristiens. Cet liomme sans scrupule, 
cejj S . mot : c et apostat, compose sa version dans 
Mai 6t ]1 * a donne en la douzieme annee d'Hadrien (i). 
Petit' ° D De Sait P ourf I uoi ' a en refait une seconde qui 
c 'est a fi etlt * e substitue complement a la premiere, et 
a la J quon lrouve dans ,es synagogues hellenistes 
ell e d P ce de la version des Septante (2). Cependant 

•j^'sparait, elle aussi, sous leflbrt du temps, 
au t e UteS CGS ruses tombent devant ce fait que, comme 
OoyJj^ 8 de Claud e. (et meme de Xeron, si I'on en 

"^iond* Lethe <le PaUl aUX Romain *J c ' est dans la 
ch ez 1 . ^"ba que les cbristiens se reunissaient, c'est 

JHere pM u ' 6lait ce q u ' on a ppelle l'Eglise. On fait a sa 

et p e 0Q neur de la nommer a vant lui dans cette lettre ; 

8 Ur V( i L '! re ' ~~ lelle ,a mer e de Bar-Abbas, — a-t-elle 

cu a son mari. n Saluez de ma part Zekena (3) et 

S{ |° o J «2S de IE. C. 

/P 1 "' et V..i C ' S iln P° <tur *s d»ns Epiphane, dan? JerOme, dins Phi- 
(J ' On i;," 1 * 1 Pastes. 
'" : I'rifca. 



— 58 — 

Akiba(l), mes cooperateurs en Jesus-Christ, (qui pour 
ma vie ont expose leurs tetes ; a qui je rends graces, 
non pas seulement moi, mais toutes les Eglises ties 
Gentils), et aussi l'Eglise qui est dans leur maison. »• 
Gar a l'epoque ou elle a fabrique les Actes des Apotres 
et la Lettre au.v Romains l'Eglise n'avait pas encore 
l'intention de soutenir que Shehimon dit la Pierre oa 
Saul mue en Paul eussent ete les premiers evangelisa- 
teurs de Rome. Au contraire, soit dans les Actes, soil 
dans la Lettre au.v Romains, elle reconnait sans hesi- 
tation qu'Akiba senior et sa femme etaient expulses de 
Rome pour christianisme lorsqu'ils sont passes par 
Corintbe, allanten Asie. La lettre va plus loin, le pseudo- 
Paul reconnait formellement a deux autres personnes, 
Andronicus et Junias, qu'il dit etre de sa famille et qui 
sont dansl'Eglise de Rome, l'honneur imaginaire d'avoir 
ete au christ avant lui. 

Personnellement et par sa transcription de ce qu'o n 
pent appeler le texte royal des Ecritures, Rabbi Akib a 
fut oracle au quartier juif. 

Et puis il y a du vrai dans la legende des deux petit 9 " 
fils de Jehoudda Toamin, venus a Rome sous Domitie - 
Ce qui ne lest pas, c'est qu'ils y soient venus sur so<* 
desir. Mais ce Jehoudda etant le seul frere cognomin 8 ' 
de Bar-Abbas et, apres Philippe, le plus autorise de« 
scribes des Paroles du Rabbi, son ombre ne plao 6 
pas moins sur le jubile de 8.39 que celle du Joanne 3 ' 
Qu'il ait ete represents dans ce mouvement par sa de*' 
cendance, c'est a quoi nous croyons sans effort. Voi s 
connaissez la chose, nous vous l'avons deja contee [*p 

(1) On lit : Akiia nalurellemeot. 

(2; Cf. Les Ecjnyilti de Satan, pri-micr p.irtie. p. 12. 



".'iMwwyJW 



— 59 — 



Pres Eusebe (1), copiant Hegesippe, a ce qu'il dit. 
&nte T a ? prend qu>il existe eQ Bat hanee des descen- 
Jeh S 11 l antique race de Dav id, les petits-fils de 

oudda, here du jesus, et craignant sans doute 



ron S ne revendi q uassent un jour leurs droits a lacou- 
roe 116 ! Universe,le ' il J es fait venir a Rome, ii les inter- 
genl i m6me (ea arameen? ) et se fait exposer leur 
grafd ° Sle ' ^ com P ris 'e nom de circoncision de leur 
jj^ J -oncle ?) 11 leur demande quelle est leur fortune : 

terre eP I mdent q "' ilS possedent tren te-neuf arpents de 
vi Vre ' j^quels paient tribut, et qu'ils travaillent pour 
de jj' leUf demande eniiu quaud arrivera le royaume 

•nond SUS " Christ : ilS disCnt qUe Ce sera pour ,a ** du 
les 1 6 * Domitien » pleinement rassure, les remercie et 

bien aiSSe 3ller e " paix ' Ce qui n,indi< I ue P a s un naturel 

d'un e SangUinaire ' ° ar il a devant lui des christi ens 
du ft authent icite indiscutable, petits-fils du Jehoudda 
de c ecensem ent, petits-ueveux du roi-christ de 788 et 
e Xerc e ?. de 819 > et pretendants a cet Empire qu'il 
Que/ meme l }ar la g race changeante de Jupiter. 
fil s d eSte ' UiI au f oi dd e tout cela? Le fait que deux des 

daut ?• ° udda Toamin se sont trouves a Rome pen- 
8 0Us emoli °n jubilaire avec un fils de cet Akiba qui, 

Vs r aUde d6ja ' lisSait la tent€ de David dans Rome ' 
tec onn °" n , the > dans Epbese et dans le Pont. Eusebe 

P er soi> ait da P res hegesippe que ces deux interessants 

v ecn • a * GS aura ' ent gouverne quelques eglises et 

etai t j JUSqu ' aux temps de Trajan. On sait meme quel 

ur nom^2, : approximalivement pour celui qu'on 



")Ad|-. 
» ,2 ' Cf i!l Te " , de i'Huloirt ecclisiattiqu-. 



* la " 1 - I'Ji" 3 H ^ 1 ' Euai $ur '" reppo'l* dt Mglut aveclEtal 
•"», iSsi, , n .8«. p. 30. 






— 60 — 

appelle Zokher(l), exactement pour celui qu'on appelU 
Jacob. D'autre part, nous allons voir dans le Talmuc 
que la predication et la personne d'Akiha etaient parti- 
culierement connues a Rome sous Domitien. 

On bannit de Rome pour la vingtieme fois les astrc 
logues qui troublaient la ville et on fit rentrer le fisc 
judalque avec plus de rigueur que la veille. On con- 
sulta Gamaliel (2), on le lit venir meme, car Gamalie 
descendait de David. II connaissait d'autant mieux les 
Paroles dn Rabbi que son grand-pere, president do 
Sanhedrin sous Tibere et sous Claude, avait condamne 
a mort pour crimes publics Jacob junior, Bar-Jehoudda, 
Eleazar Bar-Jalr, Sheliimon et Jacob senior, c'est-a* 
dire quatre des fils et un des gendres de Jehoudda. 0° 
lui montra les Ecritures dont les cliristiens de Rome 
faisaient usage, et force lui fut de declarer qu'elle 8 
etaient conformes a la Loi, sinon qu'il en repudiai* 
toutes les parlies inspirees par la haine de l'etrange r 
et celles qui ne leur defendaient pas aussi severemeo* 
de voler les goym que leurs propres coreligionnaires(3)" 

Toutefois Domitien ne put empecher que YApocS' 
lypse fit des victimes dans le patriciat et jusque dan* 
dans sa propre famille. 

II y cut dans la societe romaine une secousse faV" 

(1) Xachi'tri. Xom dc kabbalc donnc a Jehoudda dans la Naliv'J* 
selon Luc et qui signifie Yerseau. Cf. /-• Cli.rpenlier, p. 4i. C*" 
porle a entire qu'il s'appelait lui aussi Jehoudda. 

(2) Derenbourg, llistuire de la I'al stit.e, p. 322 et GraU. t. •'• 
p- 11U. A la verite. Domitien n"est pas nomme couime etant l'etaf? f 
reur qui consulta Gamaliel, mais etant donnfe le cas, je ne x0> ' 
guere que lui. Au sujet de cetle pt-riode voyez 1' Essai tur le rey"' 
Domitien de M. Gsell. Paris, 189*. in-8'. _ . ( 

lf&) Cellc-ci. par exemplc, a passe dans l^s Evangilet : t Qui' '. 
juif non christien) te soil commc le paien .t comme le p ul ' r 
cain! > 



— 61 — 

rabl 



e aux idees que les Juifs nourrissaient contre les 

troHh ^ leUPS images - Gela s,ex P'iq u e par la catas- 

pne du Vesuve ou Vulcain, pour ne citer que celui- 
-* s etait fort mal comporte. D'ailleurs, le lazzaro- 

*e romain, — il y en avail et beaucoup, — s'etait 
d ^ommode facilement du sabbat. II se trouve toujours 
le t SenS P ° Ur <lirter aV6C IeS reli S ions q ui proscrivent 
c'est^ 3 ' 1 U " 6 f ° iS Par semaine - Ce q ui est P lus grave, 
et q ?•? '! Sen Soit trouv ^ P our accepter la circoncision 
cisio H ' 11 fal ' U Un ^ dlt P ourl ' em P' : ' cller - Or la circon- 
circ 0n ' •°' eSt le P rinci P e chri stien par excellence : sans 

oncis;on, point de bapteme, et sans bapteme, point 

Part dans le Royaume (1). 

cho^ ^ ° 0nseiI de femmes qui les poussaient a ces 

m 'se eS Ki 0UVel,eS ®' deS cito 3' ens remains furent assez 

ils n rables P° ur s 'y soumettre. L'acces de folie passe, 

•neat*! ^^^ comment avouer leu r faiblesse ni com- 

desinr Caclier ( 3 )' Des personnages aristocratiques se 

c om Dt Fent deS affi ' ireS P ubli q u «. les dieux ne 

croi re antplu f. danS la combili aison nouvelle. On peut 

les rj qUe d 'j m P u <lents baptiseurs les amenerent sur 

contpj 68 de 1,AImon P our leur remettre leurs peches 

Par D - eSp ^ ces ; lls sont a bon dr oit qualiGes dathees 

°a Cassius. On en denonca d'autresqui parlaient 

(2) »'!?. Hoi drsJuift, p. 139. 

(3) i| J '" 0, « "rum novamm. 

« U ° e le'llp 8 ."".l *P'8ra«nme de Martial sur Inn d'eiix : « Un sac 
pt Ul * ton. u c ° uvre les P artics de M«nophiIe quil suffirait 

s ° s Souvpm c . omed,ens ensemble. J'avais cru (car nous nous bai- 
r erv * r sa v„- compagniei que c etait une precaution pour con- 

ci We a s «^M ma,s voild 1 u ' en sexer C ant a la palestre dev.mt le 
d^°cis< . k, .' S ° n MC se deUcl,e et tombe : '« malheureux etait 
'""nortaj-, ? ^ poll^ '^ uo, MartiaJ le "!'' mtnophile, ami du signe 



— 62 — 

de refuser l'impdt, ce refus etant une condition de salut 
dans la doctrine jehouddique. Gette folie ayant cesse. 
Nerva interdit ces denonciations qu'on ne faisait pas 
toujours dans le seul interet des finances publiques et 
rappela ceux qui avaient ete exi es a tort (1). 

Titus Flavius Clemens et sa femme Domitilla, l'tin 
cousin germain, l'autre niece de Domitien, ayant eX 6 
meles, on ne sait ni pourquoi ni comment, a ces his* 
toires, furentcondamnes par Domitien lui-meme, le matf 
a mort, la femme a l'exil dans File de Pandataria. Too* 
tefois la mort de Flavius Clemens n'est nullementi 
comme dit l'Eglise, le martyre d'un jehouddolatre. Ma" 9 
que Clemens ait cherche dans V Apocalypse une indic»' 
tion sur la fortune de la Bete regnante (2), cela n'es* 
pas douteux. L'usage qu'on a fait de son nom a '* 
fois dans le Talmud et dans les Ecritures ecclesiaS' 
tiques en est la preuve la plus convaincante. 

Dion Cassius (3) dit qu'il fut condamne avec d'autre* 
« qu'avaient seduits lesmoaurs judaiques », notammei 
Acilius Glabrio, personnage consulaire, accuse » ttl 
aussi d'atheisme : victimes paiennes d'une « sorte d'ii"' 
piete qui s'etait glissee parmi les Juifs. » Cette impiew 
c'est la « superstition judaique » dont Quintilien pan 
de son cdte, c'est le Messie destructeur de la Babylo° 
d'Occident et qui avait deja parle au Vesuve en 83^' 
Mais Clemens et Acilius Glabrio allurent-ils jusqu'a ** 

(i) On lit sur quelques-unes dc ces monnaies : Calumnii P° 
judaici tublald. .g. 

(2) On sait qua chaque regne nouveau changeait le chiffre coo 
nant le nom de la Bete imperiale dans \' Apocatyptc . Cf. Le Hoi 
Juifs, p. 56. .^, 

131 Dion Cassius, 1. LXVII, ch. «n. TK-s suspect a ce point de "^ 
depuis qu'il a Hi revu, corrig6 e abrege par le uioine Xiphilin- 



- 63 — 

Abh 9 6 * Ia P remiere condition exigee par Bar- 

l'ho ' P ° Ur Ce ' a fl IeUI * aurait fallu faire a Iahve 
mmage de leur prepuce : la circoncision est une 

tone VG mat ^ rielle de proselytisme. Or on lit dans Sue- 
8ou qUG Cltimens a 6t6 condamne subitement sur le 
^PSon le plus tenu. S'il est de ceux qui furent bapti- 
^ j,! c est qu'il avait accepte la circoncision, peut-etre 

luil ,nStlgati ° n de SS femme desireuse de realiser par 

un en deux, deux en un, sans lequel elle etait 

y a[ qnee P°»r 1'etang de soufre. En ce cas, c'est le 

lui "1^ qui aUrait raison contre Su etone, circoncis 

PlaS daDS S ° n tCXte (1) - Car ,a conve rsion de Titns 

^"d C, ^ mens et d ' Acilius Glabrio a fait plus de 

ft ans Ie monde juif que dans le monde romain. 

j uif ea cache Acilius et Clemens comme une tache, les 

ils o f 6S exhibent comme un trophee. Comme toujours. 

le 8 ° exa ^ re daus leurs Ecritures, et deforme. Pour 

l 0m "" S ?) ,e converti s'appelle Katia (3) Bar-Scha- 

plic •! ll Se fait circoncir e au moment d'aller au sup- 

coiq 6 ' l6gUe t0Ute Sa fortune a Rabbi Akiba, et les 

■ , to?j ltateUr ? du Talmud reconnaissent bien qu'il 

8 1 de Flavius Clemens, neveu ou cousin de Domi- 

i^nation ^ ertaineI,len, to «cW a Suetone la oil il parlait de la con- 
r uit mois Uemens. On la place plusieurs annees aprts le jubile, 
,e iubile - nt ' assa ssinat de Domitien qui a regne quinze ans. Or 
( " le 'a d *" or . r . es P° nd a Ia cinquii-mc annee de ce ri-gne. II est vrai 
P ' Us 'I est K Cme *' ait sabbali( I ue «t quAkiba a pu la prtefaer. De 
' ait niouri a 7f ol "" ,ent impossible de deviner pourquoi Domitien a 
,0ca Pacite ^T mens dont tout le crilae aurait etc une faiblesse ou 
* itn| e on m6 P nsable pendant son consulat, qui repondrait a la trei- 

(2) Ak .luatorziemc annee de Domitieo. 

(jj 2SJ 8 * Zarah - " k - 
11 °erenL d<5fi « ur6 P ar le scribe : terriblement. il faut le dire. 

U) pji Y lr S Propose de traduire katia par curtus, circoncis. 
D>enl . Pacir Cldracns - U scribe n Iraduit < limens par Shalom, (clfr- 
*"* '"que . M. Dereubourg propose integer, incirconcis. 



— 64 — 

tien et, par consequent, de Titus (1). Dans d'autres(2) 
le converti s'appelle Onkelos (3) [Bar-Ivalonimos] (4). 
il est poursuivi par des soldats que l'empereur envoie a 
sa poursuite, on le dit neveu de Titus (5), mais on ne 
dit pas qu'il se soit fait circoncire. Dans d'autreS 
encore (G), il s'appelle Onkelos ha-ger (7) et est neveu 
d'Hadrien(8). 

Racontee dans le Talmud (if; bien longtemps aprej 
l'apparition des Evangiles et redigee dans le merne 
style qu'eux, avec les memes images, l'airaire de Cle* 
mens est devenue parabole sous la plume du scribe. 

Ayant songe a prendre une mesure grave coutre le 8 . 
Juifs, (expulsion generale de Rome ou persecution * 
mort,) un Cesar en qui on reconnalt immediatement 
Domitien assemble les grands de l'Empire et leur pose 
ce dilemme : « Si on a un ulcere au pied, faut-il l'affl* 
puter et vivre, ou garder son pied et souffrir T0)?» [ 
Tous sont puiir l'amputation, sauf le senateur Kati* 
Bar-Scbalom tFlavius Clemens:, et c'est pourquoi il est 

(1) Aloiah Zarah, 11*. 
"(2) tSittin. 56>". 

(3) Corruption A'Aculeios, Acilius, ou plutiit assimilation par ^ 
scribe du nom d'AcuIeios a celui d'Onkelos, autcur de Targum* 
celebres parmi les Juifs et grand ami de Gamaliel TAncien : il assist* 
mime a son euterrement. 

(4) Fils de Clemens. Le scribe confond Acilius avec Titus F. &«* 
mens, lils de Clemens. 

(5) Et par consequent de Domitien. 

(6) MidrascU Tanchouma, commeutaire sur I Exo It, xxi. 

0) « Onkelos de l'elranger «, par opposition a I'Onkclos des Juif 5, 

(8) Erreur evidente. 

(9) AboJn Zara, 10 h , cite par M. Derenbourg, Hisloire de la Pal**" 
tine, p. 335. 

•110) « Si ton pied te scandalise, coupe-le. dit Jesus, et jette-le lp*? 
de toi, il Taut micux entrer dans la vie eternellc n'ayant qu'un p' 6 "' 
qneJen avoir deux et i-tre jete dans le Ghe-llinnom du feu. • &' 
Let Evangiles de Salan, troisieme partie, p. 360. 



— 65 — 



PareH Tu ^ **?* de P " ir ' U dit : « Je ■* 
do »c passer T^ qm H Pa} '' S ° n impdt ^ J' e P uis 
P°ur SV me mettrG 6n r ° Ute! » Ce navire ' ou 
*ou s Z7 V elte aPChe d ' alliance ' ce G °9°tha que 
Suited! p SV , U o franchirIa M ^rrane e S0l j , a c q Q _ 
le Josenh .m?" qU f, 1 char P eQtier Pa construit, sinon 
oseph de 1 Evangde ? Qu'est-ce done, sioon ce que 

b 4td a eS^ P ^^ la b3rqUe ^ J6SUS 6t la 
fuse^f SUr . le md ' me fait u ™ autre legende plus cou- 
■encedl J*" 8 pr ' C,euse en <* qu'elle constate la pre- 
S Im" 116 r* rabbis a Rome en meme 

C.pu- ? Ue C,te Rabbi GamaIie1 ' Rabl >i 
Petit-fil a ] , ""' d ° nl le P remier au moins, 

e 8t VP n qui acondamn e Bar-Abbas amort 

*> sSt P ° Ur COmbattre Akiba - Pendant leur sejour, 
Plus de , f Crete qU ' a , U b ° Ut d ' un mois W « <f aura 
,e mon dp r" n ° n , 8e,lle,nenl dans la viUe, mais dans 
fcoBun. • 6St ' am P utallon - Un senateur anonyme, 

^bbTr P ' eU r , r, entendeZ pbil °J uif ' - ™ nt louver 
Parm i "" el lui fait P art de ,a d *««on. Grand emoi 
e « cetl 8 d ° Cteurs - Mais ,e senateur, plus juif queux 
disant Clr ^ onstance ' ,eur rend le calme en leur 
°e ma„ qUe ' le d ^ lai de trente J' 0urs > Ieu r dieu 

cinquj " qUe !" a,t PM de Venir a Ieur secours - Le vingt- 
v 'iL! J ° Ur U eD parIe a sa femme : « Voila deja 
« C1 «q jours d ecoules, dit-elle. - Reste cinq jours, 

fc>«*. CwSf ""A'" dans '' an * e d ' a >'"°« «=n Change de son 

^ * %3ssr ^ non ' les ' c '" *■ ^ s ° n 

(3 ' lhta e r- GOg '* ha ' P - 3UI - 

W} De U-enie^ " b - "• Mid : aSch lalkout sur le p ™"* "u, io. 
'"we jours, coiume dans le systems christien. 



— 66 — 

dit le mari. — .\as-tu pas de bague empoisonnee? 
reprend la femme, suce-la et meurs ! Cela donnera 
aux Juifs un nouveau delai de trente jours, et dans l'in- 
tervalle on abrogera le decret. » Le mari suit le conseili 
il suce la bague et meurt. Mais on reconnut plus taru 
qu*il s'etait fait circoncire : le vaisseau avait paye 
l'imp6t (au Cbarpentier) avant de quitter le port, U 
etait sauve! 

Ce qui frappe ici, c'est que l'execution du decret 
depend du senateur, puisqu'il a le pouvoir de l a 
retarder en disparaissant. C'est apparemnient qu'i* 
etait consul au moment du decret, et que sa mor* 
coincide avec le dernier jour de son consulat. Or on W 
dans Suetone que Clemens avait a peine termine l e 
sien, lorsque Domitien le fit mettre a niort. Ce malheu- 
reux avait-il cru s'assurer le Royaume du monde eD 
se faisant circoncire? Etre l'empereur-messie ? 

Comment douter que ce ne soit la le veritable root»* 
de sa circoncision, quand dans la tradition juive, doU° 
christienne, on le voit leguer tous ses biens personnel 
a Rabbi Akiba, par consequent desheriter sa femme •* 
ses enfants au benefice de ce jehouddiste avere dont l e 
pere a fait campagne pour Shehimon, roi-cbrist soo 9 
Claude, et dont le fiis prechera par toutes les syn 8 " 
gogues Bar-Kocheba, roi-cbrist sous Hadrien? ™ 
Domitien avait designe les deux fils de Clemens p oU f 
ses successeurs au trdue, donnant par anticipation 
l'un le nom de Vespasien et a l'autre son prop 1 * 
nom (1). Pour quelle raison leur pere aurait-il teste e 
faveur d' Akiba, si ce n'est celle qu'invoquait R ar " 



(1) Suetone, Domitien. St. 



1 



— 67 — 
Abb 



raino P 4 ° Ur SC faire d0DDer les 1,iens de ses contempo- 
actuell niaS et 8a femme ' m6ra e dans les Ecritures 
pour > eS ' nC sont " lIs P as assassines par les ap&tres- 
Pronr aV °' r P ° lnt Ugi COmme C1 e«nens? Ainsi, de son 
conn » m0UVement ' CGt h ° mme ^ Ui avait et6 Onsul re- 
reiJ 3UX Jmfs ' co,,tre ses enfants m ^es, le droit de 
"Grande (1) que Bar-Abbas faisait deja valoirsous 

tour G .' , Ub par les Juifs ' croyait-il les rouler a son 
Se ' S a PP h 4«erleurs litres a la possession de l'univers? 
leur ft nlait - !, » au c o"traire, d'une part modeste dans 
lourr f aUme? Sa V3Ste imbecilIite l"i permettait de 
abjec,! ,?*? CCS id ' eS a ,a fois - il etoit d '"ne faiblesse 

c'est ' , aW S1 eile est all * e W'°* dit ,e ralmud, 

c 0nia qUe . ) le Royaume dont parle aujourd'hui Jesus 

ci *qu a e . UDe VieUle luDe 6tait enCOre de ce raonde 
£ iQ aas a P r6s ,a crucifixion de son titulaire. 

Q e les Cassius » 1 ui Pourtant connait les christiens, 

sent n nomme P lus a cette occasion. Mais qu'ils fus- 

n'estn? 68 6t d ^ ,inis daDS ,e texte original, cela 
*ie ns > dout€UX - Qu'ils le fussent par d'autres histo- 

^ebTn! " n faJt reconnu de ''Eglise elle-meme dans 
<fe ch • ( V 0li el,e dit '- « Bruttius ecrit que beaucoup 

Qa'ibj n i Stle f nS ° Dt Subi le mart - vre S0U3 Domitien. » 
Pi-euve fussent egalemeut d'Epictete, on en a la 
Parle * ^** ,GS conditions n*5mes dans lesquelles il a 
eHe c' e et ° D ne P eut douter 9 ue ,e passage ou Arrien 
P r °pos (4) n'ait subi l'affront des remaniements 

d! Ses S^f !?** Ie droil de renlrer en Possesion du rovaume- 
(i? ,oi «u ionde P " app,icaUon des P»pW«ies en possession 

( l3) C 'X'^'^'"" W: «"•'»*> «Ut Sin-tone. 

. «ttMr/ai„Mu £EpkMt, 1. II, U, SO. Ce passage semble 






— 68 — 

monastiques. Car le sage Epictete s'etait retire a 
Nicopolis (1) apres le senatus-consulte qui expulsa les 
etrangers de Rome, et sachant qu'un de ses auditeurs, 
un jeune Grec, avait ouvert l'oreille a lapretendue reve- 
lation cbristienne, il Ten reprit vivement : « Pourquoi 
fais-tu le juif, puisque tu es grec ? Ignores-tu dans 
quel cas on est repute juif (2), ou syrien (3), ou 
egvptien (4)?Quand nous voyons quelqu'un se com- 
plaire dans le faux-fuyant (5), nous avons coutume de 
dire : « II fait le juif », quoi qu'il nele soit pas! Celui- 
la est appele juif, et Test veritablement, qui a la pas- 
sion maladive du baptise et du sectaire » 6). Etre chris- 
tien, c'est etre surjuif, nous l'avons dit des le premier 
jour. 

Ce qui porte a croire que Titus F. Clemens fq 
assez circoncis pour pouvoir etre reclame par le s 

avoir ete plus etendu ct surlout plus clair. II rend tout a fait suspe-:' 
cet autre passage du livre IV, 7, oil il est dit : » On peut se seflff 
en mesure de faire face a lappareil menacant de la tyrannic soit P* r 
une sorte d'exaltation, soit par une resignation habituelle, comme I*' 
Galil-ens. » 

Ce mot Galileens m'elonnc au plus haul point, non qu'ils mnurusseo' 
moins bien que les autres Juifs. mais avec le sens qu'on lui don ' 
ici il ne date que de Julian. Hemarquez que, legerement posterieur * 
Tacite, a Suetone. a Pline le jeune, et non moins bien place pour <j ,s " 
tinguer entre les Juifs. Arrien ne sail pas ccqu'est un christien, ^> x 
qu'il sache ce qu'est le bapteme. D'ou vient que le mot ehristi'* 
soit couramment employe dans le> trois auteurs latins. comm eS 
repondait a une definition acceptee '.' , . 

(1) Nicopolis fut un des premiers foyers ile jehouddolatrie. C* 5 ^ 
pourquoi le pseudo-I'aul parle de s'y retirer dans la Lettre a Tito*- 

(2) En ce cas. disciple de Bar-Abbas. 

(3) En ce cas, disciple de Menandre. 

(*) En ce cas, disciple d'A polios ou de tout autre baptiseur. ^ 

(5) Epamphoterizonta, u-ant d'ambiguite, donnant le change. * ^g 
^pamphoterise perpetuellemcnt. La fable evangelique n'est qu'un 1° 
epamphoterisme sur la personnc de Bar-Abbas. 

(6) To pathos tou bioammenou cai trhntnou. 






— 69 — 

J Tistiens, c'est le parti que l'Eglise a tire de lui dans 
e s impostures. Elle a commence par enzdner son pere 

d °nt elle a fait le compagnon de Paul et le successeur 
e Pierre sous Xeron. C'est lui que les Ecritures cano- 

e J q " es a Ppellent Titus dans la Lettre aux Galates (1) 
d ans la Premiere aux Corinthiens(2), et Clemens 

ceu! I LeUre aUX Phili PP iens •' lec l uel Clemens, dit 
d . e lettre, est « inscrit au livre de vie » (3), c'est-a- 
So ^ C mort et g'orifie, a la date que l'aigrefin assigne a 
aux, c'est-a-dire sur la fin du regne de Xeron. 
8lj eSt ce Clemens-la qui est devenu le pape Clement, 
ch CCesseur d e Pierre, et qui declare avoir ete l'apdtre 
_ er » de Jesus sur le sein duquel il a repose pendant la 
D 6 . ( ^ Q uant * son fils ' celu * qui fut mis a mort par 
Son * l6 "' lE o'' se * a enz0Q e au point de mettre sous 
Ses , nc J m deux Lettres aux Corinthiens dont elle fait 
8er a h abituelles, — moi aussid'ailleurs, — et qui 

xH[\ lenl dans le canon . si elle n'avait pas juge plus 
se u ^ a S6S int6rets de fondre les deux Clemens en un 
le t t, . U ! est tantot le premier pape apres Pierre, tantdt 

8 Pecn SIe ™ e ' Sel ° n leS exi » ences de sa chronologie 
Q Qf . * ( 5 )- Le faussaire qui correspond avec les 

Paul el leUr annonce le martyre de Pierre et de 

• (( sous les princes » (6), prend le nom de Clemens, 

GaJ lio n 7° SU '? lrom P 6 'orsque jai altribue ce prenom a Annceus 
2 Uen ces im7. s ^ Q ique. Cest une erreur grave par les conse- 

^''on H J Cn ai lir6es < 1 uoi, l ue '« fa'' des relations de Saul avec 

< 2 J <:,„ ,eure enlie ""- et cest le principal. 

13] £ ns c °mpter la l.rllrt i, Titus. 
^dansm 01 " / ' / " 7 W" >n, > 'V, 3 : « Clement et les autres qui m'ont 
M) Cf n? D m,ni *'ere, dont les noms sont inscrits au Livre de vie. > 
*'*? e Parlie an9,/ " * Sr '""- p " ***• et '" Evan 9''" <*• Salon, troi- 

(6) cj" le . Go 9 o// ia . ,,. 35S. 

-a-d.re pendant que Vitellius, Othon et Vcspasien se dispu- 



UIKfJPMllIl BI I - 



— 70 — 

mais il supprime les prenoms Titus Flavius qui ruine- 
raient son faux, puisqu'il est cense ecrire sous Xerva et 
que Titus Flatus Clemens a ete mis a mort sous Domi- 
-tien. 

C'est une chose bien remarquable que, malgre ses 
inepuisables ressources de mensonge, l'Eglise n'ait pas 
pu envover Paul a Home sans I'y faire preceder du 
vieil Akiba, ni en Asie et en Macedoine sans l'y faire 
accompagner de Clemens. Akiba, voila la clef de voute 
de toute l'Eglise romaine, de tout le christianisme au 
premier siecle. Sans lui, point de Saul metamorphose en 
Paul. De meme, sans Acilius Glabrio nous n'aurions 
jamais eu l'histoire du palen dcvenu christien sous le 
nom d'Akila et redeveuu juif a l'ecole d Akiba, sans 
jamais cesser d'etre adonne a la magie (1). Car Acilius 
fait Aculios en grec ordinaire et Aculas en dialecte 
«'yriaque. La transformation d'Akibas en Aculas a per- 
mis de transporter a cet Aculas l'origine palenne q" 1 
n'appartient qu'a Acilius Glabrio. 

Quant a la « persecution n souirerte par les « freres»? 
Flavius et Acilius pour avoir proclame la a divinite de 
Jesus », elle a donne lieu aux Acles de Xereus et AkH" 
leus, dans lesquels Acilius est reste sous la form 6 
Akilleus, tandis que Flavius (Jaune) est devenu XereflS 
(couleur d'eau de mer), comme il convient a un homm e 
admis a l'honneur de monter dans la barque de Joseph 
leCharpentier. 

Maisvous seriez alles chez les christiens de Corintbe» 



Uient {'Empire. Voila le premier etat chronoloRique du marlyre 
Picrru et de Paul. C'est iieaucoup plus tard qu'ou l'a rament ■ 
■temps de Neron, prince unique. 
(1) Cf. 1c present volume, p. 56. 



— 71 — 

evangelises depuis Claude par le vieil Akiba, vous n'y 

uriez pas trouve d'autres Ecritures que celles de 

Jehoudda Panthora et de ses Bis : les Paroles du 

iZobi ; et elles vous auraient paru si dill'erentes des 

Uniques actuelles que, si vous aviezpu voir celles-ci, 

! connaissant pas les autres, vous n'auriez pas 

a nque de les attribuer a de miserables faussaires. 

c est de quoi fait semblant de se plaindre le gagiste 

* Cc 'esiastique qui a fabrique les Lettres de Denys de 

Knthe : <c J'ai ecrit plusieurs lettres a la priere des 

ere s, et les apotres du demon les oat alterees par des 

etr anchements et des additions : la malediction les 

ent » (1). 11 ne faut pas s'etonner si Ton a entrepris de 

Tompre les Ecritures du Seigneur, puisque Ton a 

re pris de corrompre celles qui en sont si differ 

Rentes! » 

. '■ — C'est sous Trajan qu'eclaterent les revoltes 

es Juifs de Cyrenalque, de Cliypre et d'Egypte 

ouvelerent les exploits pour lesquels Simon de Cvrene 

ait ete crucifie aux c6t(is de Bar- Abbas. La marque 

sicariat jehouddique est sur ces evenements. On 

enlevee ; et pour tout renseignement, — outre la 

^se lettre du procurateur de Judee qui se declare 

e lu er les innocents christiens de Galilee, — 1'Eglise 

Quit une lettre de Pline le jeune a Trajan avec la 

fe P°nse de ce grand prince. 

a ns Eusebe cependant (2) elle reconnait d'apres 

Sesippe qu'un Shebimon, descendant de Cleopas, et 

a maison de David, etait le chef des christiens de 

ee au temps d'Atticus, procurateur entre les annees 

('! ir ' U ' de la Uttr ' d ' pa "' nXLX Thutalomidau. 
v - U*lo,rt rcritsiajHqut, |. I||. c h. sxxn, 3. 



— 72 — 

septieme et neuvieme de Trajan (1). Elle ajoute qu'U 
fut martyrise sur la denonciation de quelques here- 
tiques (elle veut parler de Shehimon Cleopas lui-meme 
et des autres disciples de Panthora, .Nazireens, Ebio- 
nites et Ischaltes) ; il aurait eu alors cent vingt ans, 
l'age qu'aurait eu Shehimon, frere cadet de Bar- 
Jehoudda (2). Or il ne s'agit pas d'un Cleopas qui 
aurait eu cent vingt ans, mais d'un Cleopas qui 
pouvait etre dans l'age viril, s'il etait petit-lils de 
celui-la. D'autre part, qu'est devenu Rabbi Akiba 
depuis le jubile de 839? II n'est pas mort martyr a 
Rome sous Domitien, puisque Clemens le fait son heri- 
tier avant de marcher au supplice. Que sont devenus 
les deux fils de Jehoudda Toamin qui ont pousse jusqu'a 
Rome sous Domitien? lis ont peri? Peut-etre. : mais 
n'ont-ils pas laisse d'enfants ? Les fils de ce Simon l e 
Cyreneen qui avait preche l'Evangile du Royaume sous 
Tibere, le vertueux Alexandre et le bouillant Rufus 
qui confessaient que leur pere avait ete crucifie a ' a 
place de Bar-Jehoudda, ces champions indomptables de 
la verite etaient-ils a ce point morts qu'aucun de leurs 
Ills ou de leurs neveux ne fut en etat de manier la siqu 8 
et d'eventrer d'autres hommes avec l'aisance d'un Bar* 
Abbas supprimant un Ananias ? Comment s'appelai* 
en circoncision cet Artemion (3) qui souleva les Jui'S 
de Chypre et d'Egypte ? 

(1) 8S8-860 de Rome, soit 103-107 de IE. C. 

(2) On a fait le conipte de l'age de Shehimon Cleopas comme s« 
s'agissait de Shehimon Pierre, son oncle, qui pouvait etre ne en 1*° > ' 
qui en ce cas aurait eu quarante-huit ans lors de la crucifixion d^ 
son frere aine. A cettc date (7SS) Cleopas avait dejadcux fils sort ' s .?, 
I'enfance, les Ecangilrs les appellcnt Jacob el Joses. Cf. Les Ecang*>" 
de Satan, troisieme partie, p. i'li. 

(3) Fideles a leur habitude de donner le change sur les noins, '"* 



— 73 — 

ceifv aV 0UI COmment s ' a PPelait Andreas qui souleva 
le in- Cyren - aI 1 ue ? Carcet Andreas, qui porte en grec 

t or TT SUrDOm que Jacob junior en hebreu > (Oblias, 

traHV peuple) » cet Andreas a tout a fait la grande 

amon jehuuddique. Et il a prepare la croisade par 

W f G d ° nt il n ' eSt P as q uest >on dans les Ecri- 
es ecclesiastiques, mais dont celles de Lucius Cha- 

m en , 8 .T rtaient Si b ° n temoi gMge qu'elles ont entiere- 
n . Jtd.sparu. Et ce Ludus Charinus ne devaitpas . tre 

il ltl* t deS SynaS ° gues vi sitees par Andreas, car 
croiJi etran S ement renseigne sur ce voyage et cette 
sade. Oui, dit Photius (2), qui possed'ait ses livres 
^ °™ ou en partie (3), c Lucius Charinus s'arme vic- 
ap6t USe . ment du V °- Vage d ' A ndreas pour accabler les 
de ai eSi " Et en elTet An dreas avail trouve le moyen 

^uu rpa f Ser C6S iUuStreS aucares > bien q"e d'apres 
le c a 6Ur ^ LeltredeB amabe, longtemps recue dans 
de c n0 "' " lls aient eux-memes sujpasse tout genre 

C yren meS * " T ° UteS leS s )' na 8°S ues de Chypre, de 
e nra G e J d'Egypte, secouees par la predication de cet 

le 8enl A Evan o ile du Royaume partout deplove comme 
8e 8 d, ; a P eau national ; la colere d'lahve appelee sur 
le 8 ^ rviteu '-s, s'ils ne tuent a la fois les Cyreneens, 
e «cor I" 01 "' l6S E ^'P liens > et ave c Plus de rage 
''ima^ i Juifs afrraacllis ou l' bres qu> acceptent 
ils p SG la B *-' te et P ortent la main a leur Louche quand 
On d aSSeDl devant un temple paien ; deux cent vingt 
eu * cent quarante mille personnes eventrees pour 

^^^mtde'ltiTm * PaUl **"*' "* Art ' m " parmi ,es P lus P»«- 

■3; Cf lr '/r Che de Constanl ' n opIe. 
PiUs ' «h. l'" ioU ''? ue de PhoUus, ch. 10*. Yoyez aussi lartide Aga- 



1 

graisser les roues du char d'Ezechiel, (li quelques-uncs 
mangees, les meurtriers se faisant des ceintures 
d'intestins et se frottant le visage avec du sang tout 
chaud... ah! ce fut un beau voyage que celui d'Andreas! 
On n'en a pas entrepris beaucoup qui meritent 
davantage le nom de croisade contre les inlldeles, et : 
" Charinus peut s'en faire une arme contre les apdtres 
depuis Auguste jusqu'a Hadrien. Jesus ne desavoue 
pas ces honnetes zelateurs de la Loi qui, « depuis les 
jours de Joannes » jusqu'a ceux de Bar-Kocheba, on* 
essaye de forcer par la violence les portes du Royaume. 
Les Akiba, les Artemion, les Andreas, les deux fds de 
Jehoudda Toamin, les Shehimon Cleopus, d'autres 
encore qui vont venir, voila les hommes qui tissent 
pieusement dans le monde la tente auguste de David- 
La renommee qu'ont laissee les ap6tres de la premiere 
generation, ceux de la derniere la completeut et la par- 
font. La page de Tacite contre les Juil's, la faraeuse 
page si souvent citee, c'est la reponse de Babylon 6 
au manifeste christien de I' Apocalypse. Appliquee » u 
judalsme tout eutier, elle n'est point juste, elle n'e9» 
point vraie, elle est indigne de l'histoire et de l'Dis' * 
rien; mais elle n'est pas hors de proportion avec so" 
objet, si on considere quelle reuferme la psychology 
de l'apostolat authentique, celui qui — pourquoi D 
voulez-vous pas ecouter Jesus quand il dit la veriW 
— avait rendu le nom de christ odieux a tous » e 
hommes ! (2) 

(i) Quelques auteurs addilionnent. ce qui fait quatre cent soi* 8 .^ 
mille.^Evidemuient c'est un chiffre beaucoup plus digne de 1'EvaDg „ 
du Itoyauuie, mais nous avons I'habitude. et nous 1'avons dej» 
observer, de ne rien mettre su pis. 

(2) Cf. lei Etangilet de Satan, deuxieme partie, p. 373. 



— 75 — 



XII. _ Infamesdans Tacite, monstrueux et celebres 

P a r leurs crimes, sans que cet historien donne un senl 

g 0tlf de cette epouvantable sentence, malfaisants dans 

ketone, hypocrites et cauteleux dans Arrien, voici des 

bristiens d'un nouveau genre dans Pline leJeune, "ou- 

erneur du Pont et de Bithynie sons Trajan. Ce sont 

« gens qui sortent on ne sait d'ou et sur lesqnels il 

* absolument impossible de rien savoir. Consulte par 

d e De '. Tra J an n ' en sait P as davantage. Au moins 

p 1 . Vrait_lI y avoir concordance d 'opinion entre Tacite et 

| Q e, q a i sont deux amis et qui servent le meme 

^ n ce, et entre Pline et Suetone qui sont plus intimes 

c »re. II n'en est rien. Dans le moment meme ou a 

me Tacite porte contre tous les christiens des accu- 

»ons etayees par des fails et qui equivalent a une 

ten ti0D eD maSS6 ' PHne dans ,e Pont se d « c,are 

ement desarme par les edits en faveur des associa- 

d e a 8> . te . ,lement in certain des precedents historiques, 
origmes de la secte, de ses doctrines, de ses senti- 

d e Pp m * me > quil en est reduit " solli citer les lumieres 
^Empereur! Peut-etre aurait-il su ce qu'il voulait 
jj 8 , 0,r Par Rabbi Akiba ou quelqu'un des siens, mais 
^ a git precisement de ne rien apprendre. Gar lapro- 
Par? Pline SVait 6i * troublee sous ses predecesseurs 
Plus a f ° lie qU ' a " ait devenir Penodique et qui est le 
Tib' &ranJ mal dont ait P ati 1'antiquite a partir de 
"a i ei k : i En affirmant 1 ue Dien realiserait V Apocalypse 
p er J ub » , f ou l'autre, les disciples de Bar-Abbas avaient 
I* fr** k tous les d egres de l'echelle ces peuples de 
fai 8 ! th - vnie et du Pont que le moindre oracle local 
pj ift ait tre mbler comme la feuilie morte. Et cependant 
5 »e demande ce que cela peut bien etre que le 



— 76 — 

christ et les christiens. Enzdne par l'Eglise quelques 
centaines d'annees apres sa mort, il ecrit a Trajan : 

o Seigneur, je me suis fait un devoir de vous consulter 
sur tous mes doutes. Car qui peut raieux que vous me guider 
dans mes incertitudes ou eclairer raon ignorance ? (i i N'utant 
jamais intervenu dans les informations contreles christiens. 
j'ignore oil doit finir ['instruction et commencer la peine. 
Faut-il tenir compte de l'age ou ne dislinguer point entre 
Venfant el Vhomme fait (2), pardonner au repentir ou se 
montrer impitoyable, malgr6 son desislement, pour qui- 
conque a ete une fois christien ? punir le nom seul, fut-d 
exempt de crime, ou bien le crime attache au nom > (3) J& 
n'ai pas mediocrement hesite. Void toutefois comment j'a* 
procede a l'egard de ceux qu'on ma deferes comme chris- 
tiens. Je leur ai demand.': s'ils etaient christiens. Quand ils. 
Pont avoue, j'ai reitere ma question une seconde et u ne 
troisieme fois (4), et les ai menaces du supplice. Quand i' s 
ODt persiste, je les y ai cnvoijes; car, de quelque nature q ,ie 
fussent leurs aveux, j'ai pease qu'on derail punir au moi nS 
leur opiniatrete et leur inflexible obstination (5). J'en a' 
reserve d'autres, entetes de la meme folic, pour les enroyer 

(t) Sur Bar-Abbas ce I'line est d'une ignorruice tout eccl(-siastiq ue ' 

(2) On ne recevait que des hommcs ayant trente nns. Pline a lu > e 
Evangiles ou Jesus introduil les enfnnts que, consequents avec ^ el y t 
doctrines, Bar-Abbas et ses freres repou^sent avec brutalite. Cf. ** 
Evangiles dt Satan, troisieme partie, p. 3*";. 

(3) Les auteurs latins. Tacite. SuGtone, Fronton. Apulec, Minucio 
Felix et tous les Evangiles (Cf. Let Evangiles de Satan, prenH* j 
parlie, p. 1U) constatent l'execrable reputation qui s'attacbait au s* 
nom du Christ et qui eul eld toute conlraire si ce christ eiit *' e 
Jesus des Ecangiles, partisan du tributa Cesar. et innocent descriW 
de Bar-Abbas. Ajoutons Josephe qui, sous lc nom de Zelotes et 
Sicaires, cba'ge en toute circonstance les partisans de la niaison 
David.- 

i*i Comme faisaient les baptiscurs. 
(5)Singulierlegisle! 



' i ' m in i \*mmmmmmm 

— a — 

a Rome, car ils sonl ciloyens romains '1). Bientut apres, les 

£as se multiplierent selon I'usage, par la publicite donnee a 

'"•crimination. On publia un 6crit anomjme (2 1 , oil Ton 

enoncait beaucoup de ceux qui niaient etre christiensou 

avoir ete, maisilsont, moi present, invoqueles dieux, offert 

e encens et du vin a voire image que j'avais fait apporter 

P°ur cela avec les statues de nosdivinites. lis ont, en outre, 

j audit le christ, (cea quoi, dit-on, il est impossible de forcer 

** veritable* christieas) (3). Ceux-la, j"ai crupouvoirles rela- 

er. D'autres, portes sur la liste, ont d'abord reconnu 

HUilsetaientchristiens, et sesont retractes bient6t, avouant 

Y lls l'avaient ete, mais qu'ils ont cesse de l'<5tre, les uns 

e Pms plus de trois ans, les autres depuis un plus grand 

^ombre d'annees, quelquesuns depuis plus de vingt 

t ns (*)• Tous ont adore voire image et les statues des dieux; 

° u * ont maudit le christ (5). Au reste ils afprmaient que 

Ur faute ou leur erreur n avail jamais consiste qu'en ceci : 

Ssassemblaient a jour fixe avant le lever du soleil (6); 

s chanlaient tour a tour un hymne a la louange du christ 

^nsidere comme Dieu (7) ; ils s'engageaient par serment, 

n a quelque crime (8), mais a ne point commeltre de vol, 

''au; U°, ,|k en l >ar,ie Ie bul de la le,,re - Ce Plinc a 'u les Ultra de 

(2) i Acl " d ' s A P ilres - 
r *8im ,,,: ' noncia " on anonyme, organe de la lachetc sous tous les 
Jl »rc l S et . * tou,es les i 'P 0( l ues - Est-ce que Fronton, precepteur de 

,j j» Ur <--le. a employe ce moyen? 

Bfl e ! S '*S& ici des christiens faconnes par YAyocatypse. Adorer la 
'*) A " ld ? les ' cest la damnation certaine. Plutdt la mort! 

9a„- " Junile de 839. Mine est cense ecrire dans les premieres 

de pgii de Trajan. Cette indication nous aide a fixer la dale, en deca 
(g, y.°'. ue Mommsen assigne a ce faux document. 

•Prts 0I '* ' llat g<ineral de 'opinion non juive sous Trajan et bien 

* l »cor e a ri pi ' ,ue en . Jt?sus - tout betcment! Rappelons quelle nest pas 
«eco 0( j s Cerinthe qui est plus pres du troisieme siecle que du 

cll4 me l r V | lnn * !or B 6e P ar qidque Ambroise de Milan d'apres cellc que 
(8 r Dou *e a la paque imaginaire. 

' uo «nme on cut pu le croire. 



— 78 — 

de brigandage, d'adullere, a ne point manquer a une pro- - 
messe, a ne point nier un depot (1) ; apres quoi, ils avaienl 
coutume de se separer pour se rejoindre ensuite et manger 
des mets innocents (2), a une table commune, lis y avaient 
renonce, ajoutaient-ils. depuis I'edit par lequel j'ai defendu 
les associations, suioant vos ordres. Je n'en ai pas moiuS 
juge necessaire, pour arriver a savoir la virile, de soumeltrs 
a la torture deux femmes qui les servaient a table (3.b 
et qu'ils appelaient ministry. Mais je n'ai rien trouv6 
qu'une superstition iuforme et extraordinaire (4). J'a* 
done suspendu l'information pour vous en referer. L'affaire 
m'aparu digne de reflexion, giant donnesurtoutle nombre 
des personnes compromises. Le danger menace une foulG 
de gens de tout age, de tout ordre, de tout sexe, appeles * 
succomber. La contagion de cetle superstition n'a pas sett? 
lement infecte les vi lies ; elle a gagne les bourgs et leS 
cbamps. Je crois pourtant qu'on peut remedier au mal e ' 
I'arreter. Ce quit y a de certain, e'est que les temples, qf 
etaient presque deserts, sonl freauenles, et que les sacrifices 
longtemps negliges recommencent, et qu'on vend maintenanl 
des victimes qui avaient auparavant de la peine a trouoe* 
acketeur. Par quoi il est facile de jugercombien de gens 0° 

(t) Pins de crimes de naxireat. lis font serment de ne pratiip'' 
que les Tertus ignorees des cbristiens priniilifs. 

(2) Le faussaire rise les ailreuses Agapes denoncles par tous '** 
auteurs du second siecle, et reconnues par eclui des l.'ttres de Paul- &* 
Aga|>es s'uuvraient le plus sotxven: a des convives scandaleux, con>o» 
dans la secte des Xicolaites, etloin de leur offrir comme ici des & els 
innocents, elles se signalaicnt quelquefois par d'abominables tueri* 5 
denfants (Fronton, Justin et Minucius Felix), soil par des -cV# 
immondes que Valentin n'a pu indiquer qu'avec managements- 
Cf. Let Ecangilet de Satan, premiere partie, p. 38. 

(3) Singolier legiste encore une fois : 

(4) Si elle n'elait pas supposee, fabriquee de toutes pieces, la le"* 
donnerait quelque chose de plus topique sur la doctrine et la natio "^ 
lite de. ces jebouddolatrrs. II est impossible d'esquirer avec phi' d Df* 
pocrisie la farheusc decouverte qu'eul ainenee une instruction c°~", 
duite par 1'boniine qu'ltait Pline, le premier avocat de son tefflP 5 ' 



— 79 — 

Peul ramener de leur egarement, si on fait grace a la resi- 
P'scence. » 

t-e faux saute aux yeux par sa maladresse. Com- 
ment! Dans la these de 1'Eglise Pierre a ete pape a 
Aome pendant vingt-cinq ans trois mois et quelques 
Jours, les quatre Evangiles canoniques ont paru ainsi 
4"e les Lettres dePaul, les christieus ont ete reconnus 
^upables de 1'iucendie de Rome, Pierre et Paul ont 
P r eche devant Neron la divinite de Bar-Abbas, mieux 
lie cela « les chaines de Paul sont celebres dans 
utle pretoire », et Piine qui a plaide pendant vingt 
^ s ne sait pas encore ce qu'il faut entendre par Jesus 
» 'es douze ap6tres? Pline qui parlait le grec comme 
Parlaitle latin, — et il l'ecrivait avec une perfection 
» eut pu tromper les Grecs eux-memes sur son 
ri gine, — Pline, curieux de tout ce qui est ecrit, Pline 
"^ sous les portiques de Rome cherche a voir tout ce 
£* se colporte sous le manteau, Pline qui surveille 
U Q ceil jaloux la boutique du libraire Tryphon pour 
P uvoir parler le premier de la derniere nouveaute, 
^ e qui a des copistes a l'annee, Pline n'a jamais ren- 
1 l re le plus petit morceau du .Nouveau Testament! 
oila des Ecritures que 1'Eglise donne comme ayant 
•* en circulation depuis le regne de Claude, voila des 
"Aliens qui adorent Bar-Abbas comme un dieu, 
4 elq Ues _ uns j e p U j s pi us d e v ingt ans, et dans toute 
province du Pont et de Bithynie on ne trouve pas un 
* ul exemplaire de Matthieu, de Marc, de Luc, de 
. W et de Jocbanan entre les mains de ces innombra- 
8 jehouddolatres ! Et on en est reduit par l'obscu- 
^ de la matiere a employer la torture ! 



— 80 — 

Un Trajan qui vaut ce Pline repond : 

Vous avez fait ce que vous deviez faire, mon cher Pline, 
dans l'examen des poursuiles dirigees contre les chris- 
tiens. 11 n'est pas possible d'elablir une forme certaine et 
generate dans cette sorte d'affaires (1). 11 ne faut pas faire 
de recherches contre eux S'ils sont accuses et convaincus, 
il faut les punir ; si pourtant l'accuse nie quit soit chris- 
tieh, et qu'il le prouve par sa conduite, je veux dire en 
invoquant nos dieux, il faut pardonner a son repentir, de - 
quelque soupcon qu'il ait ete auparavant charge. Quant 
aux denonciations par ecrils non signes, il n'y doit elre donnS 
aucune suite, car c'est d'un pernicieux exemple, et c'est 
indigne de mon regne. 

La reponse de Trajan est encore plus vague que la 
lettre de son gouverneur. C'est que l'une et l'autre 
datent d'un temps ou l'Eglise a supprime toute docu- 
mentation sur ce qu'elle est convenue d'appeler la per- 
sonne humaine de Jesus. Non seulement a il ne fau» 
pas faire de recherches » contre les jehouddolatres, 
mais on n'en peut de ja plus faire aucune sur eux. Aussi 
a-t-il semblea l'Eglise, authoress des deux lettres, q ue 
Trajan se contredisait, d'une part, en defendant de 
rechercher les jehouddolatres, de l'autre en ordonnaa* 
de les punir. Un droit est un droit, et si on peut eU e 
christien on doit pouvoir le dire sans etre poursuivi' 
Dans Tertullien l'Eglise argumente la-dessus etceO' 
sure la jurisprudence qu'elle prete a Trajan : « InsoU" 
tenable arret ! s'ecrie-t-elle, Trajan defend de rechercher 

ill Le faussaire enonce ici une vgrite qu'il est permit de gen^ralis* * 
En dehors des erreurs inherentes a la justice humaine, il n'y eut ^ 
condajnnes que les jehouddolatres convaincus de crimes. Vo "*.£, 
que les 'I'cutions et les Actes tcrits apres coup dissimulent a la p° s 
rH6. 



— 81 — 

es christiens parce quils sont innocents, et ordonne 
} . eles punircomme coupables! II epargne et il sevit, 

dissimule et il condamne. Ordonnance imperiale (1), 
Pourquoi vous contredire si grossierement ? Si vous 
^ondamnez les christiens, pourquoi ne pas les recher- 

e r? etsi vous ne les recherchez pas, pourquoi ne pas 
les absoudre ? » 

En effet, ces choses-la ne se voient que dans les 
P r oces diriges par les juridictions ecclesiastiques 
0Q tre les defenseurs de la verite ! 

Mefions-nous de ceux qui sacrifient tout a la phrase 

• avant de philosopher sur les faits, tachons de savoir 

a ls sont. .Yimitons pas Benjamin Constant (2), qui 

° Utlent c elte these que « la foi en Jesus-Christ fut 

. ras see des les premiers temps par une multitude 
^n'etait etrangere ni a l'iustruction ni a I'opulence », 
^ s e fondant sur cet argument : « Pline atteste que 

etaf 3 ' S ° US le rii S ae de Tra J an » des personnes de tout 

tsereunissaiejit aux pieds de la croix (3) ! » 
ki *' ~ Le dern 'er soupir du Royaume messianique 
Hy* 11 ! 6 lavait con C u Jehoudda le Gamaleen, c'est le 
^Jsterieux Bar-Kocheba qui se leva sous Hadrien, 
Cp»° a Bar-Joseph pour precurseur et pour mentor. 
8e k- eSt "'' Ce ' u ' * ( * ui Clemens aurait Iegue tons 
oiens, ou le fils de celui-la? On ne pourrait repondre 

Ma' S - ^'° n sava ' 1 son a S e au temps de Bar-Kocheba. 

jj s u n'etait pas que le heraut du roi Bar-Kocheba, 

ait de la famille, a telles enseignes que l'Eglise, 

j}}* f Petit billet! 

** >°Urr\.j- ? ,,rislian ""> e < causrt humainet qui, independamment de 
(3) pi " " ,l '""i onl concouru d son ttablissement. 

rase. II n'cst nifmc pas question de cela dans le teste. 






— 82 — 

lorsqu'elle l'eut travesti en Alula, s'est trouvee ame- 
nee a dire qu'il etait parent de l'empereur Hadrien avec 
lequel il avait lie partie pour reedifier le temple de 
Jerusalem ! 

Bar-Kocheba n'est qu'un surnom, comme Joseph, 
comme Myriam Magdaleenne, comme Bar-Abbas t 
comme la Pierre, comme tous les personnages princi- 
paux des Evangiles, comme Artemion et comnie 
Andreas, les apotres du Royaume sons Trajan. En 
circoncision il s'appelait Shehimon, et je pense qu'il 
etait arriere-petit-fils de celui des freres de Bar- 
Jehoudda que les Eoangi/esontsurnomme la Pierre (!)• 

Shehimon n'est connu dans l'histoire que par son 
surnom, tout comme Bar-Jehoudda ; ilest Bar-KochebBi 
c'est-a-dire fils de l'Etoile, tout comme Bar-Jehoudda 5 
et cette Etoile, c'est l'Ane et sonanesse, c'est le Thaf 
thakthakthar, le signe triomphal (2) sur lequel l fl 
revenant de Bar-Jehoudda fait son entree dans Jen** 
salem. Son pere et sa mere avuient fait pour lui ' e 
meme vceu que Jehoudda et Salome pour leur fils aine» 
ils l'avaient consacre a l'Abbas en vue du Jubile "* 
889. Shehimon, lui aussi, etait et .Varz'ret liar-Abba*' 

(11 11 est nomm6 Shehimon, prince d'lsratl. sur ses monnai e5 
(Cf. Derenbourg. Soles sur la guerre de har-KocheUi, 1»"S. in-Sj. 

A la verile, je ne sais posiUvement duquel des six freres de Pflj 
Jehondda descend Shehimon. mnis son nom me fait croire ijue s 
de celui qui est sumomme la Pierre. Far la mort de Bar-Jehoudd* 
• droit d'alnerse est passe a Shehimon, et c'est puurquoi d la ni" rl ^ 
celui-ci. son G s Jehoudda. qui semble avoir ete lunique, ful >urnoni<" 
Malik, le roi presomptif. grccise sous le nom de Malcos qi" 
devenu le Marcos dont I'Eglise a fnit un de ses quatre Evangelic" 9 * 
Cf. U Saint Esprit, p. 161. . 

(2) Les monnaies de Shehimon sont dites « kochbiennes » » c * u { 
de cela dans le Talmud, traite Balxt Kamma. Si elles ne portent P° 
les Ahes eux-memes, c'est que les figures, surtout cello-la, sont dt ler 
dues par la L«i. 



— 83 — 

* c'est puurquoi en le voyant pour la premiere fois, 
Xxiba. s'ecrie : « voila le roi-Messiah! » (i) Jacob junior 
( °us l e nom d'Andreas) apercevant Bar-Jehoudda au 

°urdain dit : a Nous avons trouve le Messiah ! » (2) 
le nom de circoncision de Bar-Kocheba a find par 
Paraitre, comme celui de son arriere-grand-oncle, ce 

est nullement, comme l'a dit un savant juif (3), parce 
" u est de l'interet de celui qui se disait ou se croyait 

Bessie de dissimulerson veritable nom et celui de sa 

^Ue. Au contraire, l'interet d'un tel imposteur, lors- 
^ u " descendait de David comme celui-la, c'etait de 

«, ?T er ses t ' tres P ar une genealogie en regie (4). 
enj mon ava j t j es jg,^ genealogies qui sont aujour- 

Ul dans les Evangiles, et c'est ce qui permit a Akiba 
*4iner en lui le Messiah sans autre presentation, 
p. Ux qui suivirent Shehimon croyaient si proche 
0re °u il pourrait dire le mot du pldrome (5), que 
ns d'entre eux oserent « prononcer le tetra- 
caine comme il est ecrit. » Dans Valentin, si attache 
aoudda le Gamuleen qu'il se reproche interieure- 
Sal De P ouvo ' r reconnaitre son fils aine pour dieu, 

m e, l'illugtre veuve de ■ 1'homme de lumiere » (6), 
ndique hautement Shehimon Bar-Kocheba parmi 
e scendants directs (7), comme si la grande famille 

^inpn* n US '' av °ns trouve se disant roi-christ, » disent les Juifs qui 

(2) Cf , B "-Abbas a Pilaws. 

(3) jj ' . Ewngile de Sestus, p. 3! . 

K) cr" , re °bourg. Cf. Xotet lur la guerre de Bar-Kocheba, p. 158. 

(5) s ' , Cl wpeniier, p. 51. 
* ta '-9rt» w U '° l du P' eromc l£ l V^ ' e prononcail Bar-Abbas, cf. Let 

16) p.,,* * Satun, troisieme partie. p. 30S. 
.17) (J u ' "°n.voie valentinien de son man. 
*' ini e oaw- ra " J ' fe ^ • Ve "" i . P- -"* cl Lts Eoangilet de Satan, troi- 



— 84 — 

apostolique s'etait eteinte en lui avec le dernier espoir. 
G'est pour cette raison que l'Eglise a supprime tout le 
livre de Dion Cassius (1), dans lequel cet historien, 
natif du Pont comme Akiba, remontait a l'origine 
jehouddique de Shehimon et contait l'histoire du regne 
Kochebien. Les choses sont telles aujourd'hui que pour 
avoir un maigre recit de la guerre, il en faut passer 
par trois homines d'Eglise : Eusebe, Jur6rae et le 
moine Xiphilin, l'abreviateur de Dion Cassius. 

Le fanatisme de Shehimon s'assaisonne de magiet 
c'est une tradition de famille. On dit que de sa bouche 
il vomissait du feu par le moyen d'une boite en fer 
blanc remplie d'etoupes enllammees. Est-ce un sou* 
venir de Jehoudda et de son frere dont il est dit dans 
1' Apocalypse que « de leur bouche sort un feu qui con- 
sume leurs ennemis? » (2j La colombe du Jourdaio 
s'allumait a l'appel de Bar-Abbas. Shehimon proceda 
comme ses peres, les Paroles du Rabbi etaient sa 
charte. II profita d'une paque, en organisa une, si elleS 
etaient iuterdites, et, tel Menahem, regna dans Jeru- 
salem oil il s'est maintenu, presque victorieux, pendant 
deux ans (3). Ses sujets se marquerent au front de la 
croix que Bar-Abbas avait sur le bras. De cette maniere. 
ils ne pouvaient deserter sans trouver dans le camp 
ennemi la mort qu'ils avaient fuie dans le leur. 

Depuis le travail du moine Xiphilin dans Dion Cas- 
sius, il est devenu impossible de savoir oiiest lafameuse 
« Montagne royale d, le « Bethar » sur lequel Shehim° D 



(1) Le soixante-neuviemc de >on Histoire romaine. 

(2) gr. Le Roi del Juifs, p. 28. 

(3) Sur les commencements de la campagnc cf. Lei Evangil" v 
Satan, premiere partie, p. 82. 



— S5 — 

s etait retire lorsqu'il fut oblige d'abandonner Jeru- 
salem. C'est la que l'Evangile du Royaume fut ecrase 
pour toujours. La Montague royale etait assez eloi- 
S°ee de Jerusalem pour que, parmi les divers empla- 
e uients proposes, les erudits aient opine pour les 
* n virons de Sephoris, au nord de la Galilee (i). 
xi U me soit permis d'ouvrir un avis. La seule mon- 
gne qui fut designee pour servirde dernier boulevard 
, nehimon, c'est Massada, dont Josephe dit qu'en 
, P 11 de la prise de Jerusalem par Titus, les Romains 
eu ssent point ete vainqueurs sans celle-la. La seule 
t n 'agne qui meritat historiquement le nom de royale, 
encore Massada, moins encore a cause des defenses 
'es rois Asmoneens et Herodiens y avaient elevees 
J" la surete de leurs personnes, que du choix qu'en 
le nt fait Menahem et son beau-frere Eleazar pour 
eoir la base de leurs operations. Le nom seul de 
. Sa da, — forteresse de montagne, — repond aux 
Sences topographiques; et quant au « Bethar », ou 



Son de guet, rien ne repond mieux a l'etymologie que 
erveilleux sommet d'oii la vue d'Eleazar embras- 



. . a Io uest tout le camp romain de Silva, et sur les 
ft , es points jusqu'a plus de six heures de marche. On 

pouyait etre surpris, et on y pouvait surprendre. 
y "' avait *te le dernier rempart des jehouddistes sous 

r sien. Pourquoi ne serait-ce pas le dernier rem- 



P°Qvaii m rcnbour 8 a demontre d'une uianiere Iris plausible qui! ne 
en com D i re JI nes '''>n de sephoris. Sephoris aurait ele ruinee de fond 
Pr ° s Pere « °. r ' non seul >'inenl elle conservait une physionomie tres 
'''•ctcurs <j Pi '. l c hute du Bethar. raais elle servit de refuge aux 
t^imon ^.'''chna qui, s'etant U-nus en dehor* de l'entreprise de 
*PhorU ii°. , [ aient luitle Jabne, le precedent siege du Sanhedrin. 
etaa f °rt bien gardee. 



— 86 — 

part des jehouddistes sous Hadrien ? Les scribes du 
Talmud ont pour ainsi dire certifie l'identite des chris- 
tiens de Menahem et de ceux de Bar-Kocheba, lorsqud 
songeant sans doute a la resurrection d'Eleazar dans 
Cerinthe (1), ils ont dit que, le quatrieme jour, le* 
corps des martyrs tombes au Bethar n'avaient point 
encore eprouve de commencement de corruption. Et 
c'est un argument de plus, presque une preuve, en 
faveur de l'identite du Bethar avec Massada, car. 
Josephe attribue a l'air de cette montagne des pro- 
prietes telles qu'apres cent ans les provisions ren- 
fermees par Herode dans la forteresse etaient encore 
saines et fraiches comme au premier jour (2). Un detail 
renforce la vraiserablance de toutes ces hypotheses : 
c'est dans la direction sud de Jerusalem et ouest de 
Massada, et uniquement dans cette direction, sous l e 
terebinthe de Mamre, au marche d'Hebron et de Gaz«» 
que furent vendus les prisonniers. 

Au lieu d'appeler Jerusalem .\azireth, comme eu» 
fait Shehiraon, Titus Annius Rufus, par ordre d'Ha* 
drien, rasa Jerusalem, promena la charrue (3) suT 
Templacement du sanctuaire, jeta les fondements d'u 
temple a Jupiter Capitolin, donna a la ville le noo 1 
signilicatif d'.EUa, et rephqua au dernier roi-christ p^ 
la division tout apocalyptique de cette civitas en sep 1 
quartiers. Loin den interdire 1'acces aux Juifs isole* 
ment, Hadrien ne le defendit qu'a ceux dont l'hab«' 
tude etait de se rassembler en armes pour montera ' 8 

(1) Cf. L'Evangile de Sttsxu. p. -0*. 

<2) Guerrt des Juift, I. VII. ch. XXB, 536. ^ 

Ccls-peut U-nira la saturation saline. La feinmc de Loth, chanfr" 
en statue de scl. est une legendc de menu- origine. 
(3) C'est, je pense, une image. 



mm n i ■■ -jmmmsmm^m 



— 87 — 



paque et aux fetes comme faisaient les christiens (1). II" 

e mpecha point de celebrer la paque chez soi et de 

fflanger l'agneau dans l'intimite de la famille. Celui 

quon mange dans les Synoptises ne provient pas du 

e mple, et Jesus, par son dispositif, autorise l'agneau 

& dans la maison dun particulier, pourvu que celui-ci 

0l t Juif et jeliouddiste. Ce qui fut defendu, c'est tout 

que Bar-Abbas professe comme indispensable a 

n 'ree dans le Royaume, c'est la circoncision prati- 

4 ee sur les goym, c'est la predication des annees sab- 

uques, source de tous les desordres, c'est le prose- 

. lsme judalque dans ses formes olfensives. 

^ e qu'Hadrien voulut detruire en passant le niveau 

. r *e Temple, c'est le cbar d'Ezechiel, c'est l'axe de 

cr °ix, le pseudo-centre du monde, le siege du Messie. 

Qoubla le nombre des espions, on renforca la police. 

p. " Qu it milles d'Emmaus, on arrtitait ceux qui, de 

aree ou de Joppe, montaieuta Jerusalem. Etrenou- 

I les ordonuances de Vespasien et de Trajan : a A 

Parti appartenez-vous ?• » demandait-on. Autre- 

t Quel Seigneur reconnaissez-vous? L'empe- 

11 r n^ < l ue ^ c I ue pretendant au Royaume universel ? » 

ut ruser, prendre des masques. Tous les artifices 

8 . S e "ques, la recommandation de n 'avoir rien sur 

. ' © ne saluer personne en cbemin, de peur des faux 

8a f ' v ' euuent de la, le style meme, si tortueux dans 

^Be simplicity 

mes de 1' Apocalypse sous Hadrien, comme ils 

•fciis a °p iclion constatee par I'Eglise dans Jastin et dans Eusebe, 
*?**i"es o Ce carac, * re sculeinent. I-c fait d'allera Jerusalem pourses 
' s seni i, U pour >' P r '" n'a jamais He defendu, les Talinuds en four- 
*» Preuve irrefragable. 



— 88 — 

I'avaient ete de tout temps, les Juifs du Sanhedrin trou- 
verent dans le nom de Bar-Kocheba les elements d'un 
jeu de mots analogue a celui qu'ils avaient fait jadis 
sur Bar-Jehoudda et son pure. De ceux-ci ils avaient 
dit (1) : « Ce sont des Daal-Zib-Daal (dieux-poissons); 
de Sliehimon ils dirent : « Ce n'est pas Bar-Kocheba 
(le fils de I'Etoile), c'est bar-Koziba (mot a double sens 
dans lequel entrent a la fois le radical de kozab, mentir, 
et le mot Zib poisson), (ils du Poisson menteur. » Ce 
pecheurd'hommesavait trompe toutle monde... comme 
le premier, comme tous les charpentiers de Phrygie et 
tous les poissonniers de Thessalie que nous avons vus 
•dans Apulee (2) et jusqu'a nos jours. 

Rapproche du surnom (Zibdeos) que Jeboudda le 
Gamaleen porte parfois dans les Evangiles, celui de 
Koziba liait Tun a 1'autre Bar- Abbas et Bar-Kocheba 
comme les deux zib sont lies dans le signe. Comment 
obvier a cet inconvenient? L'Eglise dans Hegesippe a 
commence par dire que, des le temps de Neron, avant 
le regne de Menahemen 819, les membres dela famill e 
«hristienne avaient quitte Jerusalem afin de n'etre point 
confondus avec ses defenseurs, et qu'ils s'etaient refu- 
giesaudela duJourdainenun lieunommeKocheba, d'ou 
ils n'etaient plus sortis qu'apres la deconfiture de Bar- 
Kocheba pour lequel ils avaient montre une indifference 
conGnant a 1'antipathie. Hegesippe en temoignait de 
tout cceur, lui qui ne les avait quittes qu'une quinzaine 
d'annees apres, pour venir a Rome precher Jesus et la 
vdrite apostolique ! Hegesippe pouvait mentir, il n'etaJt 
fait que pour cela. Mais il fallait un second temoin- 

(1) Cf. Le Charptnlier, p. 68. 

(2) Cf. Lti Ecangilei de Satan, prciniire partie, pp. "0 et 91. 



— 89 — 

On enzdna Julius Africanus, originaire de Samarie, et 
^i avait ecrit au troisieme siecle. Africanus declara 
<l u e rien n'etait plus vrai, et que de son temps il y 
avait encore, non seulement a Kocheba, mais a 
^'acire//i 7?ieme. des « parents du Seigneur », et 
d'une patience, d'une bonte, d'une affabilite dont on 
11 avait aucune idee quand on ne les avait pas vus de 
Pres. 

On avait montre par l'invention de Kocheba trans 
J ° r danem que les cliristiens ne pouvaient avoir suivi 
° ar -Koziba ; mais contre cette evidence que la meme 
Kabbale, les memes Paroles avaient ete communes a 
°ar-Abbas et a Bar-Koziba, il a fallu forger plusieurs 
f u *. Celui-ci est magnifique. Passant des Juifs qui 
l »ennent leur kabbale de Jeiioudda le Gamaleen a ceux 
^ Ul ont suivi le dernier roi-christ, l'Eglise ecrit dans 
J «stiu • 



" Us nous tiennent (1) pour leurs ennemis et leurs 
^versaires. Comme vous, (Antonin, successeur d'Ha- 

rien >) Us nous persecutent et nous font mourir quand 

8 « peuvent : vous pouvez en avoir facilement la 
P r euv e . Dans la derniere guerre de Judee, Bar- 

°cheba, I e chef de la revolte, faisait subir aux chris- 
8 ! e . Ds > et au.v christiens seuls, les derniers supplices 

*«s "ereniaicntet neblasphemaient Jesus-Christ! » 

,e f aussaire, car e'en est un et de la plus belle eau 

^Ptismale, s'etonne que des Juifs agissent ainsi avec 

^sjehouddolatres, car ' dit-il, les propheties qui annon- 

nt !e Messie ont ete faites cinq mille (2), trois mille, 

")Oup S H iehouddolMres - 
cinq pain , fois navonsnous pas vu ce chiffre sous la forme des 
"*> des cinq portiques, des cinq maris de la Samarilaine, et 



— 90 — 

deux mille, mille, et huit cents ans avant la venue de 
Bar-Abbas. Elles devraient etre sacrees pour eux. Et 
pour donner un exemple de celles qui s'appliquaient 
au Messiah, il cite l'horoscope de Jacob a Juda, redui- 
sant toutefois les deux Anes a un et omettant le 
rebondissement que Bar-Abbas et Bar-Kocheba avaient 
eux-memes imprime a ce signe, pour ne pas attirer 1 'at- 
tention de ceux qui pourraient avoir Dion Cassius au 
complet dans leur bibliotheque ou siraplement L'AnB 
d'or. 

« Quant au Royaume, — sachez-le bien, predeeesseurs 
et successeurs d'Hadrien ! — lorsque vous entende* 
dire que nous l'attendons, vous soupconnez inconsi- 
derement qu'il s'agit d'un royaume bumaiu. C'est do 
royaume de Dieu que nous voulons parler. Hadrien lni- 
meme, malgre les apparences contraires, a toujour* 
cru qu'il en etait ainsi, et c'est pourquoi l'Eglise, dans 
Justin, produit pour la justification des christiens une 
Iettre de ce « tres grand et tres iilustre empereur * 
adressee a Minucius Fundanus (1), proconsul d'Asie- 
Apres avoir fabrique I'Apologie adressee par le 
pseudo-Justin a Antonio le Pieux (1), l'Eglise joint * 
ce travail une copie de la Iettre d'Hadrien en vertu de 
laquelle « nous demandons, dit-elle, a etre juges, * 
n'etre pas condamnes sans avoir ete entendus, enque- 
ues », car, si cela continue, les christiens iiniront pa* 



autre* parabole* semeiologiques ' On voil que Bar-Abbas, en bon "f 
de Seta, inveuteur de I'astrolopie, faisait remontcr sa kabbale 
Adam. 

(1) Apres In leltre d'Hadrien le uianuscril de I'Apologie reput' 1 '* 
meilleur le'esl celui que M. I'autiirny a »uivi d «n> son edition) conlif 
deux autres piec. s fausses : un edit'd'Antonin au Conseil d'Asie «• u» 
etlre de Marc-Aurcle »ur le miracle de la Legion fulminant*. 



!WUP.!'i",l|piiilW!l! 



— 91 — 



succomber sous la calomaie (1). Ge n'est pas tout. 
Sous Trajan, on a vu Pline le Jeune chercher ses ren- 
8e ignement3 sur les christiens dans la torture. II n'es 
P a s etonnant qu'il n'ait rien trouve, car dans une autre 
kttre non moins fausse que celle de Pline, Hadrien 
declare qu'il est impossible a l'homme le plus pers- 
Picace de distin<mer entre les disciples de Bar-Abbas 
et les adorateurs de Serapis ! (2) Le patriarche de la 
* eu gion romaine lui-meme, lorsqu'il arrive en Egypte, 
* Alexandrie, par exemple, est force par les uns 
^'adorer Serapis et par les autres le cbrist. « ... Les 
c °ristiens sont comme ceux qui adorent Serapis, les 
adorateurs de Serapis sont comme ceux qu'on dit etre 
deques cbristiens. » Ainsi peut-on croire que ceux qui 
on tjoue Bar- Abbas au Gymnase etaient ses eveques 
sans le savoir. En vertu de ce principe il s'est trouv6 
Uq homme pour pretendre qu'Hadrien lui-meme avait 
* ul e dessein de « batir un temple a Jesus » (3); cet 
h °mme s'appelle Lampride (4). 
XIV. — C'est le jubile de 8S9 qui decbaina le redou- 

g/f) Void la LtUrt d'Hadnm a Fundanw. • J'ai reru une leUre de 
d /""nsGranianus. clarissime. voire predecessetir. Le fait me semble 
Isis° atUre * dema nder une enqucle pour eviter les troubles et ne pas 
Wi"f' le cnam P a u j entreprises mauvaises des calomniateurs. Si les 
^ Hants de votre province peurent soutenir avec vraisemblance lenr 
se t Cjnlr e I" chrutien* et repondre a la barre du tribunal, qu'ils 
Satml" 11 " 1 " vers cc niovcn seulement, niais qu'ils s"abstiennent de 
a un CS ou de P Brcs criailleries. II est bien plus convenable, s'il y 
sonj acc usation intense, que vous en connaissiex. Si les chri-tiens 
l a eJ . 005 ^ et convaincus de faute contre les Iois.punissez-Iesselon 

c«Jom V ! U du AiliL Mais - P^ " ercule - si M n ' est < » u ' an P™**** 6 * 
en f,- le - fl,i, es une enqucto sur cette criminelle conduite. ct voyei a 

*'* bonne justice > 
Sat.!-- * ux - <"»z adroit d'ailleurs, se trouve dans Yopiscus, I'll* 

[3)o"'\ X>n - 

W) Ini * P**<*" mettre : « au Christ »- 

n «rpole et falsiCe dans la Vie a.' Alexandre Sttire, ch. sun et u. 



— 92 — 

blement de folie et de monstruosite dont le nom chris- 
tien porte la marque indelebile. L'Eglise a du aborder 
ce sujet dans YApologie qu'elle adresse sous le nom de 
Justin a Antonin, successeur d'lladrien. C'est dire que 
des cet empereur les faits etaient acquis a l'histoire, 
l'Eglise ne les nie pas : « On nous accuse de renverser 
la lumiere dans nos assemblies secretes, d'esorser des 

1 DO 

enfants, de nous repaitre de leurs chairs palpitantes, et 
de nous livrer a des debauches inoufes. Y a-t-il quel- 
ques sectateurs de Menandre ou de Mansion (1), qui 
soient en elTet coupables des actes qu'on nous reproche? 
Qu'on sevisse contre eux, ils ne sont pas avec nous 
et nous avons ecrit un livre pour les combattre ! » 

C'est sous Antonin, peu de temps apres le regne 
de Bar-Kocheba, qu'eut lieu a Carthage, parmi les 
Juifs amenes comme esclaves, la premiere execution 
publique de jehouddolatres. Le nom seul de ces scele- 
rats est la preuve de leur origine et montre qu'ils 
avaient les Paroles du Rabbi ou Livres du jesus '• 
dans leurs Acles martyrologiques ils sont dits Scili- 
tains, (de Scilo, envoye). Quoique leurs noms aient tous 
ete latinises, il en est deux qui appartiennent manifes- 
tement a l'histoire du dernier roi-christ : Akibanus (2)» 
qu'on a rendu par Aquilinus (nom forme d'Akila, l e 
pseudo-mentor du pseudo-Paul), et Nazirenus qu'on a 
rendu par Xartzalus. Avec eux sont des femmes, leurs 
complices dans le crime pour lequel ils ont ete livres 
aux betes, les seuls bourreaux qui conviennent a de 
pareils forfaits. 



'1) Vous Terrei tout A 1'bcure qui 6'.&H Mir-ion etce qu'il pensai' " a 
oommv Kir-Alib.i-. 

[i) Disciple d'Akiba. 



— 93 — 



Le proconsul ne leur demande pas d'ou ils venaient, 
ils ne venaient de nulle part que de Judee, ils etaient a 
Carthage, meurtriers de leurs enfants sacrifies a Bar- 
Abbas, et en prison pour cela. Aujourd'hui il n'est 
P a s plus possible de comprendre leur condamnatiou 
^e celle de Jesus par Pilatus. Ce sont d'etonnants 
Platoniciens, comme le proconsul Maximus a qui fut 
defere Apulee. Ils paient l'irap6t et ils bonorent l'em- 
Pereur, ils rendent a Cesar ce qui est a Cesar, mais 
U8 vivent selon le rite cbristien, ils sont christiens, et 
m *lgre l'otfre qu*on leur fait de revenir a la religion 
de s Romains a laquelle ils n'avaient jamais appartenu), 
c j»ristiens ils restent; leur maitre, c'est le Maran, 
c 'est Bar-Abbas. A quoi reconnait-on qu'ils vivent 
" selon le rite cbristien » ? Quel est le rite christien 
P°ur leq U el il s nt ete punis? On ne le dit pas, mais 
a °us l e savons par Apulee : c'est la paque moiochiste 
P ar laquelle ils esperent obtenir de Bar- Abbas un peu 
de sa poissonnade d'or (1). 

Aujourd'hui, dans les Actes definitifs de leur mar- 
^e, (leur « temoignage » en faveur de l'existence de 
jj 8u »)» Us ont les quatre Evangiles, les Lettres de 
I a yl, les Actes des Apotres, les Constitutions apos- 
Wiquea du bienheureux Clement et le reste. Je crois 
m6me qu'ils ont les faux canons de Nicee : « Qu'y a-t-il 

*£! "• let Etmgilet de Satan, premiere partie, p. 100. On sail que. 
WmV , s rares * c nts oil il est question de la poissonnade, oemeb 
s ^'Ologique est remplace par du fromage. Cf. Lts EvangUe, de 
PelZ) prem »6re partie. p. 123. Ainsi, dans les Actes du martyr* de 
m£ c*' MUe mtre criminelle. executee a Carthage comme les pre- 
ell. v bc,IUain s. communie en songe avec c« fromage; et an ciel. ou 
o u 3 c «« encore sous cclte forme quelle communie avec le Pasteur 
r^on'^* , ' ,lu PO»teur qui devaitintroduire Ictroupeau de David dans 



I 



— 94 — 



dans votre boite ? demande le proconsul. — Les livres 
des Evajigiles, (1) repond Speratus, et les Epitres de 
Paul, homme juste. » Mais ce qu'il y avait dans cette 
boite (2), c'est Bar-Abbas sous la forme d'un pain-zib 
quelconque. Et l'homme qui, a la suite de leur execution 
cent fois meritee, promena dans Carthage le mannequin 
symboliquetermine aux deux extremites par des oreilles 
d'ane et par des pieds de pore, celui-la a tranche toute 
la question scilitaine (3). Ceux qui ont ete punis l'ont ete 
pour avoir adore par le crime rituel l'individu qui disai* 
avoir sur eux le pouvoir de vie (Ane) et de mort [pore)- 
Dans Carthage, vouee a la Lune, on promene avec son 
signe solaire l'image du uouveau maitre du monde. 
Cela est pictural et definitif. « Cet animal m'est depui* 
longtemps odieux u, dit la Lune dans Apulee. On a vtt 
l'Ane incapable par nature de prononcer le nom do 
Cesar, et n'y pouvant point parvenir dans une ctt* 
Constance ou ce nom eut pu le sauver. II y a des femnies 
parmi les condamnes. Nul doute, puisqu'elles sontqua* 
lifiees d'onocoit&s (4), qu'il n'y ait dans cette epitbete 
une allusion au penchant monstrueux qu'une de leur* 
pareilles manifeste pour l'ane solaire dans l'Ane d OT- 
« Que les impies voient, qu'ils voient et qu'ils recon* 
naissent leur erreur! (5) », dit le grand-pretre d'lsis, — | 



(1)11 n'est pas question des Evanyi les dans la version laline consi" 
derrt comnie la premiere et des latines el des grecques. 11 n'en «* 
pas question nun plus dans la version grecque et dans les vers " , °j 
latines qui en di-rivent : « Les Hires en wage rhez tuna, reP 00 " 
Speratus, et les Eyilres de Paul . » 

(2) Tameiou. dit Matthieu dans lallu»ion qu'il fait a cet a***"" 
Cf. Let ErunqiLei 'le Sat in. Iroisiewc partie, p. 31. 

i3).Ct.UOcg;tha, p. 87. 

(4, Qui couche avec les anes. 

(5) L'Ane (for, I. XI. 



^vw 



— 95 — 

U scene est a Kenchrees, je lis : Carthage et je lis : 
Apulee, — lorsque Lucius reprend la forme humaine 
lue la magicienne de Thessalie lui avait enlevee pour 
^ donner celle de l'aniraal cher a Bar-Abbas. 

Et l e deruier acte de ce grand-pretre qui rend si 
e *actement les besoins de la civilisation, c'est de reciter 
de sprieres pour le- sublime Empereur (Antonin), pour 
le Senat, pour les chevaliers, pour tout le peuple romain, 
P<mrla navigation, pour ceux qui sont sur la mer (1), 
P^r la prosperity de ce qui compose generalement 
le vaste Empire romain. Tous viennent, avec des pre- 
^nts, s'assurer de la resurrection de Lucius et de son 
'etour des Enfers, et tout le peuple s'ecoule apres 
a ^oi r baise les pieds d'argent de la deesse. 

11 est bien vrai d'ailleurs que, malgre quelques mou- 
>ements en Judee, desesperes et steriles, Antonin laisse 
les christiens poursuivre leur travail maleGque. Qu'ils 
^ptisent,q U 'ilsprophetisent, qu'ils s'assemblent comme 
U W plaira, de jour ou de nuit, s'ils ne vont pas contre 
le droit commun, s'ils ne circoncisent point par force ou 
P** embauchage, Antonin ferme les yeux. .Elius Aris- 
tlde , ce rheteur qui court le monde pendant dix-sept ans 
a J a recherche d'un remede pour son affection nerveuse, 
6tai t un cbent-ne pour les disciples de Bar-Abbas. II 
met u* sans avoir rencontre le salut sur terre : en re- 
v anche il a connu ces « Palestiniens impies bons a 
* ett re la discorde dans les families » (2). Chez les plus 
^ffensifs apparait une maniere d'hypocrisie speciale a 

l '-lte ,,pelw - vou * '" execrable* souhaits qoe forme Bar-Abbas dans 
Cl^ contre tous ceux qui nnv.guent sur la Mediterrante. 

^OratioplatZni'caprv Mncrf If. edition Dindorf. il. p. «•*■ 



— 96 — 

leur superstition et qui leur donne cette physionomie 
ambigue qu'Epictete a deja observee. Qu'est-ce que 
cachent ces sabbatismes et ces prosternements ? L'hon- 
nete Plutarque s'en est emu : derriere ces affectations 
de piete s'abritent les raauvais sentiments qu'il observe 
chez les Juifs. Descendus de Jabne a Lydda, puis ins- 
talled a Ouscha, a Sephoris, libres de peuser et 
d'ecrire, les rabbins et les docteurs de la loi inaugurent 
cette periode d'etudes qui ressemble a notre scolastique 
et a notre scotisme etqui a donne le Talmud. Antonio 
les encourage et les soutient, il les installe a Tibtlriade, 
qui est une ville touteromaine, pleine de legionnaires eo 
conge, de fonctionnaires et de publicains : « Vous savez. 
disent-ilstoutbasa l'oreille des fideles, il s'est circoncis 
lui-meme alin de pouvoirse presenter a la Paque ! (1) " 
Quant aux Scilitains, peut-etre pourrait-on croire 
que leur affaire de Carthage a eutarae l'admiration 
incoercible qu"il professe pour le reste des jebouddo* 
latres. Ce serait le mal connaitre, car voici ce qn 1 * 
ecrit au sujet de ceux d'Asie (2) : 

L'empereur Cesar Titus .Elius Hadrianus AntoninuSi 
grand pontife, revetu de la puissance Iribunitienne pour '8 
vingt-et-unieme fois, consul pour la quatrieme, pere de ' a 
palrie. au Conseil d'Asie, salut. 

Cerles il me parait que c'est aux dieux eux-memes q u ' 
appartient que de tels hommes ne restent pas caches > 
car c'esl a eux qu'il convienl, bien plus qu'a vous-menieSi 
depunir ceux i/ui refuseiit de Us adorer! Vous qui provoque 

(i) Moise Schwab, U Talmud dt JeruiaUm, t. VI, pp. 221-222 {U* 1 * 
UegJ.ilU;. 

(2) Dans le recucil dc faux que 1'Eglise a mis sous le noui d'Eo««- 
et sous le litre AUiitoirt tecUriastique. 



■ 



- 97 — 



des emeutes contre eux, vous ne faites que les confirmer 

"^vantage dans leursidees en les accusant d'atheisme (eten 

'eurreprochant d'autres choses encore que nous ne pouvons 

prouver) (1). Or, pour eux. etre cites en justice et paraitre 

'Dourirpourleurdieu est un sortbien plus enviable que la vie. 

^'nsi ce sont eux qui trioraphent en faisant le sacrifice de 

eu r vie, plulut que de se resoudre a faire ce que vous leur 

•-ommandez. Quant aux tremblements de terre qui se sont 

P r oduits ou qui seproduisent encore, il ne semble pas hors 

e Propos de vous donner un conseil a vous qui perdez tout 

ourage des qu*ils arrivent. Mettez en parallele votre con- 

u, te avec celle de ces hommes. Ceux-ci mettent alors, plus 

Hue jamais, leur confiance en leur dieu : et vous, pendant 

ut ce temps ou il me semLle que vous ne connaissiezplus 

'i en 5 vous negligez les dieux et le reste, vous ne vous 

uciez pas du culte de l'lmmortel: et ces christiens qui 

uorent, vous les chassez, vous les poursuivez jusqu'a la 

r i- Deja, a propos de ces bommes, beaucoup de gouver- 

urs de provinces ont ecril a mon divin pere : il leur a 

POndu dc ne pas les troubler, a moins qu'ils ne paraissent 

r e quelque entreprise contre l'Etat romain. A moi aussi 

"coup de rapports ont 616 fails sur le meme sujet : et j'y 

pondu dans le meme sens que mon pere. Si Ton con- 

cai cre ^r des inquietudes a Tun de ces christiens, a 

Soit a ■■ Sa ( l ua ' lt ^ de cbristien, que celui qui a £te accuse' 

vai ** e ' accusa, ' on - quand bien meme il serait con- 

u de christianisme! Et l'accusateur sera puni. » 

6l * publie a Ephese. dans le Conseil de l'Asie. 

Pi ■ ' — ~\ 

ex' • 1Fe ' nonneu r et nombreuses Academies aux 

*uth • ^ re & ar ^ent *le tels mbr^aux comme 
"Antiques ! 




ten, f'. HtU*- ind > i( l u * c P" **■ L&cour-Gayet, Antonin tt pitux et ton 



m-8\ 






— 98 — 

XV. — Parmi les Remains les plus documentes sur 
Bar-Abbas et ses disciples, Minucius Felix merite la 
premiere place apres Fronton, philosophe stolcien et 
precepteur de Marc-Aurele. Avocat illustre du barreau 
de Rome, on ne le connait plus que par un ouvrage inti- 
tule Octavius on de la vraie religion, mais il en avait 
faitun aussi Conlre les astrologues ou De la destines, 
par lequel il s'etait prepare au second (1), car le Joannes 
de 1' Apocalypse avait la meme reputation dans l'un que 
dans l'autre. 

Ciceronien pour le ton, disciple de Seneque pour les 
idees, Minucius est le type accompli du chrestien : une 
bonne conscience et point de culte, voilatoute sa religion* 
L'Eglise dans Lactancele place avantTertullien. II n'im- 
porte qu'ilsoitdevant ou derriere, car il a ete tellement 
corrompu qu'il n'a plus d'age, et ce qu'il en reste m'ins- 
pire les plus vives inquietudes au point de vue de l'authen- 
ticite. Lactance en parle deux fois, regrettant qu'avec 
toute son eloquence il ait ete plus capable de pres* 
sentir le christianisme que de le servir : jugeraent tre* 
posterieur a Lactance et qui met Minucius Felix a s 00 
veritable rang parmi les pliilosophes nettement et cate* 
goriquement antijuifs. Ce jugement lui reproche d'avoU" 
mal employe ses moyens : ce qu'a fait 1'avocat disert et 
facile est peu en comparaison de ce qu'il eut pu fair 6 
s'il se fut applique tout entier a larecherche de laverita* 
Mais l'Ecriture Sainte paraissait trop obscure, trop 
basse a cet esprit gate par les succesd'audience, egare* 

,i) II portait son nom, l'Eglise lavouc dans le Catalogue des *"'£ 
vatnt eectiiiaitiquei qn'elle attribue & Jerome. Apr. - avoir supP°.^j 
1'ourrage, elle dit que, lout en etant dun bomme eloquent, H n 
pas du menu- style que YOctavius... refoit par elle. 






— 99 — 

comme tant d'autres, sur le chemin des proiits et des 

oonneurs. II est reste a la porte; enivre par ie bruit de 

la rue, il n'est poiat entre dans I'Eglise de Bar- Abbas ! 

En effet, il ne connait pas un seul trait, une seule 

Parole des Evangiles, mais il connait le fait initial : 

a crucifixion du scelerat dans lequel on a incorpore 

e 8us. Comment nier toutefois que la fable ne soit dans 

air judeo-grec, quelque part, mais loin de Rome encore ? 

e pendant le crucifie du Guol-golta ne s'appelle pas 

core Jesus. A Rome et ailleurs tous s'accordent pour 

"e que l'bomme a qui des miserables font leurs devo- 

Q s est uq criminel avere. Mais quels crimes a com- 

, Jesus dans l*Evan«jile ? Ce n'est point de lui qu'il 

^'t, mais du roi-curist lie a la croix par Pilatus. 

as avez entendu Apulee, il l'appelle encore Joannes: 

a quinze ans apres la deconfiture de Bar-Kocbeba ! (1) 

ktf CS ^ en cours de fabrication, ainsi que cette morale 

lime quij eclatant comme un coup detonnerre, aurait 

,r e, dissipe les tenebres du monde palen ! A ce pro- 

°u en est la liste des papes sur laquelle Sbebimon, 

e cadet de Bar-Abbas, est porte le premier, et Fla- 

Clemens, cousin de Domitieu, le second ? 

tint, j* S0 P u ie ne repousse les cbristiens qu'a propor- 

Q e leur judalsme et reciproquement. Minucius Felix 

^ manque point a cette regie. S'il faut combattre la 

c'eat Dte su P erstitioa <I ui meaace deja l'Occident, 
moins parce qu'elle se fonde sur un principe criminel 



etl j^iu'elle sertde vehicule a la race la plus vile 

d e ij ^ Us "leprisee de la terre. Au lendemain du regne 

-Kocheba, il n'y a pas deux Testaments parmi les 



. ***^l«» de Sato*, 



premiere ;><;... p. 97. 



— 100 — 

Juifs, il n'y en a qu'un, l'Ancien, dont le christianisnie 
est l'aboutissement fatal. Aujourd'hui Minucius parle 
de ces deicides avec des managements qui confinent a 
la consideration, il approuve la conception qu'ils on* 
de la divinite dans leurs Ecritures et prend la defense 
de Iahve. La nous retrouvons la main de rEglise- 
L'Eglise n'a jamais permis qu'on attaquat le Pere de 
son Juif, son propre pere. Rome ne l'a point tue sou* 
Hadrien, comme elle se l'imagine, elle n'a puni que le 8 
Juifs. c Feuilletez leurs ecrits ou si vous aimez mieu* 
ceux des Romains. Lisez cequ'en out ecrit Josephe(l) 
et Julien (2), pour ne point parler de ceux qui les on* 
precedes. Youstrouverez que leurs pechesont attire su* 
eux le cbatiment, et qu'il ne leur est rien arrive qui d6 
leur ait ete predit longtemps auparavant (3). Dieun* 
point ete pris avec eux, comme vous blasphemez, mai s 
il les a livres comme des deserteurs (4) a leurs ennemis- » 
Grace aux incursions de l'Eglise dans le texte d'0 6 * 
tavius, la cause s'instruit dans l'obscurite la plus coin* 
plete, avec des points de penombre ou Ton entrevow 
on ne sait ou, tres loin de Rome, une Cene sanguinaire» 
un enfant sacrifie, du bois de croix, une tete d'ane, &, 
banquets oil 1'inceste est en permanence, un chien 4"* 
renverse la lumiere, des choses si invraisemblable* 
si difficiles a verifier qu'elles sembleut ecloses dans 

(1) Apres les fraudes ecclesiasliques. 

(2) L'cmpereur Julien, niort en 363 de l'E. C. deux siecles' 
Minucius Felix. Les exegetes calboliques, pour parer le coup. a _i°*J.» 
le nom d'Antoninus a celui de Juliaous. comme s"il s agis** 1 ' 
toninus Julianus, aide de camp de Titus pendant le siege de J' 
lem. 

(3) Allusion aux prophecies ou plutot aux postphitics de Jesu* 
les Synoptises. ^i 

(4) IW ontdeserte la veritc contenuedans l'Eglise. Ab! les nw» 5,r 



— 101 — 

cerveau d'un fou. Le seul document que cite Minucius a 
la Ppui de ces visions etranges, c'est un discours de 
*" ronton, consul, proconsul, rheteur, philosophe, avocat, 
et precepteur de Marc-Aurele. Ce discours parait etre 
e point de depart du plaidoyer de Minucius pro chres- 
li *nis contra christianos (1). 

Q a, bien entendu, ajoute le nom de Jesus-Christ 
au commencement et a la fin d'Octavius, on a inter- 
ne de meme le passage oil les martyrs sont repre- 
^ites comme « un spectacle agreable a Dieu », ce qui 
a jamais ete du Dieu bon que celebrele chrestien Minu- 
Us - Mais il est clair que le nom de Jesus et meme celui 
* Christ ne sont qu'une estampille ecclesiastique. 
ln ucius etait trop bien renseigne sur Bar-Abbas pour 
re dupe de Jesus. Sans nommer une seule fois la 
, . ® e ou les Juifs, il dit que l'individu dont d'autres 
fs sont en train de faire un dieu est un a esclave 
Cl "e pour ses crimes. » II n'y a d'erreur que dans le 
1 : « esclave ». Le roi des Juifs n'etait esclave que de 
r la oatisme et de son orgueil. Le mot provient des 
. r es de Paul et il a ete ajoute par une main eccle- 
n 8tl( iue. De meme tout ce qui a trait aux martyrs, 
^mment cette phrase : « Nous jugeons de la felicite 
j. 1 n ° Us attend par V assurance quit {Jesus) nous en 
la ? nr,e ' Ul_,,l i : »ie en conversant parmi nous ». C'est 
£ Padu ction de cette autre phrase du Quatrieme 
^gile : „ E t j e Verbe s'est fait chair et il a habite 
^nous.,, 

1> ord arSUmenl est des P lus sim P ,es ' ,e dia,0 S ue selon 
0n nance classique; l'uu des interlocuteurs feint 

M "ongilet de Satan, premiire parlic, p. U. 



— 102 — 

d'attaquer les chrestiens ou plutut do les confondre 
avec les sectateurs du christ gamaleen, aim de donner 
a l'autre l'occasion de les rehabiliter, fut-ce au detri- 
ment des paiens. C'est un simple jeu, les parties sont 
d'accord avant de plaider. Octavius, jadis idolatre, 
aujourd'hui chrestien, est venu de fort loin embrasser 
Minucius a Rome : Minucius, palen converti par Octa- 
vius, etant alle se refaire aux bains d'Ostie pendant les 
vacations, Octavius l'y suit. Cecilius, palen a con- 
vertir, les accompagne. On a pense que Minucius, en 1* 
personne d'Octavius, etait venu d'Afrique, parce qu'i* 
entretient sesamis des choses de la navigation qui sont 
a leur plus haute puissance au port de Carthage, maiS 
sont-elles moins en honneur a ce port d'Ostie ou fre- 
quentent tous les vaisseaux de la Mediterranee? L 6 
debat s'engage a propos d'un Serapis de pierre ren* 
contre sur le chemin de la plage, et que Cecilius a salu^ 
et baise au grand scandale d'Octavius. Minucius sera 
juge dansun proces qu'il ne demande qu'a faire gagn^ 
a Octavius, contre Cecilius qui ue demande qu'a » e 
perdre. 

Comme Octavius fait reproche a Cecilius de celt* 
idolatrie qui passe les bornes de Rome pour s'egare 1 " 
sur les dieux egyptiens, le palen, feignant d'etr 6 
pique, se lance a fond contre les ignorants et les imp ie 
qui derangent l'ordre du ciel et de la terre pour y log er 
un Dieu createur du tout. II en vient ensuite a cett* 
faction infame et desesperee qui s'est levee contre *& 
dieux, engageant la populace et les femmes dans u° 
association profane qui a les dehors d'une conspiration 
s'evertue dans les sacrileges et les assemblies no ' 
turnes, se prepare a l'absorption d'une viande horrid 



i A,i.m'uipiw^iij 



— 103 — 

par des jeunes solennels : gens qui preferent les tene- 
bres a la luniiere, se taisent en public et ne tarissent 
Plus quand ils sont entre eux, fuient les temples comme 
des sepulcres, meprisent les idoles, se moquent des 
saintes ceremonies et, ayant a peine de quoi se vetir, 
r aillent les honneurs du sacerdoce, affrontent les tour- 
^ents presents par peur de tourments incertains, meu- 
e &t volontairement pour sassurer qu'ils ne mourront 
Point quand ils ne seront plus, s'entreconnaissent a 
er tains signes caches, couvrent leur luxure du nom de 
co mmunaute, s'appellent frere et sceur atin de lui donner 
es airs d'inceste, tant ces malheureux se plaisent aux 
r nnes! Voila ce qu'on dit d'eux. On dit encore qu'ils 
dorent la tete d'un ane qu'ils ont consacree : religion 
ntablement digne de leur vie. Onrapporte aussi qu'ils 
1 en veneration les parties honteuses de leurs pretres, 
niine s'ils voulaient adorer en elles la nature du Pere 
» les a engendres. « Je ne sais, dit-il, si ces soupcons 
nl faux (1) ou veritables, mais ces pratiques occultes 
nocturnes sont toutes propres a les faire naitre ». 
ec 'uus mele a dessein les sectes, afin de les atteindre 
, 8 en les confondant, mais il y en a deux au moins 
I 0n distingue tres bien : la secte des christiens nico- 
es . adorant dans leurs pretres les Ills de Celui qui 
*j S a en gendre§ (2i, et se ruant apres boire a la debau- 
8 ur le signal du Chien (3) ; la secte des jehouddo- 

•"ieuxit 1 ^, ' n esl ccr *ainement pas de Xlinuciu.s Felix, car rien n'esl 

(j, g~~'' - cf - *■** EcamgiUs de Salan. premiere partie, p. 59. 
la tijj '° l,od ' e genui le. Scandal es indubilables, conclusion fatale de 
de s j U jf ap05,0 'ique : . les Juifs sont detenteurs du salut. le salut vient 
teu X- S ' ^ rinll »c. Ultm de Paul. etc. • et autres blasphemes hon- 

Kta *9ilet de Salan, premiere partie, p. K. 



ww*r 






— 104 — 

latres molocbistes qui adorent la croix patibulaire, con- 
sacrent leurs enfants a leur roi supplicie, les lui sacri- 
flent, paschalement (1) enduits de pate azyme, pour lui 
demander la remission de leurs pecbes, et boivent en- 
suite le sang du sacrifice pour avoir leur part du 
Royaume (2). 

Non seulement les cbrestiens d'Octavius n'ont ni 

autels, ni eglises, ni images, aucune forme d'offrande 

et de sacrifice dont Dieu ait cure, mais ils ignorent tota- 

lement que les jehouddolatres aient une Cene dont un 

dieu fait bomme soit Thostie sous la forme du pain et du 

vin. Au contraire, Thostie, c'est 1'enfant que les pas- 

chants lui ofTrent en sacrifice et par lequel ils esperent 

obtenir et leur grace et leur entree dans l'Eden. Car, 

pour eux, Bar-Abbas n'est pas mort au Guol-golta, ou 

s'il est mort, il est ressuscite apres trois jours et trois 

nuits. Cecilius contait toute l'alfaire : aujourd'hui, dans 

le dialogue refait par l'Eglise, il discute le principe de 

la resurrection generate plutut que le cas particulier : 

« Dites-moi un peu, je vous prie, dit Cecilius, ressus- 

citerez-vous sans corps ou avec le corps, ou avec un 

corps, et sera-ce avec celui que vous aurez eu ou avec 

un autre? Sera-ce sans corps ? mais je ne crois pas que 

sans corps il y ait ni vie, ni time, ni sentiment. Avec un 

corps ? Comment ! mais il y a longtemps que le v6tre 

n'est plus! Avec un autre? Mais ce ne sera plus l e 

meme bomme! D'ailleursdepuis tant de siecles ecoub? 9 

(1) Le 11 nisan. pour etre servis le soir et manges pendant I* 
fameuse nuit du ...:■.-..■■ Cf. Les ErangiUt de Satan, troisiem* 
partie, p. 60. 

(2) Tour remplacer le corps vierpe de Itar-Abbas, qui a lui-in^io 6 
remplacc I'Agneau du Royaume, riea de plus pur. puisqu'il faut de '* 
chair bumaine en sacriGcv. que le corps d'un petit enfant naiir. 



_, . 



— 105 — 

et tant d'annees, qui est jamais revenu, ne fut-ce que 
Toques heures, (comme les poetes feignent de Prote- 
8 »as,) pour qu'on puisse ajouter foi a une chose si in- 
<*oyable? » (1) C'est done pour avoir cru successivement 
-^la version de la mere de Bar- Abbas (non crucifixion), 
^f 1 a celle des evangelistes (resurrection), que les Juifs 
jehouddolatres entassaient crime sur crime. Car s'ils 
tt 'avaient pas cru ce scelerat capable de revenir, tout au 
m °ias afin de se venger d'eux qui l'avaient ou con- 
damne ou abandonne apres sa condamnation, jamais ils 
°e lui auraient offert leurs propres enfants en sacrifice ! 
Cecilius n'est la que pour fournir a Octavius le 
m °yen de dissiper une confusion onomastique que les 
Patens mal intentionnes pourraient exploiter contre les 
c hrestiens. Quant aux christiens, « celui qui leur 
re proche de confesser dans leurs ceremonies un homme 
execute pour ses crimes sur le bois sinistre de la croix, 
c elui-l a leur donne des autels conformes a la corruption 
" e leur doctrine et de leurs moeurs, ils adorent ainsi ce 
Wis meritent ! » Mais la religion chrestienne, la reli- 
^°Q naturelle n'a rien de commun avec ces supersti- 
tions ignominieuses qui intriguent encore plus par ce 

tt) Que Cecilius qui parle pour les paiens nie le principe de la 
^"rrection, cela va de soi. Mais quOctavius ne le fondroie pas par 

e *emple de Je?U:: wssuscit ant tour 4 tour Eleazar. la fille de Jair. 

,*> b junior ct lui-mtrae. voila ce que personne ne peut comprendre 
rev. 06 n ' esl P" pendant quelques heures sculement que Jesus est 
ZuV" 1 P e ^ant owe ans d'aprts Valent.n, pendant dw-hmt 
S, 11 ^ Holemee (U est vrai que les Aetata ApUrei ont 
d ^"t cedelai a quarante jours'. Et Douie hommes lont ru qui. au 
tooL lE 8»»se. ont repandu partout cettc bonne nouvelle dans le 
du | n •• el lu » d'eux. Pierre, enterre par Anaclet a quelques metres 
Ogisd-Ocuvius. a fonde TEglise de Home, avec Paul, apotre non 
d e '*f ,r ?futable de la resurrection de Bar-Abbas dans le meme corps 



even u g i 



!°rieux ! 



-~~^ 



- 



— 106 — 

qu'on en ignore qu'elles ne revoltent par ce qu'on en 
sait. Car alors qu'on reproche aux jehouddolatres 
d'adorer la croix patibulaire, on ne soupconne meme 
pas le sens cache dans cette promesse de la croix mon- 
diale dont Jerusalem est le centre et Bar-Jehoudda l e 
truchement, car s'ils adorent celle que tous les goyn» 
considerent comme 1 instrument du dernier supplice, 
c'est a cause de l'autre, et Minucius Felix ne semble 
pas se douter des motifs pour lesquels ils s'exposent a 
la premiere. 

Aujourd'hui, revenant sur tout ce qu'il disait et sur 
tout ce que disait Fronton, prealablement supprime, 
Octavius declare qu'il avait, lui aussi, cru longtemp 3 
que les jehouddolatres adoraient des monstres, devo- 
raient des enfants, remplissaient leurs banquets 
d'incestes, apres avoir confiii au chien le soin d'eteindre 
la lumiere dans l'assemblee ; mais il n'a pas considere 
que cela eut ete jamais ni prouve ni decouvert, en dep»* 
du long espace qui s'est ecoule depuis ces accusation 9 
mensongeres, et des promesses de recompense ou de 
pardon qu'on a faites aux delateurs. En un mot il n'y 
jamais eu de Scilitains. 

On a fait sauter une piece essentielle a la machinfli 
car a peine est-il croyable qu'un homrae comme Octaviu s 
ait eu a se defendre de jehouddolatrie, lui qui par sob 
incirconcision etait indigne d'entrer dans le Royaufflfl* 
n'ayant ni le signe physique de l'alliance ni le sacre- 
ment qui y faisait suite. Minucius et ses deux amis sob 1 
paiens de naissance, et ils ne sont meme point baptiseSj 
puisqu'on voit l'uu d'eux saluer et baiaer le Serapi* 
d'Ostie, quoiqu'a la lin de la journee il se decla 1 " 6 
chrestien. Des di\nnites iustallees a Ostie, le P or ^ 



— 107 — 

attache des superstitions etrangeres, Cecilius, qui fait 

,e palen, ne connait que Serapis. deja vieux sous le ciel 

" e Rome et qui a des temples depuis Auguste. Aucun 

^nctuaire a Jesus, pas meme le petit oratoire que le 

Pretendu pape Anaclet aurait eleve sur le Vatican en 

'nonneurde Pierre. Minucius Felix est chrestien tout a 

^t, Octavius Test a demi, Cecilius ne demande qu'a 

e devenir, et tous les trois, par honneur plutot que par 

e flexion, s'elevent contre la fable judalque dont le 

°eros a si bonne mine sous le nom de Jesus et si mau- 

aise reputation sous le nom de Bar- Abbas. Et non seu- 

ei nent ces chrestiens ne connaissent de Justin aucune 

pologie destinee a prouver Texistence de Jesus, mais 

n core, amenes a parler du renom qui enveloppe le christ 

' e precede partout, il repoussent impitoyablement 

u te assimilation avec la secte de ce vieux scelerat 

i 11 on ne peut apaiser que par de nouveaux crimes ! 

^on seulement les chrestiens de Minucius n'ont point 

ten du dire que Jesus fut venu avec une morale nou- 

Ue > inconnue des Juifs, mais ils savent par tout le 

°nde que Bar-Abbas disait etre envoye pour realiser 

r terre le Royaume des Juifs avec la destruction des 

n "ls. Les christiens sont tous semblables en ce qu'ils 

e nacent le monde de la chute du ciel et des astres 

e Ie nr Dieu (1). « Et quand on lew demande leurs rai- 

D8 > ils repondent qu'ils sont mis en mouvement par 

eu meme a qui ils attribuent tout ce que d'autres attri- 

e nt au destin. Ainsi ils disent que ce n'est pas leur 

°nte qui s ' est p 0r te e d'elle-meme a embrasser leur 

e ' m ais que Dieu les y a appeles» (2). Ils annoncent 

(j\ g**' ca 'Bel, la pure doctrine de V Apocalypse. 

**' le signalement des monUnisles. Mais loin de se dire 



mmrnm^mnmiv" 1 



— 108 — 

la fin du monde (1), mais a eux-memes ils se promct- 
tent l'eternite ; s'ils se refusent a bruler Ieurs cadavres, 
c'est que la resurrection les attend apres leur mort, 
« et ils sont si surs de leur fait qu'on les croirait deja 
ressuscites. » A eux Pavenir avec toutes les recom- 
penses, le Royaume avec toutes sesgloires! Aux autres 
lamortavec toutes sestenebres,le cliatiment avec toutes 
ses cruautes, eternel, lui aussi, comme est le bonheur 
pour les cbristiens! Done ou Bar-Abbas ou la mort ! 
voila le dilemme pose a l'humanite tout entiere : c'est 
la dictature du chantage. Et pourtant que peut Iahve? 
Rien, sinon mentir a ceux qu'il perd : « Voici des sup- 
plices, dit Cecilius, des tourments, des croix, non plus 
a adorer mais a soulTrir, des feux que vous craignez 
pourvous-memesetquevouspredisez aux autres 2). Ou 
est ce Dieu qui peut secourir les morts et qui ne saurait 
aider les vivants ? Les Romains, sans l'assistance de 
votre Dieu, ne sont-ils pas les maitres du monde et de 
vous-memes ? p 

Au dessus de tous les bommes est un Dieu-Esprit, 
unique, inOni, indivisible, et qu'on diminue en cber- 
chant a determiner sa grandeur. « Nous ne le com- 
prenons jamais mieux qu'en l'appelant incomprehen- 
sible. » II n'a point de fils sous le nom de Verbe. Le 
nom de cet Esprit unique, c'est Dieu. On cherche des 
mots, quand une chose peut etre divisee, mais Dieu, 
etant simple, ne peut etre divise. II est le Pere et il est 

appcles directement par leur dieu, les Juifs jehouddolatres suivaient 
etroitcment le* Paroles du /.'■:•'• '■'. « Vous n'avez d'aulre maitre qu e 
le Christ », disent les Ecangtles. Voila ce que l'arrangeur a eu p<' ur 
but dc dissimuler. 

(1) Nullement, mais au contraire son renouvellement a leur profit- 

(2) Apocalypse et Kiangilts. 



— 109 — 

le Roi. II n'a oint et n'oindra personne ni au ciel ni sin- 
la terre. En un mot iln'ya point de Christ dans le 
ciel, comme disent les Valentiniens, et il nen est point 
ne dans la famille de David, comme l'ont dit successi- 
vement Bar-Abbas et Bar-Kocheba, qui tous deux men- 
tent le nom de Bar-Kozeba, fils du Mensonge. Tout 
chrestien est celui quiavoueDieu pour sonpere spiritual 
et pour son roi. Minucius fait commencerles chrestiens 
avec les philosophes qui tiennent que Dieu est un pur 
Esprit. C'est pourquoi il combat toutes les fables dans 
ksquelles des succedanes de Dieu, ou des parties de 
Dieu prises erronement pour le tout, revetent un corps 
Pour agir a la facon d'hommes plus au moins bien ins- 
pires. Cela supprime Jesus tout net, et avec lui toute la 
these d'un Bar-Abbas habitant mille ans sur la terre 
e njuivee. De pareilles propositions eussent revolte le 
chrestianisme d'Octavius. 

II loue Evhemere et Persee d'avoir montre, « par les 
impostures de Jupiter Dicteen. d'Apollon Delphique, 
de l'Isis de Pharos, et de la Ceres Eleusina, que les 
dieux sont d'anciens hommes dont la memoire est 
Passee religion pour avoir, en courant le monde, porte 
dans les pays l'invention de quelques semences ou de 
qaelque autre chose utile a la societe humaine. Con- 
siderez les cultes, et dans toutes les ceremonies, dans 
to us les mysteres, vous verrez la fin miserable de vos 
dieux, leurmortetleurs funerailles. > APappuide son 
ar gumentation, Octavius cite les mysteres d'Isis, de 
Ce fes, de Jupiter et de Cybele. a Ce sont la neanmoins 
le s devotions de l'Egypte, et maintenant celles de 
R °me. Chaque annee Is'is pleurelefils quelle a perdu, 
et chaque annee dans leurs ceremonies ridicules ses 



— 110 — 

pretres le retrouvent. Ainsi ils ne cessent tous les ans 
de perdre ce qu'ils oat trouve, et de trouver ce qu'ils 
ont perdu : n'ont-ils point honte de pleurer ce qu'ils 
adorent ou d'adorer ce qu'ils pleurent ? » Octavius, de 
grace, airelez ! Vous deblaterez contre le futur Ven- 
dredi Saiut. contre la Paque future ! 

La foi des clirestiens n'est ni maladive, ni crimi- 

nelle, ni mysterieuse, elle est saine et claire. La croix 

ne les attire pas, ni celui qui est dessus. « Nous n'ado- 

rons, ni ne souhaitons les croix », dit Octavius. 11 ne 

veut point de confusion avec la secte juive dont quel- 

ques fonctionnaires romains de l'etranger commencent 

a parler comme d'un phenomene monstrueux. D'ailleurs 

il ne compreud pas, ni ceux quil'ecoutent : u Quand vous 

nous accusez d'adorer un criminel et sa croix, vous vous 

trompez de la facon la plus complete... Vous etes bien 

eloignes de la verite en pensant qu'un criminel ait pu 

meriter qu'on le prit pour un dieu ou qu'ou ait pu 

prendre pour un dieu un homme terrestre. Celui la 

certes est miserable de qui toute l'esperance est en un 

homme mortel, puisqu'en le perdant il perd toutes ses 

esperances. Ce sont les Juifs 1 1 qui cboisissent un 

homme, lequel ils adorent, prient, consultent sur tous 

leurs doutes, et a qui ils font des sacrifices. Mais cet 

homme qui est un dieu pour les autres n'est qu'uu 

homme pour lui-meme... u 

Ceux-la portent sur le corps un signe a quoi ils se 
reconnaissent entre eux ; et ce signe, c'est la croix que 

(I) Inutile de dire que le mot n y est pas, il y a Egyptian, c»t 
Miouciu* Kelix n"a jamais enteodu soutenir que Bar-Abbas flit Juif ni 
meme qu'il y eut une Judie. II en sail un peu plus long toutde 
Hu'tue que Plino le jeunc! Cf. le present volunic, p. M. 



■F 



— Ill — 



Bar-Abbas avail sur la peau. Est-ce que les chrestiens 
se tatouent? « Nous n'adorons point les croix, ni nesou- 
haitons d'y etre attaches. C'est vous peut-etre (palens), 
^i les adorez en adorant des dieux qui sont aussi de 
b °is! » Les bannieres de Rome, les etendards, quest- 
c e done sinon des croix dorees et enjolivees ? Qu'est-ce 
d °nc qu'un porte-etendard? Un porte-croix, une espece 
de crucitte. Qu'est-ce qu'un vaisseau dont les antennes 
8 °nt deployees ou les rames parallels a l'eau? Une 
Cr oix. Unjoug dresse? Une croix. Un homrae qui prie 
D »eu les bras etendus? Une croix. De deux choses 
1,Q ne : u le signe de la croix est naturel et innocent 
° u H est intentionnel et coupable. En ce cas, comment 
8 e fait-il qu'il serve a la religion romaine? Bref Octa- 
^a se defend avec une telle vehemence qu'un vieux 
ta eolc-gien, traducteurde Minucius, s'ecrie : (1) « Jedis 
V»e si du discours d'Octavius il s'ensuit que les premiers 
chr estiens n'ont point adore la croix, il s'ensuit aussi, 
P ap la meme raison, qu'ils n'ont point adore Jesus- 
Christ ! » 

i-iV- Gu >l'-aume du Mas. docleur es-droits, chanoine et doyen de 
e e'«e collegiale dWlet. {Oclavius, Paris. 1631, in-*M 



EMISSION DE JESUS 



" ** h'deux Tebuthe. Linfame Cerinthe. I.e mythc de Bar-Abbas 
I * s uscite. Les Juifs christiens de Phrygic. Papias dllierapolis et 

des u d ^ I ' VOn ' Faux de ,E 8 ,ise - — ""• Ariston de Pella. Opinion 
Manicheens sur les premiers evangelistes. — 111. Les Monta- 
WM* n ° n du P es l ' e ' a fou r ' ,er 'c evangelique. — IV. La fable sans 
Li, en Galilee ''' dans la Decapole. Elisee ben Abbouya et les 
- «» del e'gares. Theodotion et Symmaque. Le pri-tendu « Juif de 
des "v" Faiu en r ^p'i<l ue a ce temoignage suppose. — V. Temoignage 
n j az ' r «ens, Calnites, Ebionites. Severiens, Sothiens. Naasse- 
5 N . s ' clc -i sur I'inexistence de Jesus. — VI. Temoignage des 
-- \\\' &a ' urn ''- Faux de rEglise conlre les Saturnilicns. Cerdon. 
Anti h ■' >a - S une seu ' e dupe chez les Egyptiens. I.es Gnostiques. 
Antj ) r ' Sl - D ' sme dcs c, ' res, ' e " s - ~ v '"- Temoignage de Basilide. 
dus c ^ r,s ' lan 'sme des Basilidiens. Carpocrate. Ptolemee, Secun- 
"vre r rnoi S na g e des Valentiniens. — IX. Celse lepicurien. Son 
lt e , Conlre les ilagiciens. Lucien. Le I'echeur d'hommes ou les 
8hc-ri Cttf *' E*°rciseurs christiens. Iteliques de crucifies. — X. Pere- 
bapi» nos ' e Bessusciteur. Ses debuts dans la vie. Les effels du 
°°s rtJ 6 -" ' > * r ^ n '' r ' nos_ ' >rol ^ e el son bapteme de feu. Perfgberi- 
Be an -p sl el P*re des pagano-christicns. Sa collaboration aux 
Hoo s ' La ton ledes inoutons: les collectes. Ketour de Pereghe- 
li e f . V 1 P a J's natal. Tournees christiennes en Maci'-doine, Thessa- 
Egyp/"^ Ce - Arret subit de l'exploitation. — XL Peregherinos en 
Son «• se fail philosophe cynique et se dit le nourel Hercule. 
Abbac J p Ur a Kome - Sous le"nom de Crescens il denonce Bar- 
Xll. u' ? ux de I'Eglise contre ces ecrits : le pseudo-Justin. — 
*on'^ ""^ forme du proteisine de Peregherinos. L'annonce de 
^ a nouT^' 1 ' " divine - ^ Wkber d'llarpine. Assomption publique 
doine p{." ercule - — XIII. Son testament. Ses apOtres en Mace- 
Evangile de VAne a or. Vengeance de la Philosophic et 



h.i.iiijj.u i.u^MJipui 



— 114 — 

ch.'it iment J.' l'ex-Kessusciteur. — XIV. Inlltienn- .ie son « evapora- 
tion » sur la redaction des Evangilrs. Faux de l'Eglise. Contrc- 
martyrc de Polycarpe. — XV. Temoignage anticbristien de Tatien 
d'Assyrie. Ses Problemes. Son enzonement a la suite de Justin. — 
Substitution du pseudo-Paul a Peregherinos. Aulres falsitications. 

I. — Le grand travail de FEglise, c'a ete soit de 
supprimer les temoignages contraires, soit de les falsi- 
fier, d'en alterer le sens ou la date, soit d'en supposer 
de favorables, de maniere que nul ne put jamais s'y 
reconnaitre. Elle apporte je ne sais quel devergondage 
dans cette besogne, jusqu'a se mettre en contradiction 
absolue avec les rares Ecritures qu'elle faisait entrer 
petit a petit daus le canon, quand elle les en aval* 
juges dignes. Alors que ces Ecritures sout pleines 
d'anathemes contre certaines sectes nees de Bar- 
Abbas, — les Nicolaltes, par exeraple, — ou contre les 
Gnostiques, et que les Actes ne mentionnent pas moins 
de deux synodes tenus a Jerusalem contre les Nazi- 
reens qui ne voulaient accepter de proselytes q ue 
contre circoncision, elle ose dire dans Eusebe que rien 
n'a trouble sa divine harmonie pendant tout le premier 
siecle jusqu'aux premieres annees de Trajan! Et quand 
on lui demande ou elle a vu cela, elle repond que e'es* 
dans Hegesippe (1). 

Qui, d'apres Eusebe, on aurait lu dans Hegesipp 6 
ceci ou quelque chose d'approchant : a Apres 1*" 
107 (2) Tebuthe fut le premier qui commenca a corromp 1 "^ 
par ses erreurs la verite de l'Eglise (3). Tant que l eS 

(i) Histoire cccliiiastique, 1. Ill, ch mil. ^ 

(2) De IE. C Nous avons prevenu le lecteur que, lorsqu c «**£ , 
serions vaincus par i'usage nous nous servirions de la chroBO'OS 
imposee a Ihistoirc par l'Eglise. Nous avons prouve qu'elle etait n» 
songere, cela suffit a notre decnargc. . j 

v 3) Par la « verite de l'Eglise • il faut entendre que Jesus a ex»»? 






— 115 — 

a potres et ceux qui avaient vu Jesus-Christ' dans la. 

c *iair demeurerent sur la terre,... l'Eglise se conserva 

e Ocore durant tout ce temps la Yierge pure, personne 

°sant combattre ouvertement sa doctrine. Mais apres 

a niort des ap6tres et de ceux qui avaient vu Jesus- 

^hrist, les heretiques commencerent a lever la tete. » 

| v a sans dire qu'Hegesippe n'avait rien dit d'aussi 

laicule, a moins qu'il n'ait considere comme des here- 

<l u es tous ceux qui suivirent a la lettre l'enseigne- 

ent de Bar- Abbas et la version de sa famille sur sa 

n °n-cruciflxion. 

^ e Tebuthe a laisse derriere lui une si mauvaise 

Nominee qu'il me semble difficile qu'il n'ait pas sous- 

™ a une verite gunante. « C'est, dit Eusebe, le pre- 

ler qui ait soutenu le Regne temporel de mille 

. 8 (*)• » Non, certes, ce n'est pas le premier, — Bar- 

°as lui-meme ne venait que deux ou trois mille ans 

Pfes Jonas, — mais ce pourroit bien etre l'un des 

'Uers qui l'aient soutenu dans le sens juif. Son 

°ignage etait done contraire d'avance a la fourbe- 

^uon allait exploiter dans les Evangiles synopti- 

• Son livre de chevet, e'etait les Paroles du Rabbi. 

A • 6 ' egalement celui de Gerinthe. 11 enseignait en 

v ^> (2)et ce qu'il enseignait, vous le savez (3). II ne 

\r ai * P a s reconnaitre que Bar- Abbas fut, comme dans 

bleu, dans Marc et dans Luc, un rebelle et un 

as sm, e'etait simplement un voleur (4), Ills de 



11 a At* 
(1) Eu«Il crucifi e apres la pique, e'est-a-dire apres l'Eucharistie. 

(%, of ,. e> '■ HI, ch- xxviii. 



(3) Cf ' *-ZvangiU de Nessut, p. 4. 
U) Cf lEwgile de Seuus, p. 6. 
• LEcangiU de Xtssus, p. 301. 



— 116 — 

Joseph et de Marie, laquelle etait fort loin d'etre 
vierge apres son premier enfant (1), encore moinsapres 
son neuvieme. Jesus, emanation de l'lnnomme, a bien 
pu descendre sur Bar-Abbas lors de ses baptemes, 
sous la forme d'une colombe; il a pu, sous les traits de 
ce pecheur, annoncer le Pere inconnu et simuler des 
miracles, mais a la fin, ou plutdt avant la fin, il s'est 
envole, plantant la le baptiseur et l'abandonnant a son 
malheureux sort ; on a crucifie Bar-Abbas comme tant 
d'autres hommes, mais non Jesus qui de sa nature 
n'est crucifiable que sur la sphere. 

Somme toute, Cerinthe n'acceptait de sa propre fable 
que ce qu'elle avail d'exploitable au point de vue bap- 
tismal, et il savait y dedoubler le deux en un, un en 
deux dans le meme personnage, sans jamais faire de 
confusion. 

Je ne me charge pas d'expliquer comment, aban- 
donne de Jesus qui s'etait envole, Bar-Abbas, d'apres 
Irenee, aurait pu ressusciter ensuite. Mais dans Irenee 
l'Eglise pretend que Cerinthe soutenait cela. C'est 
juste le contraire. Pour le reste, Juif tres christien et 
tres panthoriste (2), comme tous les freres restes au 
pays, Ebionites, .\azireens et Elkesaltes, il disait 
qu'un jour la Loi juive serait appliquee sur toute la 

(1^ F.t n'avait point a I'ttre. sinon avanl son manage. D'apres I» 
transcription grccque d'Akiba. l'enfant i|iii. sous lenom d'Ininianouel. 
n'avait pour principale nourriture que du beurreet du iniel jusqu'ac* 
qu'il fut capable de rejcter le mal et de choisir le bien (Isaie. vii, i*J« 
devait naitre dune jeune Clle ou inieux d'une jeune feinme (c' e5t 
ainsi que traduit U. Zadoc Kahn.) et non d'une nerge par destinatioDt 
comme l'Eglise I'entend du mot parthenoi qu'elle a introduit dans 1» 
Version des Septante. 

(2) Disciple de Jeboudda le Ganmlecn, surnommfi 1'anthora (tout*" 
la-Loi). 



— 117 — 

terre dans le Royaume de Bar-Abbas revenant a. 
* toiproviste. On a done eu tort de lui attribuer VApo- 
ca -hjpse de Pathmos, car dans VEnvoi on avoue que 
oar-Abbas « a ete mort (1). » Pour Cerinthe, Bar-Abbas 
a ete crucifie avant d'avoir pu celebrer la paque ; et il 
n e st pas ressuscite, par la raison qu'il n'est pas mort 
et qu'il n'avait jamais rien annonce de pareil. Quoi 
1 u on Use aujourd'hui dans Irenee, Cerinthe nie la 
re surrection ; Epipbane, Philastrius et Augustin le 
e connaissent, et ils sont posterieurs a Irenee qu'ils 
au raient pu lire, s'il eut compose le livre qu'on a mis 
8 °Us son nom. 

Jj Evangile cerinthien etait tel qu'au troisieme siecle 

es Aloges, Theodote et les Theodotiens, continuaient a 

e dire Evangile de Cerinthe; tissu de mensonges, 

Joutaient-ils. On n'eut la paix avec les Aloges et les 

. ^°dotiens que par l'invention de Jochanan, succedant 

element (2) dans le rdle de l'ap6tre qui repose sur le 

n de Jesus pendant le repas de remission, car « de 

^ _ e ^ poids, dit le theologien Bergier, peut etre leur 

" ^on contre le temoignage de ceux qui avaient vecu 

e ° c et ap6tre, contre la tradition des Eglises qu'il 

ait fondees, contre Cexemplaire autographe con- 

e a Ephese jusqu'au sixieme siecle? (3) » 

t r'. 0r | lme tous les cataplirygiens, Cerinthe etait quar- 

c ^a?i (4), et il Test reste dans son Evangile 

(2j Jj *f» Eiangiles de Satan, premiere partie, p. 149. 

(3) ,>." L'EvangUe d- Nruiu. p. 250. 
quj a t Pier re, tveque d'Alexandrie vers le milieu du vi« siecle, 
Rjjjjj ra nsmis ce dernier detail, inconnu avant lui, et cela nous donne 
joli ./ c °nllance dans la Chronique d Alrxandrie ou se trouve ce 

Paqug esl "9-dirc conimemorant Bar- Abbas le 11 nisan, veille de la 



— 118 — 

devenu le quatrieme du recueil canonique. Ne sachan* 
comment se liberer de ce Juif genant et sincere, on 
le reporta du second siecle au premier, et on declara 
qu'ayant vecu au temps des Apotres, il avait ete l'ins* 
tigateur de tous les tumultes suscites contre eux dans 
les Actes (1). 

Le mytlie de Bar-Abbas ressuscite est sorti d" 
cadavre de Bar-Kocheba. Personne ne songeait a con* 
tester que Bar-Kocheba fut mort, tandis qu'on l'avarf 
nie de Bar-Abbas. II etait done ressuscitable, niais 
comme on pouvait etre embarrasse de ce survivant trop 
age, on l'enleva au ciel en disant qu'il en reviendrai* 
pour venger les Juifs martyrs de son Apocalypse et 
leur livrer le monde. 

IS'ous vous l'avons deja dit (2), e'est a Hierapolis de 
Pbrygie qu'a germe cette imitation de la fable <*e 
Jonas, dont les evangelistes ont trouve le fond et l eS 
termes chaldeens dans la version d'Akiba : Esope etai» 
pbrygien. Les sept Eglises, les sept confreries bapti*" 
males de l'Apoca/j/pse de Pathmos, sont comme l e9 
sept ministeres du Royaume des Juifs en Asie. Toute* 
etaient catajehouddiques (3), Giles de Bar- Abbas et <* e 
ses Paroles. On les dit parfois catapbrygiennes (4). e 
ce nom leur convient aussi, Papias d'Hierapolis etan 
leur second pere. C'est pour cette raison qu'Hierapo" 
n'est point parmi les sept Eglises nominees dans 1 *«**' 
voi de Pathmos; que dans les Actes, Paul, qui t ieD 
encore trop de Saul, lie par l'Esprit-Saint, refoit \'oto* 

(1) Epiphane. in Panario, et Philaslrius. 
•{i) CI. 1*m Evangiles de Satan, premiere parlie, p. 123. 
(3j Cest-a-dire confonne 4 la doctrine dr Jclioudda Panthora. „ 
(4) Epiphane dit que la confreric At Thjatire, — la premiere «P 
eelie d'Hierapolis. — elait cataphrygienne. 



— 119 — 

de regler son itineraire de facon a ne pas insister sur 
la Phrygie, et que la Phrygie n'est pas citee parmi les 
provinces auxquelles est adressee la Premise lettre 
de Pierre. Pour la meme raison a ete retranche de 
1'Ane cVor et de YApologie d'Apulee, accuse d'avoir 
emprunte sa poissonnade aux « charpentiers de 
Phrygie » (1) », tout ce quipouvait mettre le public sur 
la piste de Papias d'Hierapolis. 

Les sept egUses d'Asie se composaient uniquement 
de Quartodecimans. lesquels tenaient leurs Actes de la 
passion pour seuls vrais et seuls authentiques (2). Or 
leur nom montre que, pour eux comme pour les Nazi- 
*eens, les Ebionites et les Ischaltes, toutes sectes 
orthodoxes au point de vue jehouddique, Bar-Abbas 
a *ait bien ete crucifie le 14 nisan, veille de la paque, et 
fl ou l e lendemain comme dans les Evangiles sj-nop- 
tises. 

AGn d'expliquer que les Paroles du Rabbi se trou- 
^assententre les mains de Papias, dans une province si 
eloignee du point de depart de lapostolat (3), l'Eglise 
d ans Eusebe dit que « Papias avait fait des voyages 
Pour recueillir ses Explications des Paroles du. Rabbi,. 
Parce qull ne croyait pas pouvoir retirer autant de 
Profit de la lecture d"es livres que des traditions recueil- 
Ue s de la bouche meme des derniers survivants. » 
Chose merveilleuse ! De ces voyages (autour de sa 
chambre) il rapporte une doctrine en conformite com- 
plete avec cellede Bar-Abbas et en antagonisme absolu 
av ec celle de Jesus : les derniers survivants attendent 

JJl Cf - Les EvangiUi de Solan, premiere p&rtie. p. 91. 

|*J Epiphane. Contra harrses, section IV. 

w)Cr. Les Evangiles de Satan, premiere partie, p. 13u. 



— 120 — 

le Royaume des Juifs I Peu s'en fautqu'Eusebe ne traite 
Papias d'imbecile (1). En revanche, il vante le solide 
jugement d'Hegesippe qui, lui aussi, a fait des re- 
cherches sur les apdtres et redige leurs Memoires(2), 
avec cette difference qu'il ne les a pas trouves mille- 
naristes. Hegesippe est unimposteur, le dogme authen- 
tique est avec Papias. 

II n'est nullement prouve que l'original des Expli- 
cations de Papias fiit grec. J 'incline a croire qu'il etait 
arameen, comme le texte meme des Paroles du Rabbi- 
Les mots arameens restes dans les Evarigiles sont 
assez nombreux : les noms de lieux comme Nazireth, 
Ghe-Nazireth, Beth-lehem, Beth-saida, Scilo, Handth, 
Guol-golta, Gabbatlia, Hakeldama ; les pseudonymes 
semeiologiques comme Zakhuri, Zibdeos, Elol-Shabed 
Beel-Zib-Beel, Ieou-Zeb, leou-sef ou Ieou-seph (3). 
Ieou-Shana-os, Myriam, Kephas, Toiimin, Oblias 
{devenu Andreas), Nathana-El ; les noms de dignite 
souveraine comme Maran (.Va?-an at ha, le Seigneur 
vient,) et Messiah ; le qualilicatif de bar-ner-regesch 
(fils du tonnerre) applique aux sept fds de Jehoudda; 
les pseudonymes de predestination comme bar- Abbas; 
les noms de metier comme ilaramatas; les phrases 
comme : « Talitha. koumi! (4} » et a Abba, Abba, 
lamma sabachtani .' » Certains mots, comme celui 
■d'j"e7no7ia, colombe, ont meme perdu tout leur sens caba- 

(l)Cf. Lts EtanqiUs de Satan, premiere pnrtie, p. 13(. 

(2) 11 semble par la que cet liege-: ; . non moras juif que Pap'&s- 
mais plus menteur, ait mis en forme les Eva*gilts aujourd'hui connus 
sous le nom de Matthieu. de Marc et de Luc. ct facilite les Actes df* 
Apotrtt. 

(31 Cf. le present volume, p. 8. 

(4) Jeune tille, leve-toi ! 






— 121 — 



listique (1) ea passant dans le grec. La prononciation et 
!'ecriture de tous ces noms etaient fort arbitrages. En 
*°ut cas elles dilTeraient tellement de celles des habi- 
tants de Jerusalem que ceux-ci ne peuvent sempecher 
de dire a Shehimon dans la cour du Handth : « Tu etais 
a vec ces gens-la, (les partisans de Bar- Abbas arretes et 
ei nprisonnes avec lui), ton langage te decele! » Et en 
effet le Talmud dit que le langage des Galileens, tant 
ci sjordaniques que transjordaniques, etait corrompu, 
toouillant les lettres les unes avec les autres (2). 

Depuis la disparition des ecrits de Papias on en est 
r eduit a chercher sa doctrine chezun autre Juif etabh a 
L yoo, Schalom (Irenee), dont la personne est reelle, 
m ais l'ouvrage entierement suppose (3). Nonobstant le 
tr »vail des faussaires, il resulte d'Irenee que, pour 
Pa pias comme pour le Maran (4), le Regne de mille ans 
J e sera qu'un long sabbat, un long jour de repos et de 
lles se. La table sera servie par Bar-Abbas lui-meme 
dan s ce nouvel Eden, et quelle table ! Tout y sera au cen- 
ttt ple, car il l'avait dit : « Quiconque aura quitte ses 
Cna mp S) ou ses maisons, ou ses parents, ou ses freres, 
0,1 »es OU a cause de moi, recevra le centuple dans ce 

2} '" e_<> - fl . le mot du Plerome. 

,, , x °lainment le b avec le f. , ... 

' 3 Oe fameux Contra h*rese*. Gregoire le Grand, pape ,deo90a 601 
teii E - a ' s * Plaint a un evSque de Lyon que, ma lgre Urates les 
toI Des lu'il a prises de faire chercher les ecnts d Irenee et Ie> 
^oires de sa vie, il na jamais pu les trouver! Cela na rien 

eionnant. Touteruis, Gregoire nest point aimablc pour celm qui. 
P' us «eurs S ie c i e5 avant le &!,„ pontifical*, a pred.t la hste ofCc.elle 
r*t» Preiniers P a Pes. Et ce dut are une grande morUOcation pour 
sei!,rS Ue de L yo», contcmporain de Gregoire. de le yoiransa mal ren- 

JgV malgrt toutes ses recherches. sur la vie et les tails d Irenfee. 
<W» i ran < seigneur. On |>eul mi-ine sc demander si ceque nous 

w,ns ParoUt du Rabbi netait pas appele Paroles du Marin. 



m 



■■ ■ 



122 



monde, et a l'avenir la vie eternelle. » C'est ce rego e 
qu'Isaac avait en vue lorsqu'en benissant son second 
ills, il lui souhaitait abondance de froment etdevin (!)• 
c'est celui qu'annoncait Bar-Abbas (2), « ainsi que se 
le rappellent les preshytres (31, qui l'ont vu, car ' e 
Maran, lorsqu'il enseignait, avait dit de ces temps : 

o Des jours viendront oil naitront des vignes ayant d' J 
mille branches (i), chaque branche ayant dix mille rameatHi 
chaque rameau dix mille grappes, chaque grappe dix miU e 
grains, oil de chaque grain on pourra tirer vingt-cinfl 
m6tretes(5) de vin. Et lorsqu'un des saints aura pris uo e 
grappe, une autre criera : <> Je suis une meilleure grapP e ' 
prends-moi et par moi benis le Seigneur! » 

f Tout cela, avoue l'Eglise dans Irenee, est egale* 
ment atteste par Papias (6) au Livre IV (de ses Exph~ 
cations), car il en a ecrit cinq. (7) Et il ajoute (ce" 1 
provient des Paroles du Maran lui-meme) : Ces choseS 
sont croyables pour les croyants » (8). 

(1) De la toulcs les semitologies sur la multiplication du pain et d 
Tin dans les Evangiles. 

(2) II y a aujourd'hui : t Jochanan. disciple de Jesus. • 

(3) Les ittktntm ou anciens : Philippe. Toumin, Matbias. Theudas, e» » 

(4) Voyez les parabolcs qui exploitent ces chiffres dans les Ec<* 
gilts il* Satan, premiere partie, p. 330. 

(5) Mesure grecque employee par Cerinlbe dans les .Voces de K*° 
et certainement inconnuc de Itar-Alibas. Cf. L'Ecangile de " f 
tus. p. SI. 

■,6( c L'auditeur de Jocbanan et le compagnon de Polycarpe. 
boiunie des nnciens temps. » Des anciens temps '! Comment lepseo^, 
Irenee compte-t-il done ? C'est le plus modeme de tous ses 16m ° 1 .^ 

(T) Meme coupe que le Contra hxreses. On voit que le veritable 
nee n'a jamais rien tent : il possedait simplement les cinq litres 
Papias qn'il avait peut-6tre traduits en grec. .- 

(8) Sur quoi le pseudo-lrenec ecrit : t Comme Juda le traitre y 
i-rftyait pas ct intcrrogeait : « Comment done le Seigneur produir*" "^ 
de tetles choses? > le M litre repondit : c Ceux qui viendront alor* 
verront. » 



. 



— 123 — 

Ce passage est a retenir tout entier, parce qu'il pro- 
vient des Explications des Paroles du Rabbi et quil 
fait bien valoir les idees que Bar-Abbas nournssait de 
l'Eden juif, ou la vigne produit de si beaux mterets 
composes ! Bar-Abbas, tous ses freres, tous leurs con- 
temporains, meme Is-Kerioth, tous les anciens d Asie 
en passant par Papias jusqu'a Irenee qu'on dit eveque 
de Lyon, tous, en un mot, attendaient cela du Royaume. 
Et pour quon ne s'y meprenne pas, Irenee, continuant, 
declare d'apres Papias : « Que si quelqu'un essaie de 
considerer ces paroles comme des allegories, line trou- 
•»era rien de logique... Tout cela, sans controverse pos- 
sible, s'applique a la resurrection des justes (1)... 
alors qu'ils regneront sur terre, oil ils vivront unis aux 
Anges, dans la Jerusalem qui descendra d'en haut 
toute prete, paree comme une fiancee qui se rend aupres 
de son epoux (2). Et rien ne peut etre allegorise, tout 
est solide, et vrai et substantiel ! » Dans cette Jerusa- 
fem millenaire les justes feront leur stage d'immorta- 
«te. Ressuscites, ils sexerceront a lmcormptibilite qui 
degenerera chez eux en habitude, ils prendront de la 
f orce au temps du Royaume (c'est-a-dire pendant les 
^iUe ans), pour pouvoir porter ensuite la gloire de 
l ' Abbas, car ce ne sont pas les justes qui iront a lui, 
c 'est lui qui viendraa eux, ii leur epargnera le voyage (3)! 

(J) En replacement dc • qui aura lieu aprts le retour «**^^ 
« >* ruine dc toutes les nation, qui lui rtsistent . on mi» • - a P rt> 
'fenue de lAntechrist et la ruine de toutes les nations qn. lui 
dissent » , „ 

,<*> < Ainsi fa dit dans VApo-alyp'e. (le «W^"*»Sl ?££ 
Vathmosl, Jochanan. disciple du Seigneur ». alor> qu il y a>ait 
■ pannes » et qu'il sagissait de V. Apocalypse de Ovmaia. 

< 3 > Ceci d'apres VEvZng.le de Cerintbe. Cf. I*™* 1 '**?™*, 
p - «3. On a menu ulilis* un passage de la Premier* lettre de Pterw{ 



— 124 — 

La matiere de ce monde ne perira pas, elle fera comme 
le millenarise lui-meme, elle se renouvellera en chan- 
geant simplement de figure, et durera eternellement, 
ce qui est facile a comprendre, puisque Dieu y sera. Et 
il y aura la differentes demeures, selon ce qu'a dit le 
Marau qu'il y aurait plusieurs maisons chez sou 
Abbas (i). 

C'est done sur une profession de foi nettement mille- 
nariste que Papias terminait, et dans cette foi qu'il est 
mort, comme Bar-Abbas et tous les evangelistes jus- 
qu'a Irenee. 

Entre les avantages qu'Irenee tirait de son origins 
juive et cataphrygienue, il en est un par oil il dominait 
la puissance romaine elle-merae : il avait vecu pendant 
de longues annees avec des morts ressuscites par les 
disciples de Bar- Abbas. Ces ressuscites ne l'avaient pa 8 
accompagne a Lyon, quoiqu'a la verite les communi- 
cations fussent de plus en plus faciles; ils n'avaient 
pas voulu affronter le changement de climat toujours 
redoutable a des gens qui sont morts une premiere fois. 
Cependant « il n'etait pas possible d'enumerer toutes 
les graces que l'Eglise avait refues de Dieu et par les- 
quelles elle operait chaque jour le bien des nations, a° 
nom de Jesus-Christ, sans tromperpersonne, sans s'en- 
richir : comme elle a recu de Dieu gratis, c*est aussi 
gratis quelle sert » (2). Ce ne sont pas les Gnostiques 
qui en auraient fait autant ! Un tas de non-valeurs • 
Incapables de ressusciter les morts, comme faisait 
Jesus, comme ont fait les Apdtres, comme on le voyai* 

;») Cf. VEvangile de Sessut, p. 26S et Us EvangiUs de Satan, Iroi- 
sieme par tie, p. 311. 
(2) Contra hxreset, I. II, 32. 



— 125 — 



faire souvent dans la confrerie jehouddolatre ! Toute 
1'Eglisede Lyon demandait cette faveur dans lesjeunes 
et dans les supplications, et l'esprit revenaitaumort(i)! 
n ne tenait qu'aux Celtes de beneficier de cet etat de 
c hoses, au lieu de se confier a ces Gnostiques dont 
impudence allait jusqu'a nier Insistence en chair de 
Jesus! Les Lvonnais quimouraientquand memeavaient 
la consolation de penser qu'au cinquieme siecle ils de- 
^endraient « ceux qui ont connu Irenee », lequel avait 
v ecu ses jeunes annees dans un milieu compose presque 
Bl >iquement de gens ressuscites par les « vrais dis- 
ci ples de Jesus ». Car les resurrections evangeliques 
8 °nt fixees dans la memoire des hommes par des temoi- 
8 n ages indiscutables. Ces resurrections, il ne faut pas 
Cl- oire qu'elles soient de simples apparences et que 
Jesus opere a cent ans d'intervalle ; « elles ont eu par- 
cement lieu comme il estdit, et dans les corps memes 
° u la mort etait entree ! S'il en etait autrement, il n'y au- 
rai t pas eu resurrection. Or dememe que les gueris ont 
et * gueris dans les membres dont ils souffraient aupa- 
***ant, ainsi les morts ont ete ressuscites dans leurs 
P r opres corps, pour montrer que Jesus donne la guerison 
etla vie a sa creature et pour accrdditer les recits de 
* a resurrection (2). » (Entre nous, mon cher Irenee, 
ttt Pouvais laisser cette derniere interpretation aux in- 
cr *dul es ) ! 

} l - La fraude passa d'abord en Macedoine, et le pre- 
fer travail fait pour consolider la divinisation de Bar- 
^ b as futune Dispute entre Jason et Papiscos, Tun 
Juif christien, l'autre pharisien, fabriquee par Ariston de 

IS J*« II. 31. 

l *> C °ntra lurrtstt, 1. V. 






— 126 — 

Pella que l'Eglise dans Clement d'Alexandrie identifie 
avec Luc l'evangeliste (i). Telle etait la niaiserie de ce 
dialogue, l'incoberence de Targument, la mauvaise foi du_ 
procede que le platonicien Celse, en ayant trouve p&r 
hasard un exemplaire, hesite s'il doit rire ou s'indi- 
gner(2). On y lisait qu'il y avait sept cieux (3), — quatre 
de plus que dans V Apocalypse. — Le christien prou- 
vait que les propheties dont la mystification evange- 
lique faisait etat convenaient merveilleusement a Bar- 
Abbas et finalement il menacait les incredules de l a 
malediction du Dieu qui avait ete pendu au bois. Le 
pharisien, apres une feinte resistance, s'avouait battu, 
Ariston lui ayant enleve ses armes. 

Tenez pour certain qu'on retrouve la majeure partie 
de ces turpitudes dans les Evangiles actuels. Car 
Faustus, l'eveque manicheen (4) de Carthage, honnete 
hommc et sage, disait au sujet des Evangiles « qu'd 3 
avaient ete composes longtemps apres les ap6tres p ar 
quelques hommes obscurs qui, dans la crainte quoo- 
refusat d'ajouter foi a des histoires dont ils ne p° u ~ 
vaieut etre instruits, ont publie sous le nom des apdtres 
leurs propres ecrits, si pleins de bevues, d'opinions e 
de relations discordantes, qu'on n'y peut trouver o* 
liaison ni accord avec elles-memes (5). » Et Faustus 
poursuit, accablant les jehouddolatres : a Vos prede- 
cesseurs ont insere dans les Ecritures une foule 
choses qui, presentees sous le nom du Rabbi, ne sa°" 
cordent nullement avec sa doctrine. Rien de surpr e ' 

(1) Hypolyposeun, 1. VI. 

(2) Anticelse, it, 52. .^ 

(3) Cf. Maximal, dans les Comment, sur Denys, He mystictl theolog 
•(t) Disciple de Manes mort au milieu du troisieme sidcle. 

»5) Augustin, Contra Faustum, I. XXXII el XXXIII. 



— 127 — 

n ant a cela, puisque nous avons (lit maintes fois que 
ces choses n'ont ete ecrites ni par lui-meme ni par ses 
a p6tres, mais que pour la plupart elles sont fondees 
sur des contes, sur des bruits vagues et ramasses par 
jene sais quels demi-juifs, peu d'accord entre eux, qui 
aeanmoins les ont publiees sous le nom des ap6tres et 
W ont ainsi impose leurs erreurs propres et leurs 

^ensonges. » 

Admirablement renseignes sur le millenarisme a 
r aison de leur origine babylonienne, les Manicheens 
av aient quantite de livres qu'ils donnaient comme 
6t ant des ap6tres(l) ; et en effet c'etaientles Paroles du 
Rabbi transcrites par ses freres et ses neveux. Le 
P a Pe Leon les declare supposes et ajoute que les Mani- 
c heens y avaient fait passer leurs propres doctrines. 

H est vrai qu'ils auraient pu en revendiquer la pater- 
^e astrologique. Aussi tenaient-ils pour faux tout ce 
^compose aujourd'hui le Nouveau Testament. Tons 
PWessaient l'inexistence en chair de Jesus, et quand 
°n en venait aux preuves, ils montraient les ecrits apos- 
^ques, c'est-a-dire les Paroles du Rabbi elles- 
mfi mes. Non seulement les Evangiles netaient sous 
a Qcu n de leurs noms actuels a la fin du second siecle, 
ma is encore le scribe qu'on appelle aujourd'hui Luc 
c °Q8iderait ces ecritures comme si peu respectables 
^"il les corrigeait et les remetlait en ordre, rognant, 
arra Qgeant, supprimant a sa guise tout ce qui compro- 
met tait l'avenir de son imposture, et ajoutant tout ce 
^luiparaissaitde nature a mystifier lesgoym, notam- 
men t l'acte de naissance de Jesus au Recensement. 

' Ceci dapris Uon, troisieuie Sermon. 



— 128 — 

III. — En Phrygie raeme, au berceau de Jesus, u n 
. pretre, Montanus, se levacontre l'Evangile du Royauffi e 
des Juifs auquel il opposait ses propres Revelations. 
Les phrygiens de Montanus se tenaient pour tres supe- 
rieurs aux apdtres sous le rapport de l'Esprit-Saint, 
et ceux qui suivaient les prophetesses montanistes, 
Priscilla et Maximilla, ne se genaient pas pour dire 
qu'il y avait en elles quelque chose de plus que dans 
les sept fils de cette vieille juive de Salome ! (1) 

Les disciples de Montanus, dont fut Tertullien (2)> 
refusaient energiquement tout credit a la mvstification 
ecclesiastique, particulierement aux Actes des Apdli'^ 
qui leur paraissaient le comble de Timposture. Et telle 
etait l'opinion de Tertullien, avant qu'on ne le desho- 
norat par des suppositions d'ouvrages dont la pluparl 
depassent la mesure de mensonge permise a l'effronte- 
rie humaine. 

Les Montanistes et apres eux les Novatiens virent 
ou tendait le bapteme pour la plupart des eveques : c'e- 
tait proprement le filet a poissons dans lequel TEgli 86 
des charpentiers juifs prenait les hommes, qu'elle fa 1 " 
sait frire ou qu'elle rejetait a l'eau selon son humeur 
et ses interets. Les criminels y couraient tout droit, sy 
jetaient d'eux-memes. Baptises, la grace ayant opere 
pour toujours, ils croyaient pouvoir recommencera ma' 
faire, comme, de leur cote, les baptiseurs croyaien* 
pouvoir les absoudre sous la caution baptisatum soloi- 

(1) Philosophoumena, I. VIII, 19, dans la I'atrologie grecque a° s 
(Eucrts d'Origene. 

(2) II paralt qu'aprds Montanus les Phrygiens anti-jchouddolal^ 
se seraient divises en deux branches : les sectateurs de Proclus e 
cetix d'Eschines, mais il n'irnporte. Xi les uns ni les aulres ne s 
courbaienl devant Bar-Abbas et la revOlation juive. 



^ 



— 129 — 

Ayant nie que les baptises eussent cette ressource et 
les baptiseurs ce pouvoir, les Montanistes et les Nova- 
tiens furent declares les plus dangereux des heretiques : 
haro sur ces puritaius qui conspiraient contre la 
caisse ! 

IV. — Les descendants des membres du sanhedrin 
qui ont condamne Bar-Abbas etaient tous en Galilee 
l°rsque la fable de Jesus tomba eDtre leurs mains. 
Comment auraient-ils pu en etre dupes? 

C'est un lieu commun de representer les Juifs du 
Temple se cachant la figure apres leur forfait, les 
Membres du sanhedrin disparaissant de la surface de 
la Palestine, ou bien ourdissant toutes sortes de machi- 
nations criminelles contre les christiens. II n'en est 
^n. Apres la chute de Jerusalem, le sanhedrin, des- 
cendu d'abord a Jabne, pres de Joppe, finit par s'ins- 
a 'Ier sur les bords memes du lac de Geuezareth. Le 
temple rase, tout ce qui restait des families d'llillel 
el de Gamaliel se transporta dans Tiberiade et ouvrit 
ae s ecoles dans les villages et dans les bourgs que 
esus etourdit de ses miracles. Gamaliel presidait le 
8 anhedrin en sa qualite de fils de David, et ce tribunal 
e pensa pas que, pour rendre des jugements contre 
es Bar-Abbas de son temps, il put trouver dans toute 
a Judee un lieu plus propre a la majeste et a la paix 
e s ea deliberations que le voisiuage de Bethsalda, de 
Ka pharnahum, de Khorazin et de Kana. L'endroit du 
°nde ou il y avait le moins de jehouddolatres, c'etait 
lui qui avait vu naitre le vertueux Bar-Abbas. Son 
v enant vous l'a dit avec melancolie : « Nul n'est 
P r °phete en son pays. » Dans la tourmente qui les 
ava «t chasses de la Ville Sainte, les Pharisiens et les 



— 130 — 

Saduceens goutaient le repos parmi les heritiers da 
Royaume, non loin du port oii Pierre amarre et du 
peage ou Matthieu percoit, dans les maisons memes ou 
Jesus fait monter les paralytiques sur les toits avec 
leurs lits sur les epaules! 

Et d'abord voici des voisins de campagne de Bar- 
Abbas qui n'ont jamais eu connaissance de l'existence 
de Jesus. IS'icomaque, contemporain d'lladrien, etait de 
Gerasa, de cette rauine terre des Geraseniens ou Bar- 
Abbas conduisit une croisade contre les pores gaulois; 
il avait compose toutes sortes de livres, et a n'en pas 
douter ileonnaissait bistoriquement Jehoudda le Gama- 
leen et ses fils; mais son ignorance de Jesus n'a d'egale 
que sa force en mathematiques, et cette ignorance ne 
l'a point empecbe de resoudre par des nombres, a l a 
facon de Pythagore, le probleme de la Monade, de 1* 
Dyade, et, je le crains bien, de la Triade. II a parle de 
l'un en deux, deux en un, comme s'il avait counu les 
Paroles oii s'affirme ainsi le culte de l'Abbas createur- 
Un autre Gadarenien, G->nomaus, philosopbe cyniqu e > 
contemporain d'Hadrien et d'Antonin, ecrit la PoUT- 
suite des imposteurs et attaque avec vigueur l aS " 
trologie judiciaire dont 1'Apoca/ypse est le plus beau 
monument. La sainte image de Jesus ne l'arrete pas- 

Tant aupres des Juifs du 7"a/»iudque des Juifs chris* 
tiens YEvangile est une fable sans credit. Le livre 
autour duquel ils se livrent bataille en Judee, c eS 
celui qui avait arme le bras de Shebimon Bar-Kocheb»» 
ce sont les Paroles de Bar-Abbas, de Plnlippe, ^ e 
Jehoudda Toamin et de Mathias Bar-Toamin : ' e3 
Livres des egaris, comme les appelait Elisee beD 
Abbouya qui, apres la deconfiture de Shebimon Bar- 



_d 



— 131 — 

Kocheba, fut le docteur commis par Rome a la surveil- 
lance des Nazireens du Royaume. Ces Livres des ega res, 
Lhsee les avait constarament sur lui, toujours pret a 
percer leurs faux mysteres et tout « ce qui concerne le 
°har d'Ezechiel (1). » Or le char d'Ezechiel, c'est la 
cr oix sur roues dont le moyeu est Jerusalem; et la 
uerniere expression cabalistique de ce symbole, c'est 
^'■Apocalypse (2). 

Elisee avait-il ete un iustant avec les egares, les 
Wsciples de celui dont Marie, dans l'Evangile, dit qu'il 
av ait « perdu l'esprit » ? On aurait pu le croire a la 
a ?on dont il dechilFrait leurs livres dans l'original ara- 
meen. 

Le « transforme », ainsi l'appelait-on, presque le 
r ansfuge! Un ancien frere? A force d'ecouter aux 
P°rtes, peut-etre avait-il emporte la clef! 

Les Livres des egares etaient assez rares, ayant tou- 

J u ps eu le caractere de la kabbale. Les docteurs du 

Pteme les gardaient jalousement, et c'etait le secret 

e 'eur puissance. Toutefois, Elisee les avait en grand 

0l nbre, dit le Talmud. Dans les prescriptions qu'ils 

Qtenaient Elisee discernait; il indiquait celles que 

ntorite romaine pouvait tolerer ou devait defendre. 

. ■* alrnuds le chargent comme ils ont charge la 

JPUle de Hauan et de Kaiaphas (3). Car, en depit de 

t»On aVons ^eja c ''* l'exemple d"Elisee ben Abbouya en nous 

Vl. r, an ' T u e des Israelites aussi instruits, aussi distingues que 
Pari- e J" en bourg [Soles sur la guer.e de lien h'ozeba et ses suites, 
POiss' ' ' n8 ' el Weiss ( ZurGesch - d t iul Tradition, II. p. J39-H4) 

Ws'ii- "fisiter devant la signification de ce symbole et croire que 
On dj/ 65 ^ont se cbargeait Elisee etaient ceux des Gnostiques, tous 
Ot p f que tous antijuifs determines. 

$ M#n flQ '' ** Juif '' p - 17 - 

e uons-nous d'ailleurs, car le |>atriotisme des talmudistes eVgare 



— 132 — 

leurs crimes, Bar- Abbas et les panthoristes etaient des 
justes, il n'y avait pas a ie nier. Et comme dans leurs 
entreprises les Romains obligeaient des Juifs a travail- 
Jer le jour du sabbat, ceux-ci chercbaient a porter les 
fardeaux a deux, parce que le peche contre la Loi deve- 
nait moiadre pour chacun. « Elisee conseillait alors aux 
Romains de faire toujours faire l'ouvrage par un seul 
individu. » Cela sans doule pour eviter l'echange des 
vo3ux de nazireat. 

Les Juifs lettres qui, apres la deconfiture de Shehi- 
mon Bar-Koclieba, se sont fait connaitre par quelque 
version de l'Ancien Testament, pouvaienttenir quelque 
compte de Bar-Abbas dans leurs commentaires, i' 9 
n'en pouvaient tenir aucun de Jesus. De ceux-la sont 
Symmaque et Theodotion. Comme on eut pu s'etonner 
que des hommes aussi considerables dans leur nation 
eussent ignore Jesus, il a paru plus simple a l'Eglisede 
les disqualifier par le reproche d'apostasie ou d'heresie- 
Mais elle a mis peu de logique dans l'administrationde 
ce procede : Theodotion, dit-elle, a ete disciple de 
Tatien et il a professe le marcionisme. Or Marcion 
professait l'inexistence en cbair de Jesus, en quoi •' 
suivi Tatien. Apres avoir ete disciple de deux homme 9 
qui niaient Jesus en chair, Theodotion se fit Juif. ^ 
l'Eglise. Entendez qu'il n'avait jamais cesse de I'etrfli 
mais que sur Jesus il pensait comme Talien et Marcion- 
Des trois versions de l'Ancien Testament que donn 
le second siecle l'Eglise a prefere celle de Theodotio 

parfois leur morale. On trouve mauvais qu'lsmael ben Jo«6 et F-' 1 . 
ben Simeon aient acceple la charpe de rechercher les voleurs e 
lit-rer les brigands juifs Au reproche qu'on lui adresse. Ismacl rtp° 
« Que puis-je faire ? C'est I'ordre du gouvernement • 



— 133 — 

a cause de la maniere dont le livre de Daniel y etait. 
presente. Cette preference pourrait tenir aux modifica- 
tions que l'Eglise d'Ephese apporta au texte de Theo- 
dotion qui resta sous sa coupe. 

Quant a Symmaque, c'etait, dit l'Eglise, un ebio- 
aite. Entendez que, pareil a tous les disciples de Bar- 
Abbas, il professait Tinexistence de Jesus en chair. 
En effei, comme Menandre le baptiseur, comme Justin, 
s i l'Eglise ne nous trompe pas, Symmaque etait de 
Samarie, ne trop pres de Sichem, du S6rtaba et de 
Mac-heron pour croire que Jesus avait existe. De plus 
il etait trop verse dans les anciennes Ecritures (1)^ 
tr op au courant des procedes allegoriques employes 
dans les nouvelles, pour etre dupe de leurs facons (2). 
Afin de diminuer son autorite et en meme temps celle 
des Ebiouites, l'Eglise a insinue que Symmaque etait 
comme eux sectateur d'un nomme Ebion, grand here- 
^que en son vivant, quoi que personne ne l'eut vu, car 
ebion est un nom commun que l'Eglise dans Tertul- 
" e n fait passer pour un nom propre. Et comme, vu 
^s necessites de leur imposture, les Evangiles ont eu 
besoin de sophistiquer toutes les propheties qu'ils 
e mpruutent a l'Aucien Testament, elle accuse les Juifs 
(Theodotion et Symmaque) d'avoir corrompu les textes 
de cette Ecriture qu'ils ont trouve a trop favorables aux 
c hristiens (3) ». Car Jerdme, — dans ces occasions iL 

(1) Sa version des Ecritures juives. la seconde depuis la prise de- 
Jerusalem par Titus, (celle d'Akiba est la premiere,) avait paru vers 16» 
de 'E. C. 

'•■j On pretend mime qu'il aurait ecrit contre la ge nealogie de Bar- 
Aobas telle qu elle est dans Malthieu. Mais, s'il en e ? t ainsi, pourquoi 

*"J-il pas ecrit contre celle que donne Luc? 

V 3 ) Ceci dans le Tryphon quelle a mis sous le nom de Justin. 



— 134 — 

merite le nom de Saint, — apres avoir passe sa vie 
dans la fraude historique et le mensonge christien, 
autorise tous ces procedes quand ils ont pour objet 
l'interet de l'Eglise. II approuve l'erreur « quand elle 
est inspiree par la haine pour les Juifs et par la piete 
pour la foi. » 

Dans le Talmud de Jerusalem (1), tres davidiste au 
fond et discret par force, on ne trouve rien contre 
Jehoudda et ses fils sous leur nom de circoncision qui 
est en quelque sorte sacre. Les talmudistes ont pour 
cacher ce nom les memes raisons que les evangelistes : 
ils veulent les honorer sans se compromettre. C'est un 
parti-pris cliez les redacteurs de s'enfermer dans la 
■glose et de laisser de cote toutes les actions des pre- 
iendants. Ils ne s'avancent pas sur le terrain anti- 
jehouddiste ou pourlant ils auraient etc tres solides, 
ayant les Romains avec eux. Toute leur esperance est 
-qu'il viendra un Messie plus capable que Bar-Abbas et 
plus heureux que Bar-Koclieba. 

On ne connait pas un seul juif de synagogue qui se 
soit eleve dans un ecrit public contre Papotheose de 
Bar-Abbas (2) : le Rabbin cite par Celse le platonicien 
dans la seconde moitie du quatrieme siecle est un 
temoin suppose. On ne s'en doute pas au premier abord. 
II parle pour le sanhedrin, sous le masque de Saul ou 
bien de Kaiaphas, et traite Bar-Abbas selon ses merites- 
11 fait bonte a ceux de sa nation qui apres avoir ete dupes 
.par lui en son vivant exploitent a leur tour les goyna en le 
.presentant comme un dieu sous les apparencesde J6sus. 

(V Uont la redaction Hottc entre le troisiimeet lecinquifeme siecle. 
(2) Nous en parlons plus longuement qu"ici au chapitre intitu 
-le Cailacre. 



— 135 — 



Cels -• montrait que Jesus n'a point eu chair et qu'il 
est ideutique au Joannes baptiseur, autrement dit Bar- 
Abbas. L'Eglise dans son Contre Celse ne peutobjecter 
a cet honnete homme que les faux dont elle a farci 
Josephe. Repondant du haut de ces fourberies a Celse, 
elle le prend pour un Juif qui depuis longtemps n'est 
plus la pour se defendre, et dit : « Je veux faire connaitre 
a votre Juif un ecrivain juif, contemporain du Joannes 
baptiseur et de Jesus, lequel ecrivain a fait mention 
de Joannes etdu bapteme. Josephe, au livre XVIII de 
ses Antiquites, atteste que Joannes fut baptiseur et 
qu'il donnait le bapteme a ses disciples en remission 
de leurs peches. A la verite, Josephe n'a point connu 
que Jesus fut le Christ, <,le passage relatif a Jesus n'etait 
Pas encore dans Josephe,) (1) il n'attribue pas positive- 
«uent la ruine de Jerusalem et du Temple au suppbce 
que les Juifs lui ont inilige, mais il ne s'eloigne pas 
beaucoup de la verite lorsqu'il attribue cette catas- 
trophe a la vengeance que Dieu atiree d'eux pour avoir 
tue injustement Jacques (2), frere de Jesus, surnomme 
*e Christ. Jacques est celui que Paul, vraiment chs_ 
«p/e de Jesus, dit avoir vu comme etant frere du 
Seigneur : son frere, nou tant a cause de Jeur consan- 
guinity et de leur education commune, qu'a cause des 
•occurs et de la doctrine. Si done Josephe reconnait que 
Jerusalem fut detruite a cause de Jacques, pourquoi 
n 'aurait-il pas voulu reconnaitre, avec plus de raison 
encore, que ce fut a cause de Jesus qui est le Christ 

, «» En effet, dans ce passage TEglise fait dire en P"P^ te™« . 
Jo «phe : , Ce lui-14 etait le Christ. » Cf. Lis Harckan*dc C*ntf, p. -Ik- 
. *) Jacques junior lapide par Saul. Josephe pari.it »»«™J^g 
? e lassassinai dAnanias et de Saphira. mats on avail deja con.menc* 
'» sophistication de Josephe par lenlevt-iuent de ce passage. 



— 136 — 

et dont tant d'eglises attestent la divinite ? (1). » 
L'Eglise revient une seconde fois dans YAnticelse 
sur l'interpolation ou elle fait dire a Joseplie que la 
chute de Jerusalem a eu lieu « a cause de Jacques, le 
Juste, frere de Jesus qui etait dit le Christ, et en rea- 
lite, comme la verite le proclame, a cause de Jesus 
fils de Dieu (2). » Et en effet aujourd'hui encore on lit 
dans Joseplie que la ruine de Jerusalem est attribuable 
a la secte de Jehoudda; que l'entreprise de Menahem 
eut pour mobile, comme celle de son pere, la question 
du tribut, et que, dans l'intervalle des deux revoltes, 
Shehimon et Jacob senior furent crucifies par Tibere 
Alexandre. II y avait la une trame documentaire qui 
a ete rompue plus tard, mais il est visible qu'elle com" 
mencait non a Jesus-Bar-Abbas, comme le veut id 
l'Eglise, mais a Jacob junior, lapide quelques semaineS 
avant la crucifixion de sou frere aine, et par consequent 
le premier martyr parmi les sept fils de Jehoudda. 
Joseplie racontait le supplice de ce Jacob comme ayan* 
inaugure sous Tibere la serie des condamnations q ue 
Menahem a vengees sur les membres du sanhedrin. 

Maltraites dans les Evangiles, representes sous les 
couleurs les plus odieuses, les Juifs de la synagogu 6 
ont eu le tort de repondre a Jesus en attaquant ce» 
etre imaginaire dans la vertu de sa mere selon le monde- 
Rien de plus difficile a terrasser qu'une ombre. Us on* 
saisi le corps humain qu'elle a revetu et, revolt eS 
con! re la mystification qui leur fait grief, ils loo* 
calomnie dans sa naissance. En inventant l'adultere de 



(1) Comira Ctlsum, 1. I, *7. 

^2) Jisus Bar-Aobas, c'cst aiosi quil est noinnii- dans certaincs ver- 
sions evangeliques. 






— 137 — 



Marie avec an nomme Panthere, ils ont rendu l'enfant 
Plus innocent encore et la mere plus virginale. Loin de 
g&ier l'Eglise dans sa marche, ils lui ont amene les 
^mes sensibles et liberates. Si, au lieu de repondre a 
injustice par l'injure, les Juifs eussent repondu par la 
v erite simple, a savoir que nul d'entre eux n'avait eu 
aucun temps oul parler de Jesus, ils ne lui auraientpas 
P^'te le corps qui lui manquait, ils se seraient dis- 
c ulpes d'avoir tue un dieu, et ils nous auraient prouve 
4 u e nous adorions Bar-Abbas. 

V. — On comprendrait que l'existence de Jesus eut 
® l e niee par les hommes les plus eloignes du lieu ou 
l'Eglise le fait naitre, et affirmee par ceux qui en 
^aient le plus rapproches. C'est le contraire qui se 
P r oduit. Tous les negateurs sontou Juifs de Palestine, 
c omme les Calnites, les Nazireens, les Elkesaltes, les 
Sampseens, les Ebionites et les Jesseens, ou Juifs d'Asie, 
cornme Papias, Cerinthe et Irenee, ou Juifs d'Egypte 
c °mme Valentin, ou Egyptiens comme les Gnostiques, 
° u Syriens comme Saturnil, Cerdon et Tatien, ou 
Pnr ygiens comme Mqntanus, ou Pontiques comme 
^arcion, pour nous en tenir aux principaux de ceux 
•N ont paru avant le troisieme siecle. Mais les plus 
etonnes, les plus indignes aussi, c'eut ete les apotres, 
el etant donne l'humeur que nous leur connaissons, je 
^ sais s'ils auraient pu retenir leur sique contre ces 
Ca P>tulards d'evangelistes qui, pour tout Messie, se con- 
^utaient d'un cadavre enroule dans du papyrus, contre 
*** mercantis qui osaient suicider a cinquante ans le 
i ui f charge par l'Abbas de ressusciter les morts et de 
Ju gerl es vivants! 

p armi les jusles restes au pays, qui connaissait 



— 13S — 

mieux I'inexistence de Jesus que les disciples de 
Jehoudda Is-Kerioth, autrement dits Canutes ? 

II ne faut pas confondre les Canutes palens avec 
ceux-la, qui suivaient l'enseignement de Jehoudda, l»s 
de Simon de Kerioth. Is-Kerioth dans son Apocalyp se 
faisait sa genealogie par Cain. Sa secte, tres impor- 
tante, peut-etre plus importante que celle de Bar" 
Abbas (1), honorait son fondateur, comme celle de 
Jehoudda le Gamaleen honorait le sien. Pour elle I s " 
Kerioth avait ete grand, merveilleux et profitable a 
tous. Le genre humain lui doit d'exceptionnelles actions 
de graces pour avoir debarrasse laJudeede Bar-Abbas- 
Car s'il a Iivre ce scelerat, c'etait pour l'empecbe r 
de detruire la verite, comrae il en avait l'intention. « " 
y en a d'autres, au contraire, (et l'imposteur nommeTer- 
tullien est de ceux-la), qui disent que les puissances do 
monde (ce sont les demons) ue voulaient pas que Jesus* 
Christ souffrit, de peur que le genre humain (2) ne h» 
sauve par sa mort. Judas, voulant le salut des homin e 
(de ceux dont il etait, la tribu de Dan), livra Jesus- 
Christ a la mort, pour empecher que ce salut ne « u 
differe (3). » D'une facon comme de l'autre, les CalnH 69 
jugeaieut qu'Is-Kerioth n'avait fait que defendre s e 
droits et ceux du genre humain en contribuant a H 
capture du pretendant, et c'est l'avis de Jesus qui d 
pas voulu s'en aller avant de faire amende honorab 
au pere d'Is-Kerioth, ni donner son repas de r6missi° 
sans y convier le fils (4). 

(1) a. /.e Roi da Juifs, p. 149. 

(2) Dont il avail horreur. Udium g'uerit humani, dit Tacite. 

(3) Tertullien. Dts prescriptions eontre Us htriliquts, ch. ixvi. ^ 
(*) Cf. f*i Ecangiles de Satan, deuxiime parlie, p. 391 et L'Eia*9 

de Sessus, p. 23 J. 



-J 




— 139 — 
Les plus acharnes contre le raythe de Jesus, ce sont 
'es disciples directs de Bar- Abbas restes en Judee, la 
Popart au dela du lac de Tiberiade, dans les rmnes de 
Gamala, de Bethsalda et de Kapharnahum et aux 
Purees du Jourdain. Heureusement que cette masse de 
temoins se deplacait peu a cause de sa xenophobic 
L 'Eglise dans Tertullien a done imagine de la convertir 
e » un seul individu nomine Ebion et professant on ne 
8a >t ou, au milieu de Tinattention generate, cette these 
b 'zarre et insoutenable que Jesus n'avaitpasexiste. Car 
le » Ebionites ne separaient pas Jesus de Bar-Abbas. 
ma gicien et charlatan, et ils honoraient en lui Joannes 
le baptiseur, le Joannazir, comme dit le Talmud de 

fi a6yfone. 
C'est ce meme homme que les christiens de Mesopc- 

ta mie designeut deja sous le nom de Panthora (1) dans 
' e Talmud de Jerusalem. 

Si ceux qui kabbalisaient « au nom du jesus Pan- 
tllo ra (2) » l'invoquaient comme un dieu, c'est parce 
^ u 'iU en vivaient, ayant herite de ses remedes et aussi 
de sa theorie, iort juste, qu'il etait permis de soigner 
Un malade le jour du sabbat. Or le Talmud est plein 
temples de cette formule. Rabbi Eliezer ben Dama 
a yant ete mordu par un serpent, Jacob, habitant du 
ViUa ge de Simel (3), se proposa pour le guerir « au nom 

"» Hs lui donnent le meme surno.u qua son pere : To " ,e - ,! |;^ i - 
•5 « U Sauveur au nom de la Loi. • U Juste, dans le «^ «*>°* 
, ^ » s'agit de simeil en Mesopotaniie, non loin de Mime, pajs 
£* Plein de la Vie de Jonas el de ses souvenirs. Au moms a ma 
^ssance. il n'exisle en Halest.ne aucun village donl le nom pm^e 
t* ^PProche de celui-la. et le nom seul de « Jesus F'anthora . qu on 
£*" * Bar-Jehoudda trahit une redaction bien posteneure au qua- 
J*»» Mecle, epoque a UqueUe le> lalmudistes de T.benade emi- 
renl en Mesopotamie. 



— 140 — 

de Jesus Pandera » (1) ; mais Rabbi Ismael s'y opposa au 
nom de la religion, (parce que c'etait un sabbat). « J e 
puis prouver par des textes bibliques, dit Jacob, q u " 
est permis de porter ainsi remede. » Mais avant que ' e 
guerisseur eiit fini d'etablir sa these, le malade eta 1 ' 
mort : « Heureux es-tu, ben Dama, s'ecria Ismael. 
d'avoir quitte ce monde en paix, sans transgresser * a 
haie des sages, dont il est dit : a Celui qui passe la 
haie sera mordu par le Serpent ! » Mais, fait observer 
un talmudiste, Yosse ben Aboun, au nom de Rabbi 
Hisda : « N'a-t-il pas, au contraire, peri de la raorsure 
du serpent pour avoir exactement suivi l'avis des 
sages ? » Car Ismael avait voulu dire que, s'etant co n 
forme a la parole qu'il cite, ben Dama ne serait p aS 
mordu par le serpent du lendemain, le Satan. En u 
mot, ben Dama est mort en etat de grace pour n'avou 
pas manque a la Loi, tandis que, gueri, il aurait vec 
a l'etat de pecbe (2). 

Avec les Ebionites couviennent les Severiens, a lDS 
nommes de leur invincible attacbement a la Loi et a^* 
Prophetes. lis recevaieut egalement les Evangiles, ffl aI 
en les interpretant a leur maniere qui etait certaineffle 
la bonne, car ils tenaient Saul pour le plus au"reuX ° 
tous les ennemis de Bar-Abbas (3), qu'ils reconnai 3 
saient sinon pour dieu, du moins pour maitre et p° 
gagne-pain. 

Telle est aussi la doctrine de6 Setbiens, adorateurs o 
Tharthak jehouddique. a Ils tenaient que Bar-Abbas I / 

(1) On trouve differentes formes : « Pandira », par exemple. 

(2) Traile Schabbalh, ch. xiv, p. 156 de IVdition Schwab. .^ 
, (3) Selon Eusebe. alleguant Ircnee. Ilittoi-.t <-ccUiiaslique, '• 

ch. xxix. 
[1) 11 y a •• Jesus-Christ > dans le telle. 



— 141 — 
etait Seth (1) et qu'on ne devait point le tenir pourun 

autre (2). » „ , . , 

D'apres Irenee, les Ophites et les Sethiens, seuls 
entre tousles gnostiques. auraient admis 1 incarnation 
de Jesus. Oui, mais en Bar-Abbas. 

Tous ces homraes, les seuls christiens orthodoxes 
qu'il y ait jamais eu, professaient pour le Jesus propose 
** goym le mepris de Bar-Abbas pour les goym eux- 
memes. lis sont traites d'heretiques par l'Eghse. « II y 
ades heretiques, dit-elle dans Tertullien (3), qui pre- 
sent avoir l'avantage sur les eglises apostoliques, 
<*lle de Smvrne, par exetnple, dont Polycarpe a ete 
etabli evequepar Jochauan d'Ephese, et celle de Rome a 
^quelle Clement a ete propose par saint Pierre En 
W qu'a leur tour ils montrent une suite d eveques 
comme l'E^lise romaine peut en montrer dans ces 
trois-la, et alors on pourra consentir aux blasphemes 
lu'ils osent prolerer! » 

Les Naasseniens (4) ou Ophites (5), qui parent 
^aminer les Evangiles, furent unanimes a voir, a dire 
et a ecrire que Jesus n'a point eu chair (6), et que I in- 
d ividu dont on lui a donne le corps dans cette mysti- 
fication n'est nullement ressuscite, par cette raison de 
Principe que Dieu n'a jamais promis rien de pared et 

Nf les Assyrians il y a identity entre Assur et seth. Dailieur= 
ln <Whak est venu dAssyrie en Judee. ..,,.„„- A rxvi 

< 2 > Tertullien, De, prescriptions contrt Us kerihque*, ch. XXVI. 

») Dm prescription, contre les heriixques, ch. x\. ... - cf L 
G l«> De.Won, serpent. Saauon nthoustan, serpent dairain. CT. 

?) 0, n°\ P e n 28 ade deuI sortes. on les confond souvent, peut-etre 
x P«*s, dans les ecrits ecclesiastiques. 
I 6 ) De, prescription, contrt les hiritiqucs, XCT. 



— 142 — 

par des motifs particuliers sur lesquels l'Eglise n a 
pas juge utile d'insister. Ces motifs, vous les con- 
naissez, Cerinthe vous les a dits (1) : Bar-Abbas aval* 
annonce qu'il ne mourrait pas ! II y en a d'autres (f 
expliquent la discretion de l'Eglise : YApocalypse est 
une ceuvre eutierement naassenienne ; dans l'origiD al 
arameen, le Serpent, image du temps et de la genera- 
tion, destines l'un et l'autre a perir, s'appelait Naasson. 

Pour les Naasseniens il n'y a personne au-dessus de 
l'Abbas, createur de toutes choses. lis l'appellent ' e 
Premier Homme, (c'est l'Ancien des jours, decrit dans 
V Apocalypse). Le Verbe de l'Abbas, ils l'appellent son 
Fils, le Fils de l'Homme, comme dans YApocalyp se ' 
Au-dessous d'eux est 1'Esprit-Saint qu'ils appellent W 
Premiere Femme, l'Esprit etant du feminin dans l eS 
langues semitiques. La mere de Bar-Jehoudda jo° e 
ce rdle dans YApocalypse, et avec plus de subtibw 
encore dans la Nativite selon Luc. De l'uniou du P re " 
mier Homme et de son Fils avec la Femme-Esprit doi 
naitre no Troisieme Homme-Lumiere, incorruptible p ar 
predestination et qui est le Messiah. Bar-Jehoudda 
disait etre ce Troisieme Homme que le bapteme de » eU 
devait transformer sur terre en Bar de l'Abbas : bn e1 
deux, deux en un. C'est ce qui a permis aux evang e " 
listes de lui incorporer Jesus et d'identifier le Baptis eU 
d'eau avec le Baptiseur de feu. 

On s'explique, et tres bien, pourquoi Jesus decla 1 " 
n'avoir rien de commun avec celle que l'Evangplis* e 
6te oblige de lui donner pour mere et qui, comroe el 
le dit dans Valentin, est son epouse devant le Tres- 

(!) Cf. r Evangile de Setsus, p. 363. 



— 143 — 

Haut(l). Fils de bi-sexuel, il est ne sans pere et sans 
m ere ; Joseph et Marie ne sont la que pour demontrer 
°ptiquementceschoses mysterieuses. Vousvousrappelez 
j» tete qu'il fait lorsqu'on lui presente sa mere selon le 
m °nde dans la mystification evangelique : « Qui est ma 
m ere, dit-il avec humeur, et qui sont mes freres et mes 
8oeurs? » 

Operant corame 1' Abbas, c'est-a-dire avec l'Esprit 
P°ur femme, le Fils avait eu un enfant, qui a son tour 
B i avait eu un autre de la meme facon, et ainsi de suite, 
jasqu'a ce que le Sabbat (Hebdomade en grec) lut com- 
? let (2) ; le Fils se trouvait done etre le pere des sept 
jours de la semaine, et e'est ce que Jesus dit dans 
1'Evangile (3) : « Le Fils de l'homme est le maitre du 
8a bbat. » Vous avez vu ces sept Esprits de Dieu dans 
^Apocalypse, et il eut fait beau voir que quelqu'un 
8 '*visat de contester a Salome le titre de mater sab- 
ba ttca auquel Jehoudda l'avait vouee en lui faisant les 
8e pt fils qui sont les sept bar-ner-regesch (4) de la 
Relation divine. L'Eglise, ce n est pas du tout la reu- 
"fou des fideles : e'est Yassemblee de l' Abbas, de son 
Pil s, de la Premiere femme ou Esprit-Saint et de l'En- 
fat »t-Messiah. C'est la Saint e Famille dans la kabbale. 
A Pres la transformation de Bar-Jehoudda en Bar- Abbas, 
8 °Us le quatrieme signe, eut commence la Sainte Fa- 
J^e telle qu'il l'entendait, c'est-a-dire le Royaume 
des Juifs. Considerezl'Apocafi/pse : la aussi sont quatre 

lil Cf - b--s Eiangils de Salan. troisieme partie, p. 230. 
J*) Ces sept 01s avaient ohacun un nom dans la Kabbale, le premier 
^PPelait labaldaoth. Je crois quil repond a Saturne dans le systeme 

U\ t-' '" Evan 9 il '-' < ir Satan, deuxieme partie, p. 21". 
' ) rils du tonnerrt, done eclairs. 



— 144 — 

personnes : l'Ancien des jours ou Abbas (1), le Fils- 
Verbe (2), 1'Esprit qui accouche sous la iigure d'une 
femme (3), et l'Enfant-christ qui nait sous les traits de 
Bar-Jehoudda. Jehoudda et Salome admettaient uB 
degre entre leur premier-ne et 1'Abbas; mais ce degrei 
il devait le franchir sous les Anes de 789. Le tout etai* 
de savoir attendre. Voila pourquoi Jesus proscrit Is 
generation dans 1'Eglise terrestre, et pourquoi il n'y 8 
devant lui que des freres et des sceurs. 

A encroire certains gagistes de 1'Eglise (4), il yaurait 
eu des Ophites qui n'admettaient point le salut des 
corps. Peu importe, car pour ce qui est de Jesus, ces 
Ophites en jugeaient comme les Naasseniens, un peu* 
la facon de Cerinthe : il etait entre en Bar-Abbas au 
moment des baptemes et il en etait sorti au moment do 
supplice. Ainsi expliquaient-ils que Bar-Abbas n'e°* 
rien fait de grand avant les baptemes ni apres la crii' 
cifixion, car les dix-huit mois qu'il avait vecus apres s* 
resurrection (5), il les avait passes sans actes, a I'e* a 
d'ombre. Ces Ophites ne voyaient dans la resurrectio 
de Bar-Abbas qu'une consequence necessaire de son sy s " 
teme : le moyen mythologique qu'il avait employe p oltf 
reveler a quelques-uns les secrets infernaux. Cette 
surrection lui etait personnelle, il ne la communiqu 31 
point, c'etait une experience de phvsique amusant e - 
Pour ces Ophites la Loi juive n'avait rien de divio* 
c'etait l'ceuvre des scribes simplement. Quant aux pr°" 
phetes, ils etaient les precurseurs de Joannes 

(i) Cf. U Boi des Juifs, p. 2. 

(2) Cf. U Hoi des Juifs, p. 68. 

(3) Cf. le Charpenlier, p. 122. 
. (4) Citons liinie. 

(5) C'est le chiffre qu'indique ^galemcnt Ptolcmfie. 



— 145 — 



avaient revele aux Juifs l'existence de l'Homme-dieu 
que Bar-Abbas aurait realise, s'il l'eut incarne comme 
p le pretendait. 

VI. — Les Syriens semblent avoir ete les premiers 
* se prononcer contre la mystification jesuitique, et 
Parmi ceux-la Saturnil, emu du pseudonyme impudent 
sous lequel des Juifs d'Antioche commencaient a pre- 
fer Bar- Abbas. Et que disait Saturnil? Ecoutons 
1'Eglise dans Tertullien (1) : « 11 disait que Jesus (2) 
a 'a pas eu un veritable corps, mais seulement un fan- 
tome, et qu'il n'avait souflert qu'en apparence. » Voila 
e U efTet ou en etait la supercherie evangelique au 
^mmencement du second siecle : Jesus n'avait pas 
e &core d'acte de naissance, et la version de la famille, 
a «avoir que Bar-Abbas n'avait point ete crucifie, mais 
Simon de Cyrene, etait encore dans toute sa force 
Parmi les christiens de Syrie. Cela ne signifie pas qu*il 
7 eut deja une fable circulant sous le titre d'Etangiie. 
Saturnil eerivit contre les Paroles du Martin (3). S'il 
* av ait point ecrit et qu'il n'eiit pas laisse d'ouvrages, 

Egli se n' aura it pas eu a compter avec lui. Nous savons 
P* 1 " les Evangiles eux-memes que les propheties de 
Bar -Abbas s'etaient rapidement propagees en Syrie, et 
Par l a £ e ^ re aux Galates que Shehimon dit la Pierre 
es y avait lui-meme precheesdans Antioche avec Jacob, 
* u quel les Actes 'adjoignent Menahem, Simeon dit 

'Ser, Lucius de Cyrene et consorts (4). 
Saturnil aurait ete disciple de Simon le Magicien et 

\ll n" *r**criptiont contre les hirttiques, 1. XXIV, paragrapbe final. 
ji. 0n a *>ou\6 Christ, car au temps de cette ecriture la combinaisoa 
."^rist etait deja en forme dans les Ltttres de Paul. 
.. »larAn, sei-meur, en svriaque. Cf. Us Marchands de Christ, p. 110. 
1 > c f- Le Saint-Esprit, p. 1C3. 

10 



— 146 — 

tie Menandre. C'est Irenee qui le dit, il le dit meme 
de Basilide, raais je n'en crois rien ni de l'un ni de 
l'autre, car de son propre aveu il brouille tout, confon- 
dant dans la meme reprobation tous les adversaires de 
Bar-Abbas, quelles que soient leur origine et leurs doc- 
trines. Saturnil est ennemi des Juifs, a raison des 
christiens. La verite leur est inconnue comme auX 
autres hommes, leur Pere n'est qu'un des Anges crea- 
teurs du monde, et encore des moins bons. Le Sau- 
veur qui viendra ne saurait etre celui qu'annoncent 
les Prophetes. II est inengendre, incorporel, sans 
figure, et s'ils ont cru le voir (dans VApocalyp se 
notamraent) sous l'apparence d'un bomme de le nr 
nation, c'est une erreur de leurs ambitions insen- 
sees ! 

Tout cela choque grandement Irenee, et il en arri* 8 
a dire que les propbeties de Saturnilos, — car il se 
permet aussi d'en avoir, — lui sont dictees les unes 
par ces Anges qu'il place si bas dans 1 ecbelle des 
puissances, les autres par Satan lui-meme, « 1?^ 
adversaire, ajoute Irenee, et surtout l'ennemi du die" 
des Juifs! » On s'etonne vraiment que les Saturnili enS 
se soient fait dieter leurs propheties par le Demon* 
ce n'est pas l'usage! .N'est-ce pas plutdt pour avoi 
nie 1'existence de Jesus et la divinite des Juifs (1)» °. ue 
Saturnil est un prophete de Satan? Ne peut-on meme 
aller plus loin, et dire que l'etrange propos du Q^ a " 
tri&me Evangile, ou Jesus dit aux Juifs qu'ils « ° B 
pour pere Satan, pere du mensonge (2) » est un e 
sentence empruntee a la doctrine saturnilienne et J" 8 " 

.(1) Cf. VEiangite de VtSUU, p. 190. 
(2) Cf. VEvangile de Sestut, p. 11 i. 






— 147 — 



tifiee par le nom de « Bar-Koziba (1) » dont on afletri 
« memoire des christs de la maison de David (2)? 

Ce qui porte a croire que Saturnil ne prenait pas ses 
Aspirations chez Satan, c'est qu'a l'inverse de Bar- 
Abbas, de Simon le Magicien etde Menandre, il ne pre- 
te ndait pas etre un Sauveur et ne se faisait pas donner 
ie nom de Jesus comme ces trois imposteurs (3). 

Contre Saturnil et les Saturniliens on a invente 
%nace qui serait mort sous Trajan (4) apres avoir gou- 
v erne l'Eglise d'Antioche pendant quarante ans! (5) 
" Ces mysteres (de la Cene) n'ont pas eu une simple 
fPparence, dit l'Eglise dans Ignace (6), comme quelques 
lQ fideles osent l'avancer en niant que Jesus ait verita- 
"' e ment souirert. » Les consequences de cette « infl- 
"elite » sont graves, car il est des eglises qui se fon- 
"ent la-dessus pour commemorer Bar- Abbas la veille 

e »a paque (7). Elles refusent d'accepter la mystifica- 

'*) « Fils du mensonge ». (litternlement : du Poisson menteur). Cf.le 
P^sent volume, p. SS. 

et i ^ e ' on 'renee les Saturniliens auraient enseigne que le manage 
. Ia generation sont l'oeuvre de Satan. C'est proprement la doctrine 
e Bar-Abbas. Irenee ajoute que beaucoup s'abstiennent de manger 

* *nimaujt, « par quoi ils seduisent beaucoup de gens. > Entendez 
jj lls tenaient contre la paque, a raison de ce que les cbristiens s'en 
*J*>ettaient. 
.j"j_Simon de Cbypre est dit Bar-Jesus dans les Acles. Cf. Le Saint- 

*U\c P ' i6C- U uanl a Menandre, voyez le present volume, p. 31. 

«) En 10S de l'E. C. disent ceux qui ont fabrique cct Ignace. 
»va ' Soit depuis 6S de 1E - c • de mani ere qu'il ait pu precher Jesus 
liU . '* cnule ae Jerusalem qui est de "u au compte des jehouddo- 
eJT ^ s ^di'ions qu'Usserius et Vossius ont donnees des sept 
( jP»'»w de Saint-Ignaee n'ont servi qua demontrerla faussete de ces 
da Cunients dont personne, sinon le faux Irenee, n'a eu connaissancc 
Uri ns ' es premiers siecles de IE. C. (Vovez Saumaise, Blondel. Auber- 

"-.Daille et FrereU) 



|c\ I — cl rrerei.) 

m if"" * i '^9 u " : & Hmyrne. 
I » resulte fort clairement i_ 
"Met de Satan, troisieine partie, p. 3i1j que le sang extrait du 



£■!„ r esulte fort clairement de Ccrinthe et de Valentin (cf. Les 



— 148 — 

tion eucharistique qui, (lit Ignace, contient la chair 
meme de Jesus. « En combattant celle-ci, ils se privent 
de la vie, car elle est le contre-poison de la mort. » 

Apres les Saturniliens vinrent les Cerdoniens. 

Cerdon etait egalementde Syrie(l). Contreles Parole 3 
du Martin il enseignait que le dieu des Juifs n'etaitpas 
le Dieu bon ou Chrestos, et que si Bar-Abbas etait fi' s 
du premier, il ne l'etait certainement pas du- second! 

Iahve, on l'avait vu a l'ceuvre, et il s'etait montre for* 
juste en abandonnant Bar- Abbas et Bar-Kocheba, mais 
celui qui etait au-dessus, le Bon, on attendait toujours 
son regne. Et c'est ce que Cerdon disait, a Rome 
meme, dans un ouvrage qui naturellement n'a pas ete 
relrouve par l'Eglise. 

Dane de liar-Abbas par la lance du soldat romain fut d'abord ' 
matiere dont (itait faite la remission des pfeches des douze tribus. 
premier dispositif, en forme exacte dans Valentin, pechait par un 
chose dont les premiers evangelistes, Ce>inihe, parexemplc, n avaie 
pas senti I'importance. Que les jehouddolatres commemorassent B* 1 ^ 
Abbas dans la nuit du IS nisan ou dans celledu lo, son sang nepo 
vait etre dans le calice, puisqu'il n etait sorli de ses veines que de 
jours apres. Pour cette cause, meme au temps d'Ambroise qui est 
la fin du quatrieme siecle, beaucoup d'eveques se refusaieni 
admeltre que le sang du dieu de leur fabrication fut recllement dan 
le calice. On explique tresbien cela dans Ambroise. [De initio" 1 *'* 
de mysteriis.) C'est pour eviter le retour de ces discussions ofi ' 
retrancba le coup de lance dans les trois Etamjiles synoptises- •"_ 
thieu. Marc et Luc n'ont jamais entendu dire qu'il y eut eu euusi 
de sang par le c6te. . . 

(i) L'Eglise dans Irenee fait Cerdon scctatcur de Simon le Mag'C' ' 
par consequent anti-milHnariste pour le moins. Mais Cerdon e 
niieux que cela, — ou pis, coinme on voudra. — il etait antiju il- j c 
lit dans Irenee : « I'n certain Ci-rdon, des seciateurs de s ' Dl0 i u /. 
Magicien... vint a Rome sous llyjin (136-140 de l'E. C.) qui M " " „. 
tieme itique nomme depuis les Apotres. * Cette redaction est une c 
sequence de la chronologie papale qui ne futetablie quapres '' n 5 eS t 
tion du vicariat de Pierre. Elle suffit pour infirmer tout cc 9p*|i«e 
dit de Cerdon, de Marcion. et de tous les honnetes gens que 1 *& 
qnalifie d'heretiques ou d'hiresiarques. 



— 149 — 



VII. — On devine l'accueil que les Gnostiques 
d'Egypte firent aux Evangiles lorsque cette pesante 
allegorie tomba entre leurs mains. 

En depit de leurs imaginations fantastiques, ils ont tres 
°ien saisi les rapports de Jesus avec les dieux solaires. 
Tous ces rapports derivent du mysterieux lad ou Ieou 
des Chaldeens, radical d'lahve : Ia6, le premier des 
dieux, qui s'appelle Hades l'hiver, Zeus le printemps, 
Soleil Pete, lad l'automne, et se nourrit eternellement 
de saisons, comme 1'homme se nourrit de pain. Dressant 
ks Ecritures palennes contre les Ecritures juives, les 
experts en dieux, les Gnostiques, ceux qui s'y con- 
dissent, ceux qui cherchent les origines et comparent, 
*°us etablissent que les mysteres christiens sont en 
Puissance dans les Orphee, dans les Hesiode, et les 
Homere. « DilYamation! s'ecrie l'Eglise. Ils ne peuvent le 
prouver qu'a l'aide d'un nouvel art grammatique dont 
^ s sont les inventeurs, et oii ils melent l'Ecriture juive, 
aQ cienne et nouvelle, le magisme et Tastrologie (1) ! » 
Ces experts en dieux ne sont pas dupes de Jesus, ils 
* e dechiiTrent (2). Et surtout ils n'innovent point, ils lui 
a Ppliquent la loi metronomique dans laquelle il a ete 
c oncu. En un mot ils savent lire. On les accable de 
* ra ?ts a cause de la subtilite de leurs systemes, mais 
*' 8 ont parfaitement vu oii les Juifs voulaient en venir 
av ec leur pretention.de monopoliser Dieu. Ils tenaient 

M Cr. I'auleur inconnu des Philosophoumena, 1. V, ch. cxl-ciih. 

'2) Toutes ccs opinions theo-astrologiquesviennent des Pcrses. < Si 
"?us voulez avoir le mot des mvsteres christiens, dit Celse le plato- 
"'cien, .i| veul parier ae j a formation du myttie de Jesus), remontez 
ux I'erses. ■ Pour les Manicheens. (Leon, Scrm. IV. in Epiphan.) le 
rjjristos 6tait place- dans la substance lumineuse du Soleil et dans 
^"e de la Luue. renct de la lumiere solaire. .Voyer Eunape, si c«la 
Vou * fait plaisir.) 



— 150 — 

Iahve pour un simple imposteur, de fort basse inspira- 
tion, volontiers mechant, menteur surtout, car il cher- 
chait a se faire passer pour le vrai Pere et le vrai Dieu, 
soutenant qu'il n'y avait personne au-dessus de lui (1)- 
II est excessivement facheux que cette opinion des 
Gnostiques ne soit pas restee : elle nous aurait 
evite la tyrannie theologique du peuple de Dieu et les 
ravages de la jehouddolatrie. 

Aux pretentions de panjudalsme qui renaissaien* 
dans les Evangiles les Gnostiques ont souvent oppose 
la Revelation que Simon de Chypre avait ecrite contre 
celle de Bar-Abbas : elle etait beaucoup plus reservee, 
puisqu'elle faisait une place a 1'element grec. Aussi 
dans Irenee l'Eglise accuse-t-elle ceux qui ont refuse 
de croire a Bar-Abbas d'etre les disciples et les succes- 
seurs de Simon. « Cependant, dit-elle, afin d'egarer les 
hommes, ils ne confessent pas ce nom-la ; au contraire f 
pour les attirer, ils invoquent celui du Christ Sau- 
veur (2). Loups deguises en brebis ! Apdtres du Ser- 
pent! Tous ceux qui falsifient la verite et blessent 
l'honneur de l'Eglise sont, en depit des apparences, dis- 
ciples et successeurs de Simon. » C'est vrai, tous le 9 
christiens qui n'ont point eu d'interet dans la trompen 6 
ecclesiastique, tous ceux qui ne sont point alles a Bar- 
Abbas, ont etc Simoniens en cela ! 

Avant d'en venir au Bar propose par les evangeliste s » 
on posa la question prealable, on discuta I'Abbas. ^ l 
vraiment il y a la-haut un Fils qui doit venir un joW 

(l)"Ceci dans Irenee. <Jue le lecteur le sache une fois de plus, U n * 
a rien de moi dans cc que je dis. 

(2) Ceci plus particulierement dirige contre les Valentiniensquj ^ A ° 
rajenl Jesus, tout en refusant J adorer liuiposteur qui s'etait 
christ. 






— 151 — 



pour juger le monde, non is Pater est quern Judxi 
Remonstrant, son Pere n'est pas celui des Juifs. 

Les Grecs d'Egypte avaient ete les premiers qui se 
fusseut insurges contre la hideuse image de la divimte 
qu'avaient concue les Juifs. Les Septante leur avaient 
Hvre Ialive, qui cessa d'etre un mystere des qu'il parut 
depouille du vetement hebreu, et baragouinant le grec. 
On n'aimait pas les Juifs, comment eut-on aime le Dieu 
qui les avait faits a son image ? Beau Dieu vraiment 
que celui-la ! En vain sous Tibere, Pliilon, juif hellenise 
Par letude, avait parcouru les rues d'Alexandrie appuye 
g ur le bras de Platoa. La mascarade du pretoire reprise 
au Gymnase de la ville, les horreurs dechainees dans 
•e monde par les Parotes du Maran, l'emeute juive et 
!es represailles, cinq cent mille cadavres, tant juifs- 
qu'egyptiens ou grecs, tout cela n'etait pas pour recon- 
cilier les Alexandrins avec Iahve, car c'est lahve qu'on 
ac cusait des crimes de son bar. Cela, tresjustement. Les 
pretres sont responsables des religions quils font. Phi- 
'on est plus peine que surpris des rumeurs qui de tous 
Jes ndmes d'Egypte s'elevent contre son Dieu. Ces 
°ruits sourds "devieunent des voix percantes, et 
a 'Alexandrie jusqu'a Rome on entend Apion qui cne a 
labve : « Raca ! » 

Le temps vint ou ce cri retentit de toutes parts : « II. 
u 'est pas possible que le Dieu de ce peuple-la soit le 
^ai Dieu ! » La preuve ? Bar-Abbas et les cbristiens. 
Ge sentiment fut universel. 11 se manifesta dans 
^tiocbe, dans Epbese, dans Carthage, dans toutes 
lea villes et dans toutes les provinces oil il y avait des 
Jui fs. Et meme certains de ceux-ci, conduits par Valen- 
li u, se voyant traliis, abandonnes de leur Jupiter, son- 



— 152 — 

gerent dans les tenebres de leur pauvre tete qu'apres 
tout il pouvait bien y avoir un autre Dieu, meilleur ou 
plus puissant, peut-etre cet Invisible que Socrate avait 
decouvert et mis au-dessus de tous les autres dieux- 
Les jehouddolatres, eux, rives a l'Abbas par les 
Paroles du Rnbbi, ne pouvaient plus voir qu'au-des- 
sous de lui, et si bas qu'ils finirent par le perdre de vue 
completement. 

En un certain sens Irenee n'a pas tort de confondre 
<lans le nom de Gnostiques tous ceux qui ont rabaisse 
ou combattu le Dieu de Bar-Abbas. L'Abbas, c'est 
lahve, les Gnostiques ne pouvaient s'y meprendre. 
Dansl'Apocah/pse surtout la chose est trop claire. Tous 
.ceux qui se mirent contre le Royaume sont des antijuifs. 
Leur flair les a bien servis. lis ont bien saisi qu'apres 
•comme avant l'Evangile il n'y aurait rien de change, 
que Molse revenait sous le pseudonyme de Jesus, etque 
le Pere des Juifs continuait sous les couleurs de son 
iar l'oeuvre d'ignorance, d'envie, d'egolsme et de 
cruaute par lesquels il s'etait illustre sous le nom de 
.Moloch. C'est leur gloire d'avoir vu cela dans le Pere 
•et de l'avoir prevu dans le Fils ; leurs systemes sont 
absurdes, mais leurs yeux sont excellents ! 

Les varietes de gnostiques sont innombrables, comnie 
•celles des plantes. Tous par des voies dilTerentes, sur 
•des echelles plus ou moins hautes, grimpent laborieuse- 
ment jusqu'au Dieu bon, le Chrestos. Le desir d'entrer 
•en relations avec lui leur inspire des procedes d echa- 
faudage inconnus des constructeurs. Celui-ci s'arrete 
au ciel visible, celui-la monte au-dessus, place de nou- 
velles echelles, les gravit et se perd dans des spheres 
superposees presque sans lin. lis peuplent le c' el 




— 153 — 

d'anges, d'seoas, d'esprits qui les emportent sur leurs 
ailes ju'squ'a ce qu'ils soient assez pres du Bon Dieu 
Pour en avoir une idee. lis organisent d'en bas la repu- 
Wique celeste : ils donnent a Dieu une constitution et 

des ministres. 

Comment auraienUls pu etre victimes de la mystifi- 
cation evangelique ? 

Les protestations contre Fapotheose de Bar- Abbas, 
indignation meme, furent universelles, parmi ceux 
d' Alexandre surtout, dont il etait d'autant plus difficile 
de faire des dupes quils avaient les premiers repousse 
te Maran et ses Revelations. Tous s'unirent sans se con- 
n aitre, les uns pour combattre cette degradante impos- 
l ure, les autres pour s'en moquer. Enfin il se forma un 
Parti de gens honnetes, libres et sages, qui par la voix 
de ses meilleurs ecrivains barra pudiquement pendant 
deux siecles a Bar-Abbas la route des pays civilises : 
^ parti qui devait succomber sous le mensonge eccle- 
f'astique, c'est le parti des adorateurs du Bon Dieu 
ideal, sans chair, sans os et surtout sans fds juif : ce 
sont les chrestiens. 

Et cette protestation est si continue et si generale 
Su'on en arrive a cette certitude que les textes au- 
i°urd'hui presentes par l'Eglise comme ayant ete ecrits 
a « benefice de Bar-Abbas pendant le deuxieme, letroi- 
si eme siecle et la majeure partie du quatrieme sont 
a «tant de faux fabriques a pres coup. Tous les ecrits 
a Pologetiques dont Tauthenticite est douteuse sont de la 
m &me espece que ceux dont l'imposture est demontree. 
Tous les chrestiens sont nes palens. Eux seuls ont 
defendu l'honneur de Dieu, ce Dieu tout bon, ce Dieu 
Pour tous, auquel on se consacre par sa qualite mai- 



— 154 — 

tressc : la verite, la vertu de la justice. Aucun mal n'est 
en lui, ne vient de lui, car il est parfait. S'il pouvait 
avoir de la haine contre quelqu'un, ce serait contre 
Iahve, formule oii le mal l'emporte sur le bien, dieu 
que les Juifs representent a tort comme etant l'unique» 
et qui ne saurait etre le vrai, puisqu*il n'est pas tout 
entier paix et bonte et qu'il met sa ruse au service dun 
peuple dont le moins qu'on pii dire est qu'il n'avait jamais 
ete utile aux autres bommes. Le Chrestos est auti" 
iahviste : ses adorateurs, tout en etant pleins de l'amour 
d'autrui, ont une prevention contre les Juifs, dont» s 
sont victimes partout oil il y en a. Or il y en a p ar " 
tout. 

Les cbrestiens, — Hermes Trismegiste en est un» 
— concoivent le Chrestos uniquement par 1'esprJ 1 ' 
Repandus partout, eux aussi, en Asie, en Egypte, dan s 
les iles, moins nombreux deja en Grece oii les Dieu* 
sont administres, ils protestent au dedans d'eux-menie 9 
contre tous les cultes exterieurs, tous les temples, toutes 
les images de pierre, de bois, d*argent et d'or qui suf- 
ftsent au materialisme de la plupart des bommes. *•" 
sur ce point, mais sur celui-la seulement, ils serappr " 
cbent des Juifs. Ces bommes, les plus profondernen* 
pieux qu'il y ait, semblent etre sans Dieu, car °" 
sacrifie-t-on au Chrestos? Oil sont les temples, l eS 
autels et les pretres du Bon ? En verite ces cbrestiens 
sont des impies, puisqu'on ne voit point leur religi° n ' 
des atbees, puisqu'on ne voit point leur Dieu. L eS 
christiens attendentquelque chose de leur Dieu ; qu'es*" 
ce que les cbrestiens attendent du leur ? Cependant i' 
le voient tres haut, tres loin, et pour se rapprocher d« 
lui, c'est dans la conscience et par la conscience qui 



• 



— 155 — 



"honorent. Leur premier acte de respect, c'est de ne 
Pas lui mentir. 

Applique aux vivants, le mot chrestos designe le 
juste, le bon, et aux morts, le bienheureux, le sanctifie, 
' e justifie. Les chresloi d'Egypte ou chrestianoi sont 
fes justifies, ceux qui ont ete reconnus bons et justes 
Levant le Dieu juste et bon. Jesus lui-meme a ete force 
de faire quelque chose pour le Chrestos. Au disciple qui 
' appelle inditment « bon maitre » il replique : « Pour- 
quoi m'appelles-tu bon, il n'y a de bon que Dieu (1). » 
Si nous ne connaissons plus aujourd'hui qu'une deno- 
mination de « Chretiens, » l'antiquite a distingue nette- 
^ent entre le Chrestos paien etle Christos des Juifs. Et 
Ce tte distinction n'a pas ete temporaire, episodique : 
e Ue a dure pendant des siecles. Le Chrestos avait ses 
••deles bien avant que les aigrefins de Rome par l'or- 
gane de Paul nous aient insinue Bar-Abbas sous le 
Pseudonyme de Jesus-Christ. Bar-Abbas a depossede 
Chrestos par des moyens qui tombent sous le coup de la 
Io ipenale. Mais les chrestiens ne sout pas morts tout 
entiers, comme Bar-Abbas, et deja ils ressuscitent sous 
'effort des archeologues. Leurs os repondent pour eux, 
'eur poussiere murmure le nom de Chrestos. Quand on 
8e penche sur la pierre des torabeaux, on l'epele, on le 
ht. En Phrvgie, sur treize cents inscriptions relatives a 
" e 8 chrestiens, on n'en a pas rencontre une seule rela- 
te a des christiens avant le troisieme siecle ! 

(') A l a suite de cette declaration, les adorateurs de liar-Abbas, 
r" x qui ont fabrique VApologie de Justin et le Dialogue arte Tryphon, 
I "* v olontiers employe le mot chrestos en recommandant son etymo- 

8«e aux jehouddola"tre> : c Soyei chresloi de meme que votre Pere 
Vo c '"""'°*> e'est-a-dire bon et misericordieux. dit 1 Ai>ologie. Nous 

Jons que l e bicu tout puissant est chrestos, dit Tryphon. • 



— 156 — 

VIII. — Parmi les Egyptiens Basilide semble bieu 
etre le premier qui ait eu a examiner en meme temp 9 
les Paroles de Bar-Abbas et la fable faite sur cet im- 
posteur. Aux vingt-deux cbapitres dont se composai* 
1' Apocalypse juive, — autant que de lettres dans 1**1- 
phabethebreu depuis l'Aleph jusqu'au Thav(l), — Basi- 
lide riposta par un Evangile antijuif comprenantvingt- 
quatre livres (2), (autant que de lettres dans l'alphabet 
egyptien.) En un mot, il repliquait point par point aux 
ecrits de Bar-Abbas qu'il connaissait par deux versions: 
celle d'un certain Glaucias, inteiprete de Sbehimon oi* 
la Pierre, et celle de Mathias Bar-Toamin (3). Basilide 
possedait done ce que Papias appelle les Paroles « u 
Rabbi, et Valentin les Livres du jesus (4). Tacite et 
Suetone ne disent-ils pas que l'Evangile du Boyaume 
des Juifs s'etait repandu dans tout l'Orient? Outre ces 
deux versions, il y en avaitune autre de Theudas q UI » 
battu au Jourdain sous Claude par le procurateur 
Fadus, eut la tete tranchee et exposee a Jerusalem (^)- 
C'est, parait-il, d'apres cette version que Valentin a 
compose sa Sagesse. 

Quant a la version de Glaucias, c'est celle dont s es 
servi Phlegon, de Tralles en Lydie, lequel, affrancu 1 
par Hadrien, a donne sous Antonin un recueil fameu 
Sur les Prodiges, trente-cinq cbapitres qui debuten 
par la resurrection pendant trois jours d'une jeune '» 
enterree depuis six mois ! Phlegon n'avait pas encor 

(i) Cf. le Charpentirr, p. 120. (rt 

(2) On lit vingt-deux dans quelques auteurs, mais c'est vingt-q" 81 
en replique a vingt-deux. 

(3) Clement d'Alcxandrie, Slromates. 1. VII, ch. xvii. 

(4) Cf. les Evangitet de Satan, troisieme partie, p. 269. 

(5) Cf. Le Saint-BsprU, p. 211. 



— 157 — 

entendu parler de Jesus comme faiseur de miracles. En 
revanche, il connaissait parfaitement les Paroles du 
fiabbi dont il parlait dans ses Chroniques, d'apres la 
version de Pierre, dit l'Eglise. Phlegon, qui ne parlait 
Pas de Jesus, parlait de l'eclipse qui avaiteu lieu dans 
U dernier septenaire de Bar-Abbas, et Thalus, anterieur 
d'un demi-siecle a Phlegon, en parlait egalement (1), 
quoiqu'il ne parlat point de Jesus. C'est assez dire qu'en 
leur temps ce phenomene n'etait point invoque comme 
a yant coincide avec la mort de Bar-Abbas. 

On tient que Basilide est mort dans Alexandrie sous 
Antonin, environ le temps oii Apulee vit les charpen- 
tiers de Phrygie et les poissonniers de Thessalie. Or, 
1«e dit Basilide? II appelle Bar- Abbas Caulacauch 
d'apres Isaie (2), il montre que le Jesus de la fable n'a 
Point eu chair, n'a point vecu, si vous aimez mieux, et 
1 u e dans la version des Nazireens le crucifie de Pilatus, 
c 'est... Simon de Cyrene deja substitue a Bar-Abbas 
Par les evangelistes ! Mais cette imposture, qui avait eu 
8 araison d'etre sur le moment, se retournait contreses 
auteurs, car, disait Basilide, si c'est Simon de Cyrene 
^ia ete crucifie, c'est lui qui est ressuscite, c'est done 
a lui qu'il faut croire et non au roi des voleurs, puisque 
v ous dites que celui-ci a echappe (3)! 

Bar- Abbas ne devait pas mourir, et c'est pourquoi on 
le ressuscite. L'Evangile n'est qu'une mystification a 
l 'usagedes goym. Jesus n'est que l'ombre de celuiquise 
^sait christ, une de ces apparences comme les dieux 
Paiens en prennent pour voyager parmi les homines. Lors 

U) Au troisifeme livre de ses Uisloiret syriaques. 

(2) Isaie, xxvm. 16. 

WJ Tertullicn, /'« prescriptions contrt les heretiquts, ch. XXV. 



— 158 — 

ties executions de Pilatus, il (Bar-Abbas) a pris la figure 
de Simon le Cyreneen (1) et il (Jesus) a donne la sienne 
a Bar- Abbas (2), qui est mis hors de cause par Pilatus ; 
mais, dans le fond, le christ et Simon de Cvrene ont ete 
crucifies l'un et l'autre. Pendant ce temps, Jesus les 
regardait, invisible, et se moquant d'eux. Apres l a 
passion, il est remonte au ciel, vers son Pere, sans 
avoir ete connu des anges, et a plus forte raison des 
hommes. 

La premiere dupe de bonne foi fut le premier individu 
assez ignorant pour se laisser prendre a ce jeu de passe- 
passe, et cela ne s'est produit que tres tard : il fallut 
effacer de la fable tout ce qui distinguait le deux en 
un : la personne divine de Jesus et sa personne 
bumaine, les deux natures, comme on a dit plus tard. 
Mais on n'en etait pas encore la au second siecle. Nob 
seulement Basilide connaissait toute l'histoire de Bar- 
Abbas, ne fut-ce que par la mascarade du Gymnase 
d'Alexandrie, mais il repoussait toutes les pretentions 
de son execrable kabbale. Et comment auraient pu se 
realiser les calculs et l'horoscope d'un juif qui ne savai* 
mi.- int.- pas combien de jours il y avait dans l'annee? 

N'entrons point dans le systeme de Basilide : son 
ciel est une scene a trois cent soixante-cinq plans, trop 
compUquee pour nous (3), une vraie feerie peuple e 

(1) C'est cela mcnie. il i-chappe, tandis qu"on entraine Simon tout 
nu. Ce tourde passe-passe n'est que dans l"Evangile de Marc, ex-versi" 
des Nazireens ou Ebionites. Cf. Les EvangiUtde Satan, troisieuie p* 1 ^ 
tie, p. 92. 

(2) Parfoileinent. C'est le second temps de la manoeuvre. Cf. *•** 
Ecangiles de Satan, troisieme partie, p. 93. , 

(S' Comptant 303 jours a l'annee, Basilide ne ; •uvait etre d'acoof 11 
avec Bar-Abbas, lequel ne pouvait etre d'accord avec Dieu. Cf- ** 
Evangiles de Satan, troisieme partie, p. 305. 



— 159 — 

d'Anges, de Puissances, de Facultes, au-dessus des- 
luels trdne, intelligible, mais inengendre, le Pere ou la 
Cause premiere de tout. Le monde n'est pas de lui : 
c 'est trop peu de chose. La terre et les nations sont 
l'ceuvre des Anges qui habitent le ciel le plus rapproche 
de nous, celui que nous voyons, le trois cent soixante- 
c 'nquieme, dans les dessous de ce theatre puissamment 
Machine. Pour Basilide, le Dieu que les Juifs adorent, 
1' Abbas de Bar-Jehoudda par consequent, est chef de 
Ce s Anges createurs, pas plus (1). L 'intelligence des 
^uifs n'a pas pu s'elever au-dessus du visible, elle n'a 
pas p u traverser le ciel pour aller chercher le Pere invi- 
8 ible. lis ne connaissent pas le vrai Dieu, il est trop 
taut pour eux : celui qu'ils prennent pour Dieu, c'est 
*°ut simplement un chef machiniste nomme Iahve. 
Encore se le figurent-ils uniquement occupe d'eux et 
kit a leur image, c'est-a-dire vain, orgueilleux, tra- 
c assier, a ce point que les autres chefs machinistes se 
8 °nt dresses contre lui, le voyant travailler a soumettre 
»es autres peuples au sien. A l'imitation de ces Anges 
clairvoyants, les autres peuples se sont rues sur ce 
P e uple insense. Les Juifs maudits des createurs et des 
creatures, telle est la sentence de Basilide. L'Evangile 
e8t l'appel des Juifs devant leur Dieu. Avocat : maitre 
J, *8us, dissimulant Bar-Abbas dans le pan de sa robe 
ma gique. Basilide n'est dupe ni du roue defenseur, ni 
de son triste client. 

Car pour lui, le premier-ne du Pere ineffable, c'etait 
1 Intelligence, — le Verbe n'etait que le cadet, — et cette 
•ntelligence, c'etait le Salut lui-meme. Dans l'Evangile 

d'irt ° est " ne °P inion fond * e sur la Gen '" ellc-meme ou lahve dit 
*dam : a il pourrait devenir comaie I'un de nous. > 



— 160 — 

basilidien le Pere, comprenant que les Anges createurs 
avaient fait d'assez mauvaise besogne, envoyait l'lntel- 
ligence au monde pour delivrer les hommes qui croi- 
raient en elle du pouvoir de ces Anges, — dont est 
Iahve, ne 1'oublions pas ! Car, pour Basilide, la Loi et 
les Prophetes, V Apocalypse surtout, sont des ceuvres 
sataniques. 

L'Intelligence done s'est fait voir aux nations par l a 
faillite de Bar-Abbas et par la chute des Juifs. Jesus n'est 
qu'une allegorie conccrnant le Messie sous les traits de 
Bar- Abbas, et ce n'est point ce ti iste heros de ^ibet qu J 1 
faut confesser, e'est le Verbe impassible et nullement 
juifj l'lntelligence du Pere universel. Ainsi le systenie 
de Basilide etait beaucoup moins confus que l'Eglise ne 
l'a fait (1), et il est clair en ce qu'il range 1'Abbas de 
Bar-Jehoudda parmi les mauvais Anges. « Si dot>° 
quelqu'un confesse le jesus qui a ete crucifie, il eS 
encore esclave » de l'Ange maudit qu'adorent les Juifs- 
« Qui le nie est delivre et connait les desseins (anti- 
millenaristes) du Pere inengendre. » Le gnosticismei 
e'est 1'anti-iahvisme, on ne peut sortir de la. La jeboud- 
dolatrie, e'est le judalsme a un sou. 

Pour tous les Basilidiens Bar-Abbas est un fa u - 
prophete en meme temps qu'un mediant homme, e 
Jesus n'a point existe, encore moins Nazireth en " a ' 
lilee. Personne n'a vu Jesus; aucun juif, ap6tre ou noDi 
du premier siecle, n'a entendu parler de Jesus. Quesl- 
ce qu'on repond a Basilide? Rien. Quel temoign a S e 
ecrit lui oppose-t-on ? Aucun, pas meme celui de Pierre» 

(1) Ou on le retrouve avec le moins d'adultirations, e'est dan> .^. 
Philosophoumena qui ont echap|>6 pendant des siecles et presque J 
qn'a nos jours aux incursions de l'Eglise inoderne. 



— 161 — 



Pape a Rome, ni celui de Clement, son successeur, ni 
celui de Saul converti, ni celui de Jochanan, evangeliste 
retire a Ephese. Rien de tout cela n'est encore invente. 
Aussi, quelle charge dans Irenee contre les Basilidiens ! 
Ce sont des magiciens qui se servent d'images, — il 
entend leurs graphiques, — recourent aux incantations, 
aux invocations. Qui pis est, ils tiennent pour Indiffe- 
rence de toutes les actions et de la debauche! En quoi 
Us rejoignent les Simoniens, et generalement tous ceux 
^i, etant contre le deux en un, un en deux, mon- 
haient une perversite que Bar-Abbas punirait lorsqu'il 
feviendrait dans sa gloire. Car, sous le rapport d'lahve, 
Uy a toujours harmonie parfaite entre les Juifs et les 
jehouddolatres. Le Bar ne peut etre Dieu, si l'Abbas 

°e l'est pas. 

Apres les Basilidiens vinrent les Carpocratiens (1), 
gens perdus de vices, comme vous pensez bien. Savez- 
v <>us ce que soutenait Carpocrate ? Que Jesus avait pris 
k forme de certain juif initie aux choses du ciel, pour 
ei » reveler les mysteres, mais qu'il ne manquait pas en 
Asie et ailleurs d'individus capables d'en faire autant 
^e ce juif en son vivant. Des Bar-Abbas comme celui- 
K fils du Joseph de la fable pour tout potage, il y en 
av ait a la douzaine parmi les Carpocratiens eux-memes, 
le s uns qui le valaient bien, d'autres qui le surpas- 
8a »ent, et l'on conviendra que ce n'etait pas difficile ! 

Sur les Carpocratiens l'Eglise dans Irenee est a la 
fo >s temeraire et reservee dans ses appreciations. Quel- 
le chose a gene les redacteurs, car le passage est 
Pkin de contradictions. 11 serait bon de savoir qui etait 



W) Irenee, Epiphane, Theodoret. 

11 



— 162 — 

ce Carpocrate et d'ou il etait, d'Asie, selon les uns, 
d'Alexandrie, selon les autres, en tout cas bien ren- 
seigne, bon gnostique, bon connaisseur : ni juif, puisque, 
tenant pour le Pere inengendre, il crovait que le monde 
avait ete fait par des Anges inferieurs, tel Iahve ; m 
millenariste, puisqu'il ne croyait pas a la resurrection 
des corps. Lorsque les Carpocratiens eurent a exami- 
ner les Evangiles, ils y trouverent cette ailirraation de 
Jesus que le Joannes, dont certains echauffes faisaient 
le cbrist definitif, etait tout au raoins le plus grand des 
prophetes qui fussent nes du ventre des femmes (1)* 
Mais a peine voulurent-ils admettre que le fds de Joseph 
put etre range parmi les prophetes (2), car il n'avait 
pas parle au grand public juif, mais secretement et en 
particulier a un certain nombre de personnes capable 
de se diriger dans sa tenebreuse kabbale (3). Avec de 
pareilles idees leur morale ne pouvait etre qu'excel- 
lente; aujourd'hui elle est iramonde dans Irenee. Magi e > 
incantations, philtres, ils ont tout cela et vivent dans 
la debauche, sous pretexte que le corps n'est rien et 
que la grace de l'ame est tout ; viles canailles qui pov* 
etre saintes n'auraient qu'a reconnaitre la maison Abbas 
et fils ! Bref l'enseignement des Carpocratiens quant a 
la personne huraaine de Jesus etait tel que l'EgUS e 
dans Tertullien a ete obligee de le falsifier; e " e 
dit que, selon Carpocrate, « Jesus-Christ etait seule- 
ment homme, mais considerable par sa justice et p ar 
I'innocence de sa vie ! (4) » 

(1) Cf. J>* Evangilet de Satan, deuxiime partie, p. 23S. . 

(2) Millieinc preuve de lidentile du Joannes avec le Ms de Josejw- 

(3) Allusion aux paroles : c Cherchez et vous trouvcrez, frapP eI e 
Ton vous ouvrira. » Les Carpocratiens avaient tres bien vu. 

* I*) Tertullien, Dei prescriptions contre let heritiques, ch. XXVI. 









— 163 — 



Les Ptolemeens deplaisent beaucoup a l'Eglise, car 
Ptolemee avait admirablement saisi le mythe de Jesus 
au point de vue cbronometrique surtout. Dans la fable 
faite sur Bar- Abbas, Jesus n'est raeme pas l'image du 
Verbe juif tout entier, il n'en est que la douzieme partie, 
1'iEon-Sauveur aliiis .-Eon-Zib. Cette parabole mathe- 
Diatique ne peut tromper personne. 

Elle est bonne pour les bommes animaux qui, n'en- 
tendant rien a la Gnose, ont besoin d'une lecon qui 
aflecte la forme animale. 

Bar- Abbas avec son bapteme n'a pas apporte le 
falut de la cbair, car la matiere est par elle-meme 
^capable de salut. L'.Eon-jesus, descendu sur lui pen- 
dant 1'annee protojubilaire, est remonte au ciel dans son 
v *tement d'emprunt avant la comparution devant Pila- 
us, et il n'est reste qu'un homme qui est mort comme 
^us les autres bommes, a sa condamnation pres. Le 
Sa lut ne peut cousister dans une aussi penible mystifl- 
^ation, il est dans la Gnose elle-meme, c'est-a-dire 
<jans les relations de 1'esprit avec le Pere ineirable. 
•"nsi, dans la version qu'avait consultee Ptolemee, 
esus n'allait meme pas jusqu'au pied de la croix, 
c omme dans Cerintlie; il laissait Bar- Abbas dans la 
Prison du llanotb la veille de la paque au matin, il 
^etablissait done pas la moindre Eucharistie. L'affreux 
tolemee apportait un argument de plus aux Quartode- 
l «aans (1). C'est pourquoi Irenee dit qu'on doit le com- 
a Ure comme un etre malfaisant. 

P r i nl Qui . comm,imo^aien, Bar - Abbas le '* n 'san, veille de la paque 
q u -.i '°? dans son Diseours conlre Jes jehouddolatres dit. de son cW 
l'6tniL J J Unen, P endant P'usieurs jours et attendent 1 apparition de 
~ue au matin pour roinpre le jeune. 



— 164 — 

Un autre infame, Secundus (1), ecartait le Dieu des 
Juifs de toutes les combinaisons celestes. II avait par- 
faitement entendu, lui aussi, que la mere de Jesus, 
c'etait l'Esprit, et la mere de Bar-Abbas, Salome. Jesus 
n'etait que l'ombre de Tindividu qui s'etait dit chrisl. 
Rejetant ensuite cette mere et ce corps (2), il etait 
remonte au Plerdme d'ou il se gardait bien de sortir. 

Tel fut l'enseignement des Gnostiques egyptiens 
jusqu'au jour ou l'Eglise leur en demanda compte le 
couteau a la main. Elle convient dans Irenee que, 
nonobstant les differences de leurs theories, ils sont 
unanimes a professer l'inexistence charnelle de Jesus. 
Ils n'ont point de merite a cela ; pour dire autrement il 
aurait fallu qu'ils fussent ou fous de naissance ou 
malhonnetes de parti pris. Quoique Juifs d'origine et 
fort reconnaissants a Bar-Abb:is d'avoir invente le 
moyen d'exploiter les goym par le bapteme sauveur et 
l'onction resurrectionnelle, les Valentiniens se sont tou- 
jours joints aux antijuifs pour reconnaitre l'inexistence 
de Jesus. Nous avons dit de Valentin ce qu'on doit en 
dire (3). L'Eglise estime dans Tertullien que Valentin, 
par son interpretation des Evangiles, a fait encore plus 
de mal que Marcion a la divinisation de Bar-Abbas. 

C'est le plus magnifique eloge qui ait jamais ete fojf 
de lui. 

IX. — Le sens litteral que nous avons donne du 
mot « Gnostiques » nous permet de ranger parmi 
ceux-la toutes sortes d'ecrivains a qui nous ne deman- 

(i) Ce n'etait pas son nom. Quelques-uns voicnl en lui soit Ep'" 
phane, soit lleracleon. 

(2) Secundus renvois a la scene ou Jesus dans Cerinthe rend Bar- 
AM ■ •■.- a sa mere devant la croix. Cf. L'Kvangile de Srssus, p. 310. 

(3) cr. Let Evangiles de Satan, troisieme partie, p. 219. 



— 165 — 

dons que d 'avoir su. Personne n'a mieux su que Gelse. 
Romain d'origine, Celse parait bien avoir fleuri en 
Asie sous Antonin et sous Marc-Aurele. Lucien l'avoue 
pour son directeur philosophique. Celse etait epicurien. 
Rendons a ce mot la signification qu'il a dans la 
bouche de Lucien, et. qu'il a perdu dans le cours des 
temps. II ne s'agit pas ici de l'Epicure auquel on prete 
une vie toute de mollesse et de plaisir, mais du profond 
auteur des Pensees sur la nature. Ses disciples savent 
tous « quels avantages ce livre procure a ceux qui le 
lisent, en etablissant dans leur cceur la paix et la tranquil- 
lite, en les delivrant des frayeurs qu'inspirent les pro- 
diges et les fantomes, en bannissant de leur esprit les 
esperances chimeriqueset les desirs insenses ; il eclaire, 
il purifie l'ame, non avec un flambeau et de la squille, ni 
par de vaines et ridicules ceremonies, mais par la saine 
raison, par la verite et par la franchise (1). » Enfin ils 
se recommandent par une qualite qui manque a presque 
toutes les philosophies : un desinteressement qui tient 
a leur respect absolu, presque exclusif, de la nature (2). 
Et quant a Celse, « sa sagesse, son amour de la verite, 
la douceur de son caractere, la moderation et l'egalite 
de sa conduite, sa politesse envers tous », lui valurent 
1'admiration et l'amitie de tous ceux qui partageaient 
8 a societe. En renseignant Celse sur Alexandre, le 
christ du Pont, Lucien « a voulu venger Epicure, cet 
hc-mme vraiment sacre, ce genie divin qui seul a connu 
le s charmes de la verite et les a transmis a ses dis- 
ciples dont il est le liberateur. » 

(') Lucien, Alexandre oule faux prophile. 

(2) Cette superiorile apparait tres ncltement dans le dialogue de 
L Ucien : Le Picheur ou Its rtuuscitis. 



— 166 — 

Les homines a qui oa n'en contait point, comme 
Celse et Lucien, etaient rares, etle monde etait plein du 
eharlatanisme le plus ehonte. Celse avait ecrit des 
livres contre les christiens. Ou, pour etre plus exact, U 
leur avait consacre une partie de son traite Contre les 
Magiciens. L'ouvrage avait dejii disparu a la fin du 
quatrieme siecle, le Contra Celsura ne le connalt plus 
que de nom et se demande s'il est du meme Celse que 
le Discours veritable contre les jehouddolatres (1)- 
Mais l'Eglise, qui a fabrique YAnticelse, ne se pose la 
question que pour creer une confusion entre les deux 
-Celse, car l'ouvrage de Celse l'epicurien n'avait point 
pour titre Livre de Verite, comme celui de Celse le 
platonicien. Ce n'etait point un ouvrage specialement 
ecrit pour demasquer le heros des Evangiles, mais 
une maniere de traite dans lequel etaient denonces 
techniquement, scientifiquement, d'apres l'etat des con- 
naissauces physiques, les tours inventes par les magi" 
«iens pour faire des dupes. On peut etre siir que ceux 
de Bar-Ahbas, notamment la colomhe lumineuse, etaient 
en bonue place dans cette galerie. « 11 n'est pas neces- 
saire de les rappeler ici, lui dit Lucien (2). Ce serait 
m'exposer a passer pour un homme sans gout et sans 
politesse, si je faisais parade de cette connaissance vis- 
a-vis de toi qui as suffisamment traite de ces matieres, 
et plus amplement que je ne le fais ici, dans ton livre 
■Contre les Magiciens, ouvrage aussi beau qu'utile, 
fait pour inspirer la sagesse et la prudence a tous 
ceux qui le liront. » C'etait un livre fameux, classe, 
classique, et il n'y etait point question de Jesus com© e 

ll) Anticelie, iv, 36. 

(2) Alrxanire ou U /aux prophite. 



— 167 — 



ayant existe a cdte de Joannes baptiseur (1), mais sim- 
plement d'un nomme Jehoudda, fds de Jehoudda, qui 
avait ete tardivement chatie pour ses crimes, et de toute 
'a serie d'imposteurs qui s'etaient succede dans la 
meme famille jusqu'a Bar-Kocheba. Marc-Aurele lui 
devait sans doute un peu du mepris qu'il professait 
Pour les charlatans de tout ordre. 

Ne sous Hadrien, mort sous Commode, a plus de 
quatre-vino-ts ans, Lucien a connu tout ce qui s est fait 
d important dans le second siecle, celui de la fabrica- 
tion de Jesus. 

Lucien est de Samosate. De la Syrie natale jusqu'a la 
Gaule, en passant par les iles, Athenes, Rome et 
l'Egvpte, il a pu voir des Juifs jehouddolatres, il en 
avu. 

Lucien aime la verite, elle est pour lui l'objet meme 
de l'histoire et le seul but de l'historien. Fonctionnaire 
8 ous Marc-Aurele, il juge en romain ; mais c'est aussi 
un philosophe, comme son maitre, et il pense en grec. 
11 marche dans la lumiere de la raison ; et tout ce que 
I'espnt y ajoute de force, il le tourne contre 1'imposture 
et les imposteurs. La superstition lui est odieuse : il 
v a jusqu'a la colere contre les faux prophetes et les 
miracles supposes. Nul n'a demasque d'une main plus 
Prompte les marchands d'oracles et ceux qui se 
d >aaient dieux, fds de dieux. II y en avait beaucoup de 
8 °n temps. II y met au besoin la dent pour retrouver 
1'homme en eux, raord Alexandre a la main et le fait 
geindre. Sans lui, qui connaitrait Peregberinos mort de 
v ouloi r prouver qu'il etait immortel? Qui connaitrait 
Alexandre, le roi-christ du Pont ? Ami de Celse, il ne 
Peut l'etre des jehouddolatres, et si l'Eglise n'avait pas 



— 168 — 

fait dans son texte ce qu'elle a fait dans celui de Fla- 
vius Josephe, c'est avec les terribles epithetes de Tacite 
et de Suetone qu'il parlerait encore d'eux et de Bar- 
Abbas. 

Aujourd'hui, chose rare chez un Syrien, Lucien n'est 
plus antijuif, il ne nomme plus les Juifs, il ne distingue 
plus la Palestine de la Syrie ; les christiens dont u 
parle ne sont plus d'aucune race, on peut meme se 
demander s'ils ont jamais ete juifs, s'il y en a encore 
parmi les Juifs. On dirait de palens nomades qui on* 
renie les dieux nationaux pour courir apres un indi" 
vidu qui n'etait de nulle part. 

Mais Lucien a connu autrement que par oul-dire les 
ecrits de Bar-Abbas, il les a eus en mains propres. I* 
les connut aussi bien que Phlegon, mieux qu'Apuleei 
qui ne semble les avoir vus que dans la version thes- 
salienne. Lucien qui est du pays de Saturnil, de Cer- 
don, de Tatien, ne connait pas seulement les Parole 3 
du Rabbi, il connait la mystification evangelique, sur- 
moulage juif de la fable de Jonas. Lui aussi est un 
pecheur d'hommes, mais c'est la raison universelle qu 1 
l'inspire, et non la revelation juive. Dans Le Pechew 
ou les ressuscites il prend au Pecheur du Piree, ^ e P" 
tune sous les traits d'un pecheur,) la ligne et Thame- 
con dedies ii Minerve; et du haut sommet de l'Acropo 1 
d'Athenes, — le mont Sion de la sagesse, — il j e . 
l'hamecon amorce d'or et de figues au milieu des p nl " 
losophes qu'il a ressuscites et groupes autour de 
ligne. Comme les christiens que tentent la Jerusale 
d'or et le Figuier aux douze recoltes, c'est a cau 
de l'or et des figues que toute la poissonnerie p n " 
losophique se jette sur l'hamecon, h la reserve de 



— 169 — 

disciples d'Epicure qui ont compris l'apologue (1). 
Que voyons-nous dans Le Menteur d' inclination? 
Une conversation entre quelquesphilosophes grecs dont 
Lucien sous le nom de Tychiade raille la credulite. 
Ces philosophes, si peu dignes de ce beau nom, frolent 
a chaque instant les sujets evangeliques : l'un d'eux 
aoutient avoir vu un hyperboreen (2) qui marchait sur 
1'eau, comme Jesus sur le lac de Tiberiade ; l'autre un 
Syrien de Palestine (3) qui chassait ostensiblement le 
diable des corps hantes ; un troisieme peut resister a 
mille demons sans en etre effraye, grace a un 
Arabe (4) qui lui a donne un anneau fabrique avec du 
f er pris ii des croix ; un quatrieme enfin, le medecin 
Antigone, dit connaitre, pour l'avoir soigne tant avant 
?u'apres sa mort, un homme ressuscite vingt jours 
a pres son euterrement, miracle autrement fort que celui 
d'Eleazar et de Bar-Jehoudda lui-meme. 

On croit generalement quici Lucien se moque de la 
resurrection de Tarmenien Her dont parle Platon au 
dixieme livre de sa Republique. Mais son allusion est 
keaucoup plus moderne, surtoutsi Ton considere qu'elle 
succede a ces bistoires d'exorcismes et de croix : « Et 
comment le corps de cet bomme n'a-t-il pas pourri 
Pendant l'espace de vingt jours ? Ou comment cet 
' homme n'est-il pas mort de faim, a moins que ce ne soit 
*a autre Epimenide que tu aies traile ? » Epimenide, 
e n effet, s'etait endormi pendant cinquante ans : repos 
qu'apprecieront les personnes sujettes a Tinsomnie. 

U) II a (Ste bcaucoup plus clair, on peut en Otre sur. 

<2i Lc plus loin possible du lieu de naissance de Bar-Abbas . 

(3) Lc mot o Juif > lui icorche les levres! 

(*) Plus de Juifs sur la surface dela terre! 



— 170 — ■ 

Et comment ne pas reconnaitre immediatement dans 
l'exorciste que voici un de ces quatre-vingt-quatre dis- 
ciples a qui Jesus donne le pouvoir de chasser l eS 
demons? Qui sait meme si a l'origine Lucien n'avait 
pas en vue le celebre Peregherinos, car cet exorcist* 
est de ceux qui delivrent les demoniaques de leurs ter- 
reurs et conjurent publiquement les fantdmes. « Tout 
le monde sait que ce Syrien de Palestine (1), si habile 
pour ces sortes de guerisons, lorsqu'il rencontre de ces 
gens qui tombent en epilepsie a certaines epoques de 
la Lune (2), qui ecument et roulent des yeux egares, les 
releve et, moyennant un salaire considerable, les ren- 
voie en sante, delivres de leurs maux. En etFet, lors- 
qu'il est aupres du malade couche par terre, il I 01 
demande comment le demon est entre dans son corps- 
Le malade garde le silence ; mais le diable repond, sol* 
en grec, soit en langue barbare (3), et dit qui il e s *» 
d'ou il vient, comment il est entre dans cet bomffle- 
Alors, employant les imprecations et, si le diable n'obei* 
pas, les menaces, il le chasse du corps qu'il occupai 1 - 
J'en ai vu moi-meme sortir un tout noir, et dont la pea u 
etait enfumee ! — II n'est pas etonnant, repris-je, que t° 
aies vu cela, Ion, toi qui decouvres lesidees que PlatoDi 
ton maitre, nous montre comme quelque chose d'obscur 
dont la faiblesse de nos yeux nous derobe la vue. » 

Cette scene d'exorcisme est purement evangeliq ue » 
surtout dans la partie qui concerne le salaire (4). C'e st 

(1) 11 n'y a plus de Gaulanilide ni de Galilee, c'est une affaii -6 
enlendue! 

(2) Cf. Iss EtangiUs de Satan, premiere partie, p. 399. 

(3) Jamais en hebreu ni en aranieen ! 

.(4) Une vraie scene d'Evannile. Cf. Let Eeangiles de Satan, premiere 
partie, p. 401, et troisitme partie, p. 396. 



— 17L — 



«en ainsi qu'on procedait a l'egard des goym. Quand 
' e sujet etait vraiment malade, on lui disait : « C'est 
v otre dieu qui vous tourmente, done votre dieu n'est 
1^'un demon. » Le malade ne pouvait guere le nier 
8 ans mauvaise grace, surtout au milieu d'un acces 
"°nt il ne demandait qu'a sortir, fut-ce au prix de sa 
re 'igion. Quand il se sentait mieux, que ce fut par le 
'ait de l'exorciste ou non, il refusait energiquement de 
re venir sous puissance du dieu qui l'avait fait si cruelle- 
st souffrir. « Eh bien ! lui disait-on, voulez-vous 
re ster avec Isis, Mithra, Tanit, Apollon, Mercure? » 
%ant identifie la divinite avec la maladie, c'est comme 
81 on avait dit : « Voulez-vous redevenir malade? » 
^'aturellement il refusait. « Vous voyez, s'ecrie Tertnl- 
" e o, vos Dieux sont soumis aux christiens ! Nous les 
°blig eons m algre e ux de sortir des corps ( 1) ! » Et 
^ v prien : « Nous les forcons d'avouer qu'ils doivent 
^ Te juges! » (sous-entendu par Bar-Abbas!). 

X La figure la plus mysterieuse, la plus grande 

aus si, du christianisme au second siecle, c'est incontes- 
ta blement l'individu qu'on connait aujourd'hui sous le 
u °ni de Peregrinos et dont Lucien raconte la publique 
* Evaporation ». II ne s'appelait pas Peregrinos dont on 
aur ait fait Peregrinus, et Lucien lui-meme ne l'appelait 
P°int ainsi. 

Peregrinos n'existe en grec ni comme nom coramun ni 

^menompropre, et en latin Peregrinus veut dire sim- 

Pfement etranger. A ce compte que de Peregrinus dans 

e nionde ! Peregrinos est une corruption de l'appellatif 

^ Ue le metier de cet homme lui a valu : « Peri-egheire- 

* l ) Apologie, cb. Mill. De Spectaculis, XXIX. AdScaputam, xxiv. 



— 172 — 

nos, » (1) celui qui ressuscite a la ronde, le Ressuscitet" -- 
On aurait egalement le droit, etant donne sa vie, de 
l'appeler Peri-agheirenos (2), qui exprime a mervetf' 
les « tournees de quetes » auxquelles il s'est livre. " 
premier ap6tre des nations, ce n'est pas Paul qui n a 
jamais existe, Saul ne s'etant jamais converti a Bar- 
Abbas, c'est Peregherinos. Mais quand l'Eglise eU 
fabrique Paul sur le modele de Peregherinos a qui e " 6 
a emprunte son systeme de collectes, il fallut b ieD 
deguiser sous quelque alliteration la premiere et 
seconde etymologie de eet appellatif. C'est ce q u ° D 
fait les copistes, lorsqu'ils out euveloppe Lucien dans 
vaste reseau du mensonge christien. L'ne lettre cha° 
gee dans le nom de Saul avait donne Paul. ^ D 
mesure de ce genre a rendu Peregherinos meconnai 
sable sous le nom de Peregrinus. 

Par contre, on a traduit en grec le nom de Satu 1 " 
ninus a qui Lucien adresse le recit de l'evaporation a 
Peregherinos, on 1'appelle Ivronios. Or, Lucien, n ° u 
le savons par lui-meme, avait horreur de ce genre 
substitution dans les noms de famille, et, a propos « 
Saturninus precisement, il raille un historien gr eC 1 . 
s'etait permis de traduire son nom par Cronion et celu 
de Fronton par Phrotis. Mais le nom de Saturnin" 
etait si genant qu'il n'y avait pas moyen de le laisse • 
II etait de la famille des proconsuls de Syrie qui avaie 

(i) Peri, autour, et egheirtin {ec tun nicrin), reveiller d'enlre 
morls. On e'ghciren ec necnjn, '.qu'il avait reveille d'entre les a> °, l / t 
a propos dEleazarBar-Jair, dans Cerinthe, xu. 1 eti7. Cf. L ' £l ' a "^ e\\e 
Xetsus, p. 201. Pais i-gheirou! (fille, rtveille-toi !) a propos de > a ^^ 
de Jalr, Luc, vm, 51. Cf. Us Evangiles de Salan, deuxieme P 
tie, p. 268. ,j. 

(2) Ptri, autour. agheirein, qu^ter. C'est l'expression qu'on »PP 
quait aux pretrcs de Cybdle, lorsqu'ils quetaient pour la deesse. 



— 173 — 



eu a s'occuper des affaires christiennes (1) ; son pere 
avait ete consul etlegat en Numidie sous Antonin; lui- 
*erne, consul en 161, avail fait campagne contre les 
Parthes (2) cinq ans avantla mort de Pereghermosl^ 

Deux ecrivains de son temps, voire trois, si l'on 
compte Aulu-Gelle (3) ont connu Peregherinos person- 
»ellement, qui sont Lucien et Tatien. II en est egale- 
*ent question dans les Lettres de Paul et dans Tertul- 
W C'est de beaucoup le teraoin le plus important 
qu'on puisse citer contre l'existence de Jesus. Aussi 
J'Eglise le rejette-t-elle avec prudence pour lui substi- 
tl »er des Justin et des Polycarpe qui, grace a elle, ont 
<*e bien meilleures facons. 

Peregberinos etait de Parion, vUle de Mysie, sur 
^Hellespont. Lucien dit de lui que c'etait un vieillard 
Wsqu'il entra dans le brasier d'Harpine, aux jeux 
Olympiques de 169. Mettons qu'il eut alors so.xante- 
C S ans.il seraitne dans les premieres annees duregne 
** e Trajan, vers 104. 

A l'age de moins de vingt ans, il avail deja ete 
Wtte en Armenie pour adultere avec la femme de son 
tote, et oblige de donner trois mille drachmes aux 
Parents d'un mineur qu'il avait corrompu. 

Un troisieme accident le forca de quitter Parion. Dans 
'•le effusion plus homicide que filiale il avail serre trop 
f °tt le cou de son pere ! Lucien dit tout net qu'il 1 avait 

J8 £ »*2 < SSryi^loU Severien f^«*5B£ 
**<«o« I )et on na pas assez remarque que Luc.en es P rU une re 
*<™t renseigne sur les movements des guerres P^'^t la "use 
. *««• II dit ."notre Empereur , et - nos &» 6n ™>!*£?Z *"£? 
*«naine avec une chaleur quil ne raontrepas toujour, dan, ses pre 
«dents ecrits, notainment dans Mgnntu. 
I 3 . 1 Mais nous montrerons quil a *te interpoie. 




— 174 — 

etrangle, ne voulant pas le laisser vivre au dela de 
soixante aus. Comme Jesus le dit de son c6te avec une 
pbilosophie meritoire, il faut qu'il y ait des scan- 
dales ! (1) Mais qu'est-ce qu'un parricide dans un mond e 
moral telle ment renouvele par le christianisme que les 
parents pieux eux-memes celebrent le nouveau dieu par 
le meurtre de leurs enfants ? Peregherinos sait que 1° 
remission de son crime l'attend depuis un siecle au* 
sources du Jourdain. II part, il arrive en Bathanee, i* 
y trouve des baptiseurs d'on ne sait quelle secte, ceu* 
la memes qui diront de Jesus quand on le leur pi*" 
sentera dans les Evangiles : a ... Ombre du christ-* 
Christopbanie. » Qui le poinct ? qui le meut ? La rem' 3 " 
sion. Car quelle eau sur la terre peut laver du parfl" 
cide ? Seule l'eau de Cesaree Paneas, l'eau de Ivaphar- 
nabum et de la beth sa'ida dans laquelle, un sied e 
auparavant, l'bommea lacolombe lavaittout, blancbis- 
sait tout, remettait tout, l'eau par laquelle ses discipl eS 
ou ses concurrents immunisent contre le feu qui ne 
s'eteint point et le ver qui ne meurt point. 

D'ailleurs Peregberinos avait son plan. II ne desira 1 
se faire initier aux trues de Bar-Abbas que pour p° u " 
voir se dire Bar-Jovis, ills de Jupiter. Au nombre de 
ces trues est le camouflage, l'art de se transform^ 
exterieuremeut, de se deguiser en cbangeant de vete- 
ments avec rapidite, de petrir de la terre a potier, dj 
modeler des corps et des masques, de se les adapter • 
art tout egyptien que Bar-Abbas s'etait approprie de 
son mieux. Yous 1'avez vu fabriquer de petits oiseaux(*/» 

(l) Cf. Les Evangilet de Satan, troisienie partie, p. 361. 
(2, a. le present volume, p. 7 et Les EiangiUs de Satan, deuxifcm e 
Partie, p. 41. 






— 175 — 



une colombe (1), des poissons sans doute(2). Les vases 
du Garizim etaient de lui, n'en doutez pas (3), et ils 
Portaient les inscriptions necessaires pour etre con- 
temporains de David. Avec de la ventrilogi'e l'operateur 
etait un nouveau Protee. C'est le nom sous lequel Pere- 
gherinos est connu des palens, mais pour les christiens 
il reste le Ressusciteur. Cependant c'est le nom de 
Protee qui nous livre tout rhomme et tout le secret de 
8 es triomphes. Depuis la suppression de ce qui expli- 
quait ce nom dans Lucien, — a peine y peut-on lire que 
Peregherinos « savait prendre mille formes differentes 
e t jouer une infinite de personnages », — nousn'avons 
^ cinq ou six lignes de Tatien (4: pour nous guider. 
Encore Peregherinos n'y est il pas nomme a cet endroit, 
iiais a un autre. Tatien meprise Peregherinos, mais il 
n e peut se defendre d'avoir ete etonne par les facultes 
•k metamorphose de cet exhibitionniste genial qui, 
°hangeant de corps a volonte, paraissait tour a tour 
e & Apollon ou en Venus, « se pavanant, se disloquant, 
l ant6t jetant d'etincelants regards, tantot ployant les 
mains avec souplesse, pareil a un possede, a travers 
s .on masque de platre » : mensonge dans tout son art et 

(1) Cf. Les Erangiles de Satan, deuxieme partie, p. 41. 

{-) Cf. le present volume, p. 8. 

(3) Cf. Le Hoi desJuifs, p. 326. 

U) Dhcours aux Grees, S XM1. Le Discours de Tatien ne menUonne 
Pas le suicide de PerCeberinos qui est de 163 au plus tdt et de 169 au 
Ptos tard 11 ne mentionne qu un seul F-inpereur : il est done ant£- 
rie ur au re"ne en commun de Marc-Aurele et de Verus (161-169). 
x °us soi Un res sous Antonin. Tatien parle de PiSregherfnos, comme 
d on vivant et il en parle dans une ville ou ce personnage est connu 
de s Grecs et des Barbares. On ne sait plus dans quelle ville Pe>eghe- 
^nos a etonne Tatien par ses theophanies. Cette ville peut etre 
*nUocbe. Damas, Athenes. Alexandrie, toute autre ville d'Asie. de 
Gr ^ce et dEgypte ou Peregherinos est celebre. Je ne yois que Pere- 
gherinos en "etat de notoriete convenable a cet auditoire bigarre. 



— 176 — 

dans toute sa personne, applaudi par tous, mais honW 
par Tatien comme il Test par Lucien. 

Peregherinos tirait-ilparti de ses avantages physiques 
et du hasard de sa naissance dans une ville qui portait 
le nom du beau Paris? Ce qui m'incline a le croire, c'est 
une citation d'Homere dans VApologie d'Athenagore 
a propos des statues que les Pariens eleverent a Pere- 
gherinos apres sa mort : « O malheureux Paris, mal- 
gre ta beaute, la licence te rend insense ! » Lucien, de 
son cdte, connaissait Peregherinos depuis longtemp s - 
II l'avait rencontre, allant soit en Grece soit en Itabe, 
et il avait navigue avec lui depuis la Troade. La date 
de cette rencontre n'est rien moins qu'etablie (1), mais 
il n'importe ici, car de toutes facons Peregherin° s 
etait deja cclebre par son proteisme. Tout nous inclm 6 
a croire qu'elle remonte au temps ou Peregherinos all* 
lui-m6me en Grece, etant deja Protee. La faculte q u " 
avait de prendre toutes sortes de formes pouvait inte- 
resser Lucien dont l'oncle maternel etait statuaire- 
La sculpture avait ete son premier metier, et peu s ea 
fallut qu'il ne le gardat. Peregherinos etait un modeie 
dont l'incroyable plasticite tournait au phenomeae- 

(1) Malgre les efforts de M. Croiset, (Essai sur Lucien). II e^. *'" 
dfiinontre que le voyage dans lequel Lucien passa par Abotonicb 
pour voir l'imposteur Alexandre est ant^rieur a la mort de Peregber' 
qui est de 109. Le savant critique date de 16i le passage de Lucie" 
Abonotichos ct il identifie ce voyage avec la rencontre de Lucien 
de Peregherinos a Troas. Lucien dit bien. parlant de PerigbSrinos ^ 
Saturninus : « Tu te souviens que je te racontai ces detail*. >' _i .^ 
longtemps deja, lorsque je tins de Syrie; je te dis alors que depuis 
Troade j'avais navigue avec lui... • Letout est de savoir si ce V0 -' a |L 
est celui qu'il fit. revenant de Syrie, d'ou il ramenait son p* 1 * , 
Samosate (certains hellenistes le donnent a entendre en traduisan • 
• A tnon relour tie Syrie ») ou si c'est le premier qu'il fit. cena" 
.Syrie pour aller a Home et de la en Gaule, ou il triompba dans 
rbftorique. 



— 177 — 

* Ce chef-d'oeuvre de la nature, dit ironiquement Lu- 
cien, ce modele digne du ciseau de Polyclete, ce beau 
module qui d'abord n'avait ete qu'une masse de boue 
informe. » 

A propos de Peregherinos Lucien ne parlait qu'inci- 
demment de Bar-Ahbas. Saturninus, a qui il s'adresse, 
etait renseigne, connaissant lui-meme Peregherinos par 
Lucien et depuis longtemps. Neanmoins, l'ecrit de 
Lucien etant destine a etre lu, probablement dans 

I entourage de Marc-Aurele, par des gens qui ne con- 
aaissaient ni Bar-Abbas ni Peregherinos, l'auteur se 
Irouvait amene a leur fournir tout au moins l'etymologie 
historique des mots christ et christiens. Avant d'en 
v enira Bar- Abbas il commencait par l'histoire abregee 
du pere etdes pretentions qu'il emettait a raison de son 
ascendance. II donnait done le nom de circoncision de 
c e fameux Pantliora. 11 racontait le sejourdeson ills en 
Egypte, son Apocalypse et surtout ses baptemes de 
remission, car e'est incontestablement ce qu'il faisait 
°e plus impie. L'Eglise a coupe tout ce passage. On 
peut voir les coups de ciseaux qu'elle y a pratiques, la 
marque existe encore. Elle aensuiterefaitenl'abregeant 
l out ce qui concerne la carriere de Bar-Abbas en Judee, 
e *> elle a pris soin d'eviter dans le texte substitoie tout 
Ce qui pouvait concorder avec les renseignements four- 
Q1 spar Josephe. 11 n'y est plus nomme sous aucun nom, 
P a s meme celui de christ, de sorte que si Saturninus 

II est pas devin, il lui est impossible de savoir pourquoi 
' e s sectateurs de cet homme sont appeles christiens. 
Nous avons deja cite le passage, mais il nous faut le 
Cl ter une fois de plus, a cause de l'inextricable confusion 
^u ont cherchee et obtenue les faussaires entre le christ 

12 



— 178 — . 

que fut Bar-Abbas et celui que fut Peregherinos. 
D'abord, a quelle epoque Peregherinos se Gt-il chris- 
tien, puiscbrist? Est-ce sous Hadrien ou sous Antonio? 
Avant ou apres Bar-Kocheba ? On nesaitplus. Ou? En 
Palestine, dit le texte actuel, comme si Lucien ne savait 
pas dans quelle partie de la Galilee etait ne Bar- Abbas. 
« Ce fut vers ce temps (1), dit le texte actuel, qu'U 
apprit les secrets admirables de la religion des chris- 
tiens, en s'associant en Palestine avec quelques-uns de 
leurs pretres et de leurs docteurs. » Si cela s'est passe 
cbez les disciples du Gamaleen, il fut incontestable- 
ment circoncis avant d'etre baptise. Mais il semble que 
s'il s'etait aflilie a cette secte, soit avant soit apres le 
regne de Bar-Kocheba, iln'aurait pas rencontre 1'indul- 
gence de l'autorite romaine lorsqu'il en eut besoin. 
Nous inclinons done a croire qu'il s'aboucha de prefe- 
rence avec une des sectes qui faisaient concurrence a 
Bar-Abbas tout en conferant les memes avantages • 
celle de Menandre, par exemple, ou Ton etait dispense 
de la circoncision; peut-etre meme celle d'Ananias, q ul 
parait s'etre fixee dans les environs de Damas. 

Qui prouve d'ailleurs que la ou nous lisons aujour- 
d'hui « Palestine » il n'y avait pas « Egypte? » Car e'est 
tl'Egvpte que Bar -Abbas avait tire tous ses sortileges, 
et il ne passait pour veritablement fort qu'aupres des 
Juifs qui n'etaient jamais sortis de chez eux. Mais, que 
ce soit aux bords du Jourdain ou sur les rives du Nil, 
Peregherinos devait ecraser de sa superiorite les doc- 
teurs et les pretres christiens auxquels il avait eu 
affaire. Tout en baptisant dans l'eau pour la remission 

t (l)Ccci en rcniplacenient dune indication histori(|ue qui avait u" e 
importance capitate. 



— 179 — 

des peches, il avait trouve moyen de se baptiser lui- 
meme dans le feu et dans l'Esprit-Saint, en s'envelop- 
pant dans de la toile d'amiante (1) I Bar-Abbas etait 
enfonce qui vainement avait attendu cet heureux jour! 
Du Juif ou du Mysien qui etait le fils de Dieu? Le Mysien 
evidemment. Ce miracle, preuve de son christat, a dis- 
paru en meme temps que la date et le lieu, et nous 
sommes en presence d'une substitution telle que le 
teste actuel confond Bar- Abbas et Peregherinos dans 
la meme apotheose ! 

Qu'il nous soit permis d'elever la voix contre cette 
injustice! Bar-Abbas avait ete crucifie avant d'eprou- 
ver les etTets du Tharthak; Bar-Kocheba, avec ses 
etoupes enilammees, n'etait qu'un christ de chair; Pere- 
gherinos prouvait, quand on voulait, qu'il venait direc- 
tement du ciel, qu'il etait le vrai Bar de Jupiter et que 
fe feu etait son element naturel ! Au sortir d'une de 
°es experiences, il pouvait dire, la bouche en caiur : 
a Voila comment vous serez quand le moment vien- 
dra 1 » 

« Que vous dirai-je de plus ? II leur fit bientdt voir qu'ils 
^'etaient que des enfants en comparaison de lui. II etait 
l °ut a la fois prophete, pontife et chef de leurs assem- 
tlees, jouait a lui seul tous les r6les, expliquait leurs 
hvres, en composait lui-mime. Les christiens le regar- 
• derent comme un dieu, en firent leur Iegislateur et lui 
donnerent le titre de prefet(2)... En consequence ils ado- 
fent ce grand homme qui a ete'cruciGe en Palestine (3), 

(1) Cf. le present volume, p. 202. 

"- lei secondY lacune et qui saute aux ycux, car c est Bar-Abbas 
^i va devenir le sujet de Li phrase. 

(3) En Palestine seulement 1 Pourquoi pas a Jerusalem, dans le lieu 
destine aux executions publiqucs? 



— 180 — 

pour avoir introduit ce nouveau culte dans le 
monde (1). » 

Sauf la phrase finale, le passage convient indifferem- 
raent a Bar-Abbas et a Peregherinos. Ce n'est pas 
encore l'innocent Jesus, c'est toujours Bar-Abbas qui 
est sur la croix, c'est l'imposteur qui joue a lui seul 
tous les roles, a la fois roi, grand-pretre, christ, bapti- 
seur, chef de bande, prophete, sauveur, c'est le kabba- 
liste qui expliquait toutes les Ecritures a sa fagon etqui 
en composait lui-meme, c'est l'auteur des Paroles d' 1 
Rabbi, c'est le scelerat que les marchands de remission 
prechent comme un dieu. 

Mais ayant toujours nie que Bar-Abbas eiit compose 
des livres, ayant meme dit dans l'Evangile : « Com- 
ment celui-ci sait-il les Ecritures qui ne les a jamais 
apprises (2)? » l'Eglise aurait biffe 1'indication contraire, 
lorsqu'elle Pa rencontree dans Lucien, si d'autre par 1 
elle n'avait pas eu des raisons de l'appliquer a Pere- 
gherinos. La confection par celui-ci d'Ecritures q ul 
concernent le dogme est done parfaitement etablie. Ces 
Ecritures ne peuvent etre que ce qu'on intitule aujour- 
d'hui Evangiles, canoniques ou non, et parmi lesquels 
est celui de Keriuthos (Cerinthej. Mais qui est ce 
Kerinthos, auteur premier du Quatrieme &vangil e \ 
par moments si peu juif que Jesus appelle indistincte- 
ment tous les Juifs « ills de Satan, pere du Mensonge? » 
Kerinthos est-il un nom propre ou un pseudonyme. 
Orthographiait-on Kerinthos? Sur ce nom meme nous 
ne savons que ce qu'il a plu a l'Eglise de nous dire. 

(1) Pourc rebellion, vol el assassins! >, disent les Irois Synoptises* 
Of. Les EvangiUj de Satan, troisieme partie, p. 139. 

(2) Cf. L'EvangiU de Veuut, p. 151. 



— 1S1 — 

Encore a-t-elle trouve que Kerinthos etait compromet-. 
tant par lui-meme, elle 1'appelle parfois Merinthos. 
Kerinthos est une ville de l'ile d'Eubee, mais quelle 
apparence y a-t-il que l'auteur du Quatrieme Euan- 
gile ait pris le nom d'une ville d'Eubee dont il ne 
connaissait peut-etre pas Insistence? C'est aussi le 
nom d'une composition dont se nourrissent les abeilles, 
mais l'auteur de cet Evangile a-t-il songe a cette com- 
paraison? Ce Kerinthos dont on ne connait pas l'origine 
et que l'Eglise renie comme un infame (1), ne se disait-il 
pas Kautharos, la Barque (du salut), et n'est-ce point 
le nom d'auteur que se donnait Peregherinos? Je n'in- 
siste pas, ce n'est qu'une hypothese inutile a la 
demonstration, mais un mot de Lucien me permettra 
peut-etre de la justifler. 

Pour prophetiser, baptiser, exorciser, guerir la fievre 
quarte, Peregherinos etait beaucoup plus fort que Bar- 
Abbas, etant plus intelligent. Et puisque le respect de 
la Loi juive ne le retenait point, ni aucun vceu de nazi- 
reat, il se mit en devoir d'exploiter les palens, auxquels 
il se presenta comme etant tant6t celui de leurs dieux 
qu'ils desiraient voir, tant6t le christ incirconcis des- 
tine a remplacer dans le Royaume le christ juif qui 
devait une fois encore perir si miserablement! 

C'est a cette derniere forme de l'imposture qu'il 
s'arreta, et il fit bien, etant donne le but qu'il poursui- 
' v ait. Car, je le demande aux statisticiens, quel metier a 
jamais valu celui de christ, a part les inconvenients de 
la fin? Quel commerce peut entrer en ligne avec celui 
de la grace? Une affaire si merveilleuse que l'Eglise n'a 

(1) Cf. L'Evangile de Kcssiu, p. 4. 



— 182 — 

pas voulu la laisser aux mains de ses lanceurs, « ces 
Juifs qui, dit-elle(l), s'enr6lent chaquejour sous laban- 
niere de Bar-Abbas pour recevoir des dons! ces Chris- 
temporal) ajoute-t-elle avec horreur, ces Marchands de 
christ, » que nous retrouvons sous le meme nom et sous 
les memes couleurs dans la Didachb (2), recevant tou- 
jours, ne donnant jamais, tels en un mot qu'ils sortent 
de l'enseignement de Jesus (3), c'est-a-dire vivant de 
collectes organisees. 

Get enseignement, qui ne pouvait pas etre celui de 
Bar-Abbas a qui tout etait du et qui s'adjugeait tout 
par la violence, il a bien fallu que quelqu'un, intervenant 
a un moment donne, l'introduisit dans la fable ! Car 
c'est une transformation complete, un acte de proteisme 
eclatant, un changement radical dans la vieille metbode 
apostolique. Qui a redige les Instructions aux douze et 
aux soixante-douze dans l'Evangile ? Qui a compose ce 
manuel de mendicite fondee sur le chantage profes- 
sionnel? 

Sur les actes de Peregherinos, sur son christat, nous 

(r Dialogue arte Tryphon. 

1 2} La Uidarhe. ce petit code d initiation baptiste, n'est pas une <bu- 
vre jcbouddolatrique, elle e-t baptiste, et baptiste d'Egypte ou de 
Syrie. C'est peut-ftre un viei) i-crit. mais il a ete denature dans la 
forme qui nous est parvenue. el on n'enpeut fixer ladate, inalgreloi 16 
les efforts rju'on a deployes. Elle comporte la personne mytbique de 
Jl-sm-, non comme dieu. mais com in e enfant ou serviteur de Iiieu. a 
la facon des speculations Valentiniennes. La Uidachc est d'un too 
doux et tranquille qui contraste avec les fureurs du Jisus des Synoi'" 
Uses. Kile rappelle la douceur epyptienne, une eau vive eloignfie de 
la Mer Morte : ce nest pa> dans le Jouidiiin qu'on baptise, c'est p' u " 
tot dans le Nil. Elle a ete juive, puisque ceiw a qui elle s'adresse rel e " 
Talent du Temple avant qu'il ne flit detruit ; et cliristienne. en ce 
sens que Jesus vest nonime douze foiset que l'enseignement comport e 
c le rappel des promesses. » ce qui ne peut s'entcndre que du 
Royaume. 

(3) Cf. Les Ecangiles de Satan, troisieine partie, p. 40U. 



— 183 — 

ne savons rien que l'Eglise n'ait revu et corrige de 
maniere a faire beneficier la secte jehouddique d'une 
heureuse confusion avec celle de Peregherinos. Mais 
il est facile de voir qu'il fut denonce, dans un moment 
ou il n'etait pas bon de l'etre, pour avoir eu des accoin- 
tances avec ceux qui s'attiraient partout 1'animadversion 
publique : «Tule connais,dit Lucien a Saturninus,tusais 
que sa vie fut un tissu d'aventures plus tragiques que 
celles qu'ont celebrees Eschyle et Sopbocle. » Ce sont- 
ces aventures-la dont il ne reste plus ombre dans Lucien. 
Quant au moment oil il n'etait pas tres bon de precher- 
le Millenium et d'introduire les gens dans le Royaume 
futur, il parait bien qu'il succede au jubile de 889 sous 
Hadrien (1). Peregherinos avait alors trente et quelques 
annees, il operait en Syrie, on ne sait dans quelle ville, 
car tout le texte que voici est substitue : 

« Protee ayant etearrete comme christien (2) fut jete- 
en' prison. Cet evenement lui procura pour le reste de 
sa vie une grande autorite et lui valut la reputation 
d'avoir fait des miracles [3). Rien n'etait plus capable 
de flatter sa vanite. Du moment qu'il fut dans les fers, 
les cliristiens, qui regardaient son malheur comme le 
leur propre, mirent tout en ceuvre pour l'enlever; et 
comme cela leur etait impossible, ils lui rendireut du 
moins toutes sortes de services avec un zele et un em- 
Pressement infatigables. 

(1) Cr. Us Evangilet de Satan, prendre parUe, p. 73, et le present 

Volume, p. 9t. 

(2) Jehuuddolatre s'eiitend. Cest une accusaUon dans le genre de 
celle qui fut portee contre Apulee. avec cette difference que Perechen- 
noss'C-tait compromis avec les Juifs jehouddolatres. On a enleve le 
n oni de la ville oil il fut emprisonne. 

; 3) on trouve ici le nioyen de faire deposer Lucien de lauthenticite 
•Je* ■ miracles de Jesus. » 



— 184 — 

Des le matin on voyait rangee autour de la prison 
une foule de vieilles femmes, de veuves et d'enfants 
orphelins 1). Les principaux chefs de la secte pas- 
saient la nuit avec lui, apres avoir corrompu les ge6- 
liers ; ils faisaient apporter'des mets de toute espi-ce (2), 
et prononcaient des discours sacres. Enfin, le vertueux 
Peregherinos (il portait encore ce nom) (3) etait appele 
par eux le nouveau Socrate (4). 

Bien plus, quelques villes d*Asie lui envoyerent des 
deputes au norn de tous les chrisliens (5), pour le con- 
soler, lui apporter des secours et defendre sa cause. H 
n'est pas possible d'exprimer avec quelle promptitude 
ils volent au secours de ceux de leur secte qui eprouvent 
un pareil malheur; rien ne leur coute alors (6). Aussi 
Peregherinos, sous le pretexte de ses fers, recut des 
richesses considerables et se fit un gros revenu (7). Ces 
malheureux croient qu'ils sont immortels et qu'ils vi- 
vront eternellement. Ea consequence, ils meprisent les 
supplices et se livrent volo7itairement a la mort (8)- 
Leur premier legislateur leur a persuade qu'ils etaient 
tous freres. Des qu'une fois ils ont change de culte, il s 
renoncent aux dieux des nations et adorent le sophiste 

(1) Etonncs de n'avoir point He sacrifies a Bar-Abbas par leurs 
parents, ces enfants viennent Umoigner de leur amour pour un 
homrae qui a debute dans la carri^re christienne en assassinant son 
pere! 

(2) Corn me si la vision de Pierre, sa visile a Cornelius, et les Letlr* s 
de Paul sur cette question, etaient acquUes a 1'histoire. 

v'3) Nous savons le contraire. 
(•I) Le nouveau Bar-Abbas plutdt. 

(5) On poursuit le plan de confusion qu'on a adopte. 

(6) Entre christicns juifs peut-etri\ mars entre ceux-ci et les goj'ffli 
chrisliens ou non ? 

(1} Cette fois nous y sommes ! 

(8) Ceci pour faire croire que Bar-Abbas s'esl livre volonlairernent 
sdns condamnatiju prealable. 



— 185 — 

cruciGe dont ils suivent les lois. Comme ils recoivent 
ses preccptes avec une confiance aveugle, ils meprisent 
tous les biens (1) et les croient communs (2). Si done 
il s'elevait parmi eux un imposteur adroit, il pourrait 
8 'enrichir tres promptement, en se moquant de ces 
hommes simples et credules (3). 

Cependant Peregherinos fut bientdt(4) delivredeses 
fers par Ie gouverneur de Syrie, devoue aux lettres et a 
la philosophie ; il savait que notre cynique (5) etait 
assez fou pour se livrer a la mort dans le dessein de 
8 'iUustrer (6': ; ne le jugeant digne d'aucune punition, 
" le mit en liberte. » (7) 

Point de doute que Peregherinos ne connut le fond 
et le trefond de la mystification evangelique. La preuve 
e & est dans la facon dont il a pratique la tonte des. 
Tnoutons (8). Et naturellement il n'avait jamais cru aux 

'1) Etla Jerusalem d'or? Et les portes en pierresprecieuses? 

(2) Dans le Hovaume seulement. 

13) Comme si ce n'avait pas ete tout Bar-Abbas. Et ne croirait-on pas 
v raituent entendre Lion X rendant ee solennel honimage au parti que 
Ses pr6dece*seurs ont tire de la mystification evangelique : f Questa 
f avol a di Christo e molto utile alia Chiesa. » Utile seulement? Leon 
es * discret, il. aurait pu dire indispensable. 

.(*: On dit au contraire quetant patriarche des christiens, Per£ghe- 
ril »'JS avait < souffert dans la Syrie une longue priton. > Cest ainsi 
1 u 'cn parle aOlvuipie Theagene. philosophe cynique. 
• (5) Ttemarquei que Protee est qualifie de philosophe cynique en 
""e circonstance oil il exerce manifesteineat 1'etat christien. Qu'est- 
Ce que la philosophie et les lettres viennent faire ici? 

(6) Ce gouverneur est un devin d'une rare perspicacity car 1 evene- 
•"ent n'eut lieu qu'une trentaine d'annees apres, et en Elide, pres 
d '°'yn>pie. „ ■ 

0) i J e ne vois en cet hommeaucune cause de punition. • dit Pila- 
rs en vovant Bar-Abbas sous les traits de Jesus. Cf. Let EvangiUsde 
* fon, tro:sieme partie, p. 135. Prot£e na pas lair moins innocent. 
Ma 's, sous le nom de Peregherinos. n'avait-il pas un vilain dossier? 

(8> Ainsi nommaiton les dupes dans la secte dont Peregherinos 
a vait eUle plus bel ornement. ;Voir les Esclac:i fugiiift de Lucien, 
el 'e prtsent volume, p. J06.) 






— 18(5 — 

resurrections, a celle de Bar-Abbas surtout. Ce qtt» 
annoncait, ce n'est pas le retour de cet imbecile surles 
nuees. Cela, c'etait bon pour les Juifs jehouddolatres • 
Ce qu'il annoncait, c'est le Rovaurae des Grecs. L e 
Royaume aurait lieu, mais saus les Juifs, contre l eS 
Juifs. La Ville d'or viendrait, mais pour les Grecs. 
C'est pour les Grecs que fleurirait le Jardin aux douze 
recoltes. Gest ce que Jesus dit aujourd'hui dans les 
Synoptises : d'autres que les Juifs auront les fruits! 

Au demeurant, le fond est le nieme. La predication 
du Renouvellement du monde par un arret dans l e 
temps ne pouvait que developper la paresse et la pro- 
miscuity : deux choses dont la vertu n'a jamais derive- 
Au Jourdain. les assemblies de faineants sordides et 
de filles demoniaques avaient abouti a la plus repu- 
gnante crapule. Les ap6tres qui font pleurer l'auteur des 
Leitres de Paul et dont l'auteur de la Lettre de BsX" 
nabe dit qu'ils ont « surpasse tout peche », voila leS 
vrais, les seuls apotres pendant plus de cent ans, von 8 
qui est la primitive Eglise. Les christiens qui suivaien* 
Peregherinos sur les grands cbemins d'Asie obtiennen* 
par le chantage ce que les autres extorquaient par I a 
sique et la torche. Des qu'il y eut des eglises stables» 
ou Ton exen-ait les metiers de la ville avec cette aprete 
au gain qui est la marque de l'origine commune, ° n 
redouta ces nomades, on eut de la peine a les cbasser, 
ils venaient en freres, voulaient etre traites en freres. 
s'asseoir aux tables, coucher dans les maisous, bay e 
au soleil, oints sans doute et christiens comme l e 
autres, mais oints de paresse. La Didache denonce 
cette plaie : « Si un artisan vient visiter la communao* 
*et desire s'etablir parmi vous, que celui-la travaille e 



— 187 — 

qu'il mange ! Mais si le visiteur n'a point de metier, . 
avisez selon votre prudence a ce que, sous pretexte 
qu'il est christien, il ne vive point parmi vous a ne 
rien faire. S'il ne veut point travailler, c"est un chris- 
• temporos, un marchand de christ. Gardez-vous de telles 
gens (1) ! » Marchands de christ! quel mot! Bar- Abbas, 
v oila tout ce qu'ils ont a vendre ! Le cadavre d'un cri- 
minel, telle est leur marchandise, qu'ils travaillent, 
c omme ceux qui protestent ici, ou qu'ils ne travaillent 
Pas, comme ceux contre qui on proteste! 

Libre, Peregherinos revint a Parion. C'etait une petite 
^ille qui, avec cinq de ses voisiues, ne valait pas cinq 
ttiille talents ; le souvenir du pere assassine y etait 
e acore vivace. On allait le vengcr, lorsqu'on vit pa- 
raitre un homme a longs cheveux et a longue barbe, 
aiTuble d'un mauvais manteau, une besace sur l'epaule, 
Un baton a la main (2). C'etait le fils repentant, dans 
s on costume de Peregherinos. Le pere ne pouvait plus 
tl »er le veau gras, mais le fds se lit pardonner en decla- 
im aux habitants qu'il leur abandonnait le bien qu'il 
av ait herite. La colore publique tombe, on s'emeut, on 
1'acclame. Qui eut entrepris de parler de parricide 
a Urait ete lapide sur-le-champ. Tranquille de ce cdte, 
frotee reprend sa vie errante a travers l'Asie et la 
Grece, suivi d'une troupe de cbristiens qui lui servent 
de satellites et l'entretiennent dans une abondance qui 
8 emble bien l'avoir perdu, car, un beau jour, ils le sur- 

. ('J Le teste a ete remue. ce qui l'a rendu assez difficile a traduire. 
i,a version n'est pas litterale et pourtant fen crois le sens aussi 
e *act que possible. 

< 2 ) Cest le costume recomraande dans les Imtniclions aux Douze 
el aux soixante-douze. Cf. Lrs Evangiles de Satan, troisieine partie, 
P- 391. 



— 188 — 

prennent mangeant des viandes defendues, (du pore, 
ou des viandes consacrees aux dieux) (1), son prestige 
s'evanouit et ils l'abandonnent. Adieu la recette ! 

Les christiens de Peregherinos sont bien les fornia- 
listes etroits d'avant les Acles des apotres, > eS 
Lettres de Paul et les ordounances de Jesus sur ' a 
liberte des viandes. Pierre ne s'est pas encore assis a 
la table de Cornelius, Paul n'a pas encore trace l eS 
limites du permis et du deTendu, il ne s'est pas encore 
dispute avec Pierre, dans Antioche, a propos d'agap eS 
partagees avec les palens, et rien que pour avoir sur- 
pris Peregherinos mangeant des viandes impures seIo n 
la loi juive ou la kabbale particuliere de la secte, » eS 
christiens le renient, eux qui lui pardonnaient ses crimes- 
Mais il est permis de se demander si e'est la veritable 
cause de la rupture, car en Syrie, naguere, dans W 
ville oil Peregherinos fut emprisonne, nous avons vules 
principaux chefs christiens s'assembler pour mang er 
avec lui des mets de toute espece, dans des agapes fr a " 
ternelles. Est-ce Peregherinos qui a rompu avec « 9 
christiens, ou les christiens qui ont rompu avec Pere- 
gherinos? Ou bien encore, une circonstance plus imp 6 * 
rieuse que la question de regime l'a-t-elle oblige de 
renoncer au metier de christ ? Est-il possible d'admettre 
qu'il ait, pour une faiblesse si facilement reparable 
abandon ne le commerce de la grace? Ne vaut-il p a 
mieux croire qu'un preteur, conscient de son devoir» 
mit fin aux scandales qui accompagnent fatalenient c 
genre d'exploitation? Dans VAne d'or, Apulee n'a-t- 1 
pas vu l'edile d'Uypate en Thessalie bousculer leta- 

rf 
ll) On 6Uit Irts sfivi-rc sur ce point dans la secte de Menandre- 

le present volume, p. 31. 



— 189 — 

[age allegorique des baptiseurs, Jeter leurs poissons 
hors de la poissonnerie et les fouler aux pieds (1)? 

XI. — Degoute des christiens dont il n'avait plus 
besoin, puisqu'ils ne rapportaient plus, Peregherinos 
redemanda par requete a Antonin les biens qu'il avait 
abandonnes aux Pariens, car, se jugeant suffisamment 
absous par sa propre remission, il ne voyait plus la neces- 
sity d'acheter 1 amour de ses concitoyens. Tres spirituel- 
lement l'Empereur declara la donation irrevocable. 

Alors Peregherinos alia en Egypte pour apprendre 
la philosophie du renoncement aux biens de ce monde, 
telle que l'avaient pr6cb.ee les Diogene, les Crates etles 
Antisthene ; il se fit cynique a 1'ecole d' Agathobule dans 
Alexandrie. Cet Agathobule, philosophe grec, avait ete 
1'un des maitres de Demonax, le plus parfait des homines 
lu'ait connus Lucien (2). Rival de Demetrius, d'Epictete, 
de Timocrate d'Heraclee, c'etait une des grandes cele- 
brites du siecle, son nom retentissait dans toute la 
Grece. Mais vraiment on a peine a croire qu'il s'agisse 
de lui, quand on voit son eleve « la tete a moitie rasee, 
le visage barbouille de boue (ou enduit de platre?), 
^mmettre a la vue du peuple les actions les plus 
iafames, cherchant a prouver qu'elles etaientdunombre 
de celles qu'on appelle indifferentes, se frapper et se 
faire frapper sur le derriere avec un baton, executer 
des tours de force et commettre mille indecences ! » 
Cela, c'est Peregherinos avant Agathobule. II y a la 
u ne transposition iDteressee de Pun des passages ou 
Lucien decrivait Protee avant qu'il ne fit metier d'Mre 
v ertueux. 

(1) Cf. Us Evangiles de Satan, premise partie, p. "3. 
{•) Si toutefois la Vie de IHmonax est de lui. 



— 190 — 

D'ailleurs quel dieu Protee dit-il etre a partir de son 
sejour a Alexandrie ? Un dieu dontil n'avaitjamaisjoueie 
rdle jusqu'alors, Hercule, patron de la secte cynique; 
Hercule, le Fils del'hommede l'Olympe paien, Hercule, 
dont les douze travaux sont une speculation allegoriq ue 
surlesdouze signes du Zodiaque, Hercule sorti radieuX 
des legendes locales, incorpore au soleil et accomphs- 
sant avec lui son evolution. Quand on tentait l'identi- 
fication des dieux nationaux, c"est le Soleil, Verbe de 
1' Invisible, qu'on retrouvait partout dans la variete des 
animaux astrologiques qui lui etaient consacres. Ma lS 
Protee avait beau faire : pour les disciples d'AgathO" 
bule il etait toujours le baptiseur et le christ asinaire- 
Agathobule ne cboisissait pas ses auditeurs, il vouS 
le dira lui-meme, celui-la etait le plus corrompu de 
tous. 

Ce qu'a voulu l'Eglise en calomniant l'enseignemen* 
d'Agathobule, c'est atteindre Protee sous le nom q u ** 
prit pour renier les christiens en general et les jehoud- 
dolatres en particulier. Ce nom, c'est Crescens. H en 
prenaitun different, selon le travail qu'il accoraplissait > 
et cette babitude, il la porta dans 1'exercice de la philO" 
sopbie cynique : a le cynique a plusieurs noms », "•_ 
Lucien. Le masque de la vertu est le dernier q ul1 
posa sur sa face vieillissante; et la liberte du « gueo* 
loir » (comme eut dit Flaubert) qu'on tolerait de cette 
secte fut ce qui le deter mina d'y entrer. Car d 'Alexan- 
drie il vint a Rome oil il se mit a injurier tout le monde, 
Antonin lui-meme. Insulter etait un acte professionnel- 
Antonin n'v prenait garde, mais le gouverneur bannit 
le cynique, non sans quelque rumeur parmi la secte. vJn 
comparait Protee a Dion, a Musonius, a Epictete q" 1 






— 191 — 



avaient eu les honneurs de l'exil pour avoir aime la 
verite. 
, C'est vers 155 qu'il habita Rome, etourdissant la ville 
de ses declamations, n'ayant plus de christien que l'en- 
vie et la rapacite. Autrement, et s'il y avait eu la, 
comme la papaute le soutient, une Eglise ou l'element 
juif aurait ete en minorite, il ne tenait qua Pereghe- 
'inos de s'en proclamer l'eveque en s'appuyant sur les 
epreuves qu'il avait subies dans les prisons de Syrie. 
Ayant habite la Palestine « au milieu des presbytres et 
des docteurs » de la foi, avec la reputation qu'il avait 
8 de faire des miracles », il eiit pu, s'il ne s'etait pas 
suicide a Olympie devant tant de temoins, occuper le 
Premier rang parmi les faux martyrs, et nous aurions 
aujourd'hui les Actes de Saint Peregrinus, comme 
- Uous avons ceux de Saint Justin. Mais il parait bien que 
pour se faire pardonner son passe de Palestine et de 
Syrie il a vecu a Rome sous le nom de Crescens et 
que, dans un livre terrible par sa franchise, il a separe 
'a secte dont il avait ete le christ de celle qui adorait le 
Juif crucifie pour ses crimes. 

Et comment, aboyant contre tout le monde, eut-il 
°>enage le seul Bar-Abbas ? C'est la sans doute et en 
ce nouvel etat que le vit Tatien, avec son epaule decon- 
v erte, sa longue chevelure, sa barbe lluviale, ses 
°Ugles de fauve, sa besace, son manteau et son baton. 
C'est contre lui, comme s'il pouvait l'entendre, qu'il 
^vective : « Homme qui ri valises avec le chien, tu 
ignores Dieu (1) et tu descends a l'imitation d'animaux 
8 ans raison ! Mais toi qui cries si fort en public et en 



U) Allusion a son chrislianisiue. 






— 192 — 

imposes aux autres, tu sais defendre tes propres interets, 
et si on n'est pas d'accord avec toi, tu reponds par des 
insultes : la philosophie est pour toi unart d'acquerir- * 

C'est un fait reconnu par toute l'Eglise qu'un cer- 
tain Crescens, philosophe cynique, emboucha la meme 
trompette que Fronton, philosophe stolcieu, precep- 
teur de Marc-Aurele, et en souna contre les jehouddo- 
latres. Et il semble bien par les martyrologes substitu eS 
a l'instruction criminelle que, convaincus de crimes, 
trois de ces jehouddolatres, Ptolemee, Lucius et un 
troisieme qu'on ne nomme pas, furent crucifies p ar 
Urbicus, prefet de Rome sous Antonin. Pour donner > e 
change sur ces executions analogues a celles de Car- 
thage, l'Eglise a forge la Seconde Apologie de Juste 11 ' 
dont l'auteur tient les propos les plus dangereux et les 
plus incohereuts sur les Antonins, de raauiere a se 
faire condamner a son tour pour avoir defendu de 
christiens averes. Car, s'adressant a Marc-Aurele h* 1 " 
meme, il dit de l'un des executes : « Mourir, c'etai 
pour lui etre delivre de ses maitres injustes pour aller 
aupres du Pere et du roi des cieux. » Le roi des cieux, 
c'est Bar- Abbas. Ce defi serait fort malhabile, si celui 
qui le porte n'etait pas destine, dans l'esprit du faus- 
sairc. a 6tre envoye au martyre pour avoir profess 
publiquement la meme foi. 

Justin, ap6tre du Verbe platonicien, avait laisse 
renommee d'un homme irreprochable. II s'agit done d 
preparer le public aux Actes du Martyre de Sai> lt " 
Justin. Car, a partir d'une certaine epoque, on con- 
vint que Justin, ayant ete tcmoin dans une Preim er 
Apologie, devait avoir ete martyr, a cause de 
Seconde, conformemeut au jeu de mots qui a trans- 



— 193 — 

forme tant d'inconnus en heros et tant de criminels en 
innocentes victimes : « Moi aussi, dit-il, je m'attends a 
me voir poursuivi et attache au hois du supplice par 
quelqu'un de ceux que j'ai nommes oupar Crescens, ce 
philopsophe (ami du bruit), et ce philocompe (ami de 
la parade). » On peut en conclure que les Actes de son 
martvre sont tout prets sur la table d'un moine du 
sixieme siecle. Mais en attendant que l'Eglise les sorte, 
Justin demande a Marc-Aurele de le convoquer pour 
lui demontrer que les ecrits de Crescens sont un tissu 
de calomnies et un verbiage sans fondement : « Le nom 
de philosophe ne convient pas a un homme qui nous 
accuse en public, alors qu'il ne nous connait pas, qui 
traite les christiens d'athees et d'impies pour plaire a 
une multitude egaree. S'il nous poursuit pour avoir 
lu les enseignements du christ (1), c'est un infame, il 
est moins excusable que les ignorants ; eux, du moins, 
se gardent souvent de juger etdecalomnier ce qu'ils ne 
connaissent pas. S'il les a lus, il n'en a pas compris la 
grandeur ; s'il l'a comprise, c'est pour n'etre pas soup- 
conne d'etre christ ien qu'il se conduit ainsi, et alors il 
est d'autant plus miserable et infame ; il est esclave 
d'une opinion aveugle et insensee, il obeit a la crainte. Je 
lui ai propose des questions sur ce sujet, je l'ai inter- 
roge : or, j'ai pu me convaincre, je veux que vous le 
sachiez, qu'il n'en sait pas le premier mot. Pour prouver 
ce que j'avance, si vous n'avez pas eu connaissance de 
nos discussions (2), je suis pret a l'interroger de 

(1) Cest pour les connaitre a fund par les Parela du Rabbi que 
Crescens les avail denonces. 

(2) II uv avail pas dc discussion possible. Lc livre de Crescens elait 
sans replique, puise aux oiemes sources que celui de Fronton. 

13 



— 194 — 

nouveau devant vous : ce serait digne de votre puis- 
sance souveraine. Si vous avez eu connaissance de mes 
questions et des reponses, vous avez pu voir qu'il ne 
sait rien de notre doctrine. S'il la connait, et que, 
comme je l'ai dit plus baut, la craiute de ceux qu 1 
l'ecoutent l'empeche de parler, il montre par la qu'il 
n'est pas ami de la sagesse, inais ami de l'opinion (1) : 
il meprise la belle maxime de Socrate : « La verite 
doit passer avant l'homme. » Mais il est impossible 
qu'un cynique, qui place la fin derniere dans Tindiffe- 
rence, connaisse un autre bien que l'indifference (2) »• 
Peregberinos s'etant suicide, on fait poser cette ques- 
tion par Crescens : « Pourquoi ne vous suicidez-vous 
pas tous, puisque l'immortalite vous attend? — P° ur 
deux raisons, repond Justin. La premiere, e'est qu en 
nous suicidant, nous diminuerions le nombre deja trop 
petit des disciples de la loi divine. L'autre, e'est que, 
nous disparus, Dieu n'a plus de raisons de conserver le 
monde ! (3) » 

Oubliant en quel temps il est cense ecrire, a qui •' 
est cense parler, et speculant sur le « martyre de saint 
Justin », hier encore pbilosopbe platonicien, le faus- 
saire continue : 

« Personne ne crut Socrate jusqu'a mourir pour ce 
qu'il enseignait. Mais le christ, que Socrate connut en 
partie, (caril etait le Verbe et il est Celuiquiest en tout, 
qui predit l'avenir par les propbetes et qui prit person- 
nellement notre nature pour nous enseigner ceS 

(1) Distinction toute socratique, elle est dans 1'lalon. 

(2) // Apologie, ch. III. 

(3) « Vous etes le sel de la terre », dit Jesus aux disciples de Bar" 
Alii-.-. Cf. Les EvangUrt tie Satan, troisieme partie, p. 362. 



— 195 — 

choses), le christ fut cru non seulement des philo- 
sophes et des lettres (1), mais meme des artisans et 
des ignorants ea general, qui mepriserent pour lui et 
1'opinion et la crainte et la mort ; car il est la vertu du 
Pere! » 

Le pseudo-Justin ne se borne point a des generalites 
de cette sorte, il trace un tableau flatteur de l'herolsme 
jehouddolatre au milieu des persecutions qui peuvent 
al teindre les corps, mais non ces ames innocentes et 
Pures : aQuandj'etais disciple de Platou, entendant les 
a ccusations portees contre les christiens et les voyant 
'atrepides en (ace de la mort et de ce que les hommes 
re doutent, je me disais qu'il etait impossible qu'ils 
v ecussent dans le mal et dans l'amour des plaisirs. 
•••A l'instigation des demons,... les impies ont con- 
damne a mort plusieurs des notres sur des calomnies 
re pandues contre nous ; ils ont mis a la question nos 
8 erviteurs, des enfants, de faibles femmes, et par des 
tortures eliroyables ils les ont forces a nous imputer 
Ces crimes fameux, qu'ils commettent eux-memes 
ouvertement !... Rougissez, rougissez de charger des 
lnn °cents de vos propres crimes, d'imputer vos fautes 
et celles de vos dieux a des liommes qui n'y ont pas la 
moindre part! Repentez-vous et changez de conduite! » 
"* poursuivaut avec impetuosite sa marche au marty- 
fologe, ils'ecrie : « Je suis christien, jem'en fais gloire, 
et » je l'avoue, tout mou desir est de le paraitre ! » 

Ce « M'as-tu vu? » est impayable, mais qui l'a vu? 

^e n'est certainement pas Marc-Aurele, car il n'eut 

les k" ne P eu ' en c '^ cr 1 u ' un ' MrfgMrtaas-Crescens, fl"' abandoona 
ses isliens malgrc 1 les profits de son patriarcat. Crescens est un de 
n °mbreux pseudonymes. 



— 196 — 

pas manque de repondre : « Nous profiterons de cette 
seance pour vider la question que vous avez soulevee a 
propos de Semo Sancus, en qui vous voulez absolument 
voir Simo Magus, saniaritain par enz6nement (1). Nous 
devons vous dire que votre ignorance des dieux de Rome 
ne nous incite pas a accepter vos vues sur celui que 
vous nous proposez; il nous est deja suspect a cause 
de sa race et de son eloignement. Nous appelons « Dii 
Semones » les heros qui nous ont parudignes d'habiter 
le ciel apres leur mort. De ce nombre est Hercule qui 
passe pour avoir introduit la justice en Italie et a qui 
nos peres ont eleve des autels sur lesquels on avait 
coutume de preter serment. Bien que vos oreilles 
soient fermees a tout ce qui touche les dieux palens, 
vous avez dii entendre jurer par Hercule. La lettre de 
l'empereur Hadrien (2), que vous voulez bien nous com- 
muniquer, contient meme cette formule de serment. 
Vous en avez ete scandalise sans doute, mais vous 
n'ignorez pas a quel point ce prince etait enfonce dans 
le paganisme. 11 faut lui pardonner, il n'a fait que suivre 
l'babitude, car Hercule est dcvenu chez nous le Dieu de 
la bonne foi ; et — excusez-moi de braver l'honnetete en 
parlant latin, — le Deus fidius que nous invoquons si 
souventn'est autre que lesurnom d'Hercule. Nous sous- 
entendons we juvet, et par tout cela nous voulons dire : 
« Que le Dieu de la bonne foi nous soit en aide ! » Quoi- 
que cet Hercule ne vousplaise point, nouspensons que 
la foi romaine vaut celle qui preside a la redaction des 
Evangiles, des Actes des Apotres et des Lettres de 
Paul. Les Sabins, dans leur langue, disent : « Semo 

(1) Cf. le present volume, p. 27. 
(2)Cf. le present volume, p. 91. 



— 197 — 

Sanctis » au lieu de « Deus fidius », mais c'est Hercule 
qu'ils invoquent ainsi, et c'est a lui, bien a lui qu'ils ont 
jadis eleve dans Tile tiberine l'autel dont vous pour- 
suivez la demolition pour y substituer celui d'un Juif 
condamne pour trahison, assassinat et vol. Je ne vous 
citerai pas tous les auteurs latins qui constatent l'iden- 
tite de Semo Sancus avec Hercule : Ovide, Properce, et 
plus recemment Silius Italicus, quand Rabbi Akiba et 
les deux fds de Jeboudda Toamin bonoraient Rome de 
leur presence. 

« Le sanctuaire que vous faites semblant de prendre 
pour le monument de Simon le Magicien est Tun des 
plus anciens et des plus veneres de notre ville. Aussi 
ai-je le peuible devoir de vous dire que votre requete 
a fin de suppression, sous le pretexte qu'il est celui de 
v otre Simon, excite dans tout le Senat une hilarite qui 
s'est etendue a toutes les poulesde Rome. La confusion 
que vous faites entre Hercule et Simon enleve au debat 
que vous sollicitez entre Crescens et vous une partie de 
la gravite convenable. Si vos yeux eclairent aussi mal 
votre intelligence quand ils sont a Rome, comment 
Pouvez-vous esperer que nous les croirons quand ils 
pretendent avoir vu Jesus-Christ ? 

« Crescens, avec sa gouaille cynique, aura facile- 
m ent raison de vous devant les juges que vous reclamez. 
Moi-meme je ne puis me defendre d'une certaine 
^eQance a l'endroit de vos affirmations, car j'ai la foi 
la plus entitre dans Fronton, mon precepteur, dont les 
r enseignements concordent avec ceux de Crescens et 
P a s du tout avec les v6tres. Je vous engage done a vous 
m unir de toutes les pieces necessaires a votre cause. 
^ mon cote, je ne negligerai rien pour vous mettre en 



— 198 — 

etat de la soutenir avec eclat ; je regrette meme qu'au 
lieu de la debattre dans une salle publique, vous ayez 
choisi mon palais, car j'auraitoujours l'air d'un homme 
qui dissimule a la posterite les Registres du cens de 
Quirinius (1) et les Actes de Pilatus. Vous voudrez 
bien m'apporter quelques renseignements sur votre 
adversairedescens; il ne jouit d'aucune notoriete dans 
cette ville oii Ion ne connait guere que Peregherinos, 
celebre ici par son proteisme. II vous sera facile de le 
retrouver, car il a ete longtemps patriarche des chris- 
tiens de Syrie, d'Asieetd'ailleurs, et il vous donnera le 
concours de ses lumieres. N'ous en avons besoin, car je 
vous dirai qu'ayant ete jadis proconsul d'Asie, j'ai ren- 
contre force platoniciens dont aucuu n'avait oul parler de 
ce Jesus si cher a Quirinius et a Pilatus. La Sibylla nous 
avertit que vous vous preparez, dans an avenir assez 
lointain, a falsifier Tacite a l'occasion de ce meme 
Jesus. 11 semblerait juste a Semo Sancus que vous 
vous contentassiez de falsifier vos historiens sans tou- 
cher aux ndtres. D'autant plus que, si ce que vous 
ferez dire a Tacite est vrai, les disciples de Bar-Abbas 
ont brule huit quartiers de cette ville sous le regne de 
Neron. Cela ne vous mettra pas en tres bonne posture 
pour plaider l'innocence de la secte devant un auditoire 
ou les petits-fils des sinistres seront fatalement en majo- 
rity. Demandez a l'eveque en exercice de vous assister 
dans cette epreuve, il est seul qualifie pour repondre 
au nom de Bar- Abbas dont il est le vicaire, ayant 
succede a Pierre qui lui-raeme a ete pape ici pendant 
vingt-cinq ans et trois mois. Vous n'avez pas l'air de 

(1) Lequel. 6tant gouverneur de Syrie. aurait iium.ilricule Je-uS 
vingt et un ans apres la naissance ilc liar-Abbas! 



— 199 — 

vous douter de cela, et il faut que ce soil un palen qui 
vous l'apprenne. D'ici la priez sur le tombeau de Pierre 
qui est au Vatican, comme vous le savez de votre 
science certaine, mais ne voustrompez pas cette fois et 
n'allez pas prier dans le sanctuaire de Serao Sancus. 
Vous n'y trouveriez que des palens invoquant le Dieu 
de la bonne foi et faisant devant lui un serment inconnu 
chez vous, celui de ne pas mentir ! » 

XII. — Mais voici Protee de retour a Athenes oil il 
aboie plus fort que jamais, parlant crument de guerre 
contre Rome comme d'une chose utile a la civilisation. 
Demonax lechvpriote s'eiait fixe dans Athenes, detous 
recherche pour son esprit, de tous honore pour ses 
mceurs, de tous aime pour son humaDite. C'etait pour 
la sagesse une maniere de Socrate, dominant la philo- 
sophic elle-meme,ne sacriGa.it point aux dieux, inquiete 
meme pour cette attitude reputee atheisme, neanmoins 
toujours content, toujours egal, toujours riant des fai- 
blesses humaines. Peregherinos, hargneux, envieux 
comme un christien, lui reprochait de ne point aboyer, 
Peut-etre meme de ne point mordre : « Demonax, lui 
disait-il, tu ne fais pas le chien. — Ni toi l'homme, 
Peregherinos. » Riposte a triple entente, visant a la 
fois les mauvaises mceurs de l ? liomme, ses theophames 
feminines et son ancien etat de christ. 

Depuis Ion-temps, assidu aux jeux olympiques, excite 
sans doute par les railleries que lui valaient son ancien 
metier de Ressusciteur et sa predication de 1' Age d'or, 
Peregherinos revait de vaincre la mort, de se baptiser 
deGnitivement dans le feu et dans TEspnt-Saint, de 
s'en aller volontairement dans une evaporation divine 
(ainsi nommait-il la chose) devant toute la Grece assem- 



— 200 — • 

blee. II ne pouvait admettre que le corps d'un Ressus- 
citeur appartint a la terre ! 

Depuis l'Olympiade de 105 il annoncait le dessein de 
se bruler publiquement a celle de 169 pour etre enfm 
recu dans le sein de son Pere ! II voulait qu'on cessat 
de l'appeler Protee pour l'appeler Phenix, du pom de 
l'iiigle qui renait de ses cendres et se renouvelle lui- 
meme. Car il avait fait une Apocalypse de circonstance 
oil il predisait, d'apres des oracles vieux comme le 
monde, — lui aussi, devant qu' Abraham fut, etait ! (2) — 
qu'apres sa mort il serait le Genie tutelaire des homines 
dans les tenebres. II demandait des autels et une sta- 
tue d'or, et deja ses « detestables disciples » se propo- 
saient de lui elever, sur 1'emplacement de son bucher, 
an temple dans lequel il rendrait des oracles, par la 
raison que le fils de Jupiter dont il portait le nom (" 
s'agit de Protee) avait le don de predire 1'avenir. Des 
comperes excitaient les Grecs au culte de cette divinite 
nouvelle dont ils avaient si grand besoin. Deja 1 un 
d'eux, Theagene de Patras, qui devait etre le vicaire de 
Protee et le pape de son Eglise, faisait circuler un 
oracle dans lequel la Sibylle disait : « Lorsque Protee, 

(1) II s'est «.-■•■ - 1 ■ 1 - - trois olympiades entre le temps ou I'eregherinos 
haliita Home ct celui ou il sebrula. 

Premiira oly'mpiade (157) : il deblatere contrc celui qui avail auiene 
de l'eau dans Olympic tout en s'abreuvanl de cette eau. 

Deuxieme olyiupiade (161) : il fait leloge de ce bienfaiteur poblic, 
(llerode Atticus. a ce qu'on croit). 

Troisieme olympiads (165) : il annonce a tou* les Grecs qu'' £C 
brulcra aux jeux suivants. 

Quatrieme et d-rniere olympiade (169) : il tienl sa promesse. 

On peut admettre qu'il a etc chasse dc Home entre I'olympiade de 
153 el celle de!5", ce qui correspond bien a la date du lri<coun a* 
Talien. retour de Home, aux Greet* 

(2) Cf. l.'Evangile de Seuut, p. 111. 



— 201 — 

allumant un grand feu devant le temple de Jupiter, 
s'elancera de la flam me et montera dans le vaste 
Olympe, j'ordonne que tous ceux qui se nourrissent 
des fruits de la terre l'honorent comme un tres grand 
heros qui se promene pendant la nuit et s'assied sur le 
trfine de Vulcain et d'Hercule. » Et en effet si la vieille 
manie des grandeurs qu'il avait contractee poussait 
Protee a cette evaporation, ceux qui l'entouraient espe- 
r aientbien envivre, notammentTheagene dontlabesace 
e taitpleine « d'un or acquis par ses frequentes usures. » 
Quelques jours avant son evaporation, derriere le 
temple de Jupiter Olympien, Protee fit un discours 
'estamentaire devant une foule considerable (il y eut 
des gens ecrases) ; il disait « qu'il voulait couronner 
Une vie toute d'or par une fin egalement d'or », finir 
c omme Hercule apres avoir vecu comme lui, ce qui sup- 
Pose les douze travaux. II parlait ainsi, « sans reflecbir 
°. u e les scelerats qu'on mene a la croix et ceux qui sont 
entre les mains du bourreau ont souvent une escorle 
ei >core plus nombreuse. » Pareil a Jesus qui veut que 
pour venir a lui tous les Juifs portent leur croix et 
^"ivent Bar-Abbas dans la mort (1), Protee voulait que 
es hommes, « apprenant par son exemple a mepriser 
le trepas, lui servissent tous de Philoctetes », c'est-a- 
fll re qu'il l e ur leguait sa recette pour faire de nouveaux 
evapores. 11 esperait que cette perspective empecherait 
Ies assistants de se preter a son dessein. Mais tandis 
1 Ue quelques-uns criaient : « Conserve-toi pour les 
^••"ecs ! » d'autres, plus nombreux, repondaient : « Va 
J Qs qu'au bout! » 

.[') Cf. LEvangiU de Sessus, p. 269 et Us EvangiUt de Solan , troi- 
a, *"'e partie , p . 3tu _ 



— 202 — 

II fallut marcher. Protee construisit lui-meme son 
bucher a Harpine, ville situee a vingt stades d'Olym- 
pie, et annonca qu'il se brulerait la nuit suivante. Ce 
jour-la done, apres minuit, la lune levee, precede de 
Theagene de Patras, jouant le role de l'hierophante> 
Protee depouilla ses vetements, mit bas sa massue (i)i 
demanda de 1'encens qu'il jeta dans le feu, se tourna 
vers le raidi, en s'ecriaut : « O mes genies paternels et 
maternels, recevez-moi avec bonte ! » s'elanca dans I e 
brasier et disparut. Lucien assistait a cette evapora- 
tion, jugeaut d'ailleurs que Protee avait commis assez 
de crimes et fait assez d'extravagances pour meriter de 
finir par le feu. Mais tout autre etait le sens que les 
proteens donnaient a ce sacrifice. Le maitre, que dis-je- 
le Seigneur etait tellement habile a passer dans le fe u 
sans se bruler que pour mourir il avait ete oblige de le 
faire expres ! On a enleve de Ln inort de Peregherinos 
tout ce qui pouvait nous renseigner sur cette faculte 
dont l'amiante est probablement le secret, mais on en 
retrouve la trace dans Les esclaves fugitifs ou Lucien 
fait dire par Apollon parlant a Jupiter : « Est-il bien 
vrai, mon pere, qu'un homme s'est precipite dans un 
bucher ardent, en face de ton temple d'01ympie?C'etait> 
dit-on, un vieillard assez adroit dans l'art de faire de 
pareils tours de force (2) ». 

Au petit jour, Lucien s'en retournant a Olympieren- 

(1) La ninssue d'HcrcuK-. II devait avoir i'galemenl une pcau <ie lw«- 
Dans les Esrlactt /uqitifs, dialogue qui fait suite a la Mori tie Pfrt ~ 
gherinos, Mcrcure dit devant llercule a ce palriarche christien '!"■ 
s'eit fait cynique apres 110 jiassc deplorable : < Depouille-toi de 
peau de lion, alio que tout le inonde voie que tu n'es qu un ane. > 

(2i On a tgalement louche a ce dialogue, et supprinie' toute la [>* 
lie ou Jupiter contait a Apollon ce qu'il y avait dans les discours a 
Peregherinos pour juslifier >on action devant lassemblee. 



— 203 — 

contra des gens qui venaient au bucher, car le bruit 
s etait d'abord repandu que Protee ne s'evaporerait pas 
avant d'avoir salue le soleil levant, comme font les 
"rachmanes. Au milieu des fous qui, sans avoir rien 
yUi criaient a l'apotheose, il se moqua de ceux qui 
* etaient le plus, leur racontant que la terre avait trem- 
ble et fait entendre des mugissements lors de 1'entree 
de Peregherinos dans le bucher, et qu'un vautour sor- 
*ant de la flamme s'etait envole vers les cieux en 
8 ecriant d'une voix plus qu'humaine : « Jabandonne la 
terre et je vais dans l'Olympe ! » Sur la route il y avait 
" e ja des groupes de « pelerins d'Emmaus », parmi 
'esquels on soutenait qu'un instant apres s'etre brule, 
"rotee etait apparu revetu d'une robe blanche et cou- 
f onne d'olivier, qu'on l'avait vu se promener gaiement 
8 °us le Portique des sept echos. Quelques-uns disaient 
Svoir vu, de leurs yeux vu, le vautour auquel Lucien 
v enait de donner a la fois la naissance et la volee. 

XI II. — Les dernieres volontes de -Protee etaient 
1 U on l'adorat comme un dieu ; et dans le testament 
1 u 'il avait fait remettre auxvilles les plus considerables 
"• la Grece il donnait ses instructions, ses exhortations 
e * ses lois. II avait charge quelques-uns de ses amis 
1 en etre les apdtres. Et qui prouve qu'ils n 'etaient pas 
8e pt, comme les echos du Portique et les sept tonnerres 
" e I' Apocalypse, (et aussi les sept fils de Jehoudda le 
Y a maleen), ou douze, comme les Douze de la mystifica- 
tion actuelle? II les designait sous le nom d'ambassa- 
deurs de la mort et courriers des sombres rivages- 
^■ ar , sans etre jamais descendu aux enfers, comme fit 
° a r-.\bbas quand il fallut occuper la jonrnee qui s'est 
6 °oulee entre sa mort et sa disparition du Guol- 



— 204 — 

golta, on ne peut douter que Peregherinos n'en connut 
tout le detail par la kabbale christienne dont s'est ega- 
lement inspire Valentin. 

Le lendemain de l'evaporation de leur maitre, w8 
apotres de Protee etaient deja sur les routes de Thes- 
salie et de Macedoine depuis longtemps ouvertes a l'i im- 
posture jehouddolatrique. lis portaient aux villes son 
testament, tout plein d'e.vcellentes cboses prises aux 
Agatliobule et aux Demonax. Deja ses reliques se ven- 
daient au prix qu'ils en demandaient (1). Honteuse du 
travail que font ces cyniques, lions d'aspect, mais dont 
« le braire bardi » ne decele que trop l'origine asinairei 
fuyant Olympie et Harpine, la Pbilosophie se retire 
aupres de Jupiter, elle n'a pas voulu assister a l'evapo* 
ration de l'ane a la peau de lion ! Elle quitte le monde 
que prepare la religion de l'Ane d'or, la Revelation 
d'un Protee succedant a celle d'un Bar-Abbas : « D 
verra bientot, dit-elle, quels maux produira ce dange* 
reux exemple ! Tous les artisans vont abandonner leurs 
ateliers, et laisser les metiers sans exercice, lorsqu'u 8 
reflechirout que, soumis a un travail rude et penible> 
courbes du matin au soir sur leur ouvrage, ils ne 
gagnent qu'un modique salaire, a peine capable de 
fournir a leur subsistance, tandis qu'ils voient des 
paresseux et des imposteurs nager dans l'affluence de 
tous les biens, demander avec une insolence tyranniq ue 

(1) « Derniercment un fou acheta un talent le baton que portait Pt ol 
IcCynique et qu'il avail quitte lorsqu*il s'elanra dans le feu. " 
garde coinuie un tresor et le fait voir aux curieux... Le possesseur 
ce meuble precicux te surpassc encore en soltise. Vols a quel ,ris . 
etat tu es reduit, tu aurais veritableuicnt besoin dc quelques coups 
baton sur la tele ! » Lucien, Contre un ignorant qui achelait beaucoup 
de Herts. 



— 205 - 

et recevoir aussitdt, s'irriter lorsqu'on leur refuse quel- 
que chose, et ne donner de louanges que quand on les a 
payees, lis croiront qu'en les imitant le siecle de 
Saturne (1) va renaitre pour eux et que le miel va 
confer des cieux dans leur bouche! (2) » 

L'age d'or porte sur l'ane d'or (3), voila ce que ce 
genre d'ap6tres annonce aux villes. « Cependaut, 
disent-ils, de l'or ou de l'argent, je suis loin de vouloir 
en possedcr ! Une obole me sulfit pour acheter quelques 
lopins ! » Et un instant apres ils vous demandent non des 
oboles, ni des drachmes, mais des tresors entiers. II 
n'est point de marchand a qui la charge de ses navires 
produise autant d'argent que ces hommes en retirentde 
leur philosophie ! Ensuite, lorsqu'ils ont accumule une 
fortune assez considerable et qu'ils ont assure l'avenir, 
ils jettent loin d'eux ce miserable manteau, ils achetent 
des vetements precieux, des esclaves a chevelure flot- 
tante, des campagnes, des bourgades entieres ! » 

Sur ce tlieme Lucien brode une parabole obscure, 
dont uu de uos hellenistes les plus sagaces (4) a dit 
tres justement : « Le seultort de Lucien a ete d'ecrire 
Pour un public bien renseigne et de ne pas songer assez 
* celui qui le lirait plus tard. » Ce tort a ete terrible- 
•Qent ag^rave par une categorie d'hommes dont l'in- 
teret etait qu'on cessat de comprendre. Car Lucien 
observe que la vieille Attique ne vaut rien pour les 

(1) Aulrement dit VAge dor, la Ville dor. le Jardin aux dome 
^coltes .t le reste, si apres tout cela il pcut y avoir un reste... 

(2) Sur ce miel du Verbe juir, cf. Us Eiangilts de Hatan, premiere 
P^tie, p. "iO, et deuxieme partie, p. 32. 

(3) Onot, Kronos, vous connaissei le jeu de mots. Cr. Le hogo- 
""a. p. n. 

(4) M. Croiset, Essai sur Lucien. 1SS2. in-S. p. ":*■ 



— 206 — 

apdtres de Peregherinos, elle est trop pauvre. C'est ou 
Ton tire Tor et l'argent ties eiitrailles de la terre, c est 
vers la Thrace, ce Transwaal antique, qu'ils out porte 
leurs pas, s'y dirigeant paries vallees dela Thessalieet 
la Macedoine. Deja dans Philippopolis, la ville aux trois 
colliues (1), ce ue sont que Ctesoris, Ctesippes, Ctesi- 
clees, Euctemons, Polyctetes (2), jadis esclaves et 
dignes dele redevenir, aujOurd'hui possesseurs par * u 
« tonte des moutons » que les mines ont enrichis. 

Indignee de la fortune de ces imposteurs, la Philo- 
sophie redescend sur la terre avec Mercure et Hercule 
pour livrer aux dieux « le Paphlagonien, le barbare de 
Sinope, » auteur de tout le mal. Elle a de la peine a le 
decouvrir, mais Orphee sait oil se cache celui qui, pl a " 
giant ses mysteres, y a ajoute l'idee toute christienne 
de la monopolisation de Tor. II indique la maison ou» 
demeure, mais il ne veut point le voir, tant il en a hont e - 
On le retrouve chez l'hdte dont il a enleve la fernm 6 
quand il habitait I'Armenie sous le nom de la Barque (3)- 
II annoncait deja une telle vocation de tondeurqu' 
s'employait a tondre le duvet du drap dans la boutiqu e - 
Des lors il n'acessede se passer au foulon (4). D'abord 

(11 Cetlc configuration laissc dans les yeux un souvenir incflaf.'u'le. 
ne restat-on qu'unc heurr a Philippopolis. Le cliiffre trois, auto" 
duquel liiurne tonic la kabbale millcnariste, et le voisinagc imnie- 
diat de l'llebrc. si bien fait pour le bapteme, sont une des causes 1 
avaient determine le ohoix de cette ville par les tondeurs 

(2) Noms formes du mot possession. . 

(3) Kanlharos. Tres signiQcatif. le mot est a deux fins, il designe a a 
fois I'Arcbe d'alliance et la coupe formee par le ciel au-dessus de 
terre. Cf. L'Bvangile de Nessus, p. 142. 

(t) Allusion a la terre a foulon, 1'argile que Ton emploie pou 
degraisser les draps, et a la terre a potier dont Pe>egberinos a si W* 
suse sarvir, peut-etreaussi al'amiante n^ccssaire pour passer dans I 
feu. L'Armenien i-tait sans doutc foulon et march n 1 de drap, <** ' 
y a des faits dcrriere toutes ces allegories. 



p 



— 207 — 



il s'est fait prophete. Corbeau dont les croassenients 
fatiguent l'oreille, il a ose disputer contre les dieux. 
Ensuite il s'est fait christ a tete d'ane, enfln cynique : 
chien par devant, lion par derriere, ane au dedans, 
c'est toute une menagerie. « ma pauvre femme ! 
s'ecrie l'hdte trompe, que tu as dii souirrir de tous ces 
chiens ! On dit quelle est grosse de leur fait! » 

S'il en est ainsi et que 1'enfaut ressemble a son pere, 
il aura trois tetes d'ane, car il est evident que Dio- 
gene (1) et Hercule ne sont pour rien dans sa confec- 
tion. On compreud la douleur de l'hdte, il n'avait jamais 
souhaite un pareil chatiment pour sa femme ! 

C'est le maitre de pbilosophie de Protee qui fait 
cesser l'imbroglio, c'est Agathobule venu d'Egypte 
Pour demasquer ce disciple indigne : il se saisit de lui, 
met la main dans sa besace, il en tire une ceinture 
d'or. 11 en arrete un autre : le Blanchisseur (2), un autre 
encore : le Millesouffle (3). C'est le meme homme-protee 
sous les trois faces de son ancien metier de Pereghe- 
rinos : Barque, Blanchisseur et Millesouffle. Car les 
trois ne font qu'un, et lorsque Mercure juge ce cas 
de proteisme, il n'ordonne qu'au seul Peregherinos de 
fendre sa besace et son baton, apres quoi il oflre a l'hdte 
trompe de reprendre sa femme, mais celui-ci refuse 
e &ergiquement : <« Je ue veux point reprendre une femme 
Prete d'accoucher de quelque vieux livre! — Com- 

(') Pire des Cyniques. 

(2) Uurot eio . [de lithcmi). Qui a rendu blanc. Le texto esl tres 
^Tompu. On lit Liculhinn, qui n'a pas de sens bien determine. 
. '3) On lit Mur.pnous, qui voudrait dire soufQe-parfum, (aussi tra- 
Juit-on volonticrs par parfumeur). mais il faut lire Mwhpnous ou 
f Ur iopneot, souflleur de inille : idee millenariste inlraduisible en 
'rancais. 



— 208 — 

ment ? dit Mercure qui fait l'etonne. De quel livre ? — 
Oui, mon cher, repond 1'hdte. N'en avons-nous pas un 
intitule A trois tetes (l)? — Rien d'etonnant a cela, dit 
Mercure, puisqu'il y a aussi des A trois pliallus (2) 
parmi les auteurs comiques ! » 

Le livre dont il est question ici, c'est Y Apocalypse 
oil le mari de la femme qui accouche donne un livre a 
son enfant devenu homme, et cet homme est repre- 
sents dans les caricatures, tel qu'il est adore dans les 
assemblies, avec une tete d'ane (3). L'h6te tromp e 
en Armenie par un christ doit done s'attendre a ce q" e 
l'epfant de sa femme ait trois tetes, toutes trois d'ane, 
puisqu'au fond le pere n'est ni Hercule ni philosophy 
cynique, mais un veritable ane. 11 aura fatalement trois 
tetes et trois phallus asinaires. 

Le jugement de Mercure resout la difficulty. Pour 
empecher que la femme ne produise un tel monstre, 
elle retournera avec son mari. Protee sera puni sous 
ses trois faces : Hercule aidant, La Barque qui s est 
fait cynique sera pendu par la barbe sous le nom de 
Cremante (3) pour le recompenser de sa sceleratesse , 
le Blanchisseur continuera a laver le linge sale des gens 
malpropres, et quant a Millesouffle, — ainsi rappeh'i 1 " 
on quand il etait a Alexandrie dans l'ecole d'Aga 1 ' 10 " 

(1) Jcu de mots qui comprend a la fois les trois figures que ^f ' 
ici, et les trois signes qui prtcedeut les Anessur le Zodiaque. Ceste 
outre le litre d"une comfedie de Tlieopompe. 

(2j Allusion aux avantages plialliques de TAne d'or. Le P aliv |rt 
Arm£nien sail par sa femme ce qu'il en faut penser. C'est en ou 
le titre d'une comedie d'Aristophane citee par Athenee. . 

(3) Cela prouve. entre parentheses, que ladultere de Marie avec 
soldat Panther n'etait pas encore invente. el quo pour Lucien coni" 
pour tous Bar-Abbas £tait bien fits de Jehoudda. ... 

(*) De cremannwni, suspendre. M. Jacobitz (edition Teubner) 
Clianthis qui ne rend pas l'idee et supprime le jeu de mots. 



— 209 — 

u ' 9 > — il raccommodera Ies vieux habits, ce qui au 

Premier abord semble un metier nouveau pour lui, mais 

11 est bien dit au contraire que c'est une continua- 

*?°n (1). En outre, le chatiment de Millesouffle sera 

e tre fouette avec des feuilles de mauves, comme on 

aisait aux adulteres, d'etre epile pour ressembler a 

u «e femrae, et d'etre expose sur le Mont Hemus, les 

e "x pieds dans la neige (2). « Mais auparavant, lui dit 

^gathobule, d.'-pouille-toi de cette peaude lion, pour que 

0u t le monde connaisse que tu n'es qu'un Ane! » 

■*1V. — L'evaporation du Ressusciteur et sa reunion 

u rere ont eu une influence decisive sur la redaction 

e s Evangiles seconde maniere. Bar- Abbas ne pouvait 

r e au-dessous de ce palen, qui pendant quatre ans 

ai * annonce sa mort volontaire, suivie de ce qu'on 

e stimait etre une ascension spirituelle. G'est alors 

4«e | Jesus se mit a predire qu'il serait crucifie, mais 

H Ul l ressusciterait infailliblement apres trois jours. 

ncore ne soutient-il cela que pendant six mois, ce qui 

8Se un avantage enorme a Peregherinos. Qui sait 

e si le tremblement de terre qui accompagne 

^"jourd'hui sa mort dans Matthieu ne provient pas de 

«i qu'a invente Lucien pour souligner l'entree de 

^ er egherinos dans le biicher? Car, il ne faut pas s'y 

roper, l a mort du Ressusciteur fut l'evenement du 

e dans le monde des christiens non circoncis. Et 

P Uls > si ridicule qu'il eut ete, il l'avait ete beaucoup 

s que Bar-Abbas, il avait montre du courage, il 

b °'le dp. - S L ' s Sva "9'I" de Satan, premiere partie, p. 223, la para- 

(2, ii Pleces mises au vieil habit - 
,es tench"* ,ra ' 16 comme dans ,a partie de I'Enfer que Jesus appelle 
tenjp s cr 68 / ex, * ricures Bt dou on nc peut etre tire lors de la fin des 
'• Les EiangiUt de Satan, troisieme partie, p. 291. 

14 



— 210 — 

n'avait pas fui de peur d'etre arrete, ses compagnons 
ne l'avaient point abandonne, ils avaient assiste a sa 
mort pour constater son ascension et en temoigner. 
Des personnes etrangeres a sa famille et, semble-t-il, a 
toute idee de speculation, l'avaient vu en robe blanche 
sous le Portique aux sept echos, tandis que personne 
n'avait revu Bar-Abbas depuis son enlevement du 
Guol-golta. Eniln sa morale avait pu, sans aucun effort, 
s'elever a des hauteurs que Bar-Abbas n'avait pas 
soupconnees. II n'avait eu, sans rien changer aux 
mauvaises habitudes de toute sa vie, qu'a copier ser- 
vilement les bons preceptes de la secte cynique et a les 
inserer dans les Evangiles. Jesus, quand il n'est pas 
juif, ressemble beaucoup plus a Protee qu'a Bar- 
Abbas. 

L'Eglise n'a pu renier completement un homme q" 1 
avait illustre l'Evangile et fourni le modele des collectes 
de Paul (1). Apres tout ce qu'on sait de Protee, ce 
n'est pas sans une vehemente surprise qu'on rencontre 
dans Aulu-Gelle un eloge pompeux de « Peregrinus. » 
Qu'Aulu-Gelle ait vu le Ressusciteur, il y parait bien, 
mais on ne peut douter qu'il ne partageat l'avis de 
Lucien, de Demonax et de Tatien, et ne s'exprimat sur 
son compte avec encore plus de severite, car etant a 
Rome, il recherchait surtout la societe de Fronton, e 
a Athenes celle d'H erode Atticus qui avait ete consul 
avec Fronton. De plus, apres etre passe par le barreau, 
il fut adjoint au preteur de Rome, et les consuls lui con- 
fierent a juger des affaires extraordinaires. Son p' uS 

(i) Dans Lucien nit-rae (fc'jc/atw fugitifs) elle fait dire par Jupitj* 
que .. c'£taitun asser brave bouiiue », alorsque lc I'ere des dieux 
cbercbe pour le punir. 



— 211 — 

grand ami etait notre Favorinus d' Aries, un familier 
d Hadrien et d'Antonin. 

Or, que lit-on aujourd'hui dans Aulu-Gelle ? Ceci (1) : 

<( J'ai connu a Athenes le philosophe Peregrinus que 

' on surnomma ensuite Protee : c'etait un homme aux 

nioaurs graves, a 1'ame constante ; il habitait une chau- 

lUere hors de la ville, j'allais souvent le visiter, car 

s es entretiens etaient pleins d'honneur et d'utilite. Mais 

Ce que j'ai recueilli de plus remarquable de sa bouche, 

pest ceci : (suit une courte dissertation sur ce juge 

'Qterieur que tout homme porte en lui quand il ecoute, 

e * qui s'appelle la conscience). « Si les hommes sa- 

v aient que rien ne peut rester longtemps cache, dit 

reregrinus, ils seraient detournes du peche par la 

"°ute. » La-dessus il cite ce vers de Sophocle : « Ainsi 

ne cache rien; car le temps, qui voit tout et entend tout, 

ev ele tout. » Pourquoi le faux Peregrinus ne cite-t-il 

P as au faux Aulu-Gelle les passages de PEvangile ou 

e st dit : « 11 n'y a rien de cache qui ne soit revele ? » 

*-* e 8erait beaucoup plus simple. Mais alors il faudrait 

av ouer qu'on a interpole Aulu-Gelle apres avoir sup- 

Pnme tout le livre dans lequel il parlait de Peregherinos 

le Ressusciteur (2). 

Lucien avait prevu qu'au dieu Protee il serait eleve 

es statues ; il en eut en effet, sinon a Philippopolis, 

u moins a Parion et a Troas; elles rendaient des 

r acle8 et faisaient des prodiges, tout comme si elles 

Sfj* 1 aWqws, 1. XII, ch. xi. 
•nJ e ..: cnlre les vingt livres des Nuits nttiques, le huitieme a dLs- 




in air ennuye et baillail a chaque instant. > 



- 212 — 

eussent ete des images de Bar-Abbas. DansY Apologia 
qu'elle a mise sous le nom d'Atlienagore et adressee 
a Marc-Aurele et Commode, l'Eglise se montre fort 
jalouse de cette apotheose. Est-ce parce que Protee 
n'etait pas Juif? Elle l'appelle Neryllinos ; ce dirru- 
nutif du nom de Xeree, dieu marin comme Protee, con- 
vient assez a notre Mysien. D'ailleurs, en dehors de 
cette mention, personne n'a jamais entendu parler de ce 
Neryllinos auquel on eleva un monument dans Troas 
sous Marc-Aurele. Le pretendu Athenagore regrette 
done qu'on entende un si grand bruit dans Troas oii les 
fds d'Alexandre le forgeron (1) travaillent aux statues 
de Neryllinos. Quand elles sont dressees sur les places 
publiques, elles font des miracles, l'une d'elles repond 
a ceux qui la consultent, elle guerit les malades, les 
habitants lui offrent des sacrifices, la couronnent d'or, 
la couvrent de presents. Pourtant ils ont connu Neryl" 
linos a l'etat d'homme ! Athenagore gemit de ces 
choses. 

Pourquoi les fils d'Alexandre le forgeron n'emploient- 
ils pas leurs talents a faire les images de Bar-Abbas 
mue en Jesus et celle de Said qui, mue en Paul, ares- 
suscite quelqu'un dans Troas meme? (2) 

De tous ces faits, qui associent dans la meme mesur 
le burlesque et l'attrislant, une moralite se degage, » a 
seule! Yoila un homme qui, condamne pour adultere 
et pour detournement de mineur dans son extreme 
jeunesse, oblige de s'cxiler pour avoir etrangle son pere, 
peut prophetiser contre Rome, se faire christ, baptiser, 

(!) Nom pris a la Deuzieme lettre de Paul a Timolhie, IV, 1'. 1 U 
n'existait pas plus que les autres, a la (ia du second sieclc. 
(2) Cf. Le GOgotha, p. 14*. 



— 213 — 

chasser les demons, former ou conduire une bande de 
c 'iristiens, lever tribut sur les villes avec ces etranges 
publicains, ranconner la Syrie, l'Asie et la Grece, 
passer indemne a travers toutes deno.iciations ettoutes 
charges, reprendre librement son industrie, donner a 
ious pendant quarante ans le spectacle de scandales 
formes, insulter tout le monde, les empereurs eux- 
m £mes, avec d'anciens consuls du premier merite 
c omme Herode Atticus, sans qu'a aucun moment sa vie 
ait ete menacee a raison de son christat, de son chris- 

lanisme et de ses revelations, quelles qu'elles fussent! 
^ette constatation a donne naissance au martyre de 

olycarpe que l'Eglise a place quelques annees avant 

ev aporation du Ressusciteur, de maniere a montrer 
4 u e le recit de Lucien etait une malsaine parodie 
lna Pi r ee par 1'esprit palen. Le faussaire avance d'abord 
M u e « le pere des cliristiens, le docteur de l'Asie », n'est 

Element 1'eregherinos, mais Polycarpe de Smyrne, 
a dorateurde Bar- Abbas. Polycarpe preditqu' avant trois 
■1 Ur s il sera brule tout vif; le lieutenant de police, 

°mme Herode, le fait arreter, on le met sur une bete 

charge, qui ne peut etre qu'un ane, on le mene au 

0c onsul Quadratus, devant lequel il confesse haute- 

me nt la divinite de Bar-Abbas, la foule crie : « Ou'on 

Am * * ^ 

e 'es impies, qu'on perde les impies ! » on le condamne 

,e u. Avant de monter sur le bucher, il prononce un 

, 8C0urs , il se depouille de ses vetements, la flamme 

e eve, mais, 6 miracle! elle s'arrondit en la forme 

ne voile de navire enfleepar le vent (1), etle protege 

re u ne iucineration deplaisante. Son corps prend la 

ftessu CSt Po '- vci "1 ic 1 ui Jev'e 111 Kantharos (la Barque) a la place du 



— 214 — 

couleur de l'or et exhale toutes sortes de parfums, dont 
l'agrement contraste avec la mauvaise odeur qui s'est 
echappee du brasier d'Harpine (I). A ce signe et a 
d'autres, parmi lesquels est l'envol d'une colombe, la 
foule reconnait d'elle-meme qu'il y a une tres grande 
difference entre la mort d'un christien et celle des autres 
hommes, elle se precipite pour avoir le corps du mar- 
tyr, mais le demon s'oppose a ce que les fideles puis- 
sent emporter « ce tresor », il suggere au proconsul 
l'idee de le leur refuser, parce que, s'ils parviennent a 
l'avoir, ils abandonnerontle cultedu crucifie pour celui 
de l'incinere (2)! Douze autres martyrs sont brules avec 
lui. Mais il ne partage sa gloire avec personne et, pour 
toute l'Asie, il reste ce qu'il n'a pas cesse d'etre pen- 
dant sa longue vie : le Maitre et le Docteur. Le frere 
qui porte cette relation a l'Eglise de Philadelphie, de la 
part de celle de Smyrne, ne s'appelle pas Lucien, mais 
Martien (3). 

XV. — Pour abolir le terrible temoignage de Peregbe- 
rinos-Crescens contre Bar-Abbas pendant son sejour 
a Rome, l'enzdnement de Justin etait tout a fait insuffi" 
sant. Testis unus, testis nulius. L'Eglise a trouve le 
second temoin exige par le Deuteronome, elle a enzdne 
Tatien qui, dans son Discours au.v Grecs, avait parle 
de Peregherinos considere sous deux de ses faces : 
l'bomme-protee et le philosophe cynique. 

(1) t Je ne me rappelle pas, <lit Japiter {Etclmes fugili/i), avoir janiai' 
eprouv6 une nausee plus violcnte. Si jo ne me fusse enfui promp te " 
ment en Arabie, je perissais Kt quoique entoure des parfums et des 
aromates de toute espece, a peine mes narines |K>uvaient-elles oublier 
la vapeur infecte qu'elles avaient respiree. > 

(2) Ce qui est arrive pour I'i-reglierinos. 

(3) Ituinart, Act't des marlyrt. Mariyre de saint Polycarpe d'apftS 
Eu>ebi- et L'ssenus. 



— 215 — 

Assyrien de naissance, grec de laague, chrestien 
d'idees, acceptant presque avec orgueil le nom de bar- 
bare que lui donnentles Grecs et les Romains, (et peut- 
etre les Juifs, pour qui tout goy est une bete), Tatien 
3 est porte avec une grande vigueur contre Bar- Abbas 
et le bapteme de remission. II est faux, comme le dit 
1 Eglise dans Tertullien (1), qu'il suive entierement 
Valentin, il est meme douteux qu'il le connaisse. Mais 
e Q un point il est valentinien parfait : il professe que 
Jesus n'existe point. Comment aurait-il pu etre dupe de 
to mystification evangelique, lui qui etait du pays de 
Jonas, et qui avait pu voir en reve la Baleine ramener 
le Prophete sur les bords du Tigre ? Proie des Romains 
et proie des Parthes, cette region etait de coeur avec 
le Verbe, pourvu qu'il ne fut pas juif. Juif, il l'eut epou- 
Va ntee. Autant valait conserver les dieux du pays et 
Ce ux de l'Empereur. Yenu a Rome sous Antonin, Tatien 
suivit- la meme voie que ce Justin, grec de Samarie, 
8u r lequel on ne sait plus rien depuis son enzdnement, 
81n ° n que, tenant pour Dieu, il etait contre Bar-Abbas. 

Tel Tatien. Son livre contre les revelations etla per- 
8 °nne de Bar- Abbas avait pour titre Les problemes (2). 

(*\r e * Prescriptions, ch. xxix. 
aiu- r Cl ou%Ta Sc n'etait ccrtaincment pas compose lors du Discours 
Aui '"' Tatien navait encore fait que deux ouvrages, l'un Sur Us 
D - ""?"* et l'autre sur les savants grecs qui ont ecrit des choses dn 
Saint - Juifs - ''ourmontrerles obscurites et les mysteres des Livres 
>s, il a fiillu |,eni-trer dans ces arcanes par une etude qui netait 
{ n(ir C0 . Ini nencee lors du Discours. Les Vrablcmes sont nn fruit d'age 
d-j. ' 6clos sous le soleil d'Asie. d'Assyrie peut-ttre. ou Tatien, revenu 
j£ r . le cl de Grece, tenait ecole de nionotbeisme ascetique. Selon 
r eRn me ' ils d atent vraisemblablement de l'aonee 112, la douzieme du 
d'Antn • 4,arc " Aur *'le (d'Antonin, selon Epiphane. qui s'est trompe 
Ha,j r - n,n - '1 s"en est trompe deja en placant la niort de Justin sous 






— 216 — 

Eusebe, eveque de Cesaree, 1 'a eu et, naturellement, il I * 
supprime. Selon ce qu'il en dit maintenant, Tatien pro- 
mettait de devoiler, d'eclaircir « les obscurites et les 
mysteres des Livres Saints. » Que faut-il entendre par 
ces Livres Saints dont il montrait les obscurites et 
eclaircissait les mysteres ? .Vaboutissaient-ils point aux 
Paroles du Rabbi? A partir des Problemes, Tatien 
est classe parmi les heretiques. S'il n'y traitait que de 
l'Ancien Testament, comment a-t-on pu le declarer 
heretique relativement aux jehouddolatres? N'y trai- 
tait-il pas un peu et beaucoup du Messie promis par les 
Ecritures, et ne protestait-il point contre la pretention 
peu respectable que Bar-Abbas avait emise dans les 
siennes, au detriment du Logos universel, universe! 
comme Dieu lui-meme? Car Tatien, revendique d'abord 
par l'Eglise a cause de sa conception du Logos, est 
declare par elle heretique a cause de ses Problemes- 
Qu'y avait-il done dans ces Problemes desastreux- 
Une demonstration de l'imposture de Bar-Abbas, de- 
monstration par oil Tatien preparait Marcion et les 
Marcionites ? Sans uul doute, car, des ce jour, Tati< n 
est dit apostat par l'Eglise operant dans Irenee. J 1 
serait tombe dans le piege des Gnostiques, en imagi" 
nant toute une mythologie d'.Eons dans le genre de 
celle de Valentin. C'est tout bonnement celle des dou«e 
,'Eons, qu'il avait trouvee dans les Paroles du Rabbi, et 
il ne la produisait que pour la combattre, car niant le 
salut par les Juifs et la resurrection des corps, il soute- 
nait qu'Adam ne pouvait etre sauve, en d'autres 
termes, qu'il etait en naissant condamne a mort, te 
Bar-Abbas, avec cette dilTerence que celui-ci n'avai 
etc* condamne qu'a cinquante ans. 



— 217 — 

En e(Fet, Tatien voulait qu'on fit table rase de tous 
les dieux et de tous les cultes pour en revenir au prin- 
C1 pe unique de toutes choses, le Logos. II bataillait 
contre toutes les divinisations d'hommes, contre toutes 
le s metamorphoses, contre toutes les ascensions : il 
a 'Hait la credulite de ceux qui, pousses par des imagi- 
n ations impies, placaient dans le ciel, au milieu des 
s tres, les heros et les souverains qui avaient vecu. Et 
ans les Problemes, il disait des evangelistes ce que 
Qans l e Discours aux Grecs il disait des gens qui 
av aient envoye, apres sa mort, Antinous dans la Lune : 
" V u i done l'y a fait monter? A moins que pour lui, 
c °mme pour les souverains, il ne se soit trouve quel- 
4 u un qui, se parjurant a prix d'argent et se riant des 
leu x, ait pretendu l'avoir vu monter au ciel, ait ete 
Cr u sur parole, et, ayant ainsi divinise son semblable, 
recu honneurs et recompenses ? » Et Tatien se 
ac ne : « Pourquoi me derobez-vous mon Dieu? Pour- 
" 0l dishonor e:-vous sa creation ? » Nous sommes 
°us Marc-Aurele et, comme le dit Jesus dans Cerinthe, 
P e rsonne n'est encore au ciel, assis a la droite de Dieu. 
1 Paul eut existe, Tatien l'eut considere comme le plus 
mi serable des imposteurs. 

53 « est contre les ascensions, il est aussi contre les 

re surrections. II n'eiit admis ni celle de la fdle de Jalr, 

1 c elle de Jacob junior, ni celle d'Eleazar, encore 

. 0lns celle de Bar-Abbas. 11 ne croit ni aux evocations 

a «x apparitions, ni aux conjurations magiques pro- 

8ant des elfets sensibles. La mort, e'est l'inaction, 

P r >vation de mouvement et meme de sensation : 

u vaises conditions pour revenir au mont des Oli- 

rs pendant quarante jours, manger du poisson et 



*m 



— 218 — 



du miel et se promener sur les bords du lac de Gene- 
zareth ! .\on, pour Tatien, point de revenants. II insiste, 
et sa pensee se portant vers l'abominable idee d'oii est 
sorti le mythe de Jesus : « Comment celui quiestmor* 
de la mort la plus lamentable pourrait-il servir a l a 
vengeance de quelqu'un? S'il en etait ainsi, n'aurait-» 
pas commence par s'eii servir contre son propre 
ennemi ? S'il peut venir en aide a autrui, a plus forte 
raison pourra-t-il se venger lui-meme (1) ? » Voila q 01 
est categorique. 

Mais Tatien, par sa theorie du Logos, rentraitdans le 
plan des enzoneurs, puisque selon Cerintbe Bar- Abbas 
est la lumiere de ce Verbe qu'on lui a ensuite incor- 
pore sous le nom de Jesus. L'Eglise dans Eusebe a 
done trouve bon que Tatien paiut avoir admis cette 
incarnation, a la suite de Justin prealablement interpo' e 
de tout un Evangile. C'etait un temoin tire du camp 
assyrien : temoin utile contre les Saturniliens et les 
Cerdoniens et plus encore coutre les cbristiens q w 
avaient quete au benefice de Peregberinos sous Antonin- 
Car, s'appropriant ce merveilleux systeme des collectes, 
1'Eglise avait iuvente Paul qu'elle presentait comm e 
ayant quete pour les ap6tres sous Claude et sous 
Neron. 

II fallait done que Tatien eut connu le ministere u e 
Paul sans avoir jamais entendu parler du christat d e 
Peregberinos. Un seul homme avait pu lui reveler 
Jesus et l'Apdtre des nations ; cet bomme, e'est Justin 
a qui 1'Eglise prete les deux Apologies qu'elle a datees 
d'Antonin le Pieux. Depuis qu'elle a enzone Justin d e 

(I) Uiscours aux Grtct. % 13. 



— 219 — 

°ette facon, elle le dit maitre de Tatien (1). Mais 
Justin qui aurait ete maitre de Tatien ne souffle mot 
d e ce brillant eleve, lequel, avant son enz6nement, 
a e soufflait mot de Justin. 

Aujourd'hui, dans le Discours aux Grecs, il cite 
Justin et le dit admirable. Apres avoir jehouddolatrise 
a Rome ensemble, ils sont denonces par Crescens et 
°ut quelque peine a echapper des griffes de ce 
c J'nique (2). Mais Tatien n'ajoute pas que Justin ait 
ele son maitre ni qu'il ait ete martyr, et la seule 
°uose qu'on voie bien dans tout cela, c'est qu'il y eut a 
Rome, en meme temps que Justin et Tatien, un certain 
Crescens enrage contre ceux qui proposaient Bar- 
Abbas pour dieu. Ce Crescens, dont on ne connait 
Existence que par Justin et Tatien prealablement 
e uz6nes, ne peut etre qu'un des pseudonymes de Pere- 
Suerinos pendant la periode cynique de sa carriere 
Pfoteiforme. Car l'Eglise dans Justin parle de Crescens 
e ' feint de ne pas connaitre le sejour de Peregherinos 
a Rome, tandis que Tatien y a vu Peregherinos et ne 
Clt e Crescens que par ordre de l'Eglise. Nous sommes 
en 160 au moins lorsque Tatien publie son Discours 
au.v Grecs, et il ne connait qu'un individu qui, a un 
foment donne, ait ete confondu avec les disciples de 
^ar-Abbas : c'est Peregherinos. De plus s'il a lutte avec 
Ustin contre Crescens, il n'en est pas plus raort que 
?°o admirable maitre. Enfin, dix ou douze ans apres, 
11 s'eleve contre Bar- Abbas et les Juifs dans ses Pro- 
bl brnes. 
Puisqu'il n'v avail pas raoyen d'exhiber ces facheux 

8! ir n6e ' Conlra l " raf '- 
I Uucours aux Greet, eta. xx, dans un passage "Ires alter*. 



— 220 — 

Problem.es sans se condamner a mort, il ne restart 
dans la vie de Tatien qu'un moment oil il put 6tre pau- 
linise, c'est celui qui repond a la publication du Di&" 
COUTS aux Grecs. On avait fait trop de faux sous le 
nom de Justin pour ne pas en mettre quelques petils 
— a peine gros comme ca ! — dans ce morceau. 
Les sophistications et interpolations ecclesiastiques 
apportent uu grand trouble dans l'examen des idees tie 
Tatien. Ces substitutions marquent de vaines tentative 3 
pour subordonner le Logos universel a son incarnation 
en Bar-Abbas selon les auteurs des Leltres de Paul? 
il en est d'inintelligibles et que les commentateurs les 
plus subtils ont du abandonner, faute d'en avoir soup" 
conne la provenance. Celle-ci par exemple qui est un 
renvoi a Paul : « L 'esprit de Dieu n'est point en tous..- 
Les ames qui ont obei a la sagesse ont attire en elles 
l'Esprit... tandis que celles qui ne l'ont pas ecoutee et 
qui ont repudie le ministre du dieu qui a soufferl {') 
se sont montrees les ennemies de Dieu plutot que ses 
adoratrices. » Ce ministre, c'est Paul, et le dieu qui il 
souffert, c'est Bar-Abbas. Les Leltres de Paul sont 
souvent mises a textuelle contribution par l'arrangeur 
ecclesiastique de Tatien. 

Si, depuis les lecons jehouddolatriques de Justin, 
Tatien a ecrit contre Bar-Abbas, il a fallu qu'il aposta- 
siat dans l'intervalle. Dans Irenee l'Eglise fait Tati eD 
posterieur a Marcion. « Les sectateurs de Saturnil e 
de Marcion qu'on appelle les Continents contestent le 
salut du premier homme (Adam). C'est la trouvaille q u 
vient de faire chez eux un certain Tatien : le premier (i)» 

(r II parait, d'apres l'Eglise, qu'un certain llhodon, phryg ,e ' 
aurail ecrit contre Tatien et aussi contre Apelles qui niaient 1W 



— 221 - 

jl a mis en circulation ce blaspheme. Tatien avait ele 
zuditeur de Justin et, aussi longtemps qu'il vecut avec 
fw, il ne raconta rien de pareil; c'est apres son martyre 
1 u 'il est sorti de l'Eglise : pousse par l'orgueil d'etre 
^aitre a son tour, il a cru ne pas penser comme les 
autres et il s'est organise un systeme a lui propre. C'est 
Une mythologie d'.Eons invisibles, semblables a ceux 
de Valentin ; il proscrit le manage, corruption et souil- 
")re, comme disent a peu pros Marcion et Saturnil ; il 
nie le salut d'Adam : voila ce qu'il a trouve... tout 
s eul ! » Vous le voyez, quand un gnostique a refuse de 
re connaitre l'existence de Jesus, on le traite d'apos- 
tat ■ apostat de l'Eglise. On l'a dit de Marcion, on le 
Qit de Tatien. Mais Marcion, Tatien et leurs disciples 
ne sont pas des hommes qui ont renie l'Eglise apres y 
6tr e entres, ce sont des gens qui ont refuse d'y entrer 
Parce qu e son origine les aurait forces d'en sortir. 

AhK^ 6 '' ex » s *ence de Jesus, ne connaissant que Irop celle dc Bar- 
la nf' '' se peul bien 'I ue M P hr yg' cn - <J ui d'ailleurs s'oppdle comme 
"He de Shchimon dit la Pierre, ait fait 



un livre pour donner le 

lesquclles le Joannes et 

insge. On dit parfois que 

°n fut disciple de Tatien, mais c'est une crreur 6vidente. Car il 



j**age sur , es Exp i lca[ions ,j e p ap j a s dans lesquclles le Joannes et 
l ( . r "*nbas ne sont qu'un seal et meme personnage. On dit parfois que 



connu d'Busebe par deux ecrits dans lesquels il combat les Pro- 
(.'"'* de Tatien et les ouvrages oil ApelKs denonce la mystification 
an 8elique. OP. | e present volume, p. 270. 



DE JESUS A PAUL 



• L e roi-christ du I'ont : Alexandre d'Abonotichos. Son Apocalypse, 
* e s mystires, son eglise, ses miracles. Le dieu Glycon. — II. Phi- 
"Palris. Lne eglise ecypto-christienne. Le dieu Joannes ct la paque 
P°'ssonniere. Sentiments christiens. — HI. Marcion. Lcs chresticns 
u I'ont. Leur temoignage sur linexistence de Jesus. Marcion a 
jj°me. Ses Antitheses antichristiennes. La date de la nativile dc 
ar-Abbas. Heponse a Marcion dans les Ecritures canoniques. 
J. f Ces S'te de convertir Saul et dinventer Paul. Calomnies de 
E glise contre les Marcionites. — IV. Temoignages des Cainites et 
es Archontiques sur l'inexistcnce de Jesus. Les I'hilosophoumena et 
* s « Ecritures du christ. » — V. Les faux de l'Eglise sous le nom dc 
er »ullie n . Temoignage d'Apelles sur l'etat des Evangiles au troi- 
Sl6mc siecle. La famille de Bar-Abbas. Les Ritelationt de Philu- 
?*"• Alexandre, disciple d'Apelles. Un instantane : le portrait de 
esus par Pilatus. — VI. Temoignages des Monarchiens : Praxeas 
>ictorin, de Theodole de Byz.ance. d'Heracleon. d'Hermogene, de 
• arcus l'egyptien et dc Colarbaze, sur linexistence de Jesus. Predi- 
al ll °n antichristienne de Marcus en Gaule. — VII. Enx6nement de 
antenc, d e Clement dAlexandrie et d'Origene. Suppression du 
m °'gnage de Porphyre sur Bar-Abbas. Lucius Cbarinus et ses Pies 
' apttres. L execrable Agapius. Ses blasphemes contre la pri'ten- 
e Marie. Ses plaisanteries sur la croix. La supercheric eucharis- 
We denoncee sous Maximin Daza. Le Ibm de Blastus sur l'im- 
P° s sibiliu matcricllc de lEucharislie. Les Blastiens. - VIII. 
mo 'gnage d'Arius et de tous les eveques ariens sur l'inexistencc 






— 224 — 



de Jesus. Susa Bar-Abbas! Les faux canons de Nicee 1 325 dcl'E. C] 
Kunomius, eveque dc Cyzique. Sun livre contre les jehouddolatrcs. 
Les Docctes. Paul dc Samosate. — IX. L'n champion dc Bar-Abbas j 
Atbanase, jiape-roi d'Egypte. Ses la'-baux des Sainles Ecriiures. ~~ 
X Le bon erapereur Julicn. L'epithete d'apostat. Education toutc 
paienne. Georges ou le Monstre de Cappadoce : sa bibliotheque- 
Julicn et VAne de Juda. La faussc Lellre a Gallus. Julien a Atliencs- 
Sa liaison avec Celsc le platonicicn. L'age du <• nouveau dieu g<" 1 ' 
Icen. > La fausse Leltre it Basilr. Lc cri de la vieille gauloisc. — ^'* 
La pique d'Alhanase. Georges de Cappadoce envoye a Alexandria 
comme patriarche. Fuite d Atbanase devant le Monstre. Son usine 
dc faux. Complicity des eveques d'Occident dans I'extension de >* 
jchouddolatrie. 



I. — Peregherinos fut-il le seul christ du second 
siecle ? En voici un autre. Celui-la encore, nous ne ' e 
connaissons que par Lucien, et par Lucien soumis a ' a 
censure ecclesiastique. 

C'est a Celsus, l'auteur du livre Contre les MaQ 1 ' 
ciens, que Lucien dedie Alexandre ou le faux p r0 ' 
phete. Alexandre est absolument contemporain " e 
Peregherinos. II etait d'Abonotichos, dans lePont. Son 
pere, nomme Podalire, etait thessalien de Tricca, non 
loin de l'Hypate de l'Ane d'or (1). Sa mere disaitdes- 
cendre de Persee, dernier roi de Macedoine, vaincu p ar 
les Romains de Paul-Emile (2). «< C'etait bien le plus ruse 
de tous les mortels ; nul n'eut jamais plus de penetration 
eld'intelligence. Pleinde curiosite, doue d'une memoire 
prodigieuse, d'une extreme facilite pour apprendre, I eS 
plus heureuses dispositions pour toutes les sciences 
brillaient en lui a un point incroyable. 11 avait l'art de 
persuader et d'inspirer la confiance. Imitateur hyp " 

(I Cf. I'.t Evangiles de Sa(an. premiere partie, p. 74. . .. ,, 

(2) II nc semble pas quelle ait pretendu descendre du denii- d ' 
Persee 



— 225 — 

crite de la vertu, il feignait d'avoir des vues contraires 
a ses veritables desseins, et quiconque le voyait pour 
la premiere fois le croyait le raeilleur, le plus doux, le 
plus veridique, le plus modeste de tous les hommes. » 
Un habitant de Tyane, medecin et magicien, et qui se 
disait ami du fameux Apollonius, le prit a son ecole 
°u, parait-il, il lui apprit beaucoup trop de choses. A 
sa mort, Alexandre s'associe avec un nomme Coconnas, 
maitre de ballets de Byzance, expert en maquillages, 
eo transformations, en trues de theatre, et tous deux, 
lies par un infame commerce, parcourent la Bithynie, 
vivant, comme ils le disaient, « sur les gens gras ». 
Ayant rencontre une femme de Macedoine, ils la sui- 
virent a Pella, sa patrie et celle d'Ariston, le pecheur 
d'hommes auquel nous devons la Dispute de Jason et 
de Papiscos (1). 

Douedesmemesfacultes que Peregherinos, Alexandre 
fit son education de charlatan a Pella. Ce fut son sejour 
en Egypte. Heritier putatif d'une famille qui avait 
re gne sur la Macedoine, il ne lui manquait qu'une 
Apocalypse et une epee pour etre egal a Bar- Abbas. II 
labriqua cette Apocalypse, et des ce jour il eut une epee 
^"i. pour n'etre point celle de David, n'en lancait pas 
moins des eclairs. Eclairs pacifiques, car ce n'est pas 
P°ur lutter contre les Romains qu'il la tirait, mais pour 
la briser a leurs pieds. 

Alexandre et Coconnas revaient une mystification 
Srandiose et lucrative, mais sans peril : l'etablisse- 
me nt d'un oracle, par exemple, mais nettement antijuif. 
Ils ne se souciaient pas d'etre contraries dans son 

U) Cf. | e present volume, \>. 125. 

15 



— 226 — 

exploitation, comnie l'avait ete Peregherinos. lis ache- 
terent ua serpent apprivoise, comme il y en avait en ces 
contrees, pour jouer le r6le de revelateur : c'e9t ce qu'on 
appelle un esprit de python dans les Actes des Apotres. 
Pour etablir l'oracle, Coconnas proposait la Calcedoine, 
Alexandre la Paphlagonie, le Pont et la Bithynie, 
comme etant plus stupides encore. L'avis de Coconnas 
l'emporta. Arrives a Calcedoine, ils enfouirent dans le 
temple d'Apollon, le plus ancien du pays, destablettes 
d'airain qu'ils avaient faites (i) ; elles portaient que 
bientdt Esculape, dieu de la medecine, accompagne de 
son pere Apollon, se ferait voir dans le Pont et dans la 
Bithynie, mais avant tout dans la ville d'Abonotichos, 
patrie d'Alexandre. Les habitants resolurent d'elever 
un temple aux dieux qui devaient venir les visiter, et 
commencerent a en creuser les fondements ; mais sur 
ces entrefaites Coconnas mourut subitement a Calce- 
doine ou Alexandre avait eu beaucoup de succes en 
s'exhibant avec l'epee de Persee. 

Alexandre se sentait de taille a faireun dieu, mais il 
fallait modifier les tablettes qui en annoncaient deux- 
En consequence, il fit paraitre un oracle rectificatu 
dans lequel la Sibylle predisait que, sur les bords du 
Pont-Euxin, pres de Sinope, un prophete naitrait dans 
une citadelle, sous l'empire des peuples de Tltalie. La 
premiere lettre de son nom designe une unite, l a 
seconde trois dizaines, la troisieme, cinq unites, et In 
quatrieme trois vingtaines (en tout un tetragramme 
comme celui du Plerome jehouddique). Du cercle de ces 
quatre lettres se forme le nom (Tun homme qui est 



(1) Bar-Abbas preterait les vases. Ct. Le Rot da Juifi, p. 326. 



— 227 — 

'image du Dieu bon, guerisseur et protecteur de 

lonie ea meme temps que de l'Occident. 

Precede de cette Apocalypse, Alexandre arriva dans 

Abouotichos. Afln de damer le pion a feu Bar- Abbas, 

11 annonca que sa mission durerait mille trois ans (i), 

~| trois ans de plus que celle de Bar- Abbas ; — apres 

qwoi il tournerait ses bienfaits vers la Bactriane et les 

P a ys voisins : il voulait que les Barbares pussent jouir 

e sa presence, les Grecs ayant assez d'oracles. A la 

Werence de Bar-Abbas qui forcaitle Pere a descendre 

P^ur lui tenir compagnie a partir de l'an de Rome 1789, 

exandre devait etre rappele un jour au ciel dans un 

°up de foudre : il evitaitle voyage a son Pere! D'ail- 

u r3 il ne i e C edait a personne, pas meme a Pereghe- 

n °s, il guerissait toutes les maladies et ressuscitait 

morts, (on ne sait par quel procede.) 

avait une petite inferiorite sur Bar-Abbas, il ne 

v ait pas faire de colombes. Mais il avait appris des 

0fi &es « hebraiques ou pheuiciennes peut-etre », dit 

, Cle n, il machait de la racine de struthion (2) grace a 

faK • Sa louche se remplissait d'ecume. II avait 

que avec de la toile peinte une tete de serpent qui 

8 . 8en »blait a une figure humaine, dont la bouche 

Un rait Ct Se ^ erma ^ a v olonte, laissant passer une 

8o t- no ' re arm ee d'un double dard qui rentrait et 

Par le moyen de quelques crins de cheval. Enfin, 

Pr °Phetie ai - ai ' b ' Ln '" une main eccll ' siasti( l uc esl revenue sur cette 
Cellj qu'i'i * Muse ^ e son chiffre millenariste : on I'a remplacfie par 
illuj '"andre avait faite a son gcndre Rutilianus el danslaquelle 
^kante-d^ 113 ' 1 Cenl luato-vingts ans & e vle - Rutilianus meurt a 
° n ^5 ai ai ! S ' A' eiani ' re Dicurt egalenient a soixante-dix ans, et 
v ' e - I'etn Jour<1 llui 'lu'il nc setait prouiis que cent cinquante ans de 
U) S»* dc trois Whiles. 

°»Ponaire ou berbe au foulon. 



— 228 — 

s'il n'avait pas eu a enfouir sur le Garizim des vases 
soi-disant enterres par David et que Bar- Abbas devait 
decouvrir avant de marcher sur Jerusalem, il sut tout 
au moins se lever la nuit, prendre un ceuf d'oie, l e 
vider, y deposer un petit serpent qui venait de naitre, 
entourer l'ceuf de boue et le cacher dansles fondements 
du temple que les gens d'Abonotichos etaient en train 
d'edifier pour l'Esculape attendu. Le lendemain, des le 
point du jour, il arrive sur la place publique, n'ayant 
pour tout vetement qu'une ceinture brodee d'or sur les 
parties honteuses, tenant a la main l'epee de Persee 
qu'il avait a Calcedoine, agitant sa chevelure et profe- 
rant les glosses les plus incomprehensibles de son 
repertoire ; il entraine la foule au temple en construc- 
tion, descend dans l'eau en chantant un hvmne a » a 
gloire d'Apollon et d'Esculape, appelle le dieu, l'invite 
a venir dans la ville, demande une coupe, la plonge 
dans l'eau, en tire l'ceuf dans lequel il avait renferme 
le signe d'Esculape et dont il avait eu soin de fermer 
l'ouverture avec de la cire blanche et de la ceruse, e 
s'ecrie : « J'ai trouve Esculape! » comme Andre dit 
Pierre : a Nous avons trouve le Messie! » 11 casse 1 o 311 
dans sa main, le petit reptile sort et s'enroule autou 
de son doigt. A cette vue, les Abonotichiens pousse 
des cris de joie, escomptant la felicite qui les atten 
Mais Alexandre echappe a leur manifestation, et reu 
chez lui, emportant le nouvel Esculape o qui venait 
naitre pour la seconde fois, a la diflerence des honini 
qui ne sortent qu'une fois du sein de leur mere. » 

Pendant plusieurs jours il ne sortit pas de sa maiso 
C'etait pour qu'on en format les portes, et lorsque 
foule y penetra, que vit-elle? Alexandre vetu com 



— 229 — 

un pontife (selon l'ordre de Melchisedec ?), couche sur 
un lit, et tenant l'Esculape de Pella roule autour de 
lui, la tete sous son aisselle, tandis qu'il le faisait 
voir par 1'ouverture de sa tunique, coiffe de la tete 
de toile peinte qu'il lui avait fabriquee! Que le petit 
serpent du temple etait devenu grand en si peu de 
jours ! Au pouvoir qu'Alexandre avait sur les etres, on 
pouvait juger de celui qu'il aurait sur les choses ! II 
millenariserait tout, transfigurerait tout, ferait tout 
croitre ! .\'ul doute qu'il ne fut le Dieu dont ce serpent 
etait le signe ! 

Pour confirmer la bonne opinion qu'il faisait conce- 
v oir, Alexandre s'etait lui-meme eerie : « Je suis 
Glycon (1), le sang du Pere des dieux! » Ah! si Bar- 
Abbas avait pu tenir le Zib comme Alexandre tenait le 
Naasson! (2) 

Le but de toutes les machines qu'il avait mises en 
jeu, e'etait de rendre des oracles et de predire l'ave- 
°ira ceux qui venaient consulter le dieu. On peut voir 
dans Lucien les fraudes dont il usait pour faire ses 
f eponses, les soumettant a son bon plaisir, quand il 
8 'agissait d'esperances, de succes ou d'heritages : 
Cela viendra, repondait le dieu, quand je le voudrai, 
lorsque Alexandre, mon prophete, me l'aura demande, 
e t qu'il aura fait des vo?ux pour vous. » Car de meme que 
1' Abbas des Juifs avait dit de Bar-Jehoudda : « Celui- 
^ a est mon bar bien-aim6 en qui j'ai mis mes complai- 
8 ances, ecoutez-le ! », l'Esculape avait rendu cet 
0r acle : ,< J e vous ordonne a tous d'honorer mon pro- 

W) Le doux, le suave, le bon,... le je>us ! 
I*) Serpent. 












— 230 — 

phete, je le prefere a tous vos presents, » (sans toute- 
fois vous dispenser d'en offrir!) 

Cependant Alexandre n'etait pas ventriloque comme 
Bar-Abbas, et il ne pouvait faire parler Esculape que 
par ecrit. On le lui fit sans doute observer, car il 
annonca bient6t que le dieu repondrait lui-meme, sans 
le ministere de son interprete. A cet effet, il attacha 
ensemble des trachees-arteres de grues quiaboutissaient 
a la tete du serpent faite a l'image de la figure humaine. 
Un compere, place dans une piece voisine, parlait avec 
force dans les arteres et rendait des oracles qu' Alexan- 
dre appelait autophones. Quand il s'etait trompe, il 
rectifiait par des oracles posterieurs aux evenements 
et les inserait dans son recueil, selon la methode 
employee par les evaugelistes pour masquer la faillitc 
de Bar-Abbas. 

Avec le serpent de Pella qui etait toute sa fortune, 
Alexandre fit courir Pont, Paphlagonie, Bithynie, 
Galatie, Cilicie, Thrace et bientot Rome elle-meme. H 
fanatisait toute la region et reunissait autour de son 
oracle un immense troupeau d'hommes que Lucien me* 
au-dessus des moutons pour le grouillement et au-des- 
sous pour l'intelligence.Sur les ruses qu'il emploie pour 
faire le raystere, voyez Lucien. Comme celles d'un Bar- 
Abbas ou d'un Peregherinos, elles ne pouvaienttromper 
que les ignorants; mais Lucien est de la famille des 
Democrite. des Epicure et des Metrodore : « Un homnie 
tel que toi, ecritil a Celse, et si j'ose le dire, tel q" e 
moi, eut aisement penetre le mystere, mais aux yeuX 
de ces morveux, c'etait un prodige inoui! » 

Les apdtres d'Alexandre allaient partout, repandant 
le bruit de ses miracles. II avait une Eglise, des associes, 



,i ***m*!^Gsmmm* 



— 231 — 

des ministres, des espions, des compositeurs d'oracles, 
des ecrivains, des faiseurs de sceaux, des interpretes. 
Par eux il travaille I'ltalie, Rome, le Senat, la Cour. II 
demande a Marc-Aurele la permission de changer le nom 
d Abonotichos en celui d'lonopolis (1). Jerusalem ne 
devaiUelle pas s'appeler Nazireth dans le Royaume des 
Juifs? II battit monnaie, et comme aucuue loi ne lui 
defendait d'y mettre des images, il en fit faire qui por- 
taient d'un cdte l'image du Serpent, et de l'autre lui- 
n^me tenant l'epee de Persee. II y avait en lui deux 
Q atures comme en Bar-Abbas : la divine etl'humaine. 

A l'imitation de Bar- Abbas dans Y Apocalypse, il se 

•orgea une Nativite mi-celeste mi-terrestre et en fit 

ntrer la representation dans des mysteres triennaux 

JI u i duraient trois jours. Vous vous rappelez sansdoute 

a nativite de V Apocalypse : la femme en couches, le 

°leu autour d'elle, douze etoiles sur sa tete et la lune 

8 i ° Us ses pieds, le Serpent qui la poursuit, et le bar que 

Abbas soustrait a ce mechant par le moyen du Grand 

j^S'e jubilaire. Loin d'etre persecuteur dans ces mys- 

re s, le Serpent etait sauveur. Enfin on ne cachaitpas 

Perecharnel d'Alexandre comme on cache aujourd'hui 

Iu * de Bar-Abbas. Au contraire, le troisieme jour, 

representait le mariage du thessalien Podalire avec 

a Vierge d'lonopolis qu'on appelait Dadis (2), — c'est 

Marie Magdaleenne de l'affaire, — et qu'on honorait 

11 ^lumant des flambeaux qui, j'ose le croire, n'etaient 

P a 8 mferieurs a douze. On representait meme les amours 

tfi tr«pS )nlracl ' on d "' a,:,no pol' s . ' a ""e d 'l*" ou ,eou > la vi " e du 
ct J^?j rainn >e et du Pierome dont il s« disait le signe. Macrobc dit que 

d'Apoii non> du SolciI dlM ' es ptfenSj comme U prouve cet oracle 
(2. Sit : " Sachex qu'Ia6 est le souvtrain des dieux. » 
•-HWraleuicnt jour des flambeaux nupliaux. 



— 232 — 

d' Alexandre avec la Lune, figuree par une femme en 
blanc, ce qui semble bien une invention de Coconnas, 
car epouser la Lune, c'est proprement se marier avec 
l'astre qui marque et renouvelle les semaines, et qui pour 
cette cause etait la divinite de Byzance. On sait d'ailleurs 
que dans V Apocalypse le soleil absorbe la lune sous le 
quatrieme signe, — un en deux, deux en un, — et 
c'est bien ce qu'avait annonce Alexandre dans sa 
parodie de la kabbale jehouddique, car a la fin du troi- 
sieme jour, il apparaissait transfigure, et laissait voir, 
n'en pouvant montrer davantage, sa cuisse qui sem- 
blait d'or comme si elle eut ete celle de Jupiter. Et en 
effet le roi Glycon, consulte, repondit qu' Alexandre 
etait envoy e ici-bas (c'est le Scilo de cette Apocalypse) 
pour le bien des mortels, mais qu'un jour — pas avant 
mille ans toutefois — son Pere Jupiter (Ieou-pater, c'est 
1'Abbas,) le rappelerait dans son sein par un coup de 
tonnerre (i). 

Le resultat politique de ces mysteres fut qu'une fiU e 
lui etant nee de ses amours avec la Lune, et Rutilianus, 
un vieux consulaire, l'ayant consulte pour se remarier, 
il lui conseilla d'epouser cette demi-deesse. Rutilianus 
ne balanca pas et depuis ce jour il considera la lune 
comme sa belle-mere. Les progres de la jehouddolatne 
etant surtout dus a la prophetie des malheurs publics, 
Alexandre, sous le couvert de son gendre, annonca pa 1 " 
ses apdtres dans tout l'Empire romain des incendies et 
des tremblements de terre, mais il promettait en roeme 

(1) II 6Uit lui aussi, bar (flls), ner (lumiirc), rejtseh (bruit tuuiu'^ 
tueux, roulement de tonnerrei. Jehoudda le Ganialien et sa f ea ?5\^ 
disaient de leurs sept Ills qu'ils -t.il- nl barn rregetch, que les scrl AT 
grecs ont t crit boantrguei dans les Eratgiles. CI. Le Roi des luifi, P- 3 



— 233 — 



temps de detourner ces malheurs. Moins impudent que 
Peregherinos, il n'osait remettre les peches, et ce qu'il 
7 a de plus caracteristique dans ses mysteres, c'est qu'il 
&'y introduitpas le bapteme d'eau, dont Bar- Abbas avait 
fait la srrande formule de kabbale antiromaine. An con- 
traire, il publia un oracle contre les christiens dont le 
Pont se remplissait et — je me demande si cela est de 
Lucien — contre les epicuriens qui se joignaienta ceux- 
c i pour blasphemer contre lui. 

On comprend parfaitement le soin qu'il a d'exclure les 
c hristiensde ses ceremonies, ils etaient suspects de tous 
les crimes, et convaincus des plus mauvais sentiments 
c °ntre Home, mais on s'etonne que les epicuriens de 
Paphlagonie et du Pont fussent si nombreux, et surtout 
s i influents, car il n'y a pas de philosopliie moins entre- 
prenante ! 

« Loin d'ici, disait-il dans sa proclamation, tout 
CQ ristien ou tout epicurien qui viendrait espionner nos 
m ysteres ; mais que les vrais fideles soient inities sous 
d'heureux auspices! » Puis, si l'avertissement ne suffi- 
8 ait pas, il les chassait, menant lui-memc le chceur, 
s 'ecriant : « Loin d'ici, christiens ! » Et le peuple lui 
r6 pondait : « Loin d'ici, epicuriens! » Un jour on faillit 
la piderunde ceux-ci. Les Glyconiens, dit-on, brulaient 
ksoeuvres d'Epicure, mais n'avaient-ils pas plus d'inte- 
r6 t encore a bruler celles de Bar- Abbas et de Peregheri- 
a ° s ? Les ccuvres d'Epicure etaient-elles si repandues 
da «»8 Abonotichos? Peut-on admettre qu'Alexandre ait 
fa itun e telle guerre a Epicure etque, dans ces provinces 
Par lui retenues sous l'influence romaine, il ait reserve 
8 on privilege aux Paroles du Rabbi et aux composi- 
tions de Peregherinos? 11 est bien vrai qu'il devait 



— 234 — 

beaucoup a Bar-Abbas, le meme mensonge les inspirant 
tous les deux, exclusif et persecuteur. Au systeroe 
christien Alexandre avait emprunte la malediction et 
1'excommunicatiou. « Va aux corbeaux ! » disait-il a 
celui qu'il excommuniait, et a l'instant celui-la devenait 
execrable, toutes les maisons lui etaient fermees, o° 
lui interdisait le feu et l'eau, il se voyait oblige de fidr 
de contree en contree, comme un athee,un epicurien. 
Ce dernier nom etait sa plus forte injure. C'est sans 
doute par mepris pour leur maitre qu'il ne comprenait 
pas les jehouddoliitres dans ces proscriptions sal«". 
taires. Des gens comme Peregherinos et Alexandre 
eussent demoli un Bar-Abbas en un tour de main ; i' 8 
redoutaient l'epicurien comme les charlatans redouten* 
le physicien. Les epicuriens, Alexandre les fletrissait d<J 
nom d'athees : cela se concoit, ils le niaient ! Tant de 
haine tient au caractere investigateur de cette philoso* 
phie inflexible au mensonge. Or Epicure etait represente 
dans le Pont par Lepidus; de toutes les villes de cette 
province, Amastris est celle qu'Alexandre detestaitle 
plus, car Lepidus y residait, et les amis de celui-C« 
avec une hardiesse que n'eurent ni les platoniciens ni » eS 
pythagoriciens, avaient souvent convaincu Alexandre 
de fourberie. 

Les oracles d'Alexandre etaient faux, mais » s 
n'avaient pas pour unique objet la chute de Rome 
comme ceux de Bar-Abbas. Si ce bon gaulois de Seve- 
rien marchant contre l'Armenie fut taille en pieces p 0l j r 
avoir livre bataille sur la foi d'Alexandre, (ce n'est e^" 
demment pas cet Alexandre-la qu'il eut fallu !) au nion 1 
etait-il persuade que le prophete le meuait a la victoire- 
Les oracles qu'Alexandre envoyait aux Celtes etaien 



— 235 — 

fcux, mais favorables. Faux aussi, ceux qu'il envoyait 

a "armee engagee contre les Quades et les Marcomans : 

° n perdit vingt mille hommes et on faillit perdre 

^"prilee, mais on etait heureux d'avoir des propheties 

I on put opposer a celles de Bar-Abbas. C'est pour- 

1 u °i Alexandre s'est maintenu pendant si longtemps. 

^ vain Lucien avait-il essaye de detourner Rutilianus 

"Alexandre. En vain avait-il mis en mouvement les 

ommes raisonnables du pays, notamment les disciples 

u philosophe Timocrate d'Heraclee : il dut cesser ses 

P°Ursuites, retenu par le gouverneur du Pont et de la 

tthynie, qui craignait de punir Rutilianus dans 

•exandre, le gendre imbecile dans le beau-pere 

* 8 celerat. » 

Peregherinos et Alexandre meritaient beaucoup plus 

etre divinises que Bar- Abbas, ils etaient moins betes 

Dunns mechants; et pour ce qui est de leur immorta- 

^ respective, le Mysien et le Pontique ont vecu vingt 

8 de plus que le Juif. L'auteur de YApologie mise 

,."* 8 le nom d'Atbenagore n'apprecie pas assez cette 

'erence. 11 s'indigne contre le culte de Neryllinos a 

r °as, de Proteea Parion et d' Alexandre a Abonotichos. 

Utmbeau d' Alexandre, ce Saint-Sepulcre, et sa 

^tue s ' e ig Vent sur i a pi ace publique! On sacriGe a 

e Xandre, on celebre des fetes en son bonueur, on le 

p e > comrae un dieu, d'etre propice! La statue de 

ot ee, comme celle de Neryllinos, pretend donner des 

cles! Q u i susc ite de tels prodiges autour de ces 

a Ues? Sont-ce Neryllinos, Protee, Alexandre eux- 

^es ou la matiere dont ils sont faits? Main cette 

Pa X \ f ^ Cest ** e '* a > ra * n ; et q ue Ue vertu a lairain 
'"•-mime, quand on peut le transformer comme on 



— 236 — 

veut, a l'instar de cet Amasis dont on fait un bassin 
dans Herodote ? D'ailleurs quel secours Neryllinos, 
Alexandre et Protee apportent-ils aux mortels? Ce q ue 
fait aujourd'hui la statue de Neryllinos, Neryllinos » a 
fait etant lui-meme vivant et malade... Qu'est-ce done 
a dire, sinon que les demons se melent de la chose et 
conspirent contre le bar consubstantiel a 1' Abbas? 

Pour Alexandre, l'etrange liberte dont il ajouitien 
a ce que, sur beaucoup de points, ses apdtres barraien 
la route a la Revelation antilatine du juif Bar-Abbas- 
Ce que les Romains ont essaye d'empecher, au raih eU 
de supplices beaucoup moins nombreux qu'on ne croi 
et a la suite d'eveneraents qui sont supprimes de tou 
les martyrologes, e'est moins la glorification de Bar' 
Abbas par des imposteurs qui ne sont jamais la lors <* 
la repression, que la haine de la civilisation et 1 'app e 
a la barbarie qui sont l'essence meme du christiauis" 16 " 
Avant de calomnier tout le genie occidental, dont R ota 
a ete le flambeau jusqu'a la venue des Barbares <* 
dehors et au triomphe des Barbares du dedans, il ' aU ' 
sans pardonner jamais aux erreurs de la force, voir c 
que les Juifs nous apportaientdans cetteapotheosed 
homme qu'ils avaient eux-memes condamne pour s j 
crimes. 

Cost grace a ce qui resta de paganisme dans 
civilisation que l'Occident n'est pas tombe tout a 
dans le plus humiliant esclavage que la raison hum 81 
ait jamais supporte. , 

II. — L'influence de YApocalypse sur l'espnt 
certaines populations etait aoalysee, non sans queiq 
verve ironique, dans un petit dialogue intitule Phu°r 
tris et dont on grossit l'a-uvre de Lucien. Les coupui* 






— 237 — 

les tripatouillages, les interversions de texte operees a 
diverses epoques dans ce curieux morceau, font qu'onne 
8 ait plus ni a quelle nationality ni a quelle religion 
a Ppartiennent les deux interlocuteurs principaux, Cri- 
tias et Triephon. II plane sur tous les christiens indis- 
t'Qctement une accusation de lese-patrie qui ne pesait 
0r iginairement que sur une secte connue et caracterisee 
Par sa baine de Rome. 

Nous sommes en Egypte, et, tout nous porte a le 
Cr oire, sous Septime Severe (1). Le fait certain, c'est 
que l'Evangile du Royaume a ete preche aux habitants 
P a r quelque Peregherinos. Cette perspective les a 
ensorceles, affoles, ils ont litteralement perdu la tete, 
'k attendent le Siecle d'or pour le mois de mesori 
Prochain (2), sit6t que les Anes auront cede la place au 
Lion. 

C'est le matin. Critias allant aux provisions, par la 
Sfande rue, rencontre une foule de gens qui se parlent 
l °ut bas, les levres collees a l'oreille de leurs voisins. 
N regarde de tous cdtes, porte la main en demi-cercle 
aQ -dessus de ses yeux pour voir s'il ne decouvrira pas 
^s cette multitude une figure de connaissance, il 
a Percoit 1'orateur Craton. 

U s'approcbe, dit le bonjour a Craton, se mele a la 
"ande. Tous ces gens tiennent les propos les plus Bin- 
S^iers, se flattent des esperances les plus extraordi- 
na »res, il n'est question que d'un personnage dont le 
Pouvoir n'a point de bornes : « C'est lui, dit un vieil- 
la|, d toussotant, qui abolira les impdts, qui remboursera 

. I*) Nous avons donne nos raisons dans Phocapliarner. Paris, 1901, 
W Lc mois d'aoCil du calcndricr cgyplicn. 



— 238 — 

les creanciers, qui paiera les loyers, acquittera les 
charges publiques. II recevra les devins et les pfO" 
phbtes (1), sans s'informer de leur profession ». U n 
autre, en liaillons, tete et pieds nus, dit : « Un hornm 6 
assez mal v6tu, qui avait la tete rasee et qui arrival* 
des montagnes (2), m'a montre le nom de ce Libera- 
teur, grave sur le theatre en lettres hieroglyphiques, 
ajoutant qu'il couvrirait d'or la voie publique ». C es» 
la richesse pendant mille ans : « La Ville etait d'un or 
pur, semblable a du verre tres clair (3), et la place de 
la Ville etait d'un or pur comme le verre le plus trans- 
parent » (4). Ainsi devait Stre Jerusalem ; ainsi sera «* 
ville de l'orateur Craton. Quant au nom de ce Libera* 
teur, de ce Sauveur, ce ne peut etre qu'Oannes, puis* 
qu'il est ecrit en caracteres hieroglyphiques. Oannes, 
vous le savez, c'est Joannes. L'Oan des EgyptienSi 
c'est le Zib des Chaldeens, le Dag des Pheniciens> 
c'est le terme hieroglyphique de poisson (5). Nous vous 
avons dit tout cela, lorsque nous avons etabli l'etyro " 
logie du nom d'loannes donne successivement * 
Jehoudda et a son his aine apres leur sejour en Egypt®', 
et puisque Critias nous a menes au milieu de gens q * 
appellent le mois du plerome de son nom egyptien, ,e 
nom hieroglyphique du Sauveur est celui qu'il a co n " 

(1) « Celui qui est prophete recevra le salaire d'un prophete », v 
Jesus. 

i- La chaine libyque -in> doute. 

(3; Apocalypse, hi, 18. Cf. Le Roi des Jxtifs, p. 79. 

(I) Apocalypse, hi, 21. Cf. L- Hoi des Juifs, p. 80. . 

(5/ La frisc du temple d'.Yss-oan (on dit aujourd'hui As.-ouao'y 
toutc composee A'oan. Cf. K«sellini. .Monuments hisloriques n'EgUP* ' 
in, p. 26. L'Oanni-s egyptien est le pi-re d'Osortasen qui lui *Uev* u ° 
eolonne oil on voil le poisson. On compte trois especes de P ' s: ' i e 
dans les signes phone tiquo de ('alphabet egyptien. Cf. More* 
Jonnes, Les Tempt myth'ilwjiqw.s, Paris, 1876, in-li 



— 239 — 



8 erve dans l'Evangile, c'estloannes. Pourecrire ce nom 
Bu r le theatre les habitants de la ville ont fait comme 
•^ix d'Assoan sur leur temple : Us ont mis un oan, 
et tous les inities ont compris. lis n'ont que trop com- 
P^s : au mesori prochain, le songe de Joseph sera 
^alise ! 

Critias essaie de leur faire entendre raison : « Vos 
&ges, dit-il, n'auront pas un accomplissement favo- 
f^'e. Vos dettes se multiplieront en proportion de la 
"Use que vous aurez revee, et celui qui aura cru 
P°sseder beaucoup d'or perdra jusqua l'obole qui lui 
s *ait. ,, A leur age, ce songe les rapproche des enfers 
8 qu'il ne les en eloigne : « Vous avez reve sur la 
^ e »Te blanche ! » (1) leur dit Critias (2). Mais il est 
c ueilli par des eclats de rire ; Craton lui assure qu'il 
trompe et que le songe de Joseph est verite : en 
j. 0r * Ioannes le prouvera. Un autre de ces hommes 
e . ^niUes s'accroche a lui, roulant desyeux farouches, 
g ent reprend a la demande de Craton : « 11 me per- 
j, e pour mon malheur, dit Critias, de me trouver a 
, 8 emblee de ces fourbes et de faire de ce jour un jour 
v a . este »• Fourbes, en efTet, car ilsabritent leurs mau- 
l eu "68irs sous le voile de la religion : d'apres eux 
pen . bunions sont innocentes, innocentes leurs 
jj^ e e8 : « IS'ous passons dix jours sans manger, disent- 
jj ' ous veillons les nuits en chantant des hymnes. » 
(^ ^ qu'ils ne disent plus, c'est ce qui succedait a 
dontV i ouri, ees de jeunes et d'hymues... Disons ce 
" s 'agissait, puisqu'on l'a enleve. Ce qui venait 

«,(*) , Q^* e P* 1 " '=s poeles a la portc des enfers. 

*Phon 6 ' ° nl rt P ondu c* 5 B ea * r**&s de ctrur et d'esprit 1 > demande 
° * Critias. 



— 240 — 






apres cette longue preparation, c'est la paque sous une 
forme qui n'a ni le caractere criminel des paques mo»K 
chistes ni le caractere repugnant des paques semin * 
menstruelles, c'est la pdque poissonniere des cbrt 8 " 
tiens de Thessalie; ce n'est pas encore la paque e° 
Jesus ou Eucharistie, c'est la paque en Joannes. D'or a " 
teur Craton estdevenu repartiteur (1). Ce qu'ilrepart' 
quand il est dans l'eglise, c'est l'o.m, ou si vous aim^ 
mieux, le Zib, signe de I'.-Eon dans lequel on entrer* 
sous le Lion, a quatre signes de la; et la Cene q tt ^ 
celebre a lieu la veille de la paque juive. A ce point a 
vue Craton est un quartodeciman. Les sentiments 1 
inspirent cette eglise, — car e'en est une, — sont iro 01 ' 
quemeut traduits par le nom des personnages : Cr» w 
commande et distribue; Chleuocharme, (de kleui, ^ 
casme, et de karma, joie insolente ou maligne)i 
rejouit des malheurs publics; Charicene (de ch& r ' 
grace, et de l:oine, commune,) espere qu'en s'incorp 
rantl'oan il aura sapart dans le Rovaume. 

Yoici Critias a la porte de l'eglise. 11 monte les de • 
d'un escalier tournant, il penetre dans un appartei° 
dont la voiite est toute doree, — image de la 
future, — il apercoit des hommes pales dont latere 
tristement penchee. Mais a sa vue une joie bi* 
eclate sur leurs visages, on l'entoure, on lui dema 
s'il apporte quelque facheuse nouvelle, car c'est 
etat ordinaire de n'en desirer que de telles, de o 
rejouir que des mauvaises. f , 

lis avancent la tete les uns vers les autres, se P ^ 
lent tout bas, s'enquierent de ce qui se passe da 

(i) Exit6lit. C'est Vti.ucopot. iuai» le mot n'exisle |*s eBCOt*- 



— 241 — 

v ille, comme s'ils n'en etaient pas, et de la terre, 

comme s'ils n'y etaient plus. A son tour, Critias leur 

demande ce qui se passe dans le ciel, sous lequel ils 

habitent, dans les astres avec lesquels ils conversent. 

*.-. Venus et Mercure seront-ils en conjonction, etpro- 

duiront-ils beaucoup d'herraaphrodites, dont la nais- 

sance vous cause tant de joie? (C'est en eiret l'beu- 

^ e ux presage du deux en un, un en deux). Avons-nous 

a craindre quelque peste (i) ou quelque famine? (2) Le 

v ase qui renferme le tonnerre est-il pret a crever ? (3) Le 

^agasin des foudres est-il bien rempli ? » Eux, suivant 

le cours de leurs pensees, disent que les affaires vont 

changer entierement de face, que la ville sera troublee 

Par les dissensions, les armees imperiales vaincues par 

e s ennemis. Et, en effet, ils ne songent qu'au mal, se 

er ?antd'esperances impieset de predictions perverses. 

^ r Uias ne peut contenir son indignation : « les plus 

-"Senses de tous les hommes, s'ecrie-t-il ! Cessez ce 

n gage plein de vanite... Craignez que ces malbeurs 

e r etombent sur vos tetes, vous qui cherchez a detruire 

tr e patrie ! Ce n'est pas en voyageant dans les airs 

1 e vous avezappris ces nouvelles, et vous ne paraissez 

s avoir fait assez de progres dans l'art difQcile des 

a 'bematiques pour calculer les evenements; et si vous 

Us laissez tromper a de fausses predictions, a de 

Arables impostures, votre ignorance en eclate deux 

18 davantage ! Ce ne sont que des contes de vieilles, 

ij' ^'- \Apocalypie dans Le Roi des Jttifs, p.M. 

ijj j ^'-Apocalypse dans /> Hoi des Juifs. p. 8. 
gn e ' Le J oannts et ses freres etaient dils fils du tonnerre : € Sei- 
Ja Co . '.Penncts que le feu du ciel tombe sur les Samaritains ! » disent 
<Jeu,i, )unior el Joannes a Jesus dans Luc. Cf. Let Evcngilet dt Salon, 
^**ait partie, p. 32s. 

16 



— 242 — 

des puerilites, vers lesquelles l'esprit ties femmes se 
porte avec avidite. » 

Mais eux expliquent que ce sont la les verites futures 
qu'ils voient tout eveilles dans des songes qu'ils se 
procurent par des jeiines de dix jours. Or la verite est 
toute autre : « Qu'as-tu replique ? demande Triephon a 
Critias, la reponse etait tres embarrassante. Sois tran- 
quille, repond Critias, je l'ai vigoureusement refutee. » 
Ea efTet, il s'est tourne vers eux en s'ecriant : « Et quanu 
vos predictions seraient veritables, vous ne pourre* 
jamais decouvrir l'avenir avec certitude ! Dupes de vos 
visions, vous vous livrez a mille idees extravagantes, 
qui n'ont et n'auront jamais d'ell'et. Comment se peut-i' 
que, sur la foi de vains songes, vous debitiez tan* 
d'inepties, ne temoigniez que du mepris pour tout ce 
qu'il y a d'honnOte et de beau ? Vous ne vous plaise* 
que dans les malheurs, sans tirer aucun fruit de cette 
aversion pour le bien. Renoncez, croyez-moi, a ce 9 
fantomes absurdes, crees par votre imagination, a ceS 
projets detestablcs, a ces predictions sinistres, de pe" r 
qu'un dieu ne vous fasse perir miserablement, po ur 
punir les imprecations que vous formez contre vof* 
patrie et les discours injurieux que vous repande* 
contre elle ! » Se voyant dejoues, ces by|iocrites ec' a * 
tent en reproches. Critias a de la peine a leur echapp e,, ' 
II est encore sous le coup de rindignation, lorsq° e 
Triephon l'apercoit dans la rue et l'appelle, elfraye ° 
changement qui semble s'etre opere en lui : « Aura> 9 * 
tu vu le raonstre a trois tetes ? (1) Ou la terrih' 

(I) Vous vous r-.. |'-i. / sans doute le monslre a trois Icles 'fy 
ne peut man«|uer d'eagendrcr I'Armruienne dc !'• revenues .' '^'|„ 
present volume, p. 2us. y O mun^trc, |-uur rlre en fonnr, jicul *8*^ 



— 243 — 

Hecate (i), sortant des enfers, te serait-«lle apparue ? 
knfin aurais-tu subitement rencontre quelque dien ? » 
*"en de tout cela : Critias est encore plein de V Apoca- 
lypse : « Je viens, dit-il, d'entendre un discours bien 
m erveilleux, bien obscur, bien incomprehensible (2). 
e repasse dans ma memoire toutes les inepties dont 
1 abonde. Je me bouche les oreilles de peur de les 
entendre encore... Si tu n'eusses appele a grands cris. 
J ailais peut-etre, saisi de quelque vertige,meprecipiter 
an s un abime ! » Pareil au Joannes prenant le livre 
4ie lui tend sou pere (3), il a mange celui qu'il a pris 
es mains de Craton, et ses entrailles en sont toutes 
gonflees. S'il evacue les execrables fadaises dont il est 
P em, Triephon sera renverse par cet ouragan : 

" Puis, dit-il, de peur que FE sprit net'enleve de terre 

. * yeux de toute la multitude et que, par une chute 

P r evue, tu n'ailles, comme Icare, donner ton nom a 

4 elque mer nouvelle. Les discours de ces detestables 

^posteurs m'ont terriblement gonfle le ventre. Fi ! fi ! 

I • fi I quelles absurdites ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! quels 

e8 seins execrables ! Eh ! eh ! eh ! eh ! quelles ridicules 

e8 Perances ! (4) ,, 

f4 u ici le dialogue est tres comprehensible, a la 

^ >tion de prendre Critias au sortir de l'gglise. Mais 

8i 1 • lncom P r 6hensible depuis les interversions qu'il a 

8 - Critias n'est pas encore entre dans 1'eglise 

^Mnt-n °' r un cor P s de pois&on, comme la statuette du musee de 
chao.L ermain . et avoir le Btlier (Bar-Abbas eut dit YAgneau) dans 

(2) ftn i l . nple "ecate representee avec trois tctes. 
13) Q ? I 1 * 8u »rim«e. 

(4) i^ -Vx-cali/pie dans U Rot >irt Juifs, p. 20. 
e *clam a i; ln,er i e<: '' '» s *ont !■;■■:■ t< quatre fois cbacone et les 
°ns trois fois, en repliqoc a la kabbale de ces imposteors- 



— 244 — 

qu'une partie de ses repliques se trouve deja dans la 
bouche de Triephon ! C'est Critias qui devait instruire 
Triephon ; aujourd'hui c'est Triephon qui instruit 
Critias en faisant le proces de la mythologie palenne, 
au point d'eliminer du ciel Jupiter lui-meme. 

— Quelle divinite veux-tu done que j'atteste Pdemande 
alors Critias. Et Triephon repond en vers, a la facon 
d'un oracle : 

Jure le Dieu puissant qui regne au liaut des cieux, 
Et le Fits, et ("Esprit qui procede du Pere. 
L T n en Trois, Trois en L'n : inelTable mystere ! 
C'est le vrai Jupiter, il n'est point d'autres dieux. 

Critias raille : « Ah ! ah ! dit-il, tu veux m'enseign er 
a compter? Tu prends l'arithmetique pour un serment, 
et tu calculi's comme Nicomaque de Gerasa (1). Mais J e 
ne coraprends pas trop ce que signifie cet L'n en Trois 
et Trois en Un. Veux-tu parler du quartenaire (2) de 



(1) Cf. le present volume, p. 130. 

(2) La figure du quartenaire a la forme d'un triangle equilateral <P^ 
est lui-meme celle du rayon lumineux. et c'est pourquoi les pyf 1 *^ " 
ricien- en usaient comme formule de serment. Chacun des cotes 
compose du noinbre quatre. 



L'addition des points contcnus dans le quartenaire donne l*? 
• !■• -.:i astronomique, et c'est ce que fait remarquer 1'ythagore I 
meme dans les Sectes a fencon de Lucien : c PyUiagore. Conun* 
comptes-tu? — /.» mairhand. t'n, deux, trois, quatre. — ^'^^r- 
Attenlion I ce que tu crois etre quatre, c'est dix, c'est le triangle P*J^ 
fait, c'est notre serment. — Le marchand. J'en jure par V" fl f r *'. uS 
grand serment, je n'ai jamais entendu langage plus divin m P 
sacrt! » 



— 245 — 

Pythagore, du nombre huit (i) ou de trente ? (2) » 

Que Triephon parle de ceschoses en gnostique, passe 

encore ! Apres tout c'est peut-etre ce qua voulu l'auteur 

e Philopatris. Raison de plus pour que, sous aucun 

P r etexte, Triephon ne puisse tenir le langage suivant : 

«Jevaist'apprendreceque c'est que Tunivers, et quel 

es t son systeme, et quel etre (3) existait avant tous les 

utres. Sache quej'ai eu dernier ement la m6me aven- 

Ur e que toi (4)... J'ai rencontre un Galileen a tete 

f 8e (5), au nez aquilin qui avait raonte jusqu'au troi- 

'etne ciel (6) ou il avait appris les plus belles choses du 

° n de. II nous a renouveles par 1'eau (7), nous a 

zchete's de la demeure des impies (8) pour nous faire 

Marcher sur les traces des bienheureux (9). Si tu 

e coutes, je te rendrai veritablement homme. » II 

Cf '. "- ur les nombres qutitrc ct huit dans la kabbale christienne, 

(8» I Evan S' les & Satan, troisieme partie, p. 30S. 
Oj ' ~" Sombre trente se trouve forme par la figure du rayon lumi- 
demi ' s fois rtpgte' et marquant ainsi les trois signes qui prece- 
ava-, ^ "■*"«• De la les trois vctemcnts que le Joannes derait revttir 
tnSx re wvoir le bapteme de feu. Cf. Les Evangilts de Satan, 
«'*mi ; partie, p. n. 

liai e „ de '! 1 ' 0I|1,|lf '. de V Apocalypse, le lcou de la Sagesse valen- 

(*' * C ^' '** ^ ran 9'^ et °* Satan, troisieme partie, p. 236. 
(S) (l ^^an ? enlen, a P r * s cou P el manifeste. 

Iq| |. j ™ « rase la tete pour qu'on ne puisse plus reconnaitre en 



coiir.«.° annis * la naiireenne chevelure. On finira meme par la lui 

(6 per , u n jour! 
ecc|g s : c ' n c ' s ' arrive qua l'auteur de V Apocalypse ct par necessity 

n astique a celui des Lettret aux Corinthiens. 



HlLe 



*" a Ptiscu - nis de ''■^/ >oca 'W w eslle meme homme que le Joannes 
aur a j en r ' c es ' entendu. Mais ceux qui ont remanie Philopatris 

(8\ i !? len pu se dispenser d'y maintenir cctte preuve. 

Mnt. f 1 " : '""' nn °m ou le feune s'eleint point et ou le ver ne meurt 

c brisf 1 > C ? r * UDe '°' s *'"' os ' ' e ** ureur * 1 u ' **' ' e je*us? qui est 

(9) Abral ^ oann * s baptiscur ou un nomme Jesus? 

v °s au c -j a "' ct . Ies paWarches juifs que Joannes pretendait avoir 

It* Bval , el * ,ui dev *>ent revenir pour juger la terre avec lui. Cf. 

W de Satan. trnitu-mr mi-tic n. 303. 



' Satan, troisieme partie, p. 303. 






— 246 — 

expose alors la theorie de la genese d'apres les Ecri- 
turesjuives, la separation de la lumiere et des tenebres, 
l'airermissement de la terre sur les eaux, la creation des 
etres et de riiomme par la seule parole de Dieu (1)» 
comme l'a ecrit le Begue (2). Ensuite il annonce le 
jugement futur : ■ Ce Dieu, du haut des cieux, voit les 
justes et les pervers, ecrit leurs actions dans un livre, 
et, au jour qu'il a fixe, il rendra a chacun selon ses 
ceuvres. » II conjure done Critias d'abjurer ses erreurs 
et, docile calechumone, — le mot y est, — d'ouvrir 
son cceur a la persuasion, afin de vivre dans l'eternite. 
Critias s'etant declare convert!, Triephon le presse de 
dire ce qu'il a vu et entendu a la fameuse assembled 
dont il est sorti si bouleverse. 

.Or si Triephon n'est pas jebouddolatre, il est impoS" 
sible de rien comprendre a ce qu'il vient de dire a 
Critias. 

II s'est reconnu disciple du Galileen baptiseur. 
autrement dit cbristien. Critias a adhere au dieu de 
Triephon, il a jure n par le Fils qui procede du Pere »• 
'Triephon le prie de parler a apres en avoir recu puis* 
sance de l'Esprit », voila deux hommes d'accord sur » e 
renouvellement par l'eau. 

La logique vent qu'ayant ete amene par Triephon a 
renier successiveraent tous ses dieux, Critias se fasse> 
lui aussi, renouveler par l'eau, e'est-a-dire baptiser* 
II ne lui reste qu'a se proclamer trinitaire comm 
Triephon, car celui-ci est bel et bien un trinitaire* 



(1) K*pet< en proprcs termes dans la ItUre tie iierrr. 

(2) Ceet iloisc; on sail que les Egyptiens ue le connaisseni P* 
sous ce noin. mais sous celui d'Osar-sepb ou ziph (/iA). Cf. Lt &>S 
tha, p. 239. 



— 247 — 

Apres cela comment admettre que ces deux hommes se 
Hvrent contre les christiens de Craton et la paque en 
loannes a une sortie qui peut passer pour une denon- 
ciation en regie ? II faut absolument qu'il y ait quelque 
chose de change dans le texte et dans les roles. Un 
s eul homme a pu parler comme vient de le faire Trie- 
phon, c'est Craton, s'il a parle selon sa foi, ou Critias, 
s 'il a parle par moquerie. Car, sur le livre quon lit aux 
Q eophytes dans l'eglise.Triephonest du meme avis que 
Critias : « Restes-en la, cher Critias, et n'insiste pas 
sur de telles sottises. Vois comme mon ventre en est 
de Ja gonfle: il est gros comme celui de la femme 
e nceinte '1). Tes discours ont agi sur moi comme la 
^orsure d'un chien enrage; et si je ne prends quelque 
P°Hon qui me fasse oublier mon mal et me rappelle en 
m on bon sens, je vais tomber dans quelque maladie 
fecheuse ! Mais laissons la ces extravagants ; » apres 
1 u oi, modification evidente : « Commencons notre priere 
P a r le Pere (2), et nous la terminerons par quelque 
"ynme bien remplie d'epithetes... » 

Sur ces entrefaites, un troisieme personnage arrive, 
dott t le nom, Cleolaus (3. , est significatif; il apporte 
UQ e grande nouvelle : les Perses sont vaincus, Suse est 
te duite, l'Arabie conquise. Pauvres tous deux, Critias 
et Triephon contiuueront a fitre pauvres, sans pour cela 
r6v er l a fi n de la civilisation romaine et le triomphe de 

A}) U Viergc au lnonde sou < les trails de Salome, dans VApoca- 
ftn' Cf - U CharpcniHr.p. Hi. 11 apparait bien quau temps de 
M» T' <W ' la "«>*« des f'ls du Zil.deos ctait d^ja surnommee Mane 

H'dalecnnc. du nom de la sa-ur dO<ar-Zib (Moise). 
Tri* i" n ' min < PalrU et Fibi et Spirit** tancti. Que manque-Ml a 

.jf^Pouretrepape? 

i*> SUm, gloire, tow, peuple. Gloire du peuple \romain). 



— 248 — 

Bar-Abbas. Ilsne s'en rejouissent pas moins du succes 
des armes imperiales. — G'est bien ce que j'ai tou- 
jours dit! s'exclame Critias : 

La vertu par les dieux n'est jamais meprisee, 

Et toujours leurs bienfaits couronnent ses iravaux! 

Critias est rassure pour l'avonir de ses cnfants : 
« Ce sera assez pour eux que l'Empereur vive ! p 
s'ecrie-t-il. Quant a Triephon, ('heritage qu'il leur 
laisse, c'est le plaisir de voir Babylone detruite, 
l'Egypte rangee sous les lois imperiales, l'orgueilleus 
Persan reduit a l'esclavage, les excursions des Scythes 
reprimees et peut-etre finies pour toujours. € Pour 
nous, ajoute-t-il en maniere de conclusion, qui avons 
trouve le Dieu inconnu aux Atlieniens, adorons-le, les 
mains elevees vers le ciel, et rendons-lui grace de 
nous avoir trouves dignes d'etre les sujets d'un s l 
grand prince. Laissons les autres se plonger dans leur 
delire, et tenons-nous en a ce proverbe : « Hipp " 
clyde en a peu de souci ». 

II. Que le nom de Mansion soit en honneur parm 1 
tous les braves gens ! Si le Clirestos, le Dieu b° a 
qu'il voulait placer dans le ccuur des hommes, avail 
triomphe du Dieu des Juifs, la civilisation eut gag ne 
quinze siecles d'aulissement et de crimes. On neU 
pas vu I'liumanite coupee en deux par un Bar-Abbas, 
on n'eut pas vu afficher comme une verite d'ora | 
divin cette distinction monstrueuse entre ceux 1 
disent etre sauves par ce scelerat et ceux qui ne croien 
pas 1'ctre. 

Marcion etait duPont.et 1'aiTaire d'Alexandre luieta»* 



— 249 — 

connue. II ne pouvait etre dupe de la mystification 
evangelique, puisqu'il possedait les Paroles du Rabbi, 
et il etait trop honnete pour se faire le complice des 
inposteurs juifs ou d'uu Peregherinos. En outre, il 
etait disciple de Cerdon, le gnostique syrien (1 , un de 
ceux qui les premiers se sont leves contre Bar-Abbas. 
Cerdon s'etait documente chez les disciples d' Ananias, 
d e Jehoudda Is-Kerioth, d'Apollos et de Menandre, 
^us, pour des causes diverses, ennemis des jehouddo- 
Jatres. Enfin il avait ete temoin des campagnes de 
p eregherinos en Syrie. Cette documentation etait plus 
genante encore dans Cerdon que dans Marcion, car elle 
•^nait d'avance l'invention de Paul; et d'autre part elle 
derivait des ecrits syriaques, arameens, qui avaient 
8 Pecule sur ceux du Rabbi. Apres avoir supprime etfal- 
8i »e Marcion, l'Eglise a insinue que l'enseignement de 
Cerdon avait ete moins radical sur la question de l'incar- 
na «on : Cerdon aurait professe que Jesus seraitvenu en 
CQ air, quoiqu'a la verite il ne fut point ne d'une vierge 
et qu'il n'eut point ete crucifie. Mais Marcion est la 
^ Proteste vehementement : Cerdon lui avait enseigne 
9°e Jesus n'avait point vecu du tout et que le cruciGe 
f la it Bar-Jehoudda se disant Bar-Abbas. Le premier, 
le grand dogme des Marcionites, c'est l'inexistence en 
; ha »r de Jesus et le scandale de Bar-Abbas divinise. 
* ls avaient ete amenes a cette verite par les ecritures 
de Cerdon, et ce sont elles qu'on retrouverait tout 
eQl ieres dans les Antitheses de Marcion si, avant d'y 
re Pondre, l'Eglise n'avait pris soin de les detruire. 
P °rt nombreux, fort bonnetes aussi, — l'Eglise n'a 

^1 Cf. leprtsent volomc, p. US. 



■WIW'W', 



— 250 — 






jamais pu leur reprocher que cela, — les Marcionites 
ont toujours aflirme que les Evangiles refaits, c'est-a- 
dire ceux qu'on a mis dans le canon et attribues au* 
ap6tres, etaient pleins de raensonges (1). lis avaientla 
meme opinion des Actes des Aputres, et en cela, pour 
des raisons tout opposees, ils convenaient avec tous le s 
disciples de Bar-Abbas restes lideles a la Loi. 

Antijuif determine, Marcion blaspbema sans pudeur 
le Dieu annonce par la Loi et par les Prophetes, disantt 
professant que ce Dieu-la, c'est l'auteur du mal, 1'anU 
des guerres, mobile, changeant, et en contradiction per: 
petuelle avec lui-meme. Parler ainsi du Pere de Bar- 
Abbas ! Assurement cet homme est liertitique de nais* 
sance, comme Cerdon et Basilide ! Le Verbe qu'' 
annoncait differait done de Jesus en ceci qu'il parlai* 
pour tous les bommes. a Dans Marcion, dit Irenee t 
le Sauveur est envoye par le Pere qui est superieur a u 
Dieu Createur, pour abolir les Prophetes et la Loi et 
toutes les ceuvres de ce Dieu qui a fait le monde (2)- s 
Ceci contre le Jesus de Matthieu, de Marc et de LuC» 
qui dit etre venu pour accomplir les Propheties et W 
Loi jusqu'au dernier iota. 

Marcion, c'est la sa gloire, a fait resolument caH»" 
pagne contre le Dieu des Juifs et Bar-Abbas. 

(I) Irenee. Contra hirttts, I. Ill, cb. XXV. Kpiphane, Contra hxrf 
let, xxvii, Tbeodoret en son lliitvtre et Tiliemont, Urmoirei. , 

(i) En effet on lit dans Tertullien (Advertui Slarcionem, I. IV, en- ^Jjj 
que Marcion avait myiie son Lvangile l'endroit ou Jesus disait I" 
etait venu pour accomplir la Loi. Consequent avec lui-mtiue, H sr ^ D 
refusait de souinettre le Uieu sauveur a Iahve : il le voulait °° j 
juif. Le pseudo-Irtnee a done tort d'insinuer que Marcion 8 1"\| 
admis l'Kvamrile de Luc, apres en avoir rttrancht la gcnealog> e 
supprioicles passages oil, |»ar I'organe de Jisus. Bar-Abbas se rcC : 
naissait tils du createur du monde. II a tort d'ajouter que •^"''"j.jt 
aurait trunqut les Bpltru de Paul, aux eudruits oil YApbU* ■' 




Dans l'Evangile de Marcion le Sauveur n'etait point 
r epresente comme Fils de Iahve, mais du Dieu bon, 
8 uperieur a celui-ci. C'etait un Sauveur antijuif et anti- 
afillenariste, abolissant le Dieu bete et mediant que les 
jehouddolatres donnaient pour pere a Bar- Abbas. II mait 
•a resurrection. Etant forme de terre, le corps ne pou- 
v ait participer au salut. Les ames seules seraient sau- 
ces, et encore a la condition d'avoir ete formees a son 
^cole, qui, si je ne me trompe, etait celle des Grecs Pla- 
toniciens. 

C'est dire que, ne reconuaissant pas la divinite des 
f'nfa, (car c'est par la qu'il faut commencer pour etre 
J e houddolatre,) il repoussait comme indecente la genea- 
lo gie ou Bar-Abbas est dit fils du Dieu createur par 
Ad am, « et toutes les propheties qui annoncaient sa 
^nue, dit Irenee. » Or ces propheties sont les siennes 
P r °pres, c'est son Apocalypse, sa divinisation par lui- 
meme. 

Personne n'a pousse Tantijudalsme plus loin que 
^arcion. Non content de nier la resurrection des corps, 
le Sauveur de Marcion n'admettait ni patriarches, ni 
^°Phetes, ni justes (1) au paradis des ames. A la fin des 
^Ps, lorsqu'il descendait aux enfers pour faire sa 
j^ection d'elus, il choisissait Cain, les Sodomites, et 
68 %yptiens plut6t que Seth et les Sethiens (2). Et 
^•ae il 8 n'accouraient point asser vite a l'appel, 

H^ Sei gneur Jetm .< h ri,t » fils de c* meme Cosmocrator juif 
pT *«>I na pan, qu - 8pris Marcion : et s il cut paru avant. Maroon 

(iVT. tciele lout «nt«e«-- . , ™ 

AbW^ 5 'e.sens de lelateurs de la Loi, comme les parents de Bar- 

(2lo ans I'h'stoire et dans TEvangile. 

l'4» e Jf- Abl «" faisaitsageneaiogie par Seth, et les Sethiens adonuent 

■ w. U Gogotha, p. 16. 



— 252 — 

croyant a une tentation de leur Dieu, Noe (i/> 
Abraham (2) et tous ceux qui etaient avec eux res- 
taient aux enfers in perpetuum; misericordieux pour 
tous les pecheurs, le Sauveur de Marcion est impi" 
toyable pour ceux de la kabbale juive. On comprenu 
que l'Eglise n'ait jamais pardonne a cet homme. II aval* 
si bien compris l'Evangile du Royaume que, par espn* 
de represailles, ii refusait aux jehouddolatres le salu* 
que Bar-Abbas refusait indistinctement a tous les goyD 1 ' 

Pour rendre suspect d'inconsequence le temoignag 6 
de Marcion, l'Eglise dans Tertullien n'a pas craint oB 
dire qu'avant de devenir heretique il adorait Bar- Abba 
et que, ne dans les dernieres annees de Trajan, il etai 
fils d'un eveque jehouddolatre! 

Marcion, au contraire, est un de ces heretiques 
naissance dont ily eut tant d'exemples aujourd'hui sup* 
primes del'liistoire religieuse. Comment, antijuif com 01 
il l'etait, Marcion eut-il admis comme fds du Dieu bo 
un fds de David aussi tare que Bar-Abbas? 

Platonicien inclinant au gnosticisme, quand il ^ 
a Rome et qu'il trouva la ville aux prises avec les m 
chands de cbrist, Marcion vit le mal et s'indign 3 - 
que l'Eglise a du cacher a tout prix, c'est qu'il aval* 
leveque chrestien, antimillenariste, antijehouddola ' 
de Rome a la fin du second siecle. Outre cela, » a 
fait scandale, car, riche et genereux, il donnait, au 
de recevoir comme dans les ordonnances apostou*]' 
de Jesus! (3) En une seulc fois il donna cinq 



cents 



(l)Enn <iualite dc charpenlier, ancitrc du diarpentier oe 
gile et des cbarpenUcrs dc I'hrygie. 
j2) En sa qualite d'anc«lro de Bar-Abbas. 
(3, Cf. Let Etangilet de Satan, troisicinc partic, p. 397. 



— 253 — 

drachmes d'or. C'est une somme enorme, qui lui aurait 
permis d'acbeter le siege pontifical, s'il y en avail eu 
*n. Ayant ete exclu de la societe des fideles a cause 
deses doctrines (i), on lui aurait rendu son argent! 
Chose si invraisemblable, quelle suffit a nous edifier 
sur Torigine de toutes ces calomnies! Eveque et fils 
d'eveque, dit-on, de moeurs bonnes et pures, ne dans 
.Ja milieu trouble depuis un siecle par les propheties 
e t les impostures jehouddiques, Marcion a laisse der- 
tiere lui une secte inebranlablement attachee a la bonne 
foi. 

L'Eglise, sous le nom de Tertullien, diffame Marcion 
dans son pere, « un eveque chasse de l'Eglise pour 
avoir debauche une vierge .> (2). Elle diffame en meme 
^•nps Cerdon dans son disciple, car, dit-elle, ils ont 
demontre Tun par l'autre que, si un bon arbre porte de 
b °n fruit, un mauvais arbre n'en produit que de mau- 
Va »s. Mais sur le cas particulier des Evangiles, Mar- 
ci °n, qu'elle appelle avec dedain le docteur du Pont, 
^ait beaucoup mieux place qu'un avocat de Carthage 
pou r exprimer une opinion. 

°n en est reduit a chercher la doctrine des Marcio- 
^tes dans les ecrits que TEglise a forges contre elle 
apres l'avoir deflguree, les Denys de Connthe, les 
Theophile d'Antioche, les Justin, les Irenee, les Hip- 
pie, les Clement d'Alexandrie, les Tertullien, eux- 
mft "»e8 tripatouilles de siecle en siecle. Mais malgre 
10,11 nous savons en quoi consistait « l'erreur de Mar- 

il! ^ l1(l d e I'B. C, dil wttc histoire. 
t«? "" P^criplion, conlrc le, Urttiquu, ch. «no. Cesl, mau 
t,o„ Ur ? 6e - >-«venU. re de Peregherinos dcvenu palnarche des chnsUens 
S? "rconcis, apris avoir enlevc la femme dc lanneuen. Cr. le 
"^t volume p . 206. 




— 254 — 

cion », ou plutot son tort. Le tort de Marcion etait de 
posseder, outre les Paroles du Rabbi et les ouvrages 
de Cerdon, la premiere version des Evangiles zelotes» 
la version anterieure aux corrections de Valentin, ce» e 
qui a ete remplacee petit a petit par les SynoptiseS. 
C'est celle dont il s'etait servi dans ses Antitheses 
aim de l'opposer a la version hj*pocrite que les etnule 8 
de Peregherinos pouvaient repandre autour d'eux po 
la tonte et le « degraissage » des moutons (1). 

a Tu allegues ton erreur pour appui, dit l'Egl |9e 
dans le De Iiesurrectione (2), tes ecrits apocryphes « 
tes fables toutes pleines de blasphemes. » Quel 
etaient les ecrits apocryphes et les fables blaspheme* 
toires dont Marcion faisait usage? Des Evangiles dans 
le genre du Proto-evangile de Jacques, le seul ou » 8 
mere aux sept demons ligure dans la Nativite sous so 
nom de Salome. Marcion avait done parfaitement sais 
l'identite charnelle du Joannes et de Jesus. C'esV 
Joannes qui etait le Nazir ; et pendant sa gestation 8 
mere repoussait certaines viandes comme contraires 
ce nazireat intra-uterin. 

Au point de vue des licences mythologiques, MarO 
ne contestait point que Jesus fut capable de descenur" 
du ciel et d'y reraonter, comme il le fait dans Cerintne 
dans Valentin, — c'est l'enfance de l'art, — mais il n ' 
qu'il eut pris naissance dans le sein de Salome : e |* 
eternel, il n'avait pu changer sa nature et sa condi" 
il etait descendu en Bar* Abbas pendaut l'annee 
bapteme. Avec plus de precision encore que \alen 
Marcion distinguait entre 1'individu qui dans le J 

(1) Cf. le present volume, p. 206. 
(i) Mis sous le nuni de Tertullien. 



— 255 — 



dain avail remis les peches, et l'etre qui descendait 
dans la fable pour doubler spirituellement le baptiseur. 
Dans I'Evangile dont Marcion s'etait servi, Bar- 
Jehoudda, d'abord presente sous son pseudonyme 
semeiologique de Joannes, ne devenait Bar-Abbas et 
Jesus, — c'est-a-dire fils du Pere et Sauveur, — qua 
Partir du moment ou la colombe, image de 1' Abbas, 
descendait sur lui, et ou la voix lui disait : « Tu es mon 
bar, je t'ai engendre aujourd"hui. » Ainsi, pour les 
^arcionites, qui venaient du Pont, le Joannes ne s'ap- 
Pelait Bar- Abbas et Jesus qu'apres les premiers cbapi- 
t.res genealogiques de Luc (1) ; et pour les Nazireens ou 
^bionites, qui demeuraient en Judee, il ne prenait ces 
deux noms, ou plutot ces deux qualites, qu'apres les 
chapitres genealogiques de Matthieu (2). 

L'Eglise dans Tertullien demande a Marcion des 
^moins oculaires de cette descente miraculeuse ; et pour 
Preuve de la naissance de Jesus en chair, elle produit le 
^ns fait par ordre dAuguste et conserve dans les 
ir chives de Rome (3). L'Eglise tire sareponse a Mar- 
cion du faux quelle a introduit dans Luc posterieure- 
^ e nt a Marcion et a Tertullien lui-meme. Car ni l'un ni 
^utre n'ont pu voir les registres du cens conserves a 
H °me, ils etaient brules depuis l'incendie du Capitole 
So «8Y eS p as i en . Et puis, s'ils avaientpu les voir, ils ny 
au raient pas trouve le nom de Jesus, ni raeme celui de 
Ba Mehoudda, celui-ci etant encore en Egypte lors du 
Jcensement de Quirinius, et Gamala n'etant pas compris 
dai »s cette operation. Si Marcion niait que Jesus 



'I Tertullien. Adienui jlartionem. 

fa! » **• ' ' ch - "• 2 - 

W Adtertut Oarcionrm, 1. IV, ch. Vll. 






— 256 — 

eut eu chair, c'est que le passage de Josephe n'exis- 
tait pas encore. Jamais Murcion n'eut ose soutenirune 
pareille proposition et dans Rome, dans la ville mem 6 
ou Josephe etait mort, si l'Eglise, d'un seul coup de 
pouce a la page interessee, eul pu lui demontrer sa 
folie ! 

Ce qu'on a essaye de dissimuler dans Tertullien et 
dans Epiphane, c'est que Marcion rejetait tout ce q 111 
avait trait a l'horoscope de Bar-Abhas. Son opposition 
portait non sur le faux acte de naissance date de 700 et 
introduit dans Luc, mais au contraire sur les premiers 
chapitres de ce meme Luc qui, d'accord avec YApoW 
lypse, I'Evangile de Mutthieu et toute la tradition 
d'Asie, placent la naissance de Bas-Abbas en 738, ving* 
et un ans avant le Recensement. En un mot, au tro»" 
sieme siecle, le faux acte n'etait pas encore dans le 8 
Evangiles dont s'est servi Marcion : ces Evang» eS 
etaient temoins contre l'Eglise (1). 

II est une chose que Marcion avait tres bien v ° e 
egalement, c'est que Said et ses gens avait ete en Iu tte 
ouverte avec les apdtres, et que le Jesus de la fable eta' 
un personnage inconnu a la fois des uns et des autre 9 - 
Que ce sentiment lui soit venu a la lecture de l'Evangi ,e 
dont il se servait ou a celle de Flavius Josephe, il ° e 
faut en cela considerer que la fin. Marcion avait y* 
clairement que les Evangiles n'etaient point Fhisto^ 6 
des douze Ap6tres, mais bien l'aruvre d'aigrefins q 01 ' 
pour conserver aux Juifs les benefices du hapten^' 

(1) Aossi, dans lrint'c. dit-elle que Marcion a laiss* a ses J '^ cl ^ n . 
non un Krnngite, mais un fragment d'Kvangile. Nous croyons vo^ ^ 
tiers qu'au temps ou cctte phrase fut ecrite, il ne restait p' u » &e 
Marcion qu'un fragment. Le reste avait ete sacrifie sur les autei» 
Bar- Abbas ! 



— 257 — 

avaient efface Phistoire de Jehoudda le Gamaleen et de 
ses fils et les avaient presentes aux goym sous de faux 
n ez, de faux noms et de faux papiers. 

III. — Marcion, pour demoutrer Pinexistence de 
Jesus, n'avait qu'un seul Evangile, et il ne pouvait en 
avoir davantage, parce qu'il n'y en a jamais eu davan- 
tage. II ne fautdonc pas s'etonner et surtout s'indigner, 
comme le fait PEglise dans Irenee, qu'il n'ait pas connu 
les autrcs. On Paccuse aujourd'hui d'avoir supprime 
du sien tout ce qui a ete ajoute dans les autres, notam- 
m ent dans Luc. Marcion n'avait pas plus d'interet a 
m utilerLuc qu'a negliger Cerinthe, Matthieu ou Marc. 
N s'est servi de ce qui circulait dans Rome, et on voit 
par lui que la Xativite de Bar- Abbas selon Luc, c'est-a- 
^ r e en 738, est la seule qu'il y eut a la Gn du second 
8 >ecle. Comme Valentin, il n'en a pas connu d'autre. 
^■es theologiens ont raison de dire que Pheresie est 
c onfirmative de la religion : Marcion a fortifie Jesus en 
m ontrant soninexistence. On s'occupa de le refuter dans 
le s documents memes qui Pavaient convaincu : vieille 
m ethode, infaillible quand on a le temps pour soi, la 
v °catio n du faux et Pimpunite. Marcion s'appuyait sur 
68 Evangiles pour nier Jesus, on insera dans celui dont 

s'etait servi pour sa demonstration, que Jesus etait ?ie 
^ Recensement de 760. On mit ensuite dans Tertul- 

en (1) que Marcion avait euu n disciple nomine Lucanus, 
I 01 avait profere les memes blasphemes et suivi les 
m emes impieles que Cerdon et Marcion. Ce Lucanus 
est un mythe, raais la supposition de son existence 
P°ivait servir au cas ou on aurait retrouve PEvan- 



<*)0« 



Prucriptions contrt Ul hrrttiqv I, ch. EXTOL 

1" 



"H 



— 258 — 



gile dont Marcion s'etait prevalu dans ses Antitheses* 
c'est-a-dire celui qui ne contient pas l'acte de nais- 
sance de Jesus au Recensement. On aurait dit que cet 
Evangile etait la version oil Marcion avait bifle cette 
piece essentielle! 

Pourquoi n'a-t-on insere cet acte de naissance que 
dans Luc, sans avoir jamais songe a le reporter dans 
Matthieuetdans MarcPParce que 1'Evangile aujourd'hui 
dit de Luc etait celui dont Marcion avait fait usage et 
qu'on n'en avait encore attribue aucun a Marc et a 
Matthieu. Ensuite, pour donner a cet Evangile lecarac- 
tere testimonial qui lui manquait, on lui supposa pour 
auteur Lucius, frere de ce Simon le Cyreneen dont les 
fils, Alexandre et Rufus, nommes dans certaines ver- 
sions nazireennes, etaient censes avoir assiste a I a 
crucifixion de leurpereau Guol-golta. Apresquoi, dans 
le meme Evangile, Jesus remit a Saul, sur le Mont des 
Oliviers, l'oreille droite perdue a Lydda, de maniere q°e 
cet Herodien put entendre Uar-Abbas lui demander sur 
le cbemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me p er * 
secutes-tu ? » 

En effet, on avait assis Bar-Abbas a la droite 
Dieu dans le ciel, c'est-a-dire a l'orient de Jerusaleu 1 ' 
Saul s'etant dirige vers le .Nord pour aller a Dam 8 
achever la deroute des freres du crucifie, il fallait nece»" 
sairemeut lui remettre son oreille Est pour qu'il P 
entendre Har-Abhas, en vertu de la formule ordinal* 
de celui-ci : « Que celui qui a des oreilles pour entena*" 
eotende! » II fallait aussi que les ecailles du '/■''' 
gauche, le piscis sinister auquel les evange'is 
l'avaient associe, — ils l'avaient loge a la me 
enseigne qu'Is-Keriotb, — lui tombasseut des ye" 1 



— 259 — 

"Out de trois jours, afin qu'il put se voir baptiser par 
Ananias, assassine deux mois auparavant par Bar- 
Abbas et ressuscite pour la circonstance (1). 

C'est a quoi s'est employe l'auteur des Aden, avec 
une precision qui s'allie a une intarissable gaiete. 
yuand il eut acheve, il forgea le tres excellent Theo- 
P_ , ' e » a qui il dedia ce chef-d'cruvre. Apres un repos 

en gagne, d'autres faussaires de la meme Eglise 

a yerent le nom de Saul de sa generation, comme le 

c °nimandait le Psaume de David invoque par Jacob 

J mor dans Valentin (2), et, une fois rentre en posses- 

°n des organes de l'ouie et de la vue, on lui fit ecrire 

8 lettres que nous connaissons sous le nom de Lettres 
de Paul. 

^aul a lui seul se chargea de dementir et Mansion 

°U8 ceux qui avant lui avaient connu le secret de la 

jStification evangelique. Partout, chez les Galates 

uord, ensuite chez les Thessaloniciens, en Mace- 

De et en Achaie, a Cesaree et a Rome, Saul s'ecriait : 

., e me suis converti en Paul et j'ai preche Bar- 

. as sous le nom de Jesus! D'ailleurs, enzdne dans 

e mture du frere Jacob que j'ai lapide, j'ecrirai 

ce qu'il vous pl a i ra , ,\ e Y ous genez pas, donnez- 



^oi des 



compagnons et des disciples, si cela vous fait 



. s,r , vous pouvez falsifier, ajouter, relrancher, cor- 

1 p' CaQ oniser, forger des lettres nouvelles, entasser 

^-olossiens sur les Ephesiens, et Tite sur Timothee, 

. onne ne protestera ! » On fit croire ensuite que 

p j l0n av ait parfaitement connu les Lei tres de 

1 ma 's que parmi celles qu'on attribuait a l'Apotre 

*«* Hang, Ui de Satan, troisitme ptrtie. p. S63. 



— 260 — 

des nations, il n'en admettait pas plus de dix, et encore 
a correction. Combien y en eut-il en tout? A qui 
adressees? Comment divisees? On en produit aujour- 
d'hui quatorze. II semble qu'il y en ait eu davantage, 
qu'on en ait substitue de nouvelles a. d'anciennes doDt 
on n'etait pas content, et qu'on ait repudie la Lettre 
aux Galates, sinon en totalite, du moins dans certains 
passages compromettants. Car nous vovons le faus- 
saire jeter la suspicion sur certaines lettres qu'il ne 
designe pas et les arguer meme de faux, de maniere a 
pouvoir dementir a son gre le tout ou la partie. 

Niant l'existence de Jesus, Marcion niait celle des 
Ap6tres, les Douze comme les Soixante-douze. L e9 
Actes des Apotres sont done posterieurs a Marc-ion- 
Une longue periode de temps s'est ecoulee pendan» 
laquelle les Gnostiques tiennent tout le theatre, ne lai s " 
sant aucune place aux aigrefins qui ont introduit ' a 
Nativite de Jesus dans Luc, et dans le monde les Ac' eS 
des Apdtres et les Lettres de Paul : les trois grand 9 
faux que l'Eglise oppose aux defenseurs de la verite. 
De meme qu'il n'y avait pas moyen de trouver un sen 
temoignage sur Jesus, en dehors de l'Evangile, il ^' aI 
impossible de trouver, en dehors des Actes, un sen 
temoignage sur les rapports apostoliques de Saul a* 
Joannes, Pierre et Jacques, a fortiori avec les Do"' 
Les passages ou ces rapports sont supposes aujo 
d'hui dans la Lettre aux Galates, l'entrevue dA°^ 
tioche notamment, et la dispute avec Pierre, n e s 
invoques contre les Gnostiques par aucun des avo 
d'Eglise qui s'appuient sur la prescription. Ce m ] 
de droit est lui-meme eliminateur de la preuve. 
C'est pourquoi, laissant de cdte, sans la rep 



— 261 — 



completement, la Lettre aux GaJates, embarras per- 
Petuel pour les marchands de christ qui l'ont fabriquee, 
& a fallu souder Saul a Bar-Abbas, done Paul a Jesus, 
Par une revelation nouvelle dont Luc aurait ete le 
temoin. De la la necessite de creer d'abord Luc. On y 
Parvint en lui attribuant les deux ecrits dedies au tres 
excellent Theophile : un Evangile et les Actes des 
ApOtres. Aussi lit-on aujourd'hui dans Irenee que 
Luc fut Vinseparable de Paul, associe a toutes ses 
tabulations, historien fidele de toutes ses aventures, et 
s °n compagnon de travail dans la predication. « Or, 
demande Irenee, comment ceux qui n'ont pas ete les 
as socies de Paul peuvent-ils se glorifier d'avoir appris 
" e lui des sacrements caches et inenarrables, alors que 
p ttc , qui ne l'a jamais perdu de vue, ne raconte rien de 
lu * dans les Actes qui ne lui soit en quelque sorte 
^mmun avec Pierre ? » 

Nfautdonc croire aveuglement que Luc n'a pasquitte 
^ au l dune seconde ; il est temoin oculaire et auriculaire 
de Paul ; oculaire au Mont des Oliviers, quand Jesus 
rer «et l'oreille de Saul ; auriculaire, quand il lui rend 
8es yeux S ur le chemin de Damas. Et savez-vous qui a 
re aseig n e Irenee ? Luc lui-meme, et point d'autre. « II 
J° UfJ a communique ce quil avait appris, comme il 
alt este lui-meme. » Appris seulement ? Alors il n'a pas 
^ U ; Pas entendu? Irenee ! Irenee ! vous tuez ma foi! En 
* a )a me dites-vous : « Qui rejette Luc comme ne con- 
usant pas la verite, rejette aussi l'Evangile de celui 
° nt U se dit le disciple » ; e'est Gni, je ne vous crois 
F, U8 > Je passe sous les enseignes de Marcion et des 
^ionites, 

iav ention de Paul faillit se retourner contre Pierre, 



— 262 — 

malgre les aigrefins qui lui subordonnaient Paul. Les 
pauiiniens ne voulaient pas qu'il y eut eu d'autre 
Apdtre. Les millenaristes et les gnostiques ne voulaient 
pas qu'il l'eut ete. « II faut opter, dit Irenee. Ou l>ien 
renoncer a l'Evangile dont Luc seul nous a donne 
connaissance (1), ou bien, si on le re^oit comme les 
autres, on doit recevoir egalement le temoignage que 
Paul a rendu de Iui-meme, dans les Acles, sur le chemin 
de Damas. La, point de doute : c'est bien le Jesus de 
Luc qui crie a Paul du haut des cieux : « Je suis JesuS' 
Christ que tu persecutes. » C'est bien le Jesus de 
Luc qui donne a Ananias l'ordre de baptiser Paul pour 
le reunir aux Apdtres. Nier que Paul soit apdtre, c'est 
se separer du groupe des Apdtres reguliers. Ceux q ul 
le nient ne peuvent ni pretendre que Paul ne soit p aS 
un Apdtre ni montrer que Luc a menti. lis doivent 
s'en rapporter aux Actes oil Luc annonce la veflte 
avec le plus grand soin. » N'en deplaisea Irenee, Luc f 
au contraire, a menti furieusement, et ce qu'on appe' 1 
l'apostolat de Paul n'est que le resultat de ses men" 
songes scripturaires. II en est ainsi de l'acte de naiS" 
sance de Jesus. Paul et Jesus sont issus du meme sang- 
« Voyons, dit l'Eglise dans Tertullien (2), ce qu'ont re5 
de Paul les Corinthiens et les Galales, ce que li» e0 
les Philippiens, les Thessaloniciens, les Ephesiens, 
qu'annoncent les Romains a qui Pierre et Paul o 
laisse' les Evangilessignes de leur sang (3). Nous avo 
encore les Eglises fondees par Jochanan (d'Epbese;- 

(I) En ellet il esl le seul ou l'Eglise ait donne un corps a Jes" s ™ 
sa Nativile au l(ecen<eincn(. 

,3) Hris dans la Pastio Petri et Pauli, bien posterieure auxecnw 
pseudo-Clement. 






— 263 — 



Quoique Mansion rejette son Apocalypse (i), cependanf 
l* suite des evdques qui remonte jusqu'h Vorigine 
s'arrgfe a Jochanan comme asonauteur. C'est ainsi 
'ju'on reconnait la source de toutes les autres Eglises. 
Or ce ne sont pas seulement les Eglises apostoliques, 
m ais toutes les Eglises qui leur sont unies par le sceau 
d'une meme foi, qui possedent l'Evangile de saint Luc 
des sa naissance (2). » 

Aprfes avoir supprime Mansion pour pouvoir adul- 
ter son temoignage, l'Eglise dans Irenee l'accuse 
d'avoir prSche, a la suite de Saturnil, les doctrines 
contre nature que prechait Bar-Abbas et que Jesus 
r eprend dans l'Evangile avec de legeres attenuations. 
« Les sectateurs de Marcion et de Saturnil ont 
PfSche le celibat : c'etait violer les droits de la creature 
et accuser obliquement Dieu qui a fait l'homme et la 
' ei ume pour la reproduction (3). » 

Ailleurs, dans Justin, elle donne a entendre que les 
Marcionites pourraient bien etre les vrais coupables des 
Cru nes coramis par les adorateurs du christ asinaire. 

* Marcion du Pont, qui enseigne encore aujourd'hui, 
Professe la croyance a un Dieu superieur au Createur. 
Avec l'aide des demons il sema le blaspheme a travers 
le moude, fit nier le Dieu createur de l'univers, etins- 

«Oart Marcion «*jetail en effet toute la revelation du Joannes, et il est 
C*.T f ans "oir entendu parler de Jochanan qui sappclait encore 
^nnUie. 

oj^^t-a-dirc des la naissance que FEglise attribue a rEvangile 
cont ^ )uve 'e faux acte de naissance de Jesus. Elle fait cet Evangile 
l>^ ein I>orain du pseudo-Jccb.in.ind^Ephescet Luc disciple dupseudo- 

&)' Us 




i qui 



— 264 — 

pira a ses adeptes la pretention qu'un autre Dieu 
superieur a fait des ouvrages plus merveilleux. Tous 
les sectateurs de cette ecole, comme nous l'avons dit, 
sont appeles christiens, de la meme maniere que, 
malgre la difference des doctrines, le nom de philoso- 
phes est donne a tous ceux qui font profession de 
philosophie. Se rendent-ils coupables des infamies 
qu'on met sur le compte des christiens, comme ces 
extinctions de lumiere, ces promiscuites, ces repas de 
chair humaine? Nous Vignorons ; mais ce que nous 
savons bien, c'est que vous ne les poursuivez pas et 
que vous ne les mettez pas a mort, du moins a cause 
de leurs opinions. D'ailleurs nous avons compose un 
liure sur toutes les heresies. Si vous voulez le Ur e ' 
nous vous le donnerons » (1). 

En effet, Antonin et toi, Marc-Aurele, a quoi penses- 
vous? Pourquoi n'avez-vous pas livre les MarcioniteS 
a vos bourreaux ? Est-ce parce qu'ils ne vous ont pas 
ete denonces en bonne forme? Voulez-vous qu'on vous 
les denonce dans une apologie que nous datons o 
votre temps? Vous verrez que deja, sous votre regne« 
ils eteignaient les lumieres (a l'aide d'un chien, cotaO^ 6 
dans Fronton et Minucius Felix), mangeaient les pet 1 
enfants et se plongeaient dans les incestes les p' u 
revoltants (toujours comme dans Fronton et Minuciu 
Felix). Pourquoi vous etre obstines a ne poursuivre 
que ces jehouddolatres dont les crimes epouvante 
l'imagination publique? 

(I) JosUn. /'• Apol., xxvi. Le fiussaire est alle trop loin dan t p ^ 
passage. 1'ersonnc. m dans Irenee, in dans Tcrtullien. ni dans P - 
pbanc. ni dans les PHilotophoum'na, n'a oui dire que Justin cut 
un livrc Sur touttt let hernia au teoip> d Antonin Jc I'ieux! 






— 265 — 



Quand on anathematise Marcion pour la seconde fois 
da ns Justin, ce n'est plus du tout pour les memes motifs 
<l u e la premiere. Les demons ont suscite Marcion, qui 
" e nseigne encore ii present » ou plutdt au nom de qui on 
enseigne encore (1). II nie le Dieu createur du ciel et 
de la terre et le christ, son fils, annonce par les pro- 
Pfo'tes, pour precher un autre Dieu a cdte du dieu crea- 
te «r de toutes choses, et un autre fils. Beaucoup accep- 
tet >t sa doctrine comme vraie et se moquent de nous. 
Us ne peuvent rien prouver de ce qu'ils avancent (faute 
^ e propheties evidemment), mais stupides comme des 
*^ p ebi s enlevees par le loup, (comparaison tres evange- 
i^e), Us sont la proie de I'athe'isme et des demons. 
7** le seul but de ces demons dont nous parlons est 
d'arracher les Lommes a Dieu leur Createur et au christ 
80n premier-ne! » 

Si Justin avait ete jehouddolatre et qu'il eut compose 

Un 'ivre contre Marcion, c'est de toute autre facon qu'il 

Parierait de ce dangereuxadversaire. Ce quil'eut touche 

e . tt Marcion, ce n'est pas sa theorie sur le Dieu supe- 

J e «r au Dieu des Juifs, c'est sa negation de l'existence 

! e . Jesus. Pour persuader Antonin de cette existence, il 

VJ e ut falb passer sur le corps de plusieurs millions 

n °mmes. C'eut ete la grande bataille (elle ne com- 

^ en ?a guere que sous Julien). Justin n'eut pu la refuser 

^ ecarUnt Marcion d'un geste dedaigneux, en disant 

Antonin : « Voyez done si par hasard les chrestiens 

a e Marcion ne renverseraient pas de lumieres dans leurs 

^sembloes et ne mangeraient pas de chair humaine, 

mm e on nous en convainc nous-memes. » Non, il eut 

J ******* Apologie, ch. LVHI. 



— 266 — 

fallu s'expliquer categoriquement, aborder le fond du 
debat et prouver Jesus non par prophetes, mais p« r 
temoins et par apotres. Ces temoins existaient, dit 
l'Eglise; outre les Evangiles, si dignes de foi ! ily avail 
les Actes de Pilate, les Lettres de Paul, celles de 
Pierre, ceiles de Clement, de Jacques, frere de Jesus, 
de Jude, d'autres! La terre etait herissee d'eglises foB" 
dees par des hommes qui avaient connu Jesus, occu- 
pees par des Papias et des Polycarpe qui avaient jo" 1 
de la conversation de Jochanan, l'apdtre bien-ainie* 
Pourquoi, ayant a convaincre un Empereur tel qu'An" 
tonin et a combattre un heresiarque tel que Marcioi>i 
l'Eglise ne produit-elle pas ce magniQque ensemble de 
concordances? Pourquoi surtout ne dit-elle pas a PES 
pereur : « Ouvrez Flavius Josephe? » 

IV. — Faute d'avoirfait cettepreuve, l'Eglise encoU" 
ragea les Calnites non Juifs a suivre I'exemple <* e 
Marcionite's. Tout a fait opposes a Bar- Abbas, Us °° 
parlaient de la Loi de Molse qu'avec le dernier meprJ 3 ' 
elle reposait sur une intelligence mauvaise, et c et 
un bonheur que Bar-Abbas n'eut pas ete envoye p° 
l'accomplir, comme il 1'affirmait dans 1'Evangile. 

II faudrait savoir egalement sur quels motifs se , 
daient cenx qui, comme les Archontiques, traitaien 
Nouveau Testament (l'Ancien aussi) de tissu dem 
songes. Epiphane, dans lequel on refute toutes 
heresies, ne croit pas o devoir donner les arguments 
ceux qu'il refute », il a tort, car c'est par 1* 1 
aurait fallu commencer. ^ 

Qu'est-ce que combattent tous ces hommes? k s 
le Ji-sus des Evangiles ou 1'auteur des Parole 
Rabbi? Demandons-le aux Pliilosophoumena, * a 






— 267 — 

d'Eglise(l). Les Philosophoumena ne meritent aucune 
Cr eance, mais l'imposture n'y est pas coutinuelle, comme 
dans Irenee et dans Epiphane, par exemple. 

On les a d'abord attribues a Origene, puis a Hippo- 
vk ; mais apres reflexion on a decharge ceux-ci d'un 
Uvp e qui parfois sent le fagot. Ce livre n'en reste pas 
"loins tres embarrassant pour 1'Eglise a qui il apporte 
"-ans une mesure inegale des secours et des deboires. 
l,e 8 deboires, ce sont les vilenies qu'il prete a plusieurs 
P a Pes; mais apres tout 1'Eglise s'est resigm-e a n'en 
av oir pas que de bons. C'est aussi la constatation, et 
Par un ecrivain ecclesiastique, de Paroles du christ, 
Paroles « ecrites » que les Philosophoumena donnent 
comme citees, discutees, combattues par des heretiques 

. u second siecle. Des le moment que les hereliques les 
Clt «nt au cours du second siecle, c'est qu'elles etaient 
^tes a la fin du premier, telle est la conclusion de 

E e»se, qui feint de prendre les Paroles du Rabbi 
Ur 'es quatre Evangiles canoniques. 
,,. V — Par les gnostiques de tout ordre qui connaissaient 

Existence charnelle de Jesus et qui l'avaient affirmee 

^ t() ut lieu, la Yerite faisait a 1'Eglise un proces acca- 

ant. £ t q u j defendrait le mensonge? Ce qu'il fallait, 

et ait u n avocat, un homme de sac et de robe, plaidant 

si*.} e °° ne sait de quel siecle apres le cinquieme, Decouverts an 
ro >niin ' les PMIotOfhoumena ont ete un coup pour 1'Eglise 

et q Up ' parc « que deux papes au inoinsy sont convaincus dheresie 
les Vri I bien des passages relatifs au second siecle. 1 auleur cite 

8f, l*te« eva »geliques sans nommerune scule fois les quatre Evan- 
de 8 d . Pontes par lEgiise dans le c«non comme contemporains 
U s " Xe Apotres. Les Vhilosopkoumfna font grand elat de Paul, cest 
''A 0ci e ""torite nominalc quili invoquent apres les ecnvains de 
ecc l*8i» T esla «nent. La encore, c'est Paul qui reniplit toute la scene 
«ige aim , q ," e - U ' ,reuve de ''"'***«»<* de Jesus, ce nest pas le col- 
s «oli 1ue donl j! es , CIJlour e r c - e5 t Paul. 



— 268 — 

tout, voire l'absurde. On enz6na Tertullien qui etait 
un montaniste, c'est-a-dire un antichristien, de la pre- 
miere partie du troisieme siecle. « Quiconque nie q" e 
Jesus-Christ soit venu aumonde dans un corps de chair, 
celui-la estl'Antechrist », dit Tertullien (1). Deuxlivres 
contre Marcion, un livre sur la Chair de Jesu*' 
Christ, un autre sur la Resurrection de la c7ia"*» 
Tertullien repond par quatre ouvrages auxbravesgeH 5 
qui ont refuse de diiramer Dieu. Aucun de ces Pro J7ie"* 
dado qui n'ait ete ecrit par les gagistes de l'Egli se- 
Apres s'etre adresse a Marcion, corarae s'il vivait encore 
et flit capable de jouer aux des ou de frequenter > eS 
theatres, Tertullien combat des ecrits qui emanent 
ses arriere-disciples ! On voit tout a coup apparaitr^ 
dans le traite De la resurrection le nom de Jerome q 111 
est de lafindu quatrieme siecle ! Dans les Prescript* 011 
contre les heretiques, il est question de la decapitate 
du Joannes baptiseur qui n'est entree dans les Syn°P" 
tises qu'apres Tempereur Julien, mort en 363 y 
VE. C. ! 

Pour Tertullien, les temoignages contraires a 1 eX * 
tence de Jesus sont irrecevables. En faveur de pffl 
Abbas il y a prescription contre la verite, prescript 
contre Dieu, prescription contre l'honneur, prescrip 
contre le bon sens, c'est l'avocat de Carthage qui 
l'emporter (2). Que savait-on de particulier a Cartbag 

(1) Ceci emprunte aux fausses Lettres de Joe'ianan. r j[iqU eS ' 

(2) An chapitre u <lu traite De la prescription contre lei *|K[J|g 
il y a prescription nolamment contre Phygellc. Ilerinogene. . ^ o 
et Hyiuenec noiumes dans les Ltttret de Paul. II y a P^^erip- 
conlrc Marcion qui est line victime des philosophes. II y a P 

lion contre Apelli-s, rb. ill VerJS* *' 

Dieu a un lils qui s'est fait bouiuie dam le ventre de la »• *« 
qui s'est appele Jesus-Christ des sa naissance, ch. vu. 






— 269 — 

dontput arguerun procedurier comme Tertullien ? Rien, 
la prescription etait opposable, voila tout. « — Mais? — 
N on, il y a prescription. » Ceci condamne l'Eglise. C'est 
f'aven qu'il n'y a rien dans les Evangiles, rien dans Its 
Actes, rien dans les Lettres de Paul, par quoi Ton put 
c onclure contre les Gnostiques. 

Tous leurstemoignagesrestent aflot,toutesles repli- 
es de l'Eglise coulent a pic. Prescription, c'est: 
tt Tarte a la creme ! » Tertullien ne dit pas : « Tu nies 
Existence de Jesus, elle est prouvee par temoins. » 
N°n, en droit, — en droit ! — il y a prescription, et 
d'ailleurs Dieu peut tout : Jesus etait a la fois homme 
el dieu, done il est ne. Tertullien en atteste les pro- 
Phetes, mais il n'atteste aucun des ap6tres, sinon Saul 
qui a preche Jesus crucifie, enseveli et ressuscite. Ce 
a 'est pas Pierre, c'est Saul qui a preche ceschoses. Dans 
le traite De came c/irish, l'argumentation est de la plus 
extreme indigence : Jesus a vecu, parce que l'Eglise le 
J 1 d'apres les Ecangiles, les Lettres de Paul et les 
Pr ophetes. Ainsi les propheties sont considerees comme 

lc L « Ecritures dans lesquelies cela est constate font foi contre tous 
tmoignages contraircs. ch. is. 
■ D| p d octrine que preche l'Eglise est bicn celle qu ont precbee les 
u * e Apotres, ch s. 
tW Joannis qui repose sur la poitrine de Jesus dans Cerinthe est 
, "teur de VEconqile auquel on a donne son nom ; a ce seul Joannes 
donn/- r * vele qui le trahirait, ,pends-toi, Clement!! .et il | Jesus) la 
?• Marie pour lui tenir lieu de CIs a sa place*, ch. si. 
aul est reel e t ses Lrttrri sont authentiques. ch. sn. 
" n .v aTaU pas de christiens avant Jesus-Christ, ceus qui disent 
«e J° nt des "nposteurs. Marcion. pilote du Pont-Euxin, et \alentm 
,,u, F ' 1 * , . on icien etaient jehouddolalres avec tout* lEghse roroaine, 
■V ao d Us se sont devoves sous lepiscopat du bienlieureus Eleuthere: 
ot >t etc chassis deu's fois de lEgli>e. Marcion avee les deus cents 
P»r i s qu ' a y av »>l apportes, pour avoir corrompu quelques freres 
•Eel- "" foUes opinions. Marcion allait rentrcr dans le giron de 
^ sus * quand la mort la surpris, ch. siv. 



— 270 — 

des temoignages (et si Ton va au fond il n'y en a pas 
d'autres, puisque les Evangiles ne sont que les pro- 
pbeties en action). Les demons eux-memes conviennent 
que Jesus a eu un corps : temoignage eminemment 
respectable, emprunte aux exorcismes de l'Evangile ! 
L'Evangile et Paul pour toute preuve, mais chez Ter- 
tullien un aiguillon de foi d'une penetration inoufe : ' a 
passion de Pargent. Pour lui Bar-Abbas est ne d'une 
Vierge, et les medecins de Carthage sont du meme 
avis. (Mais les sages-femmes de Judee et d'Egypte'' 
Au dessus de tous les arguments, celui-ci : la preuve 
que Jesus a bien eu un corps, — et pourl'Eglise rieu 
de plus sur, elle en vit ! — c'est que les negateurs de 
son existence le verront apparaitre au jour du jugera eD * 
avec le meme corps qu'il avait sur la terre! En" ' 
dernier argument, celui qui a survecu : « Credo qV l * 
absurduni, je crois parce que c'est idiot », et q 1 " 
n'a meme pas le merite d'etre sincere, personne u fl 
connaissant mieux 1'inexistence de Jesus quel'auteuro 
ces turpitudes. 

Disciple de Marcion, Apelles avait compose un b vre 
de Syllog ismes dirige contre les Ecritures juives etle 8 
Paroles du Rabbi. Pour lui tout ce que Molse a ecr» 
de Dieu est faux, Dieu n'a point elu de peuple. Pour 
qui est des Ecnngiles, cest une mystiflcation pure q° 
les corrections et les additions embrouillent chafl 
jour davantage. Deja, au temps d'Apelles, Jesus a cess 
d'etre un fantdme tout a fait independant de Bar-Abba » 
comme dans les versions primitives ; c'est toujo 
un esprit, l'Esprit, mais incorpore a l'individu quia 
crucifie : Topgration de la resurrection, telle qu'elle 
presentee par les evangeliates, rend a chaque elem e 



(P£fPPIVNPpP 



— 271 — 



^ que Jesus lui a emprunte; a la terre sa depouille 
c uarnelle, au ciel l'esprit qu'il en a apporte. Tout cela 
es l superieurement vu. 

Les Revelations que suit Apelles sont intitulees 

l&nifestes de Philumene. Cette Philumene occupe 

ans le systeme d'Apelles le rdle d'Helene dans la 

yJ'ande exposition de Simon de Chypre, et celui do 

°pbia dans la Sayesse de Valentin. On a done agi 

ec la Philumene d'Apelles comme avec l'Helene de 

^on, l'Eglise en a fait une prostituee qui accompagne 

•"tout l'infame Apelles! (1) Apelles n'a pas observe la 

'inence de son maitre Marcion, « ennemi declare de 

Ce qui sentait l'impurete » (2) ; il s'est laisse aller 

charmes de Philumene, laquelle s'est rendue celebre 

ses prostitutions! C'est elle qui lui a souffle les 

n >iestes antijehouddolatres, que quelques-uns de ses 

ateurs ont encore, dit le pseudo-Tertullien ; mais 

secte est trop posterieure aux apdtres pour que 

temoignage puisse leur etre oppose. Valentin, 

, °n et Marcion sont les principaux corrupteurs de 

. '"e; apres eux il y a Nigidius, Hermogenes et plu- 

8a' S au * res - Mais fout-ils des miracles comme en fai- 

Cou ramment les apdtres ? Non. Alors ou est leur 

aut orit6? 

^turellement tous les predecesseurs de Marcion, et 

f .i . Ses successeurs pendant un laps de temps conside- 

> e taient morts sans avoir connu I'extrait de nais- 

L'P % ■'gsus. Les Apelleens etaient de ceux-la. 

d'a • - l8e ^ ans Tertullien accuse tous ces heretiques 

r oiffe ce document dans leurs exemplaires des 

(2) flL "^''O. Dei prescription conlre Ut htritiquet, di. myhi. 
l****riptio*i conlre Ut kertliquet, ch. xiv. 



— 272 — 

Evangiles, elle oppose a Apelles un Evangile « ant6- 
rieur a l'erreur de Mansion > et qui fait mentiou des 
parents de Jesus a propos de sa naissance au Recense* 
ment! (1) Voila ce que les heretiques ontretranche d e 
leur Evangile pour etayer leur theorie de la non-exis- 
tence de Jesus et de son identite charnelle avec Bar- 
Abbas! (2) 

Apelles, en un mot, n'etait point dupe, observant et 
faisant observer que, pour sentir l'inexistence de Jesus, 
il suffisaitdu passage oiiil demande : < Qui est ma mere 
et qui sont mes freres ? » et par oil il fait entendre q" " 
n'a dans le monde ni pure, ni mere, ni freres, ni soeurs. 
autrement dit qu'il n'a point eu chair. A Apelles l'Egl' s f 
dans Tertullien repond par l'argument qu'elle avait dej* 
decoche a Mansion. On ne previendrait pas Jesus que sa 
mere et ses freres sont la, s'ils n'existaient pas, eX sl 
par leur existence ils ne confirmaient la sienne. ^ a 
reponse de Jesus vient de ce qu'il etait tres occupe e n 
ce moment, que sa pensee etait loin d'eux, et c'est 8 
tort que les Apelleens laconsiderent comme une pre u ^ e 
de la non-humanite de Jesus. Au surplus on peut & v0lT 
perdu sa mere (3), n'avoir pas de freres (4), et existe 1 " 
tout de meme. Et c'est pourquoi les imposteurs du gen r 
de Tertullien accusent les heretiques du genre r° ar " 

(1) On veut parlcrde l'Evangile aujourd'hui dit de Luc, le scul o 
soit question de ecla. Cf. Let Martha mis de Chriit, p. SOI- j^ 

(i) Au contraire, c'est -*ur la nativite de Bar-Abbas en "3S 1 0< n|o- 
Cerdoniens. les Marcionites. les Valentiniens, les Apelleens, '<* ^ 
lemeens, les Alexandreens, tout le monde enfin. a part les '"""^jee 
s'appuyait pour demonlrer l'inexistcncc a cili de lui d'unp«' rsoD 
appele Jesus, ne en "60. u j S - 

(3) Sans doutc, mais Bar-Abbas n avail pas perdu la sienne, P 
quelle est au Guol-golta en "89. ^ 

(*) Sans doute, mais Bar-Abbas en avail ,-ix, plus deux - 
Thamar et Salome. 



— 273 — 



c »onite et apelleen d'avoir supprime, a cette occasion et 

e n cet endroit, le passage oii il est dit que les disciples 

^nnaissaient parfaitement Joseph le charpentier, qui 

passaitpour etre son pere, sa mere Marie, ses frereset 

8es soeurs, de maniere a enlever aux lecteurs l'idee qu'il 

ut ne a la facon des hommes. On fait done a Apelles 

e meme grief qu'a Marcion, celui de ne s'etre servique 

«n seul Evangile et encore pas tout entier. Entendez, 

.* donne l'origine du renseignement (1), qu' Apelles, 

^•juif determine, montrait qu'il n'j- avait point quatre 

^angi'Zes, mais un seul. 

L episode de la visite a Salome et a ses enfants dans 

ur maison de Kapharnahum (2) etait la grande preuve 

i u Apelles fournissait de l'identite charnelle de Jesus 

Ve c Bar-Abbas. 11 n'etaitpas danstous les Evangiles, 

P'Usqu'a rheure actuelle il n'est pas dans celui de 

finthe. Cerinthe se trouve done parmi les heretiques 

le 'r'^ 8 ^ G ' avo ' r su Pprime. Mais cet episode etait dans 

san an 9 iles dont Marcion et Apelles se sont servis, 




du p ^ 1 ^ " P aru avant rerreur de Marcion », lesfreres 
8us selon le monde n'avaient point cru en lui, et 
rait une des raisons qui expliquent la durete de sa 

Martif 6 " ^ a m ^ re non P' us ne ' e su^^poin 1 ! ma is bien 

les C Ct *^ ,arie ' 1 U ' ne toi etaient rien » (3) ; les crachats, 

unlets, les injures qu'il a recus temoignent asser 

""a*, cl! e ' dans ,a continuation anonrrne du Iraite Dei pretrrip- 
(2) cr • " *' ch. mx. 

h * 3 > Rien * Eran 9 itf ' ** Satan, deuxieinc parlio, p. 13. 

^it du ip Ut ses MBUrs - t^s *criU mis sous le noin de Terlullien 
V " l 'es en „ e " lps ou lcs deux sa-urs de Bar-Jeboudda etaient deja tra- 
s «urs d'Elcaiar. 



18 



— 274 — 

qu'il etait homme, et disgracie de la nature, voire dif- 
forme (1), ainsi que le voulait Isale. Tertullien en a 
meme a ceux qui, par une subtilite tenant au sens 
intime de l'allegorie, entendaient que la chair de Bar- 
Abbas avait ete de la mfime substance que 1'ame. 
Tertullien veut que Jesus ait ete homme, en tout point 
semblable aux autres hommes, et il cite l'episode de la 
Samaritaine, qui n'est precisement qu'une theophanie • 
II ne veut pas qu'il soit ange, comme le soutiennent 
quelques-uns, (parce que d'un ange on ne peut faire un 
dieu), ni qu'il soit simplement un homme de lalignee de 
David, eten quiparle un ange superieur aux proplietes, 
comme le voulait Ebion (2). Non, il est vraiment homme' 
et vraiment dieu, etant fils de Dieu (3). Cependant l 
invoque Pierre qui dit dans les Actes : « C'est Jesus 
Nazareth, celui que Dieu vous a montre et qui e 
homme. » . 

Ces « freres duMaran», qui dans les Leltresder aU 
se promenent avec des femmes-sceurs a Antioche et 
Asie, ce Jacques, frere du Maran, qui dans les AC 
conduit I'eglise de Jerusalem et morigene toutes 
autres, sont done toujours des freres de Bar-Ann 
Le passage sur Joannes-baptiseur, le passage 
Jesus-Christ, le passage sur le martyre de Jacq J 
frere du christ, ne sont done pas encore dans Josep 
La decapitation du baptiseur n'est done pas en 
dans Marc et dans Matthieu? II est done ttm J°" s 
permis de dire, meme dans les ecritures canoniq" 

(i) II ilait laid, petit et coinniun. niais point diffonue. t ^ri- 

(2) Auteur iiuaginain- de l& secte des Ebionites, donl 1 aui 

table est Jehoudda, pere des sept disciples. . ^ 8 d** 

(3) Oui. oui. nous le savons. c'est Bar-Abbas. Que cclui q 
oreilles entendel 



- 275 — 



que Bar-Abbas a eu des freres qui n'etaient pas des 
cousins, et des sceurs qui n'etaient pas des cousines ? 
^ette avalanche de freres et de sceurs tombe sur ceux 
J«» maientla venue en chair de Jesus; Matthieu et Luc 
Proclament toujours que Bar-Abbas est le premier-ne 
^ 8 sept fils ; Marc, Cerinthe, Paul viennent a la res- 
8es S f Se ' 6t t0US ' * ° nZe re P rises d '""erentes, parlent de 
p eu " Ct de S6S SCEUrS- Cela embarr "ssera bien un 
ceux qui tiendront pour la virginite de Marie, mais 
H importe ?il fautcourir auplus presse, qui est de de- 

Jesi ' P ar ,a n °mbreuse famille de Bar-Abbas, que 
us a bien existe en chair et en os. 

H' av ° mme . A P elIfes > Alexandre professait que Jesus 
^acteH 0111 ' GU decor P s ' n'etant point ne, en depit de 

ae naissance qui est aujourd'hui dans Luc. 
u n | and ° n eut for S e cet aete et qu'on l'eut insere dans 
anx J**&f» donne comrae anterieur aux Marcion et 
«U8se f eUeS ' *' fallut bien inv enter des temoins qui 
8e fu D >U le portrait de J ^ sus avant que ces heretiques 
cel a f ** e J' Permis de nier son existence. Sitdt que 
^ntem r6t ®> *' se tr °uva dans Irenee des gens qui, 
QJent _ ains d 'Anicet (1), -cela juge le renseigne- 

8u °8tanf a [ aientrepr ^ Sent6 3U vifla figure du Juif con " 
et^ q au Pere, et, chose curieuse, ces gens avaient 

deJ esu s P f o < r atl ? nS .' cest " a - dire negateurs de l'existence 
Cr ati en -'"nsi une certaine MarcelUna, jadis carpo- 

pei utes j' * tait venue a Rome, raontrant des images 
1 Ue Pil » C . U9 ' entre lesquelles il y avait un portrait 
J * 8 U8 V ^ US ,ui " m f me avail fait d'apres nature, lorsque 
ait parmi les hommes ! Comment conserver dea 

{i) *% S.*"?* 6 * 15M66 m ,a liMt ' dcs I*!**- 
P^scnt volume, p. 161. ^^ 






— 276 — 

doutes sur l'existence de Jesus, quand on avait vu col- 
porter son portrait signe : Pontius Pilatus fecit, pro 
Cass. Tiberio impcratore curator apud Judwos, Hie- 
rosolymx, anno christi XXXIII (car il est certain 
que Pilatus, honteux des fastes consulaires, avait date 
son oeuvre de l'ere chretienne). Ah! quelle belle chose 
c'eut ete d'entendre crier sur la Canebiere du Tibre : 
« Demandez les Ada Pilati avec le portrait de Jesus-- 
presque par lui-mSme ! » Les Marcellinistes ont aussi des 
statues de Jesus, dit Irenee, ils les couronnent (d'epines 
juives ou de lauriers romains ?), ils les mettent en bell 6 
place avec les images des philosophes, de Pythagore, 
de Platon, d'Aristote et des autres. Ces statues 
n'etaient-elles pas dues a Peregherinos? 

Le portrait de Jesus par Pilatus eut un tel succes q ue 
selon l'Eglise, dans Lampride (1), Alexandre Severe vou- 
lut mettre Bar-Abbas au rang des Dieux. II va sansd"* 
qu'Alexandre Severe raourut dans la profession du pag a ' 
nisme, tout comme Tibere, quoique Tun et l'autre, a 
dire de l'Eglise, eussent ete touches de la grace a 
point que le dernier parlait d'elever un temple au cr»_ 
cifie de Pilatus! Constantin mourut de meme, Ta ° 1 ,., 
palen, moitie arien, c'est-a-dire heretique, quoiq u 
ait ete canonise par l'Eglise comme jehouddolatre. 

VI. — Parmi ceux qui ont nie le plus vigoureu 
ment l'existence de Jesus, les Monarchiens ont 
faire valoir plus d'un argument raisonnable. D e 
nombre sont Praxeas et Victorin, deux ■^ s ' all( 'i u5 
venus en Italie au troisieme siecle. On ne salt P 
bien en quoi consistait leur doctrine, mais elle 

(1) Lampride, un des sutcurs de I'Uiitoire augiult, e*t du q us 
S iedc. 



— 277 — 

tellement genante que l'Eglise l'a fait entrer parrai 

celles auxquelles elle oppose la prescription. On croit 

v °ir (i que, combattant la division de l'Etre supreme 

ei » une trinite, par consequent niant le Fils et l'Esprit, 

Praxeas tenait ce raisonnement a bon droit qualiGe 

de perversite par l'Eglise : « Si le crucifie de Pilatus 

e 'ait Dieu, ce n'est pas le Bar qui a soulTert, c'est 

Abbas, car Dieu est unique et indecomposable. » 

Sur l'inexistence de Jesus les Theodotiens convien- 

°ent avec tousles Gnostiques. L'Eglise dans Tertullien 

lemt de croire qu'il y eut deux Theodote, dont l'un etait 

fle Byzance et l'autre elle ne sait d'ou. Mais Epipbane 

tt _ e n aconnu qu'un seul, l'auteur de la secte que l'Eglise 

011 6tre de l'autre dans Tertullien. Pour expliquer la 

documentation tres abondante, parait-il, de Theodote 

SUr Bar-Abbas, elle dit qu'apres avoir ete emprisonne 

P°ur lui, il ne cessa de blasphemer contre lui, apres sa 

deration (2). Ce qu'il y a de certain, c'est que Theo- 

ote avait merveilleusement saisi le rdle de Melchi- 

e dec dans la kabbale jehouddique. A peine ce r6le 

st -d esquisse dans Valentin. (3) Mais chez Theodote 

■ e '°hisedec apparait ce qu'il etait reellement dans 

es Paroles du Rabbi, l'instrument principal de la 

jjTOce celeste operant en Bar-Abbas. II appert de 

heodote qu'il etait dit quelque part de Bar-Abbas : 

lu es p re t re ^ jamais selon Pordre de Melchi- 

e c. » Carcette parole, reprise plus tard el exploitee 

j* ar l'auteur de la Lettre de Paul aiux Romains, 

Pouvait venir qu'a la suite de celle ou 1' Abbas 

rji «.*?* ' e lra ''« Jtivtriui Prazeam, mi> >ous le now de Tertullien. 
(3) q? ic J "l u j rcssemble au c&s de Perepherinos.. 

- L*i KcangiUt de Satxtn, premiere partie, p. 212. 



— 278 — 

disait a son Bar en lui depechant la joyeuse colombe : 
« Tu es raon Bar, je t'ai engendre aujourd'hui. » Et en 
effet, dans le Royaume tel qu'il devait le realiser, Bar- 
Abbas etait mediateur des Juifs et leur Pretre eternel, 
comme Melchisedec Test des anges et des puissances 
dans la kabbale. Theodote faisait remarquer que Mel- 
chisedec est dit sans pere et sans mere, sans commen- 
cement et sans fin, partant sans genealogie, qu'il a 'a 
jamais ete compris, qu'il est meme incomprehensible, 
qu'en tout cas il ne s'est point montre pour donner a 
Bar-Abbas l'onction sacerdotale sous le Lion (1), e * 
qu'en attendant la venue du vrai Messie, c'est lui qui 
demeure le Grand-pretre eternel aupres de Dieu. 

Surl'inexistencecharnelle de Jesus, Heracleon et Her- 
mogenes s'accordent avec Valentin et Ptolemee. Quant 
aux differences de leur doctrine avec celle des Valenti- 
niens et des Ptolemeens, elles ne nous interessent pa s * 

Honnete gnostique, partant negateur de Jesus en 
chair, Heracleon est l'auteur de la secte des Hera- 
cleonites, citee par Clement d'Alexandrie(2), etiln'aeu, 
quoiqu'il possedat les ecrits de Philippe, de Toamin et 
de Mathias, aucune connaissance d'un christ autre q" e 
Bar-Abbas. Les Heracleonites avaient une formule n e 
mots barbares, dans le genre de l'Abraxas de Bas>»n e 
et des glosses ephesiennes, et ils recommandaient o 
les reciter a Particle de la mort, comme capables o 
repousser les puissances invisibles mais de mauvai 
aloi, entendez les demons (3). Heracleon fut com 10 

(I) Ost le signc de Levi, qui en a tire son nom. Cf. Let Kca*9> " 
de Salan, troisieme parlie, p. £i8. 
(1) Livre VII des ilrvmates. 
(3) On Irouve cos glottei dans Epiphane, Horn. 36. 



— 279 — 

honteux pour l'espece bumaine des horreurs inutiles 
°u l'Eglise precipitait ses dupes. II soutenait qu'il est 
plus utile de vivre saintement que de se sacrifier 
tbeatralement pour Bar-Abbas. II faisait remarquer 
°,ue les individus qui out insere ces principes de raar- 
v'roculture dans les Evangiles etaient morts tranquil- 
le ment dans .eur lit. Aujourd'hui, Clement d'Alexan- 
ari e, interpole par les marchands de christ, soutient 
°ontre lui que le martyre est un acte de foi heroique 
e »acant tous les peches, et que les apdtres sont morts 
omme Jesus-Christ pour les Eglises qu'ils avaient 
f °ndees(l)! 

"ermogenes ecrivit contre V Apocalypse et en meme 

™p8 contre les Evangiles, declarant que Jesus 

av ait point eu chair et que son tabernacle n'avait 

I int cesse d'etre dans le soleil, en quoi cet Hermo- 

n es se rapprochait des Manicheens. Dans la haine 
H us portaient a Bar-Abbas, certains Gnostiques en 

rent a soutenir, outrant 1'opinion des Marcionites 

1 ^PP^quant la sentence de Jesus dans Cerinthe, que 

leu des Juifs etaitle Diableenpersonneetque laLoi 

"Bait de lui. L'Evangile du Royaume, accomplisse- 

1 de la Loi, tombaitsous le coup de cette condam- 

on. C'est pourquoi l'Eglise dut marcher avec les 

, , 8 C0I »tre le monde entier, emboiter le pas a Moise 

Jtefendre Iahve attaque dans Bar- Abbas. 

es disciples de Marcus et de Golarbaze pensaient 
Jj m e tous les Gnostiques. 
lab ar ° Us ne devait ses revelations qu'a lui-meme, col- 
Q i avec le ciel pour l'elucidation des mysteres. II 

l) Cl * n,en, dAlewndrie. Sinmata. I. IV. 



— 280 — 

en avait fait une dissertation qui allait de l'alpha a 
l'omega, car elleetait alphabetique,arithmetique,astro- 
logique, cosmique et plus encore. C'etait doncun rival 
de Mar- Abbas, mais il n'etait pas dangereux, n'etant 
pas Juif. 

Marcus et Colarbaze disaient dans leurs ecrits q« e 
Jesus n'avait point eu chair et qu'il n'y aurait point 
de resurrection (i). Loin d' avoir introduit un systeine 
grammatique nouveau, — ce qui constitue une grave 
heresie au sens de l'Eglise, — Marcus et Colarbaze ont 
montre ce qu'il y avait de pueril et de vain dans celm 
de Bar-Abbas, qui pretendait eriger l'alphabet hebreu 
en nne revelation divine enfermant l'enigme -du monde, 
sous le pretexte qu'il commencait par l'aleph pour Co ,r 
par le thav. Cela prouve qu'ils avaient les Paroles dv 
Rabbi et qu'ils en denoncaient la pretentieuse ineptie- 
lis connaissaient en outre la descente de l'Esprit dan s 
cette Ecriture sous la forme d'une colombe, elYexf^ 
dient du volatile de terre cuite qui venait sur Bar- 
Abbas en execution de cette prophetic lis connaissaien 
meme le chifTre enferme dans le nom hebreu u e 
colombe : iemona (2), que les evangelistes ont rend 
par peristera. Ce nom contient le fameuxn ombre do 
Bar-Abbas parle dans Y Apocalypse (3) et dont Je s 
dans Valentin reparle a Philippe, a Toamin et a Ma*" 1 
comme s'etant trouve faux a l'echeance. L'Eglise p^* 
a Marcus et a Colarbaze tout le systeme graromat^ 
numerique de Bar-Abbas, mais elle se garde bien « 

(i) Des t-rescriptions conlriles htrHiquet, ch. xxvm. _ . mgn g. 

(2 1 Ecrit itmtma par la jilupart des hebrelsaals. Mais c'csl >' ^ f 
qui conlienl seul les lettres i". e, o, a, le mot du Pleri>ine- V • 
Eranailes tit Satan, Iroisiime partie, p. 308. 

(3) Cf. Le Roi des Juifi, p. 9. 




— 281 — 

demontrer le ridicule par des citations : elle se borne a 
• e traiter de « reveries qu'il est inutile et meme dange- 
re ux de rapporter! » 

Marcus preciiait si bien l'inexistence de Jesus qu'on 
11 a pas craint d'en faire undisciple de Manes (1), quoique 
Manes soit mort en 274 de l'E. C II est vrai qu'en cela 
"arcus etait manicheen. II ne se borna pas a continuer 
tceuvre gnostique a Rome, il vint dans les provinces 
r omaines de la Gaule, et, laissant les Juifs de Lyon 
an noncer le Royaume de Bar-Abbas selon la formule 
" e Capias et d'Irenee, il repanditla verite dans tous les 
P*J8 arroses par le Rh6ne et la Garonne, traversa les 
yrenees et passa en Espagne on il put aller prier sur 
a tombe de Saul. Depitee par le succes des Marcosites 
eQ Occident, l'Eglise pretend que leur maitre s'adres- 
a >t de preference aux femmes de riche maison et de 
°We naissance qu'il seduisait par le mysterieux attrait 
e sa doctrine. Mais rien n'etait raoins secret que l'en- 
e, gnement de Marcus sur Jesus, 
oa pretention de repandre la grace est beaucoup 
"^eux justifiee que celle de Bar-Abbas. Pour les sacre- 
e &ts tels que bapteme et extreme-onction, il avait des 
lilies d'une origine plus ancienne. Quant a sa com- 
'""on avec Dieu par le vin eucharistique, si elle est 
ef ficace, au moins a-t-elle Tavantage de ne point etre 
P ,e - Ce n'est pas le sang d'un criminel qu'il faisait 
e scendre dans le calice, ce n'est pas l'Eucbaristie 
«ddolatre qu'il celebrait, puisqu'il niait le salut 
ar nel dont Bar-Abbas est le symbole (2). La formule 

tonWc P 0re de s * vi,le - cit * nl » ae ipologkd'ltatifu, evf-que dEspagne, 

'-- 12) Ls f r,Sci " icn - 

" / **« plupart des sectes gnostiques avaient ce sacrcmenl. Irtnte 



— 282 — 

de leur Eucharistie, les Marcosites latenaient d'Anaxi* 
laus le thessalien, medecin, naturaliste et philosopb 6 
pythagoricien, qui florissait sous Auguste et fut banni 
d'ltalie quelque vingt ans avant la crucifixion de Bar- 
Abbas. Et l'etat de grace repandu par eux sur te s 
fideles, qui boivent tour a tour a la coupe, ne comport* 
que du vin, et point de pain-Zib comme dans la Cene : 
et cette grace, sans pain, matiere solide, ne sauve 
pas la chair, raais seulement l'esprit. 

VII. — On a par les analyses de Photius (1) la preuve 
absolue que tous les passages attribues a Pantene, 
Clement et a Origene et ou il est parle de Jesus o° l 
ete introduits par l'Eglise dans ces auteurs, t° uS 
opposes al'imposture du Verbe incarne dans Bar-Abb aS * 
Tous s'elevent de Serapis a Dieu, aucun ne descend o e 
Iahve a Bar-Abbas. Les Disputes de Clement detroit* 5 ' 
les Principes d'Origene detruits, tous les Gnostiq ueS 
supprimes, tout ce qui a surnage d'eux mutile et falsi" 6 ' 
voila qui fait pendant aux millenaristes en partie o° 
totalement supprimes, comme Papias, Irenee, Aristor» d 
Pella et autres. On supprimera de meme Eulogy 9 ' 
Eunomius, Methodius, Agapius, Pierius, Apolliu ar,s ' 
tous les theologiens constitutionnellement negateurs 
de Jesus. Apres quoi, non seulement on leur fera «' 
tout ce qu'on voudra dans les livres ecclesiastiqu e » 

le disqualify quand il est administre parunde cc* bcrctiques. c0 !^ s . 
Marcus, qui veulent un Perc independent de celui de J* aT ~\ .^jjl 
« Qulls cbangent leur systeme, dil Irenee, et quils s*abslj 0, *^ 8 . 
d'oflrirle pain et le calico! Le pain el le vin sont des fruits & e . ,^i 
tion, ils ne pi-uvent etre offrrts que par les christians pour q"' ^. ne 
est le fils du Oieu crtateur. ils ne peuvent I'elre par des gens q _ ^ 
reconnaissent pas I'auteur du pain et du vin pour le Per* ou <1 
font presque grief d'avoir crec la trrre '. » 
(1) Cf. sa Bibltotheque dans la Palrohgie grtcqut. 



— 283 — 

'oais on interpolera au bon endroit les ecrivains grecs 

1 'atins, hier encore muets sur Jesus. 

Un a souille la memoire d'Origene en essayant de le 

^re passer pour un jehouddolatre, et on lui en a attribue 

3 oeuvres. Origene n'a jamais reconnu la divinite de 

ar ~Abbas ; et s'il en a parle, ce n'a pu etre que pour 

""uattre la fraude dont ce scelerat beneficie, car dans 

Q hvre des Principes il fait cette declaration qui 

dl gne l e patriarche Photius : « Le Fils est une fable 

81 que le Pere » ; et cette autre declaration qui ren- 

t>. e Epiphane : « Le Fils ne peut jamais voir le 
Pe re. » 

e Hvre des Principes, Hvre traitant des commen- 

nK- Cn ' S ( ' e ' ou '' ^ a ^ une genese et pleine de blas- 
n es i dit Pbotius. Sans s'occuper en aucune facon de 
Sel * 0Ut lda, Origene s'occupait du Fils de l'bomme 
Cw . ' a kabbale juive, du Sauveur incarne avant la 
Hi . 0n > et disait que sur ce sujet un meme esprit ani- 
V z . . _°' s e» les prophetes et les apdtres, ce qui est une 
^^incontestable. Comme Clement d'Alexandrie (1), 
ius ai ^ re i il condamnait absolument cette theorie 
il Q 8 ^ e de l'incarnation du Verbe : a peine concc-dait- 
4 t . e Logos eut pu apparaitre en image. Gens tout 
et Q . Can daleux comme on voit, heritiers de Marcion, 
q Ue ., ? ^'aient pas constitues pour servir la vente telle 
°Ha .^ 8e ^' a faite. Convertissable post morlem, 
q ail 8 80u s le nom d'Origene une quantite de Uvres 
6v an jfiuels il parle de Jesus, des ap6tres et des 
1 u 'aii 8tfiS COmme 8 'i' avail ete jehouddolatre jus- 
uents. Rufin. qui n'avait pas un seul temoi- 



— 284 — 

gnage a faire valoir en faveur de I' ere apostoliq ue > 
d'invention toute romaine, introduisit dans OrigeB e 
tout ce qui lui convint la-dessus et insinua ensuit 6 
dans Eusebe que les preuves etaient dans Origene. Ob 
put lire desormais dans Origene, jehouddolatrise p 8 ' 
les plumes les plus orthodoxes, que, dans le partage** 6 
la terre entre les' Douze apdtres, la Parthique eta 1 ' 
ecliue a Thomas, laScythie a Andre, l'Asie a Jochana n » 
le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et l'A s ' e 
a Pierre, lequel Pierre avait ete crucifie a Rome, ' 8 
tete en bas, tandis que Paul y avait ete decapite(l) 

Des ecrits de Porphyre (2), defenseur du bon sefl 9 
et de la nature outrages, pas une ligne qui nous so 
parvenue. 

Porphyre etait de Tyr. Venu a Cesaree de la mer, 
tenta de faire prevaloir le Logos sur Bar- Abbas. " ». 
outrageusement battuparleschristiens du lieu, infesf^ 
de millenarisme et de sicariat. Jesus avait encore beso 
d'un sejour dans une maison de correction oil quelq u 
le pressat de renoncer a ces enseignements con* 
dants. Porphyre ecrivit quinze livres contre lui ; et s e 
Socrate, historien ecclesiastique, ce n'aurait ete 4 
pour se venger de ses coups (3). Les quinze '' vreS , rf 
Porphyre sont alles rejoindre dans le feu tous 



ouvrages gnostiques. Par l'accueil des christieo 



Cesaree on devine que Porphyre n'etait point fa v0 



rabla 



(1) Eusebe. I. III. ch. i. II pretend que cei belb-s ch ^'jL*t& 
inrntines, ■ ' •. i :ii dans Origene, au Iroisicmc livrc des Expos' 



(2j 233-305 de IE. C. . ,g f*t 

(3) Mais, ajoule Socrate, ccs livres onl ele solidement r*' U j ill, 

Eusebe turnommr Pampbile. (Socrate, Hutoire de I'Bgl>* e > 

cb. um.) 



— 285 — 

* la nation d'ou devait sortir un jour le Maitre du 
monde. 

L'Eglise reconnait sous Theodose II, en 435, que 
Porphyre a ecrit ces livres quand il etait en Sicile en 
270 et qu'il y combat ceux qui acceptent Bar-Abbas 
c °mme Dieu ; mais, dit-elle, il rendait le plus vif hom- 
age a la personnalite morale de ce Juif. Malgre cela, 
l^nd elle reussit a s'emparer de son ceuvre, sous 
theodose II, elle la supprime. Quoi! soixante-cinq ans 
8 jecoulent parmi lesquels, seul de son espece, Porphyre 
•'incline devant la saintete de Bar-Abbas, et des qu'elle 
Peut metlre la main sur ce temoignage, unique en son 
S e nre, elle le fait disparaitre? Nous savons, nous, que ce 
^moignage concordait pleinement avec celui des Gnos- 
es. En meme temps, dit l'Eglise, Porphyre soutenait 
1 Ue les propheties de Daniel etaient des vaticinia ex 
ec enfu (i) f a i ts pour exciter les Juifs a la revolte con- 
Jf 6 -- Antiochus Epiphane! Entendez que, connaissant 
1 Apocalypse ecrite pour exciter les Juifs a la revolte 
c , 0n tre Auguste et contre Tibere, il en avail identiGe 
J^uleup avec le Jesus qui prononce sur le Mont des 
Jjliviers leg vaticinia ex evenlu que vous savez (2). 
Comment, possedant son easier judiciaire, Porphyre 
a «*aiUil proclame la haute moralite de celui que l'Evan- 
*** lui-meme qualifie de rebelle, de voleur et d'as- 
8 a8 8 i D ? 

Loin de la, Porphyre voit dans la magie la clef de 
^ les miracles de l'Evangile ; e'est du rooms ce 
1 U <* ditCyrille ecrivant contre Julien (3). 11 attnbue 

• (81 £r , P h ' li <* |.oslirieurcs a lev6nctnenl. 
J j, ,.'• *-* EtangiU, ./<• Satan, druiieme parUc, p. «.»• 



l>] <.o„, 



to Julien, 1. VI. 



— 286 — 

au demon tous les miracles qui se font au tombeaudes 
martyrs ; c'est du moins ce que dit Jerdme ecriva" 
contre Vigilance. 

Parmi ceux qui menerent le bon combat dans de 
ecrits publics, il en est sur lesquels l'Eglise a passe uD 
telle eponge qu'on ne sait meme plus a quel siecle il '* u 
les rattaclier. Tels Lucius Charinus, Agapius et P ie * 
rius. N'etait le patriarche Photius qui les accueu 1 
dans sa Bibliotheque pour les anathematiser, a p el ° 
connaitrait-on leur nom (1). 

A l'imposture dcs Actes des Apotres Lucius Cna* 
nus repliqua par la vie authentique des treize pers° 
nages que l'Eglise raettait en ligne contre l'histou*" 
Le livre a disparu, est-il besoin de le dire? Pb°" 
toutefois en a fait une petite analyse qui sufGt a no 
edifier, quoiqu'il n'ait pas juge a propos d'y consac 
plus de dix lignes ecclesiastiquement concues (2). 

C'etait un ouvrage extraordinairement curieux °. 
ces Periodoi (3) apostoliques, parmi lesquelles ce 
d'Andreas, du Joannes, de la Pierre et de ToaD u 
Charinus y racontait non seulement que Jesus, n aj 
point vecu, n'avait pas ete cruciQe, mais qu'il y a 
un autre homme sur la croix, Bar-Abbas, tandis q 
Jesus riait de ses bourreaux. Dans les fables q 
concernaient et auxquelles on a donne le nom d& . 
giles, Jesus n'est qu'une theophanie qui variait au g 
du conteur : chez les uns, petit enfant, chez les au 

• erf ^ 

(1) Vous If cbercbcriez en Tain daus VEncyelopedie des ***■ 

'j-.-n.--s de M. Licbtenberger. 

(2) Pbotius, BiOliotheque, ch. civ, dans la Palrologie 9 rec f l ^i rr ieri'- 
13) II ne faul pas traduire Pertudoi par Voyages, mais par ^c*i*^ 

La periodoi dun butnme, c'csl le cours de sa vie. soa c 

Kit*. 



— 287 — 

Millard (1) et geant dont la tete atteignait le ciel (2). 

kn un mo i t Charinus avait ecrit l'histoire des ap6- 

es i telle qu'elle devait l'etre : sans Jesus. Le christ 

' u n de ces ap6tres-la, tous precurseurs, etau meme 

re » d'un Etre qui n'etait pas venu, par la bonne 

son qu'il n'existait pas dans la region celeste que 

^Pocalypse lui assignait. Qu'on eut crucifie celui qui 

Gisait christ, Charinus n'en doutait pas, on en avait 

"^ciQe l,j en d'autres! Mais que celui-la fut le Christ a 

Rrande lettre, c'est une autre affaire. II expliquait 

s clairement le symbole de la Croix dont il disait 

choses que Photius qualifle de legeres, ce qui 

nh - * ( * ue ' P omt e " es etaient fondees. a II triom- 

1 surtout de la carriere d' Andre. » Photius est un 

. • °ar il y avait un moyen de convertir Lucius Cha- 

f . ( e * l'Eglise roraaine l'a employe), c'etait de le 

I passer pour avoir dit qu'Andre n'avait nulle- 

^ e te le premier mart3*r, puisqu'il etait encore 

. l lors de la confection du Quatrieme Evan- 

] a <l u 'il avait decide Jochanan a en entreprendre 

Ca n C ° mp0sition - D ' a pres l'Eglise, qui l'a insere dans le 

l e Q ° e Muratori (3), on aurait pu lire ceci dans 

•ttili ° ta Joann ^ s de Charinus : « Jochanan se leva au 

l' a " <*es disciples, condisciples et eveques qui 

t ro : . m P a gnaient, et dit : o Jeunons ensemble pendant 

Jours (4) > et ce q U j nous sera r ^ ue fe, q Ue chacun 

"^s dp i- • scns d Ancien des jours, conime les vingt-quairc Yieil- 

(2) if i*** 1 !/!*. 
^"a, tmi -'f' dans les &"»«•«« valenliniennes. a. Let EvongUes de 

{i ) EtT- M4nie Wrtie. p. 247. 
0ffic iel h. * ' dans lcs Ad" Petri. U canon de Muratori estun recucil 

U) p " e f «tt. 

*• Ctai^ '*.8u« P»* Jchoudda a ses sept tils, quand il le» naiire*- 
"i^nlier, p. je; 



— 288 — 

de nous en fasse part a l'autre ! » Et cette merae nn 
il est revele a Andre, au milieu des apdtres, (les apdtr 
etaient la!) que, sur les recognitions (souvenirs) d 
chacun, Jochanan ecrirait le tout sous son not 
« Cunctis recognoscentibus. » Ojoie! rombredeCI e 
ment passe dans cette expression, les mains pleW e 
non de lis, mais de faux ! 

Savant alexandrin, chrestien de moeurs rigid 6 * 
proscrivant jusqu'au vin, Agapius fit vingt-trois li* 1 * 
contre l'imposture enorme des Evangiles. Photius 
vain a tente de ruiner son temoignage. Contraire 
dieu desJuifs, a Molse, aux prophetes, particuliereio 6 > 
a celui que la mystification donne pour precurseor 
Jesus, — il s'agit manifestement de Y Apocalyp se 
de son auteur, — Agapius refusait d'admettre q" e . 
constellations comme la Yierge, le Capricorne, 
Yerseau et les Poissons, voire des planetes com' De . 
Soleil et la Lune, fussent descendus du ciel s0 *... 
bourg de Gamala pour s'incarner dans la peau in 
cate de quelques fanatiques plus ou moins issu 
David. Repoussant le songe de Joseph comm e 
offense a Dieu, il avait dedie son livre a Uranie> 
de l'Astronomie. . s 

A tout prendre, il preferait honorer directenaen 
astres dans leur substance, a la facon des Manicne 
Pour ce qui est de la mystification evangeliq u \ 
Jesus, de son bapteme, de sa croix, de sa resurre 
il en riait comme d'une comedie dont les P re . . || 
sacrees accusaient encore 1'inconscience et I «mp 
n'etait pas dupe des Lettres par lesquelles le " l B 
reux Paul pretait au mensonge en cours l'appn 1 
intarissable faconde levantine, et il adherait ple in 



— 289 — 

a "x Actes dits des Douze Apotres, ou Charinus, histoire 
e a main, montrait la veritable vie des douze homines 
av ec lesquels on avait compose la garde du corps de 
J esus ) et celle du prince herodien qu'on avait travesti 
en tisserand sous le nom de Paul. II etait particuliere- 
^ent severe pour la femme que l'Evangile appelle Marie, 
^outrant qu'elle etait dite mensongerement la merede 
J 6$us et qu'elle portait indument ce nom de Marie (1). 
r > il ne pouvait demontrer cela qu'en lui restituant 
^>n veritable nom de Salome, qu'elle porle dans le 
r °to-Evangile de Jacques. 

Ce nom reel est, en effet, dans la Nativite selon le 

*°to-evangile de Jacques, ecrit par une secte nazi- 

ee Qne qui niait l'existence de Jesus et tenait vigou- 

e Q8ement pour le Royaume de Bar- Abbas. 

\|. lc * ^ a scene. Marie, (ou pour mieux dire Myriam, la 

l Uenaire), vient d'accoucher dans la cavernejuive qui 

^plit l'offlce de la caverne mithriaque (2), lorsque la 

8e-femme arrive. Celle-ci n'a done pas assiste a l'ope- 

"°n, mais elle connait la kabbale de Yune en deux, 

\ U ?. en une t qui permet a Salome de jouer dans la 

"vite le r61e de la Vierge celeste. C'est done une 

cellente complice. Elle entre, elle examine Myriam et 

* urellement elle la trouve Vierge. Au sortir de la 

< p C ^ ne ' e ^ e rencontre Salome, la mere selon la cbair : 

^ de grandes nouvelles a t'annoncer, dit-elle, une 

§ e . rge a engendre et elle rest* Vierge (3). — Vive le 

S Qe ur, mon Dieu, repond Salome, si je ne m'en 

<X Sn 1 '?' Bibliothequt. Ch. CXIUX. 

^Pr^senT ,es mysleres de Mithra, la nais?ance du dieu est ainsi 

*t incontestable. Ainsi le vcut lEspril. 

19 



— 290 — 

assure pas moi-meme, je ne le croirai pas ! » La sage* 
femme rentre alors dans la caverne et dit a Myriatn '• 
« Couche-toi, car une grande epreuve t'est reserved. * 
Alors Salome tate Myriam a l'uterus et sort en 
disant : « Malheur a moi, perfide! car j'ai tente le Die u 
vivant ! Ma main, brulee d'un feu devorant (celui de 
l'Esprit-Saint), se separe de mon bras ! » Elle tombe a 
genoux, implore le Dieu de ses peres ; mais sur l'avis 
d'un ange qui lui apparait, elle prend 1'enfant entre se B 
bras (pour etre semblable au signe celeste) et lui dit : 
« Je t'adorerai, car un grand roi est ne en Israel- * 
Elle sort de la caverne, guerie de son bras et men* 8 
d'ailleurs, et justiliee de sa souillure ; sur quoi une vol* 
mysterieuse lui dit : « N'annonce pas les mervei» e 
que tu as vues jusqu'a ce que 1'enfant soit entre a JerU' 
salcm (1). » 

En effet, cette entree doit avoir lieu sous les -4' 1 
jubilaires de 789, et a ce moment, on verra que Salo 1 " 
est la Vierge du Millenium du Zib. Agapius a doo 
raison de dire que Marie n'est pas le nom veritable 
la mere de Bar-Abbas. Jacob junior, autrement 
Andreas, qui est cense avoir compose cet Evangile, a 
savoir comment elle s'appelait, puisqu'il est un de 
fils pulnes; il sait egalement par l'Esprit pourquoi ■' 
Evangile est intitule Proto-4vangile, puisqu'il efl 
premier ressuscite de la bande, ayant ete le preo 11 
martyr de Saul. 

Ainsi Agapius avait perce a fond le mythe de Je»_ 
L'Evangile et tout ce qu'on appelle aujourd nui 
.Nouveau Testament etait un tissu de fouxberie»» 

(1) fr-jlo-muiyilr de Jacques, ch. xix et xx. 



— 29i — 

c omme l'Ancien. Rien ne le faisait tant rire a ses 

foments perdus que l'histoire du Joannes baptiseur 

Pfesente comme precurseur du christ, et on comprend 

°ela quand on sait qu'il s'agit du meme individu. « Tout 

j a > disait-il, est l'ceuvre du mensonge, l'ceuvre du 

e mon. » En revanche, il prechait la croix, comme 

ant la figure ou plutdt le signe du Christos egyptien 

i on nomme Serapis. Croix, bapteme, resurrection, 

J u gement, tout cela, il l'a tres bien vu, c'est Serapis 

aturalise juif parle plagiat; il n'est pas jusqu'a Marie 

H°i ne soitune insupportable parodie de la Vierge-mere, 

lerge du monde, que les Egyptiens reverent sous le 

0oia d'Isis. 

f ... ana 'y se de son ouvrage est si obscure, si pleine de 

cences, qu'il est absolument impossible de rien 

fail ^ ren( * re au reproche que lui adresse Photius d 'avoir 

ob' j^ C P^ a ' santer ' e P eu decente sur la croix : il aurait 

ftti l C ^ Ue Ce s '£ ne eta ' 1 un tra ' t u ^ e na t"re a faire 
^s Juif s I „ si Photius n'avait pas craint de decou- 

n'e a en ^onnant 1'origine de la plaisanterie, ce 

°on u aS ^° a P' us 1 U1 ^ e "* ^ u accuser, mais le Juif 
fey ] ■ tantie ' au P ere - Car cette origine, c'est la fameuse 
U e 10n de Bar- Abbas a sa mere : « Mon regne aura 
l a yand vous aurez foule aux pieds le vetement de 
Hi l ^ et que vous serez un en deux, deux en un, 

8 antp ■ Qle .*" ^ emme - * H y a une censure dans la plai- 
nt <Jp " -* gapius. Pour comprendre la censure, il suf- 
p 0Q Voir 1 u e Dieu a proteste cet oracle a l'echeance ; 
Te <>Q' m P ren( I re la plaisanterie, de considerer que le 
8 e t$i r f menl sexue ' annonce par Bar- Abbas n'eut pu 
comm anS m P' ' du vase feminin, Xoipo;, mot qui 
nce par la croix que nous disons de Saint-Andre 



— 292 — 

et qui signifie egalement pore (1), auquel mot tous les 
J nil's auraient pris la fuite ! 

Aussi Photius appelle-t-il Agapius « execrable», no n 
seulement pour cette raison, mais « parce qu'il recoitces 
Actes dits des Douze Apotres, ceux d'Andre surtou' 
dont il se prevaut, et il approuve raeme la metemps)'" 
cose ! » 

Au commencement du quatrieme siecle 1'Eglise fitce* 
effort tres digne de mettre en circulation des Actes 
v6ridiqu.es de la Passion, qui comblaient les lacuneSi 
reparaient l'oubli et redressaient l'injustice, car deleo 
c6te les palens avaient fait sur la raeme Passion des 
Actes qu'ils disaient authentiques et oii € ils deshonO" 
raient Jesus. » Or, la seule facon qu'ils eussent de des 
honorer Jesus, e'etait de lui attribuer les crimes de Bar* 
Abbas. L'empereur Maximin Daza les repandit de to 
cdtes et commanda que les enfants les apprissent p 
ccEiir dans les ecoles de grammaire (2). Dans Eus&° 



ils 
es* 



1'Eglise prend ces Actes en pitie : concoit-on q u 
etaient remplis de fautes de cbronologie? S'il ene»' 
ainsi, pourquoi ne nous avoir pas conserve ces m° D 
ments de l'ignorance et de la mauvaise foi palenn e 
Comprenons done que, denoncant le mensong e 
Evangiles synoptises ou la cruciQxion est placee 
lendemain de la paque, et celui des Actes des Ap ° 
oil elle est avancee de sept ans [3), les Actes repa 
par Maximin rendaient a l'evenement son veritable J 

M) Et aussi certain poisson du Nil. Kappelci-vous 1 "e*P "JJS 
qu"Apulee fournit de cette rencontre onomastiquc dans s« n ■ ' 
Cf. Lei Urangil's de Satan, premiere partie, p. 95. 

(2) Eusebc. lliitoirt eccUtiailique, 1. 1, cti. ill. cot** * 

(3) Cf. Les ilarchandt de Chrut, p. 316. El placee sous le e 
d. - deux Giuunus. 



— 293 — 

c'est-a-dire la veille de la paque, et sa veritable date, 
c'est-a-dire l'annee 789 de Rome (1). 

II faut egalement feliciter les Blastiens de s'etre 
Aleves contre l'effrovable imposture de la paque celebree 
Par Jesus dans les Evangiles fabriques apres celui de 
Cerinthe. Blastus, leur chef, fit un livre ou il montrait 
*quel point cette mystification etait impossible (2), puis- 
V*eBar- Abbas etait en croix, lorsque fut mangee la paque 
immolee dans la journee du 14 nisan [3). C'est sans 
doute le petit livre que Photius possedait dans sa biblio- 
theque et dont nous avons deja parle (4). 11 n'etait pas 
difficile a Blastus de faire sa demonstration, il la fai- 
8 ait par l'histoire; et si son livre a disparu, c'est appa- 
feniment qu'il la faisait aussi par Cerinthe, chez qui 
Ba r- Abbas est en croix depuis la veille, lorsque les Jeru- 
8 alemites celebrent la paque. 

Contre les Blastiens et les Quartodecimans PEglise 

^atrouve qu'un seul temoin : Justin. Dans Justin (5) 

kglise declare ii l'empereur Antonin que les jehouddo- 

. res s'assemblent le premier jour de la semaine ou 

mai »che pour celebrer leurs mysteres, « parce que ce 

^ 6i ne jour, Jesus-Christ, notre Sauveur, ressuscita 

. "torts. La veille du jour de Saturne (6), il fut cru- 

Clu 6, et l e lendemain de ce jour, c*est-a-dire le jour du 

I) Sous le consulat do Sextus Papinin? Allenius el de Q. Plautius. 

(31 n ertU " iei1, Dts prtteriptiont contre Us heritiquts, ch. xxix. 
lesm . ne faut pas oonfondre les Blastiens avee les Quartodecimans, 
Abba f ^utenaient simplement qu'on devait communier avec Bar- 
| e C n nisan, contrairement aux jehouddolitres qui pretendaient 

(«?oJ' iemorer ,e "endemain. 

(5)p„ L '. ff0,d "-'«"A. P-362. 

(6) v „"'"e'«po/osif,nviii. 
Cf. i/ E °" 4 ou est le faux. II et-iit en croix depuis le mcrcredi. 
p»rtj e can J''' de Nestus. p. 295 et Let Ertr.giUt de Satan, troisieme 



— 294 — 

soleil, il apparut a ses ap6tres et a ses disciples et leur 
enseigna cette doctrine que nous avons soumise a votre 
examen >. 

VIII. — Sur Bar- Abbas Arius suivit avec la majorite 
desEgyptiensles opinions de Porphyre, ennemi declare 
de la mystification juive. Et pour expliquer ce fait, 
Socrate, historien ecclesiastique, imagine que Cons- 
tantin, un an apres la condamnation d'Arius, a ordonne 
d'appeler dorenavant les ariens des porphyriens. En 
ce cas, Constantin revendique ce nom pour lui-meme : 
il etait avec Porphyre. Que disaient Arius et les ariens, 
ces derniers gnostiques ? lis repoussaient le sacrifice 
mystique de l'Eucbaristie. A supposer que la Cene fo» 
autbentique, et ils savaient le contraire, Bar-Abbas 
n'etant qu'une creature morte en croix et decomposee 
par le temps, a quoi bon s'incorporer sa chair et son 
sang ? (2) C'etait dire aux eveques jehouddolatres : 
« Vos livres ne sont que fourberie, votre Jesus n'est pom* 
venu en chair, il n'a verse son sang pour le salut " e 
personne, vous etes de purs imposteurs, de simpl eS 
charlatans, vous jouez devant les Odeles la comedie o 
la Cene, votre sacrifice n'a d'autre valeur que celle q u 
vous en tirez! Faireavaler un scelerat par des ignoran 
est une ceuvre demoniaque. » 

Qu'on tourne et qu'on retourne tant qu'on voudra ' 
textes qui ont trait a sa doctrine, Arius niait la divW» 
de Jesus parce qu'il en niait l'existence. Les ariens l 
voyaient dans l'Evangile qu'une fable dont le «j 
appartenait a la vie d'un criminel. En Egypte, coffl 
part nut . ils s'opposerent energiquement a ce qu on 

(1) Socrate, i. 9. 

(••) Philoslorgc, in, 14. 









— 295 — 



e utrer ce triste heros dans la Trinite divine. Eussent- 
Ua admis l'innocence de Bar-Abbas, ils n'auraient ja- 
mais admis qu'un Juif eut incarne le Verbe immuable, 
inalterable, impassible, qui a creele monde selon toutes 
* e8 definitions recues j usque-la. Etant homme, Bar- 
Abbas avait commis le peche, il etait done mortel et ne 
Pouvait racheter personne. Si le concile de Nicee a 
declare Bar-Abbas consubstantiel a Dieu, et relegue 
Anus pour avoir vote contre, d'ou vient que Constantin 
ra Ppelle Arius, que sa soeur soit arienne, que lui- 
m &me meure arien, que Constance son 61s gouverne et 
me ure en arien? Comment l'Eglise d'Orient presque 
entiere se leve-t-elle contre l'imposteur Athanase, 
Patriarche d'Alexandrie, et defend-elle Tarianisme pen- 
da Qt tout le siecle, si en 325 elle se Test interdit elle- 
m6m e, formellement, par ecrit, devant Tempereur? En 
1111 mot qui a fabrique le canon de Nicee ? Le concile ? 
u lEglise un siecle apres le concile ?(1) 
Si onze eveques, parmi lesquels Gregoire de 
^ianze, se portent garants des faux canons de Nicee 
P ar lesquels on intronise le nouveau Dieu galileen, 
^ er encore combattu par tous les chrestiens et par la 
Pbipart des christiens, il s'en trouve qui ont refuse de 
P^crire a cette imposture, dussent-ils perdre leur 
' e ge dans cette revolte de la conscience. Fut-il seul, 
^omius, eveque de Cyzique, est parson desinteresse- 
e &t un te mo i n ^ vaut j,j en i es 0Qze complices de la 
ra ude niceenne. C'etait, je le sais, un homme atroce 
° nt U memoire est a bon droit detestee dans l'Eglise. 

CoJ.:.^ 1 '"* reproche a Eusebe . de ne pas dire ce qu'on a fait an 
Tom " * Nic * e - e * «>e passer sous silence les ide«s de ceux qu'on a 
wndamner. » Eusebe ne pouvait pas. 



— 296 — 

Car il avait fait entendre le langage du bon sens et de 
la bonne foi avec une vigueur qui apparaissait dans le 
titre meme de son livre : titre tel que les editeurs de 
Photius n'ont pas meme ose le reproduire! Photius 
pourtant le donnait : trait de franchise assez curieu* 
chez un liomme qui, d'autre part, a tout fait pour que le 
mensonge prevalut. 

A l'exemple des ariens, les Docetes n'ont vu dan* 
Jesus qu'un fantdme. De meme Paul de Samosate dont 
l'imposteur Athanase dit (1) : « Que serventles Ecritures 
a Paul de Samosate, s'il nie le' Verbe de Dieu et sa venVB 
corporelle, signifiee et montree par les deux Testa- 
ments ? » 

IX. — Bar- Abbas, qui etait au plus bas, trouva dans 
Athanase, eveque d'Alexandrie et patriarche d'Egyp**' 
un champion digne de lui. 

Ne dans une ville oil les fripons n'etaient pas rare*, 
dans une famille riche et considerable, parmi ces couf* 
tiers en Dieu, ces commissionnaires en ciel si b lflD 
nommes marchands de Christ, aguerri dans l'intrig 06 
par l'esprit souple et retors qui soufllait dans la theo - 
logie alexandrine, rompu aux alTaires, aux nego"^ 
que le genie levantin introduisait dins la politiq ue / 
aimant le mensonge pourlui-meme et n'aimant qu e '°?' 
ayant le culte de l'argent et incapable d'en concevo 
un autre, egalement apte a rechauffouree et a la fajlB 
capable mfime de simuler l'ordre et la tranquil" w J 
Athanase a plus fait pour Bar-Abbas que cent conc» e 
Tout le travail des Gnostiques devait echouer coot*" 
Athanase. Toutes leurs distinctions entre Jesus et 

(1) Dutowi eontrr Ui HetUnri. 



— 297 — 

Christ historique furent en pure perte. Athanase s'ac- 

Cr ochait a Bar-Abbas comme a la seule planche de 

8 alut que l'humaine faiblesse put lancer sur la mer 

0ra ges. II fallut a toute force que ce scelerat fiit le 

Ver be, le Fils de Dieu, Dieu mtime. Sans quoi tout 

cr oulait. Lemonde serait sans defense lorsque viendrait 

*fin. Si Bar- Abbas n'etait qu'unmagicien comme il yen 

v flit eu tant d'autres avantet apres lui, s'il n'etait pas 

la fois le Premier et le Dernier, l'Alpha et 1'Omega, 

e DeBnitif, le Parfait et le Complet, tout enfin et sans 

°uche, il n'y avait plus qu'a attendre la mort dans 

Peche. Le peche n'etait point efface, la mort n'etait 

Point vaincue, la recette elle-meme, but de tant d'efforts, 

etai * compromise ! 

Athanase defendit Bar- Abbas comme si c'eut ete son 

• Passant par-dessus toutes les objections de la 

f ll • C Gt ^ e ' histoire, i' P™ 1 l es choses comme il les 

p a,t Prendre, et, mettant Bar-Abbas au-dessus des 

ures, il en fit non l'image du Verbe juif comme 

nt voulu les Evaneelistes. mais le Verbe lui-meme 

vecu parmi les hommes etpromis la terre aux plus 

en I« n p ^*^* a Treves P ar Constantin, oblige de fuir 

de h 80U8 C° nstance > Athanase revenait plus grand 

*u-d I-*"* CXi1 ' Plein da8tuce ' Athanase * s'emportait 

t £ e a desa condition, et d'apres des bruits sanscesse 

l'K S ' Ses eur ° r ' s aspiraient aux choses exterieures ; 

^jPereur lui fut toujours hostile » (i). 
L'imk anaSe ava ' t toujours tracasse pour etre roi-pretre. 
j&stif ■ 0<es P"nces autorisait toutes les audaces, 

toutes les esperances. Athanase profite de son 

U,An »mi C n Mtt ^ lliniXV 



— 298 — 

sejour a Rome pour mettre la jehouddolatrie au point* 
d'accord sans doute avec l'eveque du lieu. Les voyages 
sont instructifs a tout age. Athanase, meme exile, est 
encore patriarche d'Alexandrie ; l'eveque de Rome 1m 
soumet les nombreux Evangiles qui forment deja n 
respectable corpus defaux temoignages, et l'eveque de 
Rome lui parait un bien grand eveque, — apres ceim 
d'Alexandrie toutefois. Invite par Constant a disposer 
en tableaux les divines Ecritures, — Constant eprouvai* 
un urgent besoin de voir tout cela en tableaux, — " 
Athanase lui envoie ce travail qui faisait de ce prince 
le docteur le plus eclaire de l'Eglise, — apres Athanase 
et l'eveque de Rome. C'est evidemment ce qu'avai 
voulu Athanase, il cherchait alors son point d'appui eD 
Occident, a Milan, etil apportait son influence a Cons* 
tant contre Constance, empereur d'Orient qui ten* 
pour les ariens. Car s'il envoya ces tableaux a Const* 1 ! 
il ne les envoya point a Constance. Athanase travail' 81 
surtout pour lui-meme. Eustathe, comte des largess 
privees, avait l'oreille du prince. Athanase acheta E 09 ^ 
tathe. Constant etait debile d'esprit, superstitien** 
craintif, on le menaca doucement de la colere celes 
Presse par Eustathe, Constant ecrit a Constance 8 
frere : a Athanase est venu a nous, il nous a prouve <P 
l'episcopat d'Alexandrie lui appartient, fais qu" 
prenne possession, car il l'obtiendrait par mes arnie • 
Constance ceda : « Mieux vaut, dit-il, la tyrannie 
l'insupportable Athanase qu'une guerre avec ° l 
frere » (1). ^ 

Le rappel d'Athanase etait a peine dans l'air m* 



(1) PhUostorgc, 111.12. 



— 299 — 

•pie Gregoire de Cappadoce, ev£que arien d'Alexandrie 

fle Puis cinq ans, tombait, tres proprement assassine. 

A *oanase rentra done et connut les honneurs d'un 

^oniphe tout royal. Si nous n'avions d'autre historien 

4" Athanase, nous ne serions pas certain que Gregoire 

e Capp a( l oce ait ete assassine par les partisans de son 

er saire : « Gregoire etant mort, dit negligemment 

^anase. » Sur les horreurs qu'aurait commises Gre- 

5 l fe rien de circoustancie : il aurait persecute la tante 

>,t hanase « au-dela de la mort, en defendant qu'on 

8 evelit. » Entendez sans doute : « qu'on promenat 

adavre jusqu'a emeute. » Peut-etre Athanase eiit-il 

ce 1 Empire a compter -avec lui, si les dieux n'avaient 

i'p^ lebon, le grand, le brave, radmirable empereur 

v- 

j . -' Julien est sacre pour toute ame francaise. Nous 

ii . ev °ns de parler de lui comme il parla de nous, de 

er comme il nous aima, de le defendre comme il 

j ,. 8 "^fendit. S'il y avait quelque justice en ce monde, 

8 : ** aurait sa statue au coeur de Paris, avec ces 

Ptes mots sur le socle : n Ma chereLutece », etson 

Vo j ' Uu sentiment delicieux me remplit, lorsque je le 

preferant notre petite ile, entouree d'eau claire 

etH tc ^ arm e, a laville d'Antioche pavee de plaisir 

j. e v °* u Ptesrares. Un autre sentiment, d'ironie doulou- 

t^g ' me penetre, lorsque je pense aux vieilles prophe- 

to^i JQives et christiennes qui rddaient autour du 

d e (J! aU< ! e Bar- Abbas, le suppliant de les debarrasser 

^ron 6 - ^ eune barbe palenne ou fleurissent dans les 

Ce 8 * . es * a justice et la philosophic de Marc-Aurele- 

a^j ei Ues souillons font partie de la religion natio- 

Juben est connu parmi nous sous le nom de 



— 300 — 

1'Apostat! Julien defendit qu'Antioche l'appelat Maitra 
et Paris appelle Bar-Abbas .\otre-Seigneur ! 

Julien n'a jamais eu a apostasier. Encore lui eD 
ferions-nous un merite, car il est commande a un homo 18 
iniir de revenir sur les erreurs de sa jeunesse et de & 
prononcer contre les crimes de la superstition. Ce »°* 
un sincere ami de la verite, partant ennemi de Ba^ 
Abbas dont le culte hideux menacait Borne et la ci* 1 " 
lisation, peuplantlaterre demonstres physiques conHD 
les eunuques, de monstres moraux comme les eveq" 8 * 
spoliateurs de la famille, et comme les moines deserted 
de la societe. II fut un des rares homines de son temp* 
qui appelassent de leurs voeux le regne du Dieu bon, 
par la il a merite le nom de chrestien qui convenai* 
si peu de christiens. Le culte qu'il professa jusqu* 
mort pour toutes les expressions de la divinite soU 11 ^ 
montre que l'Evangile ne fut pour rien dans son eu iuc* 
tion premiere, et l'horreur qu'il a toujours temoig B 
pour les marchands de Christ prouve, — le bapteffl 6 
Bar- Abbas lui eiit-il ete inflige dans son enfance- 
qu'il ne s'est jamais fait le complice de cette iiop 1 
lorsque la conscience lui fut venue avec l'age. Atb e 
l'a poli, les Gaules I'ont durci : au moral com 016 , 
physique, c'est un homme de chene et d'erable, 
de juif n'y penetra jamais ni par Molse ni par Jesu ) 

C'est une des plus belles consciences de l'hunia 
c'est la plus grande de l'Empire, sans en exc V 
Marc-Aurele. Car la tentation eut pu lui venir d e ^ 
Commandeur des croyants, le maitre et le pontile 

• tit 

[l] Aucun de* contcmporains de Julien ne lui reproche da f , ol' 
jehouddol&tre. L'Eglise elle-nieme dsns Cyrille I'appelle ain<" 
lenient apost.it. 



— 301 — 

re 'igion nouvelle, ou de continuer l'arianisme de Cons- 
^oce. Cette ambition, un vulgaire politique l'aurait 
eue - Le philosophe l'a meprisee. 

Julien n'avait pas une seule raison pour tomber dans 
e piegeevangelique,il en avait cent pour lefuir. II devait 
° ut auxdieux. Longtemps Helene, merede Constantin, 
e gere que la piete rendait chaque jour plus mechantej 
ai t tenu le pere de Julien eloigne de la Cour, comme 
e *il. Constance, pour ses debuts, l'avait fait mas- 
ter avec huit autres de ses parents. Julien sauve 
U massacre par des jehouddolatres et amene au pied 
. UQ autel consacre a Bar- Abbas est une fable absurde 
entee pour affaiblir son temoignage pbilosophique 
^ une accusation d'apostasie. Sorti d'un sein paien, 
Ur ri dans une famille palenne, Julien, comme son 
§.*€ Gallus, demeura obstinement ferme aux idees 
j, ^'ques. Tout etait paien dans la maison natale : 
e, "i le pere, et le precepteur Mardonius. Sa mere 
°oucha ea songeant qu'elle enfantait Achille. Le 
actere de Julien, ses mffiurs presque ascetiques, ce 
* " appelle sa sauvagerie, sa haine des theatres et 
? danses, c'est l'oeuvre de trente annees qui n'ont 
j. nt ete contrariees par le spectre du crucifie. Mardo- 
8 etait un barbare, un Scythe anacharsise, de plus 
la f^**' Dis ciple de Socrate et de Platon, nourri dans 
<pi. am .' lle de JuUen pour faire la lecture d'Homere et 
et e8l °de, il n'avait jamais connu qu'eux, leurs dieux 
j ul - eur8 deesses evoluant dans la lumiere heliaque. 
e cl ^ Q . a PP r it de lui qu'il n'y avait qu'une seule route, 
p a ee « ell e aussi, par le soleil, et il le crut. Des com- 
et . ns d e son enfance on n'en connait qu'un, Iphicles, 
8e fit cynique par dedain des richesses. 



— 302 — 

En quelle circonstance eut-il pu etre initie a Bar* 
Abbas ? En une seule, quand il etait relegue encor* 
enfant a Macellum, en Cappadoce, presque chez l 8 
Perses (1), sous la garde des esclaves de Constance- 
Mais ce n'est point a Bar-Abbas qu'il fut initie sur cet 
montagne, c'est a Mitbra, qu'il appelle son pere (2)i 
son maitre et son roi. Mitbra, voila son Abl 
C'est le dieu des Perses qui delivrason ame, en luip r 
mettant la lumiere eternelle. Jesus n'avait point pa 1 " 
surcette montagne, oii le Soleil n'admettait point qu' 
scelerat juif fut son rival sur la terre. Julien dans " 
retraite grandit sous la protection des dieux. Miner 
et le Soleil, fils de Jupiter, ecartent de son enfance ' e 
tenebres qui la menacent. a Que jamais person 06 ' 
bomme, femme, domestique, etranger, ne t'engage 
oublier nos commandements ! » Hebocole, il Test a ve 
reconnaissance. Depuis plus de trois generations • 
moins, on Test dans la famille. Le culte du Sol 61 
l'avait tellement envabi qu'il semble avoir nie les die 05 
protecteurs ou medit de leurs offices, et ne s'y e °^ 
rallie qu'empereur, par consideration pour les relig 10 ", 
nationales. Les ames retournent au ciel, ramenees 
lui par le Soleil mediateur, tandisqu'en bas les corps 
depouillent lentementde leur matiere. Dans ce system 
ou Juben cdtoie le gnosticisme, pas un mot dont 
puisse induire qu'il eut accepte, meme dans la perJO° 
d'incubation intellectuelle, le principe de la resuri* 
tion. De l'astronomie dont il connait les grandes bg 
il ne tombe jamais dans les grossieres inventions 
l'astrologie apocalyptique. Mais il savait de l'une e 

(1) EpUrt au Stnat el au peuple 1 'I • ■.>•;■ ., Ill . 
(S) Julien, Lei Ceiart, in /int. 



itijjwiiJMJjpm.. 



— 303 — 

•autre tout ce qu'il fallait pour demasquer la super- 

cherie et la fourberie des Evangiles; il semble y avoir 

° nQ e un premier coup de lancette dans son Discours 

*«• le Soleil (i). 

Tons ses compagnons d'etudes, — on en connait 

eu *, Eumenius et Pharianus, — etaientpalens. Apres 

^atre ans et trois mois d'internement a Macellum, il 

st plus paien que jamais, il ecrit a Pharianus et a 

wnienius : « Etudiez les sciences. Le grand travail, 

e »t l'etude des dogmes d'Aristote et de Platon : c'est 

«uvr e pap. excellence ; c'est la base, le fondement, 

Jdifice et la toiture » (2). Outre Aristote et Platon, 

son esprit est a Empedotime et a Heraclide dePont, 

Pbysicien et un peripateticien. Les lois de Platon, 

a le code que Mardonius lui avait mis en main. 

e8 t la qu'il puisa l'idee de sa mission antichris- 

une ; „ Honorable est l'homme qui ne commet aucune 

: . s "ce. Mais celui qui detourne les autres d'un acte 

i J 8te merite deux fois autant et plus d'honneurs que 

Pfemier : l'un n'est juste que pour un seul (lui-meme), 

: autre l'est pour un grand nombre, en revelant l'in- 

. Ce des autres aux magistrats. Quant a celui qui 

y . l aux magistrats pour chatier de tout son pou- 

^ niechants, c'est un grand homme, un homme 

• m pli et qui merite la palme de la vertu. Et cet 

e R , eur qu'on doit rendre a la justice, je l'applique 

l e nient a la temperance, a la prudence, a toutes 

in 6 ertus qu'on peut non seulement posseder par soi- 

» mai8 encore communiquer aux autres » (3). 

U) UuL 1 ! C ? U P U ™ f«ute an ch. m. 
ty PUl* . ^ ie Cappadoc* vers 34S, il a dix-huit ans. 
MUO n, Ut* loi,, V, w. 



— 304 — 

Voila ce que m'enseignait mon precepteur, croya D 
que je resterais simple citoyen (1). » 

Non seuleraent Julien dans sa jeunesse ne don 
aucun gage a Bar-Abbas, mais il faut ecarter jusq u * 
riiypothese d'une faiblesse momentanee. En effet, c es 
chez le monstre de Cappadoce qu'il se documenta stt 
Bar-Abbas, son histoire et sa doctrine. Le monstre <» 
Cappadoce, c'est Georges, plus tard eveque d'Alex* " 
drie, Eunomeen declare (2), ennemi de toute judeolatfl 6 ' 
en cela digne successeur de Gregoire, jadis envoye p 8 * 
Constance pour combattre Atbanase. Ne en Cibd 6 ' 
Georges, avant d'argumenter contrelesjehouddolatre»i 
avait ete le fournisseur de pore des armees de Con 
tance. II s'etait probablement constitue quelque eved" 1 
en Cappadoce, sinon Cesaree qui d'ailleurs etait a 
mains d'un arien, du moins quelque autre ville- 
s'etait police hors de son commerce, et ce n'est p aS 
lui qu'Athanase, malgre toutes ses roueries, aurait f 6 
suade qu'un Juif, apres avoir precipite deux mille p° 
ceaux dans un lac, etait mort pour le salut des O 1 
cbands de cocbons ! 

Georges avait une bibliotbeque fournie de *° u 
sortes de livres, y compris les Paroles du Itnboi 
le teste integral. Julien, a vingt ans, sortan* 
Macellum, les vit, les lut. prit copie de quelqaes- 
« Je connais, pour ma part, les livres de Georges, e 
il en 3t>2, sinon tous, du moins en grande partie- 
les a communiques, lorsque j'etais en Cappadocfi> r f 
prendre copie de quelques-uns et il les a repris ensu» 
Georges avait forme cette collection au cours 

(II Julien, Misopogon, \vi. 

(3) Sur Euaouiius. Cf. lc prvacnt volume, p. £95. 



— 305 — 

0va ges, il avaitlitteralementtout ce quiconcerne Bar- 

°as. Le nom de « monstre de Cappadoce » que lui 

Q Qe Gregoire de Nazianze me fait croire qu'il avait 

8 manuscrits memes de Bar-Abbas, de Pbilippe, de 

e houdda Toamin et de Mathias Bar-Toamin. 

u 'ien prit le parti qui seul peut conduire a la verite, 

1 de tout etudier par lui-meme, de remonter aux 

r ces, de ne rien affirmer qui ne fut conforme a This- 

. • II lut toutes les Ecritures juives, depuis la Genese 

fah? U - 3UX ^ aro ' es du Rabbi, (« Esope aurait fait uue 

^ e a ce sujet, dit Libanius (1): non pas lane cache 

del* ^ 6au ^ u '' on ' ma ' s ' e Lion cache dans la peau 
a ^ ne ' ") -^ous en avons la preuve dans un passage 
8q , 0n ' re ' es chiens ignorants qu'il composa en 362, 
c _ . es r * v es du Bosphore. S'adressant a un philosophe 
f): c * Ue ^ u 'i plus rapproche de Peregherinos que de 
Pol Qe ' ava '' reproche a celui-ci d'avoir mange un 
deR ■ ° Tu es un Egyptien, toi, non pas de la caste 

Loi . S ' ma ' s ^ e ce ^ e ^ u ' man g e ^ e tout et 1 ue ' a 

J e ^"se a se nourrir meme des legumes du Jardin. 

p as 0l8 1 ue tu connais les Paroles des Galileens! ■> Ce 

Pou r ^ a tou J ours P aru obscur, et il Test, en effet, 

do u - Ux ^ u * ne savent pas que, dans le Jardin aux 

en tr . rec °Hes, les distinctions etablies par la Loi 

^em a ''ments purs et impurs tombaient d'elles- 

8u PDo ' • etant plante de la main de Dieu. Julien 

Paj. • ^ Ue ' e cynique auquel il s'adresse connait les 

tio a D es Galileens, car celui-ci « garde son admira- 

Ce qj- r la v 'e morte de quelques miserables femmes », 

Peut s'entendre que de la vie conventuelle. 

(,,Ub ^s, „«. oX . 

20 



— 306 — 

De cette lecture Julien emporta la meme impression 
que les Gnostiques. II en sortit anti-Iaviste, antijui'i 
antichristien. D'ailleurs, la personne de Bar-Abbas eiit' 
elle ete respectable, que Julien n'en aurait pas voulo- 
Juifs, Grecs ou Romains, tous ceux qui font des dieu* 
avec deshommes sont des faiseurs de poupees (1) : fai" 
seurs de poupees ceux qui ont faconne la sanglanW 
poupee Jesus ! Celle-la, c'est la pire de toutes. D^ 5 
lors, on comprend le mot de Galileens qu'il decocts 
comme un trait topograpbique a la secte des jehoudd"" 
latres. C'est le mot de l'histoire pour fletrir cette chose 
nouvelle : l'acceptation de Bar-Jehoudda comme diefl» 
sa punition changee en sacrifice, son sacrifice chang* 
en sacrement, ce scandale enorme d'bommes lib 1 * 
adorant le cadavre d'uu pretendant ennemi de ses con* 
patriotes memes! 

Apres Macellum, exile a Nicomedie tandis que s" 
frere Gallus l'etait a Ephese, Julien se mit de lui-m elD 
a l'ecole anti-juive. Edesius de Pergame, Eusebe ' 
Myndes en Carie, Clirysanthe de Sardes, lui apprir* 
la philosophie; Maxime completa son education. Ense" 1 
le premier le rait en garde contre les fourberies et 
jongleries religieuses de ceux qui se detournent de 
bonne voiepour recourir a des moyens materiels, e ' 
livrent a des fureurs condamnees par la raison- 
pareille matiere, selon Eusebe, il ne fallait tenir coiop 
quedece qui existe reellement. Eusebe alia plu 3 
il railla tout ce qui dans Maxime, son condisciple e j 
ami, s'inspirait de la mugie, car Maxime etait susp 
d'illusionnisme, pour avoir organise dans le * e ^ 

(1) Juii-n. in Ciian. 



— 307 — 

a Ephese une seance ou Ton avait vu Oiane rire aux 

ec Iatsets'allumer les lampes qu'elle tenaita la main (1). 

" vaarde-toi d'admirer rien de semblable, et examine toute 

a °8e extraordinaire a la lumiere pure de la raison ! (2) » 

_ Une autre circonstance vint renforcer l'anti-christia- 

s me de Julien. Travailles par les vieilles Apoca- 

jP8es, les Juifs de Galilee se revollerent. C'est son 

er e Gallus, declare Cesar en 351, qui fut charge 

'a repression par Constance, et il s'acquitta de la 

°gne avec la meme fermete que Quirinius au Recen- 

8 ement ou perit le pere de Bar-Abbas. II y a des faux 

8 amusants dans la correspondance de Julien que 

ff *-^ttre a Gallus, mais il n'y en a pas de plus 

°utes. A peine sorti de Macellum, Julien a Tame 

e tree de douleur. Qu'est-ce qu'il apprend? Que son 

, e ' egare par les sophistes, a abjure la religion de 

8 peres, (la jehouddolatrie)! Julien considere cela 

, 'Qe une injure personnelle, et il hesite entre le 

spoir et la vengeance, lorsqu'Aetius, leur pere 

D ^ Un ' — '' >' a d ans J u l' en une lettre a cet Aetius, — 

l'a ar ° ^ es Eunomeens, est venu le voir en Ionie et 

j. .. 88u re : Gallus frequente assidument les maisons de 

Ho a-* -^ De Se ' a ' S8e P°i nt detourner « du souvenir de 
° tUvins athletes, » (les apdtres), en un mot il reste fer- 

De S p^? pe ' P** rf« phitotophet 't des sophisUt $rea. 
des sec-l, 0,0 Pbes el des rheteurs out passe pour des magiciens, a cause 
tlaii^ " lu'ils connai«aient lifcs sa ieunesse. Porohvre etail en 



J«Uu 



*«Jitg <j * Tcc le ciel - A Tyr. il chas*a du bain un demon que les habi- 
^ 00sl anii Pay8 a PPe'*ient Cautathan. Libanius arait du quitter 
1?*W4 v° 0f>le P our ecbappcr a une accusation dc magie qui le suivit 
"^Pe ( y co,n * die d'oii il fut egalemcnt expulse, si I'on en croit 
(ij Cert *T rf " " > P f,i,ttt (P***-) mais ce rcnseignement est controuve. 
^ Bar , i , true de la coloiube qui deTenait Inmineuse en se posant 



— 308 — 

mement attache a la religion de « notre famille. » A l a 
bonne heure! Julien respire, mais il avait ete bien 
inquiet, car la pluralite des dieux n'engendre que dis- 
corde et anarchie, tandis que l'unite, (celle de l'EgH 9e 
surtout, que le faussaire a uniquement en vue), c'est l a 
puissance et l'empire universel ! 

Lorsque Julien vint etudier dans Athenes, une pleiade 
de rheteurs et de philosophes fit cercle autour de In 1 ' 
tous saluant le prince ami des dieux et riiomme ami de 
la justice (1). Le premier nom qu'on Iui octroie, c'e 8 * 
celui de philosophe. A tous, il s'ouvre familieremeo* 
de ses projets d'avenir, si quelque jour le Sole"' 
maitre de la lumiere, lui donne le pouvoir de replace*" 
dans leurs sanctuaires les images sacrees que ConS" 
tance laissait a la merci des ariens. Le sang de 
Grece paienne battait dans le coeur de tous ces homines* 
Tous sentaient dans quel carcan le monde engage* 1 
son cou. Bar-Abbas, si on le laissait faire, allait met' 
les menottes a Minerve! Parmi ceux que cette persp 60 ^ 
tive attristait le plus, il y avait un disciple du fame 
rheteur Libanius, Celse, plus tard preteur en Bitby 
et gouverneur de Cilicie, platonicien fervent, et — c e 
sa plus grande gloire, — auteur de l'admirable V 
cours de verite sur Bar-Abbas et sa secte. Ce > u 
nii-ill i- u i- amide Julien pendant son sejoura Athenes ( I 
II etait, je pense, de la grande famille romaine q 
donne tant d'excellents personnages a la civius 8 
latine. Originaire d'Antioche, il avait a force d n^P 
cable vertu desarme la critique et l'envie (3). 

(1) Libanius, Oro/ioIVet X. 
(2. -\ti:n,|. :i \! -r- .-lhri. XXII. 9. 

^3) Libaniu*, Omtio X. 



— 309 — 

Apres avoir supprime l'ceuvre de Celse et la trace de 
8 es rapports avec Julien, l'Eglise a deshonore celui-ci 
en disant qu'il avait ete jebouddolatre dans son enfance. 
Pauvre grand Julien ! N'ayant point besoin du bapteme, 
8a conscience etait propre sans cela, — comment en 
a arait-il senti les avantages ? Son mepris de la religion 
■ separee » lui interdisait d'accepter un Juif comme 
Professeur de morale et de philosophie. On voit par ses 
Merits que Bar-Abbas etait encore tout dans le cbristia- 
aisnie, et Jesus rien, que Nicee n'avait pas decide sur 
8a diviuite, ni meme aborde la question de son exis- 
tence. 

Le culte de Bar- Abbas etait une nouveaute : « le nou- 
Veau dieu galileen », dit Julien ecrivant a Photin, eveque 
e Sirmium. Sur ce point, il est d'accord avec Celse et 
aV . ec Apollinaris : « 11 y a tres peu d'annees qu'on l'en- 
8ei gae, dit Celse (1). Vingt ans, » disait Apollinaris a la 
j^me epoque. Le dieu Bar-Abbas semble etre sorti 
*° ut a coup de la poche d'Athanase, au milieu du qua- 
ri em e siecle. Ou est Clement le Romain? Ou les Lettres 

|gnace? Ou les Apologies de Justin et d' Athenagore ? 

u les livres jehouddolatres de Clement d'Alexandrie, 

e Theophile d'Antioche. et tout ce que les Putrologies 
8 re cqu e e t l a tine nous donnent aujourd'hui comme 
*yant occupe le monde ? 

>■ est, dit-on (2), sur le conseil de Basile que Julien 
. * venu etudier a Atbenes. On a une lettre de Julien 

** Basilo /q\ r\ r_u_: — a ,.„ autre adressee a 



Ba l SiU (3) " 0n en a fabri 1 ue uae 
Ue i eveque de Cesaree : monur 



veque de Cosaree : monument d'imbecillite 

til l?w vaUu P<"W' annoi. Cf. VAnticelte dans les (Euvrti dOrigene. 
(3) ^ aa i us ' ^Pu'ota UI. 

"Se 303 des ttuats de Julien, edition Talbot. 






— 310 — 

rare, dans lequel on cite litteralement du Sozomene, 
bistorien ecclesiastique du cinquieme siecle, et probable- 
ment meme du pseudo-Sozomene (1). Le but? Faire 
croire que Julien a ete jehouddolatre avec Basile ; mien* 
encore, que ses predecesseurs, a partir de Constantin, 
etaient jehouddolatres comme lui. « N'e sais-tu p» s » 
ecrit le faux Julien, que je suis un descendant du grand 
Constantin? Si tu me forces de le rappeler, sacbe eg*" 
lenient que je n'ai jamais oublie notre commerce d'aw 
trefois, alors qu'etant tous deux a la fleur de VagBt 
nous nous sommes lies d'une etroite amitie. » Julien se 
qualiGe de roi des Romains, tout comme Cliarlemagnei 
et pour montrer qu'il est au courant des usages de ' a 
papaute : a Je te somme de m'envoyer mille livre 8 
pesant d'or (soit cinq cents kilogrammes). Pese et i* 1 
bien trebucher Tor susdit dans une balance de Camp*" 
nie, (comment ! il va falloir que Basile fasse venir »* 
balance de la province de Naples ?) et puis envoie-le B""' 
si tu as du sens, sous le sceau meme deton anneau • * 

Qu'au debut, pour ne pas deplaire a Constance, p * 
sauver sa vie en danger, Julien ait incline vers IW1 
nismeet mal connu les dieux, c'est possible, h'* 11 ' 
nisme n'a rien d'infamant. C'etait presque la relig 10 
officielle, la religion de l'Empire. 

Mais si Julien eut ete arien, qui l'empecbait de 
rester quand il revetit la pourpre? Lorsqu'apres 
mort de Gallus, son frere alne, tue par ordre de Con 
tance, il fut enveloppe de suspicions et d'intrigues P\ 
la Cour, toute sa defense fut de livrer sa vie prive 

„:■ dil. 

(1) C'esl I'anecdule au sujet d'Ap<>llinaris, dont Julien » ur gj. |e 
lisant tea a-uvres : • J"ai lu, j"ai coinpri-- cl j"ai condamn*. * 
present volume, p. 396. 



— 311 — 



pes accusateurs. Et lorsque, declare Cesar a son tour, 
J1 alia dans les Gaules, il porta sur lui l'image de 
Constance : une idole militaire ! Proclame empereur 
P a rles troupes, il consulta Jupiter. 

Les tentatives faites pour le presenter corame ayant 
6t e jehouddolatre avant cette consultation sont de plu- 
sieurs sortes : les plus nombreuses sont des Lettres 
8u pposees, celle de Callus, par exemple. Dans son 
o^uvre meme onapeu interpole: la mission d'un certain 
Epictete, eveque des Gaules, qui aurait ete depute par 
Constance pour lui garantir la surete de sa personne, 
est dementie par Ammien Marcellin : c'est Leonas, 
°< u esteur imperial, qui en fut charge, honnete homme 
a °nt Julien lui-meme apprecie le caractere et qui etait 
Jans doute un disciple d'Epictete. Epictete, eveque des 
Gaules, est inconnu de l'histoire, et on ne voit pas de 
4 u elle autorite il aurait dispose sur des troupes a ce 
Po«nt palennes que Julien, empereur et souverain pon- 

1 e i avait celebre des sacrifices pour se les attacher. 

""en veut-ildire, au contraire, que cet eveque avait ete 
a *ge de le proteger contre ses propres ouailles? II 

* a >t vu avec humeur, sur les routes des Gaules, ces apo- 

tixtes qui, sous couleur de renoncement au Royaume, 

Pafcouraient le pa\-s, suivant a la lettre le conseil de 

p. C : ° Soyez de bons banquiers », vrais disciples de 

r egherinos, ramassant a beaucoup ou plutot tout, de 

. Us l«s cotes, afin d'etre honores, escortes, choyes », 

faT* . exigeaQts en numeraire que les cyniques, car ils 

m6 8aient la collecte qu'ils decoraient du nom d'au- 

e ( l )- Julien ne nie point le prestige qu'ils acquie- 

ll) Juli ««. Centre lltrocliu*. 




rent, particulierement sur Ies soldats. On les appelle» 
ils errent autour des camps, ils y portent le trouble^ 
Que prechent-ils ? On le devine : le Royaume a leuT 
proflt, le grand partage dans le raonde qui ne viendr* 
jamais, et, un peu plus tard, l'organisation de la main* 
morte sous le gouvernement des moines. Comme «" 
sont loin deja les dieux de la liberte gallo-romaine- 
« Ah ! s'ecrie la vieille aveugle a l'entree de Julien dan* 
Yienne, voila celui qui les retablira ! » 

XI. — De son cote, Constance commencait a s'aper' 
cevoir des inconvenients qu'il y avait alaisser un Atn*" 
nase insinuer en Egypte et ailleurs le culte d'un J 01 
dont toute la vertu etait d'avoir precbe le refus <* 
servir Rome soit d'argent, soit de corps, soit d'esprJ 
At liana s.- fut denonce pour avoir celebre la Paque dao 
la grande eglise d'Alexandrie qui n'etait pas encore 
achevee. Or il etait interdit de celebrer la dedica" 8 
d'une eglise sans l'ordre de TEmpereur. Atbana 
s'excusa en alleguant que les autres eglises etaient p 
nombreuses et trop petites, qu'il avait voulu evi 
l'exode des fideles au desert, et que d'ailleurs tous avaie 
prie pour le salut de l'Empereur. II n'y avait eu nide 
cace, ni inauguration, mais simple assemblee dans 
edifice en construction, place sous le nom de PJSOJES 
reur et qui n'attendait plus que sa presence pour 
au gre de tous les fideles. En realite, Athanase s e 
adjuge la grande eglise arienne commencee par ^ 
goire de Cappadoce aux frais de l'Empereur. 

Apres deux ans d'un patbelinage men'eilleux, A 
nase, qui declarait ne pasetre « unassez grand p ers 
nage pour resister meme aux questeurs de la vi 
Atbanase etait encore en possession de Yegh* e • 



— 313 — 

Premier envoye de Constance fut econduit. L'annee 
suivante, nouvel envoye de Constance, et nouvel ordre 
de sortir d'Alexandrie. L'officier n'insiste pas : sur la 
"tine des partisans d'Athanase, il se retire, redoutant 
^elque facbeuse aventure (1). Enfin, en 356, Syrianus, 
CQe f de l'armee, entre dans la ville avec cinq mille 
8 °ldats, s'empare de l'eglise, et, pendant qu'Athanase 
8 enfuit au desert, intronise un nouveau monstre de 
Ca Ppadoce, Georges, qui d'ailleurs devait finir comme 
Gr egoire. Georges venait pour mater Athanase qui, 
tranche derriere lecadavreduroides Juifs, se croyait 
•kjaroi des Egyptiens.Ce n'est point une figurebanale 
*l Ue celle de cet ancien marchand de cochons devenu 
Patriarche. En allant a Alexandrie il savait a quoi il 
8 ex posait, il pouvait finir comme le bienheureux Gre- 
8j>tte, mais il n'avait pas peur. C'est surtout par sa 
j^Hotheque qu'il etait le plus redoutable. Cettebiblio- 
he que etl'amitie de Julien n'avaient pas ete etrangeres 
** c hoix de Constance. On trouvait que le Royaume 
Athanase ressemblait vraiment trop a celui qu'avait 
*J V * Bar- Abbas. Aussi l'Egbse dit-elle dans Ammien 
' ar celli n que Constance « confondait une superstition 
8 ^il e avec ce que la religion des christiens a de simple 
eid, absolu. „ 

G eorge s et Constance ne confondaient rien du tout, 

* as Plus q ue Julien. Les Paroles du Rabbi et Josephe 

j Q niain.ils ne pouvaient pasconfondre Bar- Abbas avec 

8us - Georges ne nous est connu que par les Epi- 

dis^ 6 6l les Ath a°ase. Seul Julien nous a bien dit ce qui 

ln gue Georges des Atbanasiens. 

oiibL Ce * 1 Soiomine qui parlc, IV, 9, mais VApologie d'Alhanase 
c * t Episode. 



— 314 — 

Mais il y a un dieu pour les menteurs, et Atbana 
adorait celui-la. Au desert comme partout, Athanas* 
est toujours roi. Cependant, dit-il, il ne rentrera q ue 
si Constance le veut bien. II faut lire cette prose of 
renard, elle est superbe. Toute la justification de & 
seditieux est fondee surla betise de Constance : fondc 
ment solide, il est vrai, comme celui des Pyramide 9, 
Inondant la terre de lettres forgees par les moines <* 8 
Lybie et de Thebalde, mettant les Evangiles & 
tableaux a l'usage des eveques, declarant a tous q° 
Nicee on avait proclame Bar-Abbas consubstantiel 
Dieu, (1) Atbanase, avec un prodigieux mepris de l'intel* 
ligence des christiens d'Oceident, etait a lui seul too 
le Concile de Nicee. tout l'Evangile, tout Jesus, * 
faisait souscrireles eveques a sa communion. Beauco»P 
venaient se prendre dans la toile qu'il avait tissee. 
leur avait dit qu'Alexandrie etait toute l'Eglise, et q u 
sauf quelques ariens clairsemes et les Eusebiens de . 
Cour, il elaitle mandatairede tout l'episcopat d'Orie 
Constance s'etait empetre* dans ce reseau savanna 6 
ourdi ettendu. Sa couronne y eut pu rester. Telle es * 
situation que le genie d'Athanase avait creee. ^' lD & 
ansde mensongeavaient fait des miracles.. 

Bas jusqu'a la platitude quand il ecrit a Constat* ' 

(1) Lart du faux etait dija pouss* tres loin. Athanase en l*' 1 } '^, 
qui, accuse d avoir correspondu avec Magnence, dit dans son Ap°'°9 j f 
•instance, s Mon accusalcur prtlenclr.nl il avoir dr.- autograph? _ 
letlres? Kh bien I qu'il produise des taractfrts semblablcs aux "Vj^ 
Et encore n'cst-cc pas infailliblc : il est d'babiles fau*saires 1°i^5i 
«fu'i' luis imiterent jusqu'a lV-criture de vos mains im|»criales- * ^j 
la resseinblancc de» caracteres c-t-elle sans autorite, si ceux 4" i» 
I habitude d'en former de pareils nc viinnent aussi rendrc V ^ 
gnage a leurs lettres, :c"est-«-dirc si ceux a qui on lesattribuc"'^ 
pas appeles a let reconnaitre). • Apologi', $ il. Cf. le Saint M** 
de M. Kialon, I'aris. 1S77, in-8. 






— 315 — 



^ est insolent jusqu'a l'injure quand il ecrit de Cons- 
tance. Ici, c'est l'impie Constance, l'heretique Cons- 
* a *ce, le scelerat Constance, Constance l'Antechrist. 
La . c'est Constance l'ami de Dieu, le tres pieux Cons- 
knee, Constance le fervent des Ecritures, c'est Sa 
G >rconspection Constance, Sa Piete, Son Humanite, 
A *hanase eutdit Sa Saintete s'il n'eutpas cru abdiquer. 
Par l a vertu de l'Esprit, le fourbe fait passer am 
m °ines une Histoire des ariens qui est moins un 
Pamphlet contre la doctrine d' Alius que contre les actes 
e Constance : a Renvoyez-le moi immediatement ; ne 
lVr ez l e manuscrit a personne, et n'en prenez point copie 
Pour vous-memes. Corame d'honnetes changeurs (i), 
C0Q tentez-vous de le lire, eussiez-vous envie de le relire 
P'usieurs fois. Car il n'est pas sur de laisser passer a 
* Posterite les ecrits d'hommes balbutiants et inexpe- 
me ntes comme moi. » Comrae tant d'autres, le livre 
8 ! d 'Athanase mort. Ce qu'on a voulu, c'est pouvoir 
^mnier sans replique. <. Ce livre, dit a la fin le 
P»ste, a ete compose tout entier contre Constance 
Pa ^epape.„ 

ti Atna uase se plaint amerement des ariens qui pac- 
^ 8e it avec Georges de Cappadoce : ce sont surtout 
t , i e a ° ntlus . eveque d'Antioche, Narcisse, eveque de Nero- 
* e » Georges, eveque de Laodicee. a Que ceshommes 
Co ° U n .° P 0urrait jamais, quoi que Ton dise, traiter 
•ntne il 8 j e mer i tent> nous f asse nt savoir de qui ils ont 
jPPtts a persecuter ? Des Saints ? (il vient de parler de 

»auT- etde ?aul d ' a P ri?s la Pa** 1 " Petri ei Pauh '») i,s ne 
^eutlepretendre !... Le Seigneur a faituncomman- 

' ^us^? " de bons banquiers », dit Jesus. Cela veut dire que le 
ni "WUograpbe n cxistc ,.as. 




— 316 — 

dement de fuir, et les Saints ont fui, (en effet, a partir 
S6rtaba, ils fournissent une belle carriere). Qu'ils v 6 * 
eveques ariens) repondent! Vaut-il mieux obeir a°* 
paroles du Seigneur ou a leurs fables ? (sur la fuite & 9 
Bar-Abbas apres sa condamnation.) De qui fauW 
imiter les actions? Des Saints, ou de ceux quHls if** 
gineront eux-memes? (1) Mais, puisqu'ils sont p e °' 
etre incapables de faire cette distinction,... un dei"^ 
cbristiens passant avec mepris devant eux les cob* 
drait en criant a haute voix : « II vaut mieux obeir * 
Seigneur que de s'attacher a tout ce raclotage : car' 6 ® 
paroles du Seigneur donnent la vie eternelle, et 
propos de ces hommes sont pleins de mechancete 
de sang » (2). 

.Nous voyons nettement deux choses : d'abord q u . 
justifie la fuite d'Athanase par les evasions de Pierr e l 

Jerusalem et de Paul a Damas, qui sont dans les A& 
des Apotres et ne peuvent etre que la ; ensuite, 1 U 
accuse les eveques antijeliouddolatres d'imaginer 
fables dans lesquelles ils comparent ses actes a ce 
qui ont amene Bar-Abbas, Shebimon, Jacob senior 
Menahem au Guol-golta. Si ce sont autant de ra 
tages, d'oii vient que le pape, si expert dans l'a f * 
falsifier les bistoriens, ne replique pas a ces gnosWP 
par le passage de Flavius Josephe oil l'on dit que J* 
Abbas etait vraiment le Christ, ne fut-ce q ue ^\ 
l'eminence de ses vertus? Pourquoi donner Pierf 

(I) On veut faire croire que les actes du sicariat jehouddiq j» 
une invention des ariens. ainsi que la fuite de Bar-Abbas *P 
condemnation d'abord et apres I'alTaire du Sortaba ensuite- (f. 

it) Us ne peuvent etre autres. etanl cuipruntes a '' h ' s J ol c 1) rf«'' 
Allianase. Apoloqir dr in fuitt dans le Saint Atkanast de M- 
Fialon, Pans, Isl". io-S. 



— 317 — 

Panlen exeraple d'apres les Acta Petri et Pauli, ceuvre 
de l'episcopat romain, et faire fi de « Jacques, frere de 
J esus surnomme le Christ », martyr avant Pierre et 
Paul , si on en croit les Josephe, les Hegesippe et les 
Eusebe, parus l'un depuis trois cents ans, l'autre depuis 
Ce &ttrente, l'autre depuis quarante au moment oil fuyait 
Atfianase ? Ce martyre, qui a precede celui de Pierre 
** Paul et dans lequel Jacques ne fuit pas, n'existait 
d °nc pas encore PCertes Bar-Abbas fuyait quand il a ete 
^te, mais est-ce que Jesus donne l'exemple de la 
uite sur le Mont des Oliviers ? Comment Athanase 
°f e "t-il ecrire : « Les Saints m'avaient donne l'exemple 
( de 'a fuite) conformement a la divine Ecriture (i) ? >. 

siili ' Fu - VM de ville en ville. etc. » Cf. Les Evangiles de Satan, Iroi- 
etDe ParUe, p. m. 



LE CADAVRE 



•Celse ] e p| a ( on j c i en g on DUcoursde tirili. Efforts del'Eglise pour 

e raniener au second siecle dans le Con/re Celse. — II. Invention 

e Lactance comiue apologiste conteuiporain de Constantin Faux 
**j s sous son nom contre le temoignage du juge de Bithynie. Bar- 
*J ,bas roi des voleurs. — III. Le Contre Celse. Ou etait enterre Bar- 

bbas. L'enquete de Celse sur ce scelerat. Les origines de la seclo. 

I'aires et magiciens. Cbangcmenls successifs opt-res dans les Braa- 
»'''«. — iv. £e Juif charge de discnMiter Celse : les amours de 

lar 'e et du soldat Panther. Joseph le charpenUer. Ou apparait, mal- 
& 6 tout, le vrai temoignage de Celse. — V. La Gamaleenne et ses 
* e Pt demons. Bar-Abbas et sa kabbale. Sa faillite. Caractere meur- 

' Cr de sou nazircat. Sa condamnation, sa fuitc, son arrestation. 

»«sesse des proct-des evangeliques. Les pretendus miracles. — 
- l>appel des dupes a la pudeur et a la raison. Demonstration de 

° nti "ieismt d e 1-EgUse. L'ombre de f Arte. Caractere hypocrite et 

'gueilleux de la jehouddolitrie Impietc de la foi irraisonnee. — 
'• Inferiority du dieu des Juifs sur tous les autres dieux. Con- 

°5ion du Ditcours de etriU. — VIII. Renin e dAthanase dans 
b txandne. Assassinat du Monstre de Cappadoce. le mc de sa 
IX !° U " ique - Les fausses lettres de Julien sur cet evenement. - 

• • J Ulien avise aux moyens darKtcr la lepre de la totitle humaine. 

douceu,. » a tolerance envers les jebouddolatres. Leurs divisions 

d . eur cupidite. — X. Julien chci Celse. Antioche. foyer de jehoud- 

*ie * C ' JaUen s*"' ,oul et dira lout - ^ R -™" 16 f Te d or ne 
"""^ jamais. Temoignage dApollinaris de Laodicee el d'Eustathe 



— 320 — 

de Samarie contre la mystification evangglique. Le Saint-Sepul e 
Apollinaris ct Eustathe mandes par Julien. Le faux Apollinaris- 
XI. Les pelerinages au tombeau de Uar-Abbas et de ses fret* 5- 
L'oracle d Apollon Daphneen. Discours de Julien au Senat d'-' ' 
tioche. Le mort de Macheron. Ordre de detniire son tombeau- 1°°* 
neration de ses os a Samarie. (aout 362). Lettre de Julien Ji Phot" 1 * 
eveque de Sinnium. La replique dcs jehouddolalres a Apollo * 
incendie de son temple. Les pretendus martyrs. Juiien et ses C» B " 
lois. Propheties christiennes annom;ant sa mort. La di-che du P**" 
the. Tu as vaiicu, Galile-n! — XII. Les eflets de l'exhumalion et * 
l'incineration de Bar-Abbas. La statue de Jesus. Decapitation * 
Bar-Abbas comme baptiseur. Translation du Saint-Sepulcre 
Macheron au Guol-golla. i 1 - ! • • n ■ et Macaire. Invention de Baby''* 
Mesures de TEglise contre les Apollinaristes. — XIII. Les ecrits "^ 
Julien contre - le nouveaudieu galileen. » Son antijudaisme p 01 ' j 
sopbique. Kraude constitutionnelle des Evangiles. Le Contre Jul''"' 
transformation de Julien en faux t <■:.:•■ in par 1'Eglise. Vanity de «•* 
mana-uvres. Les oreillcs de VAn* de Juda. Ignominie fondameiM*^ 
du ehristianisnie. Derision de Dieu et mepris des hommes. 

I. — Pendant que Julien allait defendre les GauW 1 
contre les Germains et que Georges de Cappad ^ 
allait en Egypte defendre Dieu contre Athanase, Cel 8 *' 
nomme preteur en Bithynie, publiait son Discours 
v4rite. Celse est celui que 1'Eglise dans Lactan 
appelle le Judex Bithynia- (1). 

11 est parfaitement demontre qu'il y eut deux Ce» 
l'un epicurien, ami de Lucien, l'autre platonicien fr° 
de stolcisrae, et que pour les besoins de sa ca 
1'Eglise les a volontairement confondus dans le ' l 
qu'elle a fabrique contre le preteur de Bithym 6 
qu'elle presente aujourd'bui sous le nom d'Ong e 
Le Contre Celse est d'un temps ou 1'Eglise sem 1 ^ 
toucher a l'absolue puissance : le christianisme est 

(1) A la veriW. nous napportons pas la prcuve mat6rielle * .^ 
Si le preteur de Bithynie est distinct de CeL«c, ccst un Umoin <" r, 
en notrc favour. 



— 321 — 

Le premier texte du Contre Celse fut mis sous le 

°om d'un correspondant de l'imposteur Ambroise, 

evgq ue j e ^jj| an Le nom de ce correspondant a dis- 

P aru , parce que celui du destinataire faisait date, 

(Ambroise est mort en 397). On feignait que ce cor- 

re 8pondant fut d'Egypte ou d'Asie, Ambroise l'avait 

P ri e de refuter le Discours pretendu veritable de 

e ' 8 e, il s'acquittait de ce devoir. C'est ce premier 

°ntre Celse qu'a connu et resume l'imposteur qui a 

3^ r ique les ceuvres de Lactance et les a datees de 

°i8tantin. Plusieurs siecles apres la composition du 

0r >-tre Celse, un autre imposteur a revu et corrige 

1 ecrit dans lequel il etait reste beaucoup trop de 

°ses nuisibles aux progres de la jehouddolatrie. 

°diGant l' envo i q Ue ) e correspondant d' Ambroise avait 

P ace en tete de son faux, il declare que, le Contre 

e 'se n'etant point destine aux fideles, mais a ceux 

^ sont faibles dans la foi ou qui y sont etrangers, 

Qe s'est pas cru oblige de respecter l'ordre et les 

. °P°rtions de l'ouvrage platonicien. II avait d'abord 

. 1* sa refutation sur le seul texte du Discours, mais 

8 e 8t ravise au cours de son travail, — lisez au cours 

8 temps, — il a pense bien faire en reduisant a rien 

y le commencement du Discours, en venant tout de 

k a l'endroit ou, dit-il, Celse introduit, en facon de 

° So popee, un Juif qui dispute contre Jesus; eta partir 

** moment il refute le texte avec l'exactitude d'un 

e Jfier : (allusion significative a la fonction judiciaire 

j. auteur attaque). II a divise sa refutation en huit 

Pri" 68 ' ma ^ S ^ ne re ^ ute jamais, il ne peut pas! II sup- 

j ' intervertit ou substitue, et la raison pour 

? e Ue il a hate de donner la parole au Juif, c'est que 

If 



— 322 — 






le premier livre de Celse portait sur l'auteur des Parole 
du Rabbi et sur sa famille, tandis que le Juif est u» 
temoin suppose, en l'espece un veritable agent °" 
l'Eglise, charge de ne rien savoir la-dessus. 

Que Celse l'epicurien ait parle de Bar-Abbas dao 9 
son traite contre les charlatans et les imposteurs, c'e»* 
tout naturel, mais il en u parle comme d'un vulga^ 6 
magicien, et sans aucune allusion a Jesus dont la fab' 8 
n'existait pas pour le grand public. Mais ce n'est p aS 
seulement a ce Celse-la que repond VAnticelse. C' eS 
en meme temps et par un seul ouvrage a deux auteor 9 
qu'il se garde bien de nommer et qui sont l'un Cel^ 6 
le platonicien, l'autre, Julien lui-meme. « Je ne sais, n\ 
l'auteur du Contre Celse, si mon Celse est celui <I"J 
a ecrit de nombreux livres Contre la Magie » (0* 
connait done ces livres, ou il n'est pas question 
Jesus, mais de Bar-Abbas, et e'est pourquoi il n °^ 
identifier le Celse qu'il refute avec l'epicurien 
second siecle, car cette identification entraine celle 
Bar-Abbas et de Jesus. 

Le pape qui, sous le nom d'Origene, s'est propo 36 

refuter 1'irrefutable Celse, dit n'avoir connu ni per 8 

nellement ni autrement celui qu'il refute. II a simpl eD1 

urie» s 



$u 



« appris >> qu'il y avait eu deux philosophes epic 
du nom de Celse, l'un qui vecut sous .\eron, l' aU .,,, 
temps d'Hadrien et de ses successeurs. C'estpa 1 " °® 
phrase seulement qu'on connait l'existence d'un ( ' L> . 
philosophe epicurien sous Neron. L'autre, nous 
connaissons parfaitement, e'est l'ami de Lucien. v . 
a Celse le platonicien, qui a ecrit le Discoursde V* 



(1) Contrt < .., . 1, | 68. 



— 323 — 

P e PSonne n'en a jamais entendu parler comme ayant 

e cu au second siecle. Or l'auteur du Discours de 

frtt6 n'est point un disciple d'Epicure, tout le monde 

Q convient, cest un platonicien determine, parfois 

6 me pytbagorisant. La confusion entre les deux Celse 

' la manoeuvre interessee d'un homme qui, en mettant 

ttaque sous le nom de Celse l'epicurien et la replique 

u s celui d'Origene, a eu pour but de ramener Celse 

P'atonicien au second siecle. 

aroles du Rabbi en maius, Celse le platonicien 

luait la fable de la creation de rhomme dans la 

. . se > >1 taxait cette fable de ridicule, « digne d'un 

lard tombe en enfance, bonne tout au plus pour de 

• es ^ emm es, et injurieuse a Dieu, car elle le montre 

aibi e des le commencement qu'il ne peut se faire 

« . . un seu| l bomme qu'il a forme lui-meme. » II 

, a U de meme (1) les bistoires de ce paradis terrestre 

j, " a r-Abbas (le Jardinier) avait annonce le retour 

ain' II croyait les recits d'Hesiode plus anciens 

^j, . es fables enregistrees par les Juifs et il leur 

aui Uai * Un sens P' us res P ec ^ au ' e : ^ e monde est 
l es men t plus ancien que ne croient les Juifs (2) ! Chez 
gien ' les Egyptiens, les Arcadiens, les Phry- 

iu 8 . * " 0n t Hesiode et d'autres genies « divinement 
r ahl S " D ava ' en ^ f a 't quetraduire les idees, de vene- 
Un e 6 8 e ndes, bien anterieures aux Juifs de Pales- 
^erp a . ?a ' ent au commencement du monde une pre- 
Cati ^ en ^ ral ' on d'bommes issus de terre. La fabri- 
cs i e * "lomme-femme par Dieu, telle qu'elle est 
^enese, n'etait qu'une invention de Juifs irabe- 

'*■' V ^U rt« lU,Si dans 8es Pr, " c, >«'- a - u Gogolha, p. 302. 
leinontrte par la s«ule hisloire des EgypUens. 



— 324 — 

ciles et grossiers. C'est, on le voit, la vieille que- 
relle de la preeminence des Ecritures, debattue p ar 
Tatien au temps de Celse l'epicurien. Le Cont* e 
Celse essaie de mettre Celse en opposition avec son 
maitre Platon sur la foi due a des poetes comme He- 
siode et Homere. Car, dit-il, Platon chassait Homere 
et les poetes de sa Republique, comme corrupteurs d e 
la jeunesse, tandis que a l'epicurien Celse » les fa» l 
divinement inspires quant a la theorie de la genes 6 
humaine, « si cependant c'est ce Celse qui a && 1 
deux autres livres contre les christiens » (i). 

Yoila bien les deux Celse : 1'un epicurien, qui a ecfl 
contre les magiciens, et l'autre plutonicien qui a fait u 
ouvrage en deux livres contre les adorateurs de Ba r 
Abbas. Auquel des deux YAnticelse replique-t-il? A u _ 
deux; mais de preference au dernier, puisqu'il | l 
attribue 1'invention du soldat Panther, que ne conna' 
sait pas le premier, et que le second n'a pas con 
da vantage. 

II. — Nous examinons d'abord le Contre C e 
adresse a Ambroise. On en a introduit une anaO 
dans Lactance, et par ce moyen on a ramene Celse n 
fin du quatrieme siecle au commencement. . 

Parmi les faux temoins charges de deposer sur 
premier tiers du quatrieme siecle, le plus celebre 
incontestablement Lactance. Lactance est-il un p e ^ .j 
nage reel que l'Eglise a enzune, comme elle a . 
de Justin, par exemple, ou son ceuvre est-elle e nt ^ 
ment supposee ? II n'importe, mais tout ce qui y es 

.^ J* 

(1) Contre CeUr. IV, $ 36, dans la restitution Aube, H"" 
perUcutiom de CEglite. 



— 325 — 

de Jesus a l'empereur Constantin est d'un faussaire 
poslerieur au sixieme siecle (1). 

Dans Lactance, tout est arrange en ce qui concerne 
Pierre et Paul; ils arrivent a Rome au commencement 
du regne de Neron et meurent apres une predication 
qui dure vingt-cinq ans. Qu'est-ce que la persecution 
d e Neron dans Lactance? La fraude Clementine, rec- 
tifiee par les Acta Petri et Pauli. C'est le martyre de 
Pierre et de Paul, sans aucun incendie auquel auraient 
*te meles des hommes qui seraient leurs disciples. 

On fait venir Lactance d'Afrique pour enseigner la 
•"hetorique a Nicomedie, capitale de la province dont 
^else a ete preteur avant d'etre gouverneur de Cilicie. 

Les christiens d'Asie etant encore millenaristes au 
lei Qps de Celse, Lactance estmillenariste comme Papias 
et »es disciples ; mais a la difference de ceux-<-.i, qui tirent 

„ Dater le faux avcc exactitude est impossible, mais nous avons la 
P'euvc qu'il est posterieur a l'invention par ou Denys le Petit fixe le 
J^niencement de ierc chretienne a "53. c'est-a-dire trois ans apres 
.* "noi-t dllerode et sept ans avant le Ilecensement de 160, date de 
ah CU ; de naiss,nce de Jesus dans Luc. En effet, le faussaire refuse 
^solument de songager dans une contro verse qui auraitpourresultat 
* miner complement la chronologie ccdesiastique. .1 prefere ne 
^"ler aucune date a la naissancc de Jesus, laissant lcmpercur 
J?. * tan,ln . auquel 'I s-adresse. sous limpression que Jesus a bien 
,S**«» que la date de sa naUvite. en quelque lieu que ce soil, est 
£** que lEglise a f.xee comme il lui a plu. Us mots « Becense- 
mS-; yuirinius . BetKhem et Naiireth » ne sont pas prononccs de 
*«ta que - na - vanl I ,as eu • Ulibinr la-dc<sus. ConstanUn n art pu 

g er de faux les ccrils de Lactance. . . . _ 

Qui a* cru «'»arquerque sur Jesus Lactance derail tool a Cypnen 
K Wai » 'out a Tertultien. lequel ne >avait rienqu'il ne voulut ten.r 
ch. r , ^'e -Cesl dans les Ttmoignngts de Cypnen qu il faut chcr- 
'Uru duc u».ent a tion de Lactance. (M. Bene Picaon, Lactone*. Etude 
ia-K '"'""''""■"< ^oso,.h'qu t ft rtligieuxsousConst-nttn.Puns, 1901, 
les r? Uvra S p couronne par lAcademie franchise). Mais qu est-ce que 
»onl .""'Onage, dc Cvprien t Bien de plus que ce que nous appre- 

aS P a rlesfran S .7„; 



— 326 — 

leur doctrine des ecrits memes de Bar- Abbas, il obtien* 
la sienne par un mariage de Y Apocalypse de Pathnios 
avec les Oracles sibyllins prealablement convertis a U 
jehouddolatrie. Speculant sur les Litres sibyllin* 
accommodes a la fraude ecclesiastique, Lactance cro't 
a l'existence de Jesus sur cette seule autorite ; cetW 
fraude meme, voila sa preuve! Preuve aussi les pro* 
pheties juives, d'autant moins suspectes a ses yeu* 
qu'emanant des futurs meurtriers de Jesus, elles son* 
le temoignage certain de son existence. La preuve q^ e 
les propheties sont vraies, c'est leur realisation en Jesus- 
La preuve que Jesus a existe, ce sont ies propbeU eS 
realisees en lui. Les Sibylles, Virgile, Hermes Tn 8 " 
megiste, voila pour les paiens. Les Propbetes juifs e 
la mystification evangelique. voila pour les christiei 9 ' 
L'Ancien Testament, preuve du .N'ouveau, le NouveaUi 
preuve de l'Ancien, — mais seulement en ce qui toucn 
la personne de Jesus. — voila toute la clef du myste"*' 
Remarquez que dans ce systeme on ne fait jamais •* 
place aux tumoignages qui ne sont pas fabriques o 
choisis par TEglise. Douze Juifs n'ont pu mentir (com*" 
auraient pu le faire douze paiens). Pour mentir, » ' a 
de l'intelligence, et ces bommes etaienttrop betespO 
inventer les Evangiles .' Paul non plus n'a pu men* 1 *' 
On mentquand on a un interet : or quel interet avaie 
ils a propager une doctrine qui les vouait, apres 
sacrifices sans nombre, a une mort ignominieuse? *- 
ignorance et leur desinteressement sont des preuves 
leur veracite. _ » 

Les Livres sibyllins dont se sert Lactance resp ,r 
encore la haine de l'Occident et sont d'inspiration x" 
calyptique : ils appellent les cob';res de Dieu sur n 



1 ' w ' wmmmmmmi^ 






— 327 — 

et voient dans sa destruction le commencement de la 
•"evanche des justes : Lactance, devenu pape, ecarte 
*•! ideal herite des Juifs et partage par toutes les 
%Uses d'Orient et d'Afrique. Pour lui la chute de Rome 
e st l e p] us grand malheur qui puisse frapper le 
m onde ! (1) II veut le triomphe de la jehouddolatrie, 
ma i8 a Rome, car les Paroles du Rabbi sont deja loin, 
et 'a capitale du Rovaume n'est plus Jerusalem-Xazi- 
et h, c'est Rome avec Bar- Abbas pour Dieu et le pape 
°ur empereur ! 

Lactance se plaint de l'insuflisance des. avocats de la 
Jehouddolatrie : les christiens ont ete mal defendus. 
1 'ngrat, qui ne compte ni Ignace, ni Justin, ni Meliton 
5 Sardes, ni Athenagore, ni Theophile d'Antioche, ni 
Element de Rome, ni Clement d'Alexandrie, ni Tertul- 
^Q. ni Cyprien!) Au temps ou il professait la rheto- 
^queenBithynie, deux attaques ontparu moins contre 
e8 jehouddolatres eux-memes que contre leurs tradi- 
tions. Deux hommes, un philosophe qui frequente le 
Palais et un juge qui a cesse d'etre christien pour col- 
^orer a la persecution, ont vomi l'un trois livres, 1' autre 
eu * contre le nom (2) et la religion du christ. Le phi- 
.° 8 °phe, c'est Hierocles, disent les exegetes : l'autre, 
n- 8 - 6 de Bith 3' nie ( 3 ) et apostat, c'est Celse le plato- 
, Clen qu'il s'agit de faire passer pour mort avant le 
re 8ae de Julien. 
Lactance cite Lucien (4) : par consequent il connait 
1 'ustre Peregherinos, et l'ineffable Alexandre, et il 

TOftML Mt < * e P uis longtemps actouiplie au benefice de Bar-Abbas, 
ij .?.~ f «usj.aire compose. 

u! li. en! cc uoai - q ud cs, - il? 
' reu-ur en Uui.jnie. 

' ' *""' nlighnt , 1. 1, ch. ix. 






— 328 — 



sait que Celse I'epicurien a fait un livre intitule Contr e 
les Magicians, en partie dirige contre le Juif a la co- 
lombe. Dans le recit des aventures de Peregherinos, <P e 
l'Eglise n'a pas encore pu cuisiner it sa maniere, il a !• 
1'histoire abregee de Bar-Abbas. Cependant, quoiq" 1 
parle « des attaques dirigees dans les temps ancien 
contre la foi christienne », Fronton, Crescens, Apule e » 
Minucius Felix), il ne cite ni Celse I'epicurien ni Cels e 
le platonicien, qu'Origene est cense avoir pulverise- 
depuis soixante ans, ni Porphyre, qui a ecrit qui 02 
livres contre les christiens de toute sorte, particuhere* 
mentlesjehouddolatres. Si Porphyre a celebrelesvertu 
de Bar-Abbas(l), d'ouvientqueLactance ne lecitepo' 
parmi les temoins de moralite dont il a tant besoi 
C'est que le plan de l'Eglise est de faire croireq" a 
n'y a pas eu deux Celse, dont le second a vecu 
temps de Julien, mais un seul, I'epicurien, mort a 
fin du second siecle. Et quant a Hierocles, elle s 
chargee de lui repondre dans Eusebe (2). . 

L'identite de Celse et du Judex Bithvni.i- se reve 
dans le titre meme de Pouvrage combattu : Disco 

(1J Couime le pretend l'Eglise. Cf. le present volume, p. 2S5. . rf 
;2) Nous lai ? sons literacies de cite*. Celse cl Julien suffisant a n^ 
demonstration. Hierocles. protagnnistc d'Apollonius de Tyane , en ts 
liar-Abbas, fait voir combien les pbilosopbcs araient etc plu* I rt |ei 
et plus sages que les jebouddolatres. I'esant dans la meme bal» n ^ 
miracles altribues par les uns a Apollonius el |>ar les autref V|j«, 
Juif : « Quel bruit pour quelques petit* prodiges ! s'eerie »>' t i 
pour quelqucs avcugles gueris ! Apollonius etait bien |>' us y^ 
pourtaot nous ne Pbonorons que comme un ami des Oicu"' - ^ e 
aulrcs, pour quelques aveu.-les gueris. vous allei partout pu ,i o0 iO?' 
Jesus est Dicu. • Que repond Eusebe? Que les miracles d'Ap° ^p- 
publies fort longtemps aprts sa mort. n'ont point eu de , * n,0 "J i$, •' 
dis que ceu\ de Jesus ont etc vu* par tous les a|>6tres. Tol !J f . oU '»* 
nose point dire qu'ils aient et* publics du vivant de Ilar-AbD* 5 
lendemain de sa crucifixion. 



329 — 



de Verite, avail dit Celse. Philaletheis, amis de la 
Verite, dit de ses livresle Juge de Bithynie. Et ce que 
combat Laclance, c'est un Discours grec, tellement 
conforme a celuide Celse le platonicien, qu'onn'en peut 
contester l'identite sans supposer 1'existence d'un 
troisieme Celse qui, platonicien comme le second, 
aurait ecrit contre Bar- Abbas au temps de Constantin. 
Lejugede Bithvnie connaissait admirablement son 
sujet, Lactance l'avoue. 11 l'a traite d'une facon mor- 
•W. Comme juge, il a excite la persecution; outre 
•<* crime, il a poursuivi de la plume ceux qu'il avail 
fr appesde ses sentences. 11a compose deuxlivres «non 
Contre les christiens, afm de ne point paraitre les 
fabler, mais adresses Aux christiens, pour faire 
Parade de bienveillance et d'humanite. Or, dans ces 
liv res, il s'esteiTorce d'arguer de faux l'Ecriture Samte, 
(ils'agit des Evangiles), comme si veritablement il en 
av ait fait une question d'amour-propre, car sur certains 
P°»nts qui paraissent lavoir contrarie, il est entre 
d ans tant de details et si avant, qu'il a I'air d'avoir 
a Ppartenu jadis a renseignement cbristien. S il en est 
ait >8i, (Lactance n'en est pas sur, ce nest qu une insi- 
nuation), quel Demosthene pourra le defendre de 1 im- 
P'etC- pour laquelle il est devenu traitre a la religion 
M avail' adoptee, a la foi dont il avail revStu le nom, 
f u sacrement ^le bapteme) qu'il avait recu? Si c est par 
^sard que les divines Ecritures lui sont tombees entre 
,es mains, quelle temerite d'avoir ose s'attaquer a des 
^oses que personne ne lui a bien expliquees faute 
de * avoir rien appris ou d'v avoir rien compns! Car il 
fte dearie pas moins des divines Ecritures quil ne 
8e »t ecarlo lui-meme de la foi et de la verite. Cepen- 



— 330 — 

dant il s'est surtout acharne contre Pierre, Paul et l^ 
autres disciples, comme ayant propage le mensong 6 ) 
seme la tromperie, quoique d'autre part il ait monti* 
leur simplesse d' esprit et la basse condition de ceu$ 
d'entre eux qui faisaient metier de pecher (1)' 
comme si dans ce genre de moquerie il etait jaloux des 
lauriers cueillis par les Aristophane et les Aris- 
tarque (2)! » 

Le premier soin du juge de Bitbynie, c'avait el« 
d'etablir ou mieux de retablir le vrai nom de l'individ 
qu'on appelait finalement Jesus dans les Ecritures. » 
ce nom n'etait pas Jesus, on l'avoue dans Lactance- 
a Mais, demandera quelqu'un, s'il existait au & 
avant de naitre, comment s'appelait-il? .Yetant conn 
que de son Pi-re et de lui, et inconnu des anges eu** 
memes,sonnom ne sera revele que lors de l'accorapl 1 
sement du plerdme. Quant au nom dont il s'est app e ' 
parmi les hommes, c'est Jesus, Car christus n'est p 
un nom propre, c'est celui de sa puissance et de 
royaute, et c'est ainsi que les Juifs designent l eUR 
rois. A ce propos, relevons l'ignorance de ceux qui P 
le changement d'une lettre ont coutume de l'app e 
chrestos (3). C'est chrislos qu'il faut dire, oint, 
c'est la traduction du mot hebreu Messiah (4). » -* 1 
lemot « fils de Dieu », est-ce que ce n'est pas la trad 
tion du mot hebreu a Bar-Abbas? » Et le mot « J° 

(I) 11 montrait au conlraire quils elaicnt de fainille royale, P 1 * j„ 
danU, noD pas seuleuient au trone dc Judee, mais au K *'*" 1 "^ |i 
tnonde, et que leur peche a lieu uniqueun-nt dan* l"eau trouul 
| -a ra bole. 

(2j De Jiutiliii, ch. il. licit* 1 

(3) Bon. Personm- nc la appele ainsi avanl que I'Egliso nc 
dc vol, r leur noui aux ehreslUni. 

(i) I u terd SaptenM, I. IV, cb. vii. 



*4l«mJfJW,!4l!M^*^ 



— 331 — 

n ^s », est-ce que ce n'est pas la traduction grecque de 
5 Poisson, signe de l'An de Dieu ? » 

Le juge de Bithynie n'avait connu qu'un seul Joannes : 
k Christ. Aujourd'hui, et cela n'est pas surprenant, 
Lactance en connait deux : le veritable et l'unique, qui 
es t le propnete et c le baptiseur de Jesus » (1) dans les 
Synoptises, et le faux (2), qu'il dit etre l'auteur de 
*Evangile que nous avons rendu a Cerinthe. 

Pour etablir la date de la crucifixion de Bar- Abbas, 
le juge de Bithynie avait le texte de Josephe qui etait 
a, °rs entier et la tradition invariable de tous les 
Cu ristiens de Judee et d'Asie. On savait qu'il avait 
*te crucifie it cinquante ans passes, en Tan vingt- 
de uxieme de Tibere, soit 7S9, sous le consulat de 
J^pinius Allenius et de Q. Plautius. LEglise a mis 
" a ns Lactance, conformement au raensonge concerte 
P ar elle dans Luc et dans les Actes des apotres, qu'il 
**«it ete « crucifie par les Juifs en Pan quinzieme de 
Tl »ere Cesar, sous le consulat des deux Geminus », 
et qu'il en etait ainsi decide par un accord des choses 
av<J c la kabbale sainte. Elle ajoute que Pontius Pilatus 
e ^»t alors legat en Syria (4), ce que le juge de Bithynie 
Qav ait certainement pas dit, sachant pertinemment 
lue Bar-Abbas avait ete condamne non par Pilatus, 
a ^8sant comme procurateur de Judee, mais par le 
8an hedrin plus de quarante jours avant la crucifixion. 



1 °< verd Scpientid, 1. VII, ch. au 



i»; ~~ «■*•« JJ;ifn;.ii. i. \n, on. ix. 

,, f e W"! Sapienlid, I. Mil. ch. VUI. ... . 

iklfS* *"« Sfi**M. I. IV. ch. X. .» fine. - Avant le septiemejour 
U i« lenJei d '»*«l ». "« le tcile. c'«t*diw le 6 ami. Ires pito du 1. 
jj*"** Sutra couimencant a sU heures du »oir- l» autre* manuals 

U' n Dl de lire : « avant le dixieine jour ■ d'avnl. 
J De wrd Sapimiid, I. IV. ch. win. 



— 332 — 






« II a affirmeque le christ lui-meme, poursuivi pa* 
les Juifs (1), avait commis des brigandages avec » 
poignee d'hommes qu'il avait rassemblee (2). Qui se 
permettrait de recuser un tel temoignage? Croyons-l 
done pleinement, car quelque Apollon le lui a peut-6tff 
annonce dans un songe. Assez de voleurs ont peri, 
en perit assez chaque jour, (combien n'en as-tu p a 
condamne toi-meme?), et cependant qui d'entre eU*' 
apres leur supplice, appelle-t-on je ne dirai P 85 
dieu, mais simplernent homme? Tu as sans dou 
cru cela de lui parce que, vous autres, vous avez i* 1 
un dieu de Mars le meurtrier? Mais vous ne l'auriezp 8 
fait, si les Ariopagites Vavaient iixis en croix? (3)- 

Outre les forfaits pour lesquels Bar-Abbas avait e 
condamne par le sanhedrin, le Judex Bithynia* m"' 
trait qu'a supposer l'autbenticite des miracles, Ap° 
lonius de Tyane en avait fait de pareils et merne 
plus forts. Lactance admire qu'il ne cite pas Ap u ' ' 
a qui on en prete egalement beaucoup (4). « D'ou vi 
alors, s'ecrie Lactance, d'oii vient, 6 tete extra* 
gante, que personne n'honore Apollonius comm e 
dieu, sinon toi seul, bien digne fidele de ce dieu, 4 ! 
le veritable (5) punira pour l'eternite avec toi-men* ^ 
Si le christ est un magicien, parce qu'il a /"«" 

ft) Saul ct Philippe llar-Jaciin apri-s la Journcc des Ponrs- ( 
Roi dti Juifs, p. 30*. .raJ* 0- 

(21 Periode de la prise de Kapharnahum. dc Belhsalda ct de H" 1 ^ ^. 

(31 Certes, car il aurait ele dans le meme ras <|ue Bar-Abl«-_ ueJ ,t 
damne pour I'assassinat d'Ananias et de sa fcinme. par eon /^ id 
indiyne d'etre adore, mais digne d'etre condamne par I Areop"** 
Juifs. -' ^gp 

\\) Cet argument rentre dans le plan concertr par TEglise eo y\ 
louche (interpretation de \'Ant cTor ct de I'Apologie d'Apulce. 
t:- ri.i'i ilr Satan, premiere partie, p. 120. 

(5> liar-Abbas en personne. 



— 333 — 

miracles (1), Apollonius Test encore plus que lui, car 
Poursuivi, comme tu le dis, par Domitien qui le voulait 
Punir, Apollonius s'est soustrait tout a coup au juge- 
ttent, tandis que le christ (2) sesl /ait prendre volon- 
teirement el attacker a la croix. » 

Ge ne sont done pas les miracles qui font la foi de 
Lactance, ce sont les^propheties juives et sibylhnes 
r ealisees en Bar-Abbas. Qu'Apollonius ait plus de 
P^diges a son actif, e'est possible, mais qu'importe? 
U s n'avaient pas ete predits! Au contraire, tout ce qui 
es * arrive a Jesus est dans les propheties, (ce qui 
Pfecisement n'est vrai que des miracles, — lis pro- 
^ennent tous des Paroles du Rabbi!) 

Cette argumentation suit pas a pas et resume celle 
^Contre Cekeambrosien, et e'est pourquoi Lactance 
ne nomme pas Celse comme etant celui qu'il vise, ll lui 
kudrait reconnaitre en raeroe temps que Celse lui est 
Posterieur et plus encore a Origene, qui endossera la 
Paternite du Contre Celse. Le parallele entre Apo - 
Wus et Bar-Abbas peut appartenir au preteur de 
^hynie, comme Tentree en scene d'Apulee apparent 
b 'en a Augustin (3); le ton de l'ecrit attaque, la mode- 
rn de ses idees, le style, la conclusion achevent 
de demontrer lidentite de Celse avec le preteur de 
Bithynie. 
Pour avoir voulu ameuer les jehouddolatres a resi- 

„ (1 > Le prtUur de BiU.vi.ie monlrait, au ^^"Z^It^ 
J*n miracle dans les E.an 9 ,U,, maisde .implesstn.eaolog.es fa.tes 
• Jts nombres de li kabbale juive. _ .. n ._ .v h „ 

J»«QM l e nonlac J6sus , undis que. sous le nom de **£*£ 
Ijg^Wu qui se disail christ esl mis bors de cause et relache par 

W) CT. Ui Bcangile, dc Salon, premiere partic. p. I". 



— 334 — 

piscence par la force de la verite, le juge de Bithynie* 
est aussi mal recu de Lactance que Celse Test d" 
Contre Celse. Lactance, qui ne norarae pas Celse* 
repond au juge comme s'il repondait a Celse e * 
copiait sa reponse dans le Contre Celse. L'auteur d° 
Pkilalethes est un fourbe, un loup qui s'est each 6 
dans la peau d'une brebis pour prendre les jehouddo* 
httres au piege sous un titre menteur. Mais quel 18 
verite leur a-t-il apportee, sinon que, defenseur de» 
dieux, il linit par trabir ces derniers ? « Car en cele* 
brant la louange du Dieu souverain que tu declare 
le roi, le maitre et l'artisan des clioses, la source d» 
bien, le pore de tout ce qui est, l'auteur de tout ce <P 
vit, tu as precipite ton Jupiter de son trflne et l ai j 
relegue parmi les ministres de la souveraine puissance* 
Ton epilogue montre ta sottise et ton erreur. En eu e 
tu affirmes qu'il y a des dieux, et cependant tu •* 
soumets au Dieu supreme dont tu essaies de ruiner 
religion! » (1). Comment n'etre point frappe de 1 aD 
logie de cet epilogue avec celui de Celse? Le juge 
Hithynie est un platonicien comme Celse, un ami de 
paix dans la verite comme Celse, il est contre J« s 
pour les memes raisons que Celse, parce que sous Je 8 
il y a Bar-Abbas, il n'est pas ennemi des christie 
qui, malgre cette execrable etiquette, conservent 
Thonnetete privee, il les regarde comme des dupe 8 
des victimes du mensonge ecclesiastique, il est parUS 
de la clemence et de la conciliation poussees aux a 
nieres li mites. Mais il perd son temps a philosoph er ' 
proposer des accommodements. Les jehouddola' 

(1) DeJuititid, cb. ill. 



■WUMV.Ul*WL!..!!IJ 



— 335 — 



n e ntendent pas : c'est le pouvoir qu'ils veulent, et 
'fimpereur pour otage! 

III. — Nous passons maintenant au Contre Celse 
1 u e l'Eglise presente sous le nom d'Origene. 

Selon les exegetes mystifies par l'Eglise (i), Celse 

aurait ecrit entre 1 76 et ISO, et Origene lui aurait repondu 

en 249. Pourquoi 249? Parce qu'Origene est mort 

luatre ans apres et qu'on a mis la reponse sous son 

0I Q. Soixante-dix grandes annees se seraient passees 

a Qs q ue personne dans l'Eglise n'eut replique a ce for- 

idable requisitoire, effort combine de l'histoire avec 

a Philosophie platonicienne, et ce serait Origene qui, 

viron trois ans avant de mourir, aurait du meme 

U P abjure son Dieu et defendu contre Celse la divinite 

e Bar- Abbas! Pendant soixante-dix ans tous les 

6< jues ont laisse le venin de la calomnie circuler libre- 

en * sans songer a l'arreter, ils ont permis que Celse 

8s »milat Jesus aux plus vils imposteurs, ils ont tolere 

1 Ue !a persecution fit de Celse son arsenal, et c'est Ori- 

*> ene , c'est ce gnostique qui, sur la fln de sa vie, va 

. ondre * e platonicien! Voila un miracle beaucoup 

^ forl <l u e ceux de l'Evangile. 

1 Celse est du second siecle, d'ou vient que Porphjre 

'e connaitpasPSi Methodius, Eusebe, Apollinaris et 

"oatorge ont ecrit pour le refuter en ce qui touche la 

c r80n »e du cbrist, comme on le soutient, d'ou vient que 

•Qagnifiques refutations soient elles-memes ignorees 

e *es adversaires et de ses apologistes ? Si la per- 

Cellc m^ 1 le * Pl»s distingue, citons M. Pelagaud dans son livre sur 
in-8, L M - A "l>t- dans F II uloirt da penftuliont <it CEglitt, (Paris, 1878. 
•ley' !, ou ^ les d «u» ont tente la restitution du text* de Celse. Cclie 
" 0u * Doi mirite '» preference, et c'est presque toujours cclle dont 
"■ *"*ous dans nos extraiU. 



— 336 — 

sonae du christ etait ace point soule vee par les jehouddo- 
latres au-dessus des hommes, et mise au niveau du Per 6 
commun, s'il y avaittant d'eglises a sa devotion, tantd e 
monuments a sa gloire, d'oii vient qu'il ne reste pas sous 
la terre et sous le ciel de l'Egypte etde l'Afrique, eva°* 
gelisees les premieres, une seule pierre, une seule in 9- 
cription, un seul signe qu'on puisse appliquer san s 
conteste a ce charlatan ; qu'au milieu du quatrieme siecle» 
toute la chrestiente soit arienne, et que des HierocleSi 
des Celse et des Julien puissent faire une telle luniier 8 
sur la personne humaine de Jesus que l'Eglise ait cm 
indispensable de detruire tous leurs ouvrages? 

En meme temps qu'on mettaitle Discours deVer lt 
sous le nom de Celse l'epicurien, on billait du q ua " 
trieme siecle Celse le platonicien. Tandis que le noO* 
de Julien disparaissait completement du Discours (j 
Verite, celui de Celse disparaissait a jamais de tou 
les ecrits de Julien, notamment de ses livres Conf 
les Galileens. Nous ne connaissons l'ecrit de Cew 
que par l'imposteur ecclesiastique qui lui a repoD fl 
apres l'avoir supprime! 

Mais Celse savait tout. II avait les Paroles du R&b b \' 
il avait l'histoire de ce scelerat et de sa famiUe, 
avait les Evangiles, tant ceux qui ont ete synopU 5 
que les autres, il savait la fin du tout, c'est-a-dire 
gisait le corps de Bar- Abbas, il vivait encore lor»9 
les os de ce Juif, meles a ceux d'animaux, '°^ _ 
linVii-s a Samarie. II a pu dire des jehouddolatr 6 
(i Maintenant je puis discuter avec eux, car je » e 
perces a jour, je sais lout. » Voila le gnostiq" e P 
fait. j g 

Que sait-il done de plus que les autres? II sait q u 



— 337 — 

cadavre de Bar- Abbas est a Macheron, ou on le retrou- 
Ve ra quand on voudra. 

Celui qui a fabrique VA nticelse sait tout egalement, 
e * c'est ce qui lui permet de falsifier Celse mort. 

Lorsqu'il eut decide qu'il demasquerait Bar-Abbas, 
1 u il clouerait ce scelerat a la croix de l'histoire, 
^-else fit une enquete en regie, se documentant par- 
out ou la verite avait encore des partisans, en Asie, 
ea Phenicie, en Palestine, en Egypte. II connait la 
8 r ande Eglise et la distingue de toutes les autres, et 
e st pourquoi on ne la nomme plus dans YAnticelse; 
el ait, j e pense, celle de Jerusalem. Juifs, antijuifs, 
P r ophetes, raagiciens, exorcistes, il ne refusa personne. 
v 't les eveques de Palestine et les convainquit d'im- 
r°8ture : eux-memes lui avouerent leurs mensonges. 
Eglise lui en veut surlout du titre qu'il a donne a son 
Vre : Discours de verite. 

Pour demasquer Jesus, Celse n'avait besoin que des 

a, 'o/es du Rabbi : « C'est de vos propres Ecritures 

" Ue nous avons tire ces objections, et nous n'avons 

P as besoin d'autre temoignage : vous vous tuez de vos 

pr °pres armes (1) ». Les Ecritures dont parle Celse ne 

^prennent ni les Evangiles, ni les Actes des Apotres, 

le 8 Letlres de Paul et autres, les Evangelistes n'ont 

,° Int de nom, les Ap6tres ue sont pas encore Douze, et 

81 ■ la femme frenetique » qui joue le grand rdle 

P f es l e fondateur de la secle. Le rest* n'est que pipe- 

* ,. 6 G ens qui ne savent comment cacher leur faillite 

' indignite de leur maitre. 

fc,D ce qui touche cette execrable engeance, a l'origine 



») C 0n( 



'"CtUe, ll.lli. 

2* 



— 338 — 

c'est l'ambition du pouvoir et de l'argent, « un esprt* 
de sedition qui, du temps de... Jesus (1), a po^ e 
d'autres Juifs a se soulever contre VEtat J>our 
embrasser le meme parti que ce... Jesus (2) » Nous 
voila en plein sicariat, avec Jehoudda, ses fils et ses 
neveux (3). L'auteur du Discours de verite donnait ses 
preuves, citait les noms et les dates, Josephe le ' ul 
permettait alors. II continue : o Ce gout d'orgueilleus e 
faction est tel encore aujourd'hui chez les christien 6 
que, si tous les bommes voulaient se faire christens, 
ceux-ci ne le voudraient plus ! Dans l'origine, qu* 
ils etaient en petit nombre, ils avaient tous les mem 68 
sentiments, mais depuis qu'ils sont devenus foule, u 5 
se sont partages et divises en sectes, dont chacun 6 
pretend faire bande a part, comme ils le voulaient p 1 " 1 " 
mitivement. Ils se separent de nouveau du g 1 " 811 
nombre, se condamnant les una les autres, n'aya 11 
plus de commun, pour ainsi dire, que le nom, s'ils I ° 
encore ! C'est la seule chose qu'ils ont eu bonte d'aba 
donner ; car pour le reste les uns ont une doctrine, » 
autres, une autre. » Ainsi Celse a la preuve que les P 
miers cbristiens de Judee jusqu'a Menahem, ufl*" 
d'armes et de siques, voulaient reconquerir le po u 
sur les Juifs herodiens. Sa pensee est si bien ceUe~ 
qu'il lea compare aux Juifs re voltes contre les Egyp tte 
de plus il sait que, depuis l'epoque du Recensement, u* 

(1) D'ailleurs Jehuudda est parfois apptlc Ji-us dans le Tdm* 
le present volume, p. 4. 

(2) Antue: t e, III. 5 7. , >tW»' 

(3) C'est c«-t i-lat de l'hi-toire christienne qu'on vise dan- .^tt 
(premiere Apologie. XIV) : « Autrefois, dit I'fcgliw, now """.^ fi 
nous rt<herthf mi plus ijue tout Ca> gtit et let tlomainei... Le*" - s jj|u* 
les iiieurtres nous divisaient, la difference des mn>urs et des ^ f 
tions ne nous permettait pas de rccevoir let ranker a notrc to. 



— 339 — 

donnaient deja le nom de christiens, seule trace aujour- 
d'hui de leur commune origine. Assurement cet homme- 
ja n'est point dupe de l'Eglise : il dit aux jehouddo- 
tetres : « II y a christiens et christiens. Vous nous en 
Presentez aujourd'hui qui dans la fahle remettent l'epee 
au fourreau des le tem|)s de Pilatus et ne veulent plus 
I'en tirer pour defendre lacivilisationcontrelesbarbares? 
Nous savons, au contraire, que les christiens, posterieurs 
a cette procurature, ont manie la sique et la torche avec 
•aaestria contre les Juifs non zelotes et sont restes 
pelebres par leurs crimes. Vous etes la mystification 
^ressee, nous sommes la veridique histoire. » 

Celse ayant oppose l'histoire a l'Eyangile, l'Eglise 
en triomphe aisement : elle oppose l'Evangile a l'his- 
*° ir e. « Nous defions Celse et ses partisans d'articuler 
^atre les christiens un seul fait seditieux, (et eneffetil 
a 'y en a pas un seul sous le nom de Bar-Abbas revolte, 
* 8 sassin et voleur). D'abord, si c'etait la sedition qui 
e . u * donne naissance a uue societe de christiens qui 
tir a 8 sent leur origine des Juifs, a qui il etait permis de 
86 defendre par les amies et d'immoler leurs adver- 
ts (1), U est certain que le legislateur de ces 
chr istiens ne leur eut pas interdit d'dter la vie a per- 
8 ? Q ae! Jamais il n'eut enseigne a ses disciples que la 
^ oI ence contre un homme, meme mechant, etait illegi- 
Ume -.. D'aiUeurs, ces christiens, dont l'origine 
re «aontait a une sedition, n'auraient jamais consenti a 
f^voir des lois si pacifiques qui les obligeassent a se 
^sseregorger comme desagneaux, sans leur permettre 

U , U„ A " an '" >> Zaphir. d abort, pui. Jeboudd. l^KerioU.. l™> *"«« 
££"""e d c ll anan H .., de Kaiapbas, pui. ks tr*« m.llc malhcuroux 
^**«rts pa, M<Dnbeui a Jerusalem, a. U Gogolha, p. 55. 



— 340 — 

de se venger de leurs persecuteurs ! » (1) Parfaitemeak 
Jamais Jehoudda et ses fils n'eussent permis une teU e 
attitude cliez leurs disciples. 

Celse montrait a ce propos que, sous pretexts de 
restaurer la Loi juive, le fils de Panthora avait viole 
toutes les lois divines et humaines. A quoi VAnticels 6 
repond : « Jesus est le fils du Dieu qui a donne la' ' 
et les prophetes. Nous qui sommes dans son Eglise, a° 
lieu de violer la loi commune, nous repudions la /a&' e 
ties Juifs, (la fable des Juifs, c'est l'identite constate 6 
des christiens avec les sicaires et de Bar-Abbas ave* 
Jesus), et nous travaillons a nous instruireou a nousp er * 
fectionner en cherchant le sens cache de la loi et o& 
prophetes (2) ». Et designant les Letlres de Paul a* e 
une clarte qui dispense de citer la source : a Est-ce a" 
impiete que d'avoir aboli la circoncision corporellei 
distinction des viandes et l'observation des fetes, <* 
sabbats, des neomenies, pour elever rintellig eD 
jusqu'a une loi veritablement spirituelle et digne de 
majeste de Dieu, sans erapecher toutefois l'Ambass 
deur de Jesus-Christ (3) de vivre avec les Juifs coo* 1 ", 
s'il etait Juif, pour gagner les Juifs, et avec ceux 4. 
sont sous la Loi comme s'il etait lui-meme sous la ** ' 
pour gagner ceux qui sont sous la Loi (4) ». 

II connaissait parfaitement les innombrables sec 
nees de Bar-Abbas et celles qui s'etaient formees coa 
lui, mais l'Eglise en arret* la nomenclature a Ma"" 01 . 
au dela duquel Celse 1'epicurien n'a pu aller, e * 



;t) AnlieeUe. Ill, |7. ^ 

12) Cest ce que Jcius recommandr aux cvangelislcs d* ' 
Cf. Let Eeangittt tit Satan, troisiemc partic. p. 203. 
(3) Paul. I'Aputrv de» nation-. 
(I) Leiupruut eat lexlucl, voyei la I'rtmiert aux Corinth** 1 ' 







_ 341 — 

essaie de l'englober dans la serie des infames denonces 
par Fronton, par Minucins Felix et par Valentm Ma.s 
comme il arrive trop sonvent, elle a mal ait son travai 
et elle y a laisse la secte des Arsenocrat.ens (1) 
« issus les uns de Salome (2), lea aulraa de Manam (3) 
d'autres de Martha (4), imaginant, ceux-ci tel maitra (a) 
ou tel demon (6), ceux-la tel antre (7) at se roulant au 
milieu d'epaisses tenebres dans des desordres encore 
Plus antinSturels (8) at pins outragaants ponr la morale 
Publique que ceux auxquels se livrent les compagnons de 
. la coafrerie d'Antiaous an Egvpte ! Et ils sa chargent a 
1'envi les nns les antres de tontes les injures qui leur 
passent par la tele, rabelles a la moindre conceaeion 
Pour le Men de la paix, at animes les uns contra les 
autres d'una haiae mortelle. Cependant ces hommes ai 
divi SeSi et qui dans leurs qnerelles echangent les plus 
indigaes outrages, out tons a la bouche leur mot (9) . 
■ La moade est crucilie ponr moi(lO) at ja la sms pour 

U ^ ! (l , 1} - ' a, tout lira et I'Ancien Testa- 

Celse eut le courage de tout are, m* 

*ent at ce qne l'Eglisa avail fabrique du.Nouveau, sans 

Jfi Qui n-ont commerce quavcc les uiiles. On ^gjJSj'fc 
•»>«« cesl une corruption cvidente et probablemeu. 
^•e de la phrase ne pcrmet pas den douter. 
@) La mere dc Bar-Abbas. . . (mm . ,j e CUopas 

W Pseudonyme Ovangelique de Salome ).mior, femme 

« Ksur de Bar-Abbas. . , m „,„ j-Fleuar Bar-Jair. 

UlThamar, autre SOOT de Bar-Abbas et femtne d tltarar 
I 5 ) Nicolas d'Antioche, par cxemple. 

I**) L'4ne. parcxemple. _»«• nartie n 51- 

0) U ChiU. Cf. Les Etatgilet de Man. premure parUe, p. 

18) Anon.iieron. , . „__ s -:i v en a un, se 

^) Pris aux Ultra de Paul el dont le vrai sens, s il > en a 

^uT^passage *,uinoxial du prinlemps, ou,.d«w. 
W) Urs dc lingcsUon du corps du cnicilie. 




— 342 — 

compter les Gnostiques. Outre les Paroles du Rabbi 
il avait la Dispute de Jason et de Papiscos, qui est'* 
premiere tentative faite pour diviniser Bar-Abbas (i)» 
et les Dialogues celestes qui achevent la demonstra- 
tion. Et d'abord il prouvait que, pour arriver a faire n" 
Jesus a peu pres presentable, il avait fallu « changer tro' B 
ou quatre fois etplus » les Ecritures fabriquees sur Bar* 
Abbas. Encore y restait-il beaucoup a changer pour re- 
pondre aux objections de l'histoire. Cette observation 
a porte ses fruits, car ce qui restait a changer, TEgh 58 
l'a fait, de maniere a pouvoir accuser les heretiques (2J. 
d'avoir truque ces Ecritures pour corrompre ce qu'el' 6 
appelle sa « verite ». Les Evangiles, c'est le bien <* e 
l'Eglise. Elle a le droit d'user et d'abuser. N'esH* 
point elle qui les produit ? C'est un secret pour IS 
ouailles, mais ce n'en est point un pour elle. Ce qu'el' 8 
ne veut pas, c'est qu'on lui prouve ses corrections, ses 
interpolations et ses faux en leur opposanl des teste* 
plus anciens oil rien ne se trouve de ce qu'on trou* 6 
dans les modernes. LWnticelse s'ecrie avec une in*" 
gnation mal contenue : « Que dire des erreurs de" 
copistes et de la temerite impie qu'ils ont de corrig e 
le texte? Que dire de la licence de ceux qui se melen 
d'interpoler ou d'effacer a leur gre ? » Au sixieme siec* 
la mise au point des Evangiles n'etait pas encore ter* 
minee ! Elle excitait la sollicitude de l'empereur An a*" 
tase, a cause des idioties qui y apparaissaient ma'S^ 
ce travail (3). 

(1) Cf. le present volume, p. Ii5. 

(2) Dans Lactancc, De etrA «i/jiea(i'<i, XXX. . __. 

(3) On lit dans Victor de Tunis : « Me^saJa eonsule. Anaslasio Wg 
ratore jubente, Evamzelia tanquam ob idiotis cvangelisUci* eoWP^ 
-it i. reprehenduntur et emendantur. • 






i»4J,mwH!* 



mmmm^^Bn^m^m. 



— 343 — 

Au temps de Celse, en depit des efforts de l'Eglise, 
les Lettres de Paul ne passaient nullement pour etre 
u ne preuve de 1 existence de Jesus, bien que ce fut le 
b ut principal de celui qui les avait fabriquees. C'etaitun 
travail d'aigreiin, combine pour faire passer la mysti- 
fication evancelique. Celse le connait, il en cite meme 
PWeurs passages, notamment : « Le monde est cm- 
c »fie pour moi et je le suis pour le monde ». Mais on 
*e lui a pas fait dire que l'auteur de ces turpitudes fut 
Saul repentant. Grave oubli ! . 

IV. — Au debut du Discours de verite, l'Eglise fait 
intervenir un Juif de sa fabrication qui combat l'impos- 
tu <-e ecclesiastique par des inepties revoltantes. Elle 
,e substitue a Celse lui-meme, qui dans le premier livre 
de son Discours prenait personnellement Bar-Abbas a 
P a «"tie. 11 y a done calomnie a dire, comm.e lEgbse feint 
de le croire, que Celse a pris le faux nez de ce juif pour 
Pfoduire son apport documentaire : « C'est Celse l'epi- 
curi en (1), dit-elle, qui se cache dans cetouvrage encom- 
m encant sous la personne d'un juif, et ne se decouvre 
J u e dans la suite. » II est vrai qu'il y a la deux discours, 
V ** d'un Juif imaginaire qui combat Jesus par des 
Ca Wnies imbeciles, l'autre d un philosophe platomcien 
1 U > le repousse par des arguments purement histo- 
r 'q«es. Le but de l'Eglise a ete de coudre Celse dans la 
£*» de ce calomniateur et de les perdre l'un par 
l **H. Car le Discours de verite devient le Discours 
du ^ensonge, et ce qu'on appelle le Juif de Celse est en 
halite l'agent direct de l'Eglise. 
p ourquoi l'auteur du Discours de vente, qui est un 

PiX!mr Uve quU ny avail poi,,, de Di,tOUrt dW ***"" CelM ' e 



— 344 — 

grand personnage, — cela se voit au ton qu'il prend 
lorsqu'il convie les christiens a servir l'Empereur, -* 
aurait-il pris les traits d'un Juif? Ce faux nez le din»" 
nuait, le compromettait. Rappeler les christiens au paie* 
ment du tribut, a l'observation du service militaire, p ar 
le raoyen d'un homme que sa loi ecarte des armees 
romaines, semble peu habile et peu decisif. Pourquoice 
Juif, alors que Celse declare tout savoir? En ce cas t 
quelle lumicre lui apporte ce Juif? Aucune, sinon •• 
fable stupide du soldat Panthere deshonorant Joseph 
de Marie adultere, chassee de son logis par le char* 
pentier furieux, reduite a la prostitution pour vivre» 
tandis que le petit batard s'exerce au metier de mag 1 
cien et de guerisseur. Tout cela etait-il done dans 
Discours d'un Juif au temps de Celse? Assurenie 
non, car cela n'estmeme pas dans le Talmud de TW 
riade, en formation au quatrieme siecle, et cela ne s 
trouve que dans des ecritures posterieures que l el " 
ignorance frappe d'un discredit irremediable (1). 

Comment se fait-il que l'Eglise ne connaisse pas 
juif dans Lactance, au temps de Constantin, alors I" 

(I) Celte stupidite napparait poor la premiere fois que dans ^ 
■•crits rassembles sous le titre de Talmud dt Babylone. On '". j?.j« 
traite du ShaUaih (Ml"] : « Le fils de laSotada (Salome) etait 61* 
I'andera, » ce qui e*t absolumcnt vrai a la condition d'ecrire : « ' „ 
thora. » Mais voici la calomnie, et dans le iin'-nie traite : « Q u ? n -|«it 
in -in de la Sotada, son amant <-t-.it I'andera: niais son ; " :irl ' uf s 
Papas Ben-Johunan ile pere du fils de Johanan). • Comme en ~' - 5 
galants ccs choses-la sont dites ! Kt avec quelle clarte surtout • ^ 
considerez le fond, comme nous I'avons fait nou»-meine* d»n ^ 
Charfxmirr, p. 177, il ot inevitable que le mari de Salome " .^ 
son amant. non neulement sous le nom de Pantbora, mais sou-' ^ 
de Jehoudda. (Juant au papas ou micux a Yattai du Joanne* 9 ^ 
nomme id Johanan, il est incontestable qu'il fut surnomn>< ^ 
anssi Joannes, les Ecangilei le constatent en quatre endroit*- 
Charptntitr, p. 4i. 



pjpR^-*^pP9(«nsr*w«^ ' " .'UJI.JJWII.IPJIUWUIJ..J! 



— 345 — 

dans le Contre Celse elle le veut contemporain de 
^larc-Aurele ? Comment se fait-il que ce Juif coupe la 
Parole a Celse pour ne debiter que des calomnies ou 
aes mensonges utiles a l'Eglise ? Si Celse avait intro- 
mit ce juif dans son Discours, comment se fait-il que 
10 Julien, ni Cyrille d'Alexandrie qui repond a Julien, 
a 'aient eua debattre l'histoire du soldat Panthere? S'il 
P r oduisait le Discours d'un juif contre Bar-Abbas, 
d °u vient que ce Juif n*a plus de nom? C'est precise- 
^nt pour qu'on puisse reprocher a Celse de s'etre 
8 ervi d'un de ces temoignages que leur anonymat 
•^shonore. Une bonne partie de ce que disait Celse est 
au jourd'hui dans la bouche de cet infame qui n'ose 
j^me pas signer son asuvre! Le Contre Celse vous 

a dit : on a remplace tout le commencement — un 
yre sur deux! — du Discours de verite pourlui subs- 

ll uer ce faux temoignage emane d'un pape qui 
•j°«nait a fond par Celse lui-meme et le veritable nom 
j* u pere de Bar- Abbas et l'etymologie mi-grecque mi- 

^bralque de son surnom de Panthora. Aussi parle- 
^ n a plusieurs reprises de « fables judaiques dirigees 
^>»lre Jesus » (1) et accuse-t-on Celse de ne s'etre 

0c umente que la, ou dans des recits mal entendus, ou 

etlc ore dans certains endroits de 1'Evangile malbonne- 

^at denatures. En eflet Celse meriterait ce reproche 

av ait accueilli de telles inepties. Mieux que cela, son 

P r °Pre temoignage en serait a jamais disqualifle, et 

" rina part je l'aurais rejete avec mepris. 
tin COntraire ' le premier soin de Celse avait ete d'iden- 
er Jesus avec Bar- Abbas, Bar- Abbas avec Joannes, et 



— 346 — 

Joannes avec Jehoudda, fils de Jehoudda et de Salorne\ 
Aujourd'hui on veut qu'il ait ignore la naissance roy?' e 
de Bar-Abbas et les deux genealogies par oil le pere et 
la mere de celui-ci etablissaient leur descendance. " 
feint de croire que, dans son Apocalypse meme, Bar- 
Abbas a pretendu n'etre pas fils de Jehoudda : «Tua 8 
commence par te fabriquer une filiation merveilleuse (U» 
en pretendant que tu devais ta naissance a une vierge- 
(Mais attends un peu, je vais te conter l'liistoire do 
soldat Panthere!) » Suit cette histoire, ou aucun Juife* 
aucun Celse ne sont pour rien, quoique le Con' 1 * 
Celse leur attribue pour elle une complaisance pater- 
nelle. A les entendre, Bar-Jehoudda, qui s'est pretend 
roi des Juifs et fils de Dieu (2), etait ne d'une humM e 
villageoise obligee detravailler de ses mains pour vivre» 
car c'etait tout bonnement la femme d'un ouvrier chaf** 
pentier (3). Cependant il fallait que sa beaute Cut bi« n 
puissante pour agir sur Dieu au point de lerendre sen- 
sible aux charmes mortels, et pour l'amener a chois""' 
au lieu d'une femme de roxjale naissance (4), une 
paysanne que personne ne connaissait, pas meme s* 

(I) Vous le voyez, lout le monde en Judee savait que I 'Ai-oee *^ fl 
itait du Joannes qui se disait clirisl sous Tibi-re, el non d'un 6*"J 
Joebanan exile a Pathmos sous Domitien. 

(2i Bar-Abbas toujour-, il n'y a pas moyeu d'en sorlir! -j 

(3j L'Eglise fait dire a son Juif que Bar-Abba.- etait rbarpen'i' - ''- ^ 
on rvtrouve cette affirmation dans Justin qui c«t du second siecl 
contemporain de Celse l'epicurien. Or dans le Contrt *-''"?-ie 
I'Eglise donne comine etant d'Origene, lequel est du troisieme s* 
et in' ur: une loixantaine d'anne«s apres Celse l'epicurien, ' aU l|0 
declare que de son temps aucun Evangile ne contcnait ce •''"'"V-'.io- 
en |'"Urrail conclurc que le passage de Marc ou on lit cette * t ' u jL,j* 
gie n'existait pas encore au troisieme sieele, si d'autre part I'A'" ij. 
ne cbercbait pas a disaimuler par la que Celse eiil compris et e*P" 
que la semeiologie de I'Arche baptismalc el de son constructeur. 

(4> Com me etait prccisemcnl Salome. 



— 347 — 

v oisins (1). Dans le fond, elle avail concu cet enfant (2) 
d'un adultere avec un soldat romain (3) nomme Pan- 
there. Son mari, ayant appris sa faute, la chassa hon- 
teusement, etcest alors qu'errant de village en village, 
e Ue accoucha secretement du christ. Ainsi toute la puis- 
sance de Dieu n'avait pu la proteger contre la colere 
d u charpentier ni le persuader de son innocence ! L'enfant 
pandit dans la detresse, se refugie en Egypte ou il vit 
comrne mercenaire, puis, (ici nous rentrons dans le 
biscours de verite), s'etant initie aux pratiques de la 
ma gie ou les Egyptiens sont passes maitres (4), il 
re vient en Judee pour exercer son art : exalte par le 
8u cces, il s'est proclame lui-meme Dieu (5). 

Tresbien. Mais comment s'appelait cephenomene? 
Le Juif de l'Eglise va nous le dire : « Qui a vu la 
^•ombe te declarer ills de Dieu, si ce n'est toi, et, si Von 
Ve ^t Ven croire, un de ceux qui ont ete chaties avec 
to »(6)?» 

J'lV fail est que. si on eut eonsulte les habitants de Gamala de 
fc^da, de Kapl.arnabum ct de Korazin. personne naurart connu 
£** Masdaleenne, femme dun charpenlier. ma.s baloni« » ««*£ 
£?•*. femme de J.houdda. qui, comme son man, ^vauMa.1 a la 
juration de PArvhe d'alliance qui prenait eau de tous ct>le>. 
O^.t'-oiqueBen-Sotada. tfils du double adullerede Be hsabe< * el de 
» il n'en est pas moins selon les vues de 1 Egl.se. .1 es umque^ 
Sa^° i5 nous »vons des raisons de emir* que « fl"™^' £»™; 
ZnJ" *'«'"« d < ™ dvnastique. cenest pas *f^*£*Z?±*Z 
gL **. ma.s par sa ni.re: elle ne descendait de ^£ lie la 
P$ : U *>'«£• d " »« Tclmui dc Babylonc (Yoyez la note 1 de la 

£&£SZSZi»~m son, un peH^^e^g* 

S/Ttoe- Le Talmud nen souffle mot, et cerUunement Pandera 

JOjf dans lesprit du rOdacteur. „ .. nrm „. „ 

<£«> l «HT»ueni 

f«\ . ,out * fait, mais son Lor. . -•••.„.. 

iy 00 * >" vovei. au temps de Celse. l*gU" " «"' | l P***" 

04nn « eu, eu .- cr ; ciue . e ,£ ontcstait, ci Mulemenl pour les 



— 348 — 

Celse n'avait pas eu grand'peine a voir que Naziretu 
n'existait pas. L' Anticelse repond par cette verite po s " 
terieure a Charlemagne : « Jesus a qui on reprocfae 
d'etre ne dans un hameau obscur, inconnu mem e » 
(.Nazireth, car tous les Juifs connaissaient Betleheni/i 
dans un lieu que n'avaient celebre ni les Grecs, ni l eS 

autres nations, (y compris les Juifs), ce Jesus a 

neanmoins remue le monde plus que l'Athenien The- 
mistocle, plus que Platon, plus quePythagore, plus q" e 
tous les sages, empereurs et rois qui ont existe ! (!) * 

Dans Celse, les Mages qui viennent a Betlehem son' 
encore Chaldeens; dans Justin on les fait venird' Arabia 
pour eviter que l'attention se porte sur Ninive, sur 
poisson de Jonas etsur l'etymologie raemedu Zib. 

Celse savait le nom de tous les personnages de 
mystification, notamment celui de « la femme fre ne " 
tique », lequel se trouve dans le Proto-evangil& a 
Jacques (2). A certains details on recounait qu'il a** 1 
VEvangile de VEnfance et celui de la Nativiti a 
Marie. II savait qu'il n'y avait pas deux femmes da 
la Nativite selon Luc, l'une qui se serait appelee E'° 
chabed, et l'autre Marie, et qui auraient accouc 

besoins de son commerce, qu'il fut identique a Jesus. A -"P^—j. 
qu'un Juif cut ele assez ignorant pour entire a I'cxistencc conC .,t# 
lante de Jt-.-,us el de Joannes, voila l'identite de leur supplies con 5 ^ 
formelli-ment : crucifixion. La decapitation n'elait done pas '"^jr- 
dans les Erangiln an temp* de Celse. si M. Aube illuloirt aesP^^ 
cuttoni «/' I'Egli.t. 1818, in-S. p. 2S5| clait allc jusqu'au bout W- . 
impression, il aurait trouve ce que nous avous trouve nou *" II j 0) jO* 
l'identite ctiarnelle du bapti>eur et de Jesus, ear il s'arrvte int' ' -,j«* 
devant cette perspective : « II est etrange, dil-il. que le Juif »? v( c 
mette Jean le bapliste dans la suite de Jesus et le lasse mourir 
lui! • 

(I) llclas ! 

(.) a. le present rolume, p. 289. 



— 349 — 

l'une du Joannes et l'autre du chriSt, mais une seule 
femme, la « frenetique ... qu'on retrouve au tombeau de 
celui-ci, ce qui ne s'accorde qu'avec Cermthe. En 
revanche, il ignore une chose que nous trouvons actuel- 
lementdans Matthieu seul: la constitution d'une garde 
militaire par Pilatus autour du tombeau. 

Pourtant il connait les marques de clous montrees 
apres la resurrection, ce qui n'est que dans Cermthe et 
dans Luc. On peut done en conclure que cette consti- 
tution de garde a ete ajoutee apres la decapitation du 
Joannes baptiseur,. provoquee elle-meme par la decou- 
verte du squelette de Bar-Abbas a Macheron (1 1 . 

11 connaissait parfaitement celle des deux genealogies 
qui etablit la filiation royale de Bar- Abbas par Joseph, 
e'est-a-dire par Juda, mais comme cette genealogie a 
^inconvenient grave delivrerle nom de circoncision du 
"Is aine, aujourd'hui Celse ne connait plus que la 
genealogie qui etablit sa descendance davidique par 
Marie et qui na pas le meme inconvenient, Salome 
etant une Cleopas, e'est-a-dire une fille de Levi. La 
ttt-me precaution a ete prise par les aigrefins qui ont 
f abrique 1' Apologie mise sous le nom de Justin. 

Celse faisait remarquer qu'ayant ele crucifie la vei He 
de la paque et non le lendemain, comme dans la mysti- 
fication evangelique, Bar-Abbas n'avait rien pu changer 
* cette ceremonie, etque personne, au temps assigne a 
Jesus par les Evangelistes. « n'avait renonce auxpres- 
criptions de la Loi, meme celles qui concernent les 
sacrifices. ■ „„ . ,. 

Remarque capitale, puisquelle ruine 1 Euchanstie. 



U) Cf. le prtseot volume, p. *0I. 



i 



— 350 — 

Aussi l'Eglise prete-t-elle ce faux temoignage a sod 
Juif : « Joannes, qui a baptise voire Jems, etait aussi 
un des ndtres, et Jesus raeme, ne parmi nous, vivai* 
selon notre loi et observait nos ceremonies » (i). 

V. — Celse, qui avail a defendre tout le droit ro- 
main calomnie en Pilatus (2), insistait particulieremeBj 
sur la date de la condamnation et sur les motifs q 01 
sont encore dans les Evangiles : rebellion, assassin* 
et vol. Aujourd'hui il ne s'en souvient plus, et Jesu 9 
n'est plus condamne que pour ses miracles. « Jesus >° 
un homme et rien de plus, comme la verite le declare c 
comme la raison le demontre (3). 11 a pu en imposer a 
vulgaire par quelques artifices de magie, mais s e 
contemporains ont bien fait de le punir, et no"* 
(Romains,) nous les approuvons. » Cette affirmatio"' 
placee dans la bouche du Juif par VAnticelse, pri* 
caractere d'un inqualifiable aveuglement, lorsque 
coupable fut « camoutle » sous les traits innocents d 
Jesus. L'Eglise trouve que les Juifs ont attire sure** 
toute la colere de Dieu pour avoir presente le fiel a B °^ 
bar venu sur terre a cause de leurs pecbes (4). 

Celse montrait que, sous pretexte de defendre la "y 
— c'est la remarque de Josepbe aussi, — les oi s 
Jelioudda l'avaient trahie par leur partialite en fa^* 8 
de leur tribu, celle de Juda, qui pour etre la plus f° 
ne valait cependant qu'un douzieme dans la pronie J 
faite a toutes. Four ce qui est des lois telles que ' aC . 
concision, le sabbat, la pique, le refus de tribut e 

(I) Aniictiif, II |? de la raUtnUon ilc M Aul*. j,« 

(i) '.'mi cuvoie ■ hi Iiuujioc a la cruix sins puuvoir rclcver la «> u 
charge cuntre lui. 
(3) AnlietUe, II, j 79. 
,♦) AntKtue , IV, i 22. 



— 351 — 

feste, la fureur qu'ils avaient deployee dansleur propa- 
gation leur avail valu le nom de Zelotes d'abord, puis 
°«lui de Sicaires. Leur mere elle-meme leur avait donne 
°et exemple. Mais aujourd'hui, dit YAnticelse, elle na 
ttBllementl'air d'une fanatique. (En effet elle a perdu ce 
oaractere en perdant son vrai nom et le lien qui l'at- 
*ache au cruciiie de Pilatus.) Pourquoi la traiter de fana- 
tique? 11 n'y a pas dans l'Evangile un seul mot qui 
^utorise cette calomnie (1) ! 

Celui qui, au temps de Celse, seserait permis de dire 
<l u e Maria la Gamaleenne avait eu dans le corps sept 
demons de l'espece de ceux qu'exorcisait son fils aine, 
^lui-la eut passe un fort vilain moment. « Nul Dieu ni 
fi Is de Dieu n'est descendu et ne descendra jamais ici- 
ba s, dit Celse. Juifs et christiens, voulez-vous dire 
1«e vos envoves de Dieu (2) sont Dieu ou quelque autre 
chose? j e vous entends, c'est cette autre chose, a 
8a voir des demons (3), car des envoyes de Dieu qui 
8e raient charges sur la terre de faire du bien aux 
ho «nmes, que pourrait-ce etre sinon des demons (4)? 
fi acore eut-il fallu que, si Dieu avait mis quelque chose 
de lui dans un homme, celui-ci se fit remarquer entre 
^"s les autres par la taille, la beaute, la force, la 
^jeste, la voix et l'eloquence. Or, il n avail nen de 
Pta qu'eux, et meme, comme ils le disent eux-memes, 
11 etait petit, laid et de basse mine ^5). » 

J ^t^cn^i, dan, .a coupon du u,ot neb™. Dou 

J*« «*PI dr.„on.do Maria Magdaletnne. »0C U Char^nUa V . ... 
'" HtangUa de Satan, troisU-uu- partic, p. »«• 



— 352 — 






« Le Maitre n'etait qu'un magicien, un imposteur, 
un pervers. Le pouvoir qu'il semblait posseder I 01 
venait de noras mysterieux et de l'invocation de cer- 
tains demons (1). Jaloux de ceux qui possedaient l eS 
memes secrets que lui, il les a persecutes (assassin^ 8 
au besoin). II suit Moise qui n'est nullement un legis' a " 
teur, mais un simple sorcier moins intelligent que ceu* 
d'Egypte, adorateurnon de Dieu, mais des anges i"' e " 
rieurs, et le premier instituteur des Juifs dans la ka"^ 
bale. Le Moise des christiens, c'est Bar-Jehoudda, q u 
passe au milieu d'eux pour etre fils de Dieu : « doctrio 
dont il est l'auteur (2) et par laquelle il les a tromp 6 ^ 
encore mieux que Moise. II ne s'est jamais cbo 1 
d'ap6tres, les gens qui sont venus a lui sont I'ordinair 6 
gibier des cbarlatans et des fourbes. » 

Le Contre Celse porte encore la trace des nombreu 
extraits que Celse avait faits dans les Paroles du ^ a . 
oil cet imposteur pretendait tenir ses Revelations 
Dieu lui-meme, avec qui il disait s'etre entretenu {41' 
Mais il les avait empruntees, n'en sacbant pas le p 1 ^ 
mier mot par lui-meme. Celse en citait quelques-uo 
provenant des Ecritures transmises par ses frere s ; 
« Voici comme ils parlent, dit-il (4). Platon lui » u j 
a parle du Verbe de Dieu, et beaucoup mieux, car " 
jamais voulu en faire accroire ni en imposer a p e 
sonne ; il ne dit pas qu'il ait trouve quelque chose 

dit : « un visage de Uarabas, un Barabas. > Ceil celui qu'»n P5j aU *. 
Jehuudda Is-Kerioth, qui n'avait pat de |>cine a i-trc plus syinp* V^e 

(I) Cf. L't Ecangiltt dt Satan, prruii-rc partir, p. 212, et dcuw 
parlie. p. 46. 

(i) Dans son A/xxa-'j/pi'- 

(3) Contrt CtUt, VI, | 8. 

It, Canto CtUt, V, i 65. 



^^rf^P 



— 353 — 

Oouveau, et qu'il vienne du ciel pour nous l'apporter, 
'Dais il reconnait d'oii il l'a pris (1). » Bar-Abbas, lui, 
n avait fait que plagier les Perses dans' sa kabbale : 
a Celui qui veut comprendre les mysteres christiens, 
"it Celse, doit les comparer avec les mysteres des 
Verses et il en saisira les differences ». 

Grace aux ecrits de Bar-Abbas, a ceux de Philippe, 
" e Jehoudda Toamin et de Matbias Bar-Toamin, Celse 
Possedait a fond toute la kabbale christienne : « Est-il 
b esoin, dit-il, que j'enumere ici tous ceux qui ont ensei- 
8ne la pratique des puriGcations, des chants ou des 
V&roles qui guerissent ou delivrent des maladies, l'usage 
•fes enipreintes i2) ou des figures de demons et de tant 
«autres preservatifs tires d'etoffes, de nombres, de 
P le rres, d'herbes et de racines ? Chez plusieurs pretres 
*j e leur religion j'ai vu des Livres barbares (3), pleins 
<Ie "oms de demons et de conjurations (4); et ces pretres 
8e faisaient fort non d'etre utiles aux hommes, mais 
a attirer sur eux toutes sortes de maux (5). Le meme 
charlatanisme de vos merveilleux directeurs vous dicte 
^ e 8 formules divines au Lion (6), a VAmphibie (7), au 
°ernon a tele d'ane, et a tous ces autres gardeurs de 

j*j Con/rr Cel-e. VI. ^ 10. 
<W- 5> ? eaux - '• es ^'P' principaux jontrompus par le Lion et VAgneau 

7** V Apocalypse. 
^V Les I'arotes du Rabbi elaient en aranieen pour le langagc com- 

*i\ *' c " ' an S uc cabalistique pour le resle. 
\J*l N «us avons reproduit les principales, cellcs de la kabbale du 
.. Piotne notammcnl. dans Let Erangi'es de Satan, deuxienie par- 

d .' a ' Contre Celte, VI. § 41. 11 cite a ce propos le musicien Denys 
m *?"Pt« qu'il a connu personnellcment Denys lui a dit que ceUc 
jjjj S'e n'a de pouvoir que sur les ignoranls et les gens perdos de 

(ll £'' ' C P** 880 * volume, p. 278. 

W Ost le Dragon. Cf. Ln Exangila de Satan, 3- partie, p. 291. 

23 



— 354 — 

portes celestes dont vous apprenez miserablement les 
norns, pour n'en tirer d'autre fruit, malbeureux que 
vous etes, que de perdre l'esprit et d'etre mis en 
croix ! (1) » 

Le diagramme des christiens contenait dix cercles 
enfermes dans uu cercie plus grand, nomme 1'ame do 
monde ou le sceau. Celui qui applique le sceau se 
nomme le pere, celui qui en recoit l'empreinte s'appel» e 
le fils, qui doit repondre alors : « Je suis oint (christ) 
du chrisme blanc pris de l'Arbre de la vie (2) ». Ce d»** 
gramme contenait l'Ane dans le septenaire des bo°s 
demons : c'etait la figure du septieme, et ils la noffl" 
maient Tarthabaotb (3) ou Ono-el (4). lis l'invoquaien* 
au bt des mourants, ainsi que les six autres, repre* 
sentes par des animaux, (comme les quatre points card 1 " 
naux de Y Apocalypse,) et ils les opposaient tous a * 
sept arcbons de Satan qu'ils exorcisaient par ce move"- 
« Partout ils melent le bois de la Vie, la resurrection « fl 
la chair par le bois de l'Arbre. (L'auteur du Con** 6 
Celse ajoute ceci de son cru : « Ce qui vient, je p en8e ' 
de ce que leur maitre a ete attache a une croix et q u 
etait charpentier de profession. ») Le diagramme c0 
tenait la figure carree et les portes de l'Eden. (« Eu° 
cez-vous d'entrer par la porta etroite », dit Jesus.) » 
les plus hauts cercles hypercelestes il y avait des u 18 " 

(1) Conlrt Ctlte, VII, 40. U 

(1) Sur le» rcpugnanie.i pratiques dont ce pen etait 1'objet o ^ 
part de son fils dans certaines si-clo, cf. Le* KtangiUi tie Sal""' ' 
mierc partie, p. 59. {t . 

(3) On lit Tapbabaoth dans VAntictlte. (Test une fautc eV 'z^,t- 

(4) iiu gnc Onos, anc, et El, Dieu, d'oii vient Eloi, Elunini. •«' ^ 
hem e*t dit Xalh-Ono-EI dan* Cerintlic. LAnt venail le 'l 0310 ^ 
dans la kabbale du Zodiaquc niillcuam- et lc nptieme dan» •■ 
bale Mgulain du aabbal. 



HB^^ 



— 355 — 

c nptions qui marquaient le siege du a plus grand » et 
du « plus petit » , (i) (le Pere et le Fils deerits dans 
* apocalypse.) 

Point de difference entre la kabbale juive et la kab- 
°ale christienne. Le Contre Celse est bien oblige de 
e reconnaitre. Celse dit formellement que le Messie des 
°«8, outre sa souverainete guerriere, donnera le signal 
fle la resurrection de la chair et de la vie eternelle a 
*08 ceux de sa race pour prouver que rien n'est impos- 
"to a Dieu (2). 11 raisonne ici en christien orthodoxe, 
e qui donne plus de prix encore a ses appreciations 
Ur un individu dont les aptitudes a la fuite etaient 
°ore plus eclatantes que ses titres a la couronne de 
aee : « Si tu devais remplacer H erode quand tu serais 
a ge de regner, lui demande le Juif de 1'Eglise, pour- 
3 0l > au lieu de prendre la couronne, as-tu traine par- 
ut tes niiserables frayeurs ? » (3) Son Royaume etait 
l'u- nC ^ e ce mon( ^ e » et ' on a vu a quel point! Dans 

vangii e Jesus arrange l'affaire devant les goym, et 
n ticelse ne manque pas de leur signaler I'impu- 
ce de ce Juif qui n'a pas suffisamment apprecie 
Passage ou il est dit : n Si mon Royaume etait de ce 
fti ' mes n " mstres auraient combattu pour que je ne 
b 8e pas /it- re aux Juifs (4) ; mais maintenant, mon 
^°yaum 



>aume n'est pas de ce monde (5) ». 
^truit de l'identite de Bar-Abbas et 



penetre de sa 

Cf. i"t:- ° n Pire esl Pi"* grand <iue moi >, dit Jesus dans Ccrinthc. 
*nt lctU „ 

(i) Dot. ,'3"- 
^•••iiiiii. ' '" c< " u n>«>'les i»*r Saul. Cf. Us EvongiUs de Satan, 
(5i .„.. P*«ie, p. 7i. 



— 356 — 

veritable histoire, Celse n'eut pu etre dupe de la mysti- 
fication evangelique qu'a la condition de s'en faire le 
complice. Avec tous les Gnostiques il distinguait fort 
bien entre Jesus et le crucifie. II laissait a Bar-Abbas 
ce qui est a Bar-Abbas et a Jesus ce qui est a Jesus, 
sans confondre le corps de l'un avec l'esprit de l'autre, 
qui va et vient dans la fable avec la liberte d'un Dieu. 
Celui-ci n'avait souffert aucune passion, malgre le 8 
apparences, en depit meme des plaies mortelles qu" 
exhibe a « la frenetique » ou aToamin, et de son colloqu 6 
avec Cleopas et « un autre » sur la route d'Emmaus(i)* 
« Vous pensez avoir trouve un beau denouement et 
croyable a votre fable, lorsque vous dites qu'immediate- 
ment avant sa mort il jeta un cri ; que la terre tremble 
que les tenebres couvrirent le monde ; et quand vou 
ajoutez que celui qui, de son vivant, n'a pu se sauver, 
est ressuscite apres sa mort et a montre les marque 
des clous dont il avail ete attache a la croix ! 
L'Eglise a supprime le coup de lance qui fait obstac 
a Timposture eucharistique, ainsi que nous l'avon 
montre (2). 

Celse etait particulierement renseigne sur la chron 
logie des resurrections individuelles, salaire des mo 
tyrs de la Loi dans le systeme jehouddique, et il pla? 8 ^' 
le chatiment inflig^ a Jacob junior parmi les choses 1 
Bar-Abbas et sesautresfreres avaient faitvceude veng 
sur les herodiens et les gens du Temple. 11 ne manq u 
done pas de dire ce que signiGaient les trois resurre 

(1) Anliclir, II, \ 61. l/autre. c'eA Shehimon. frtre cadft « ^ 
Abbas. Mais comine il no lui est plus parent (pas intiiic cousin ■> 
le nom Ac I'ietTC, on I'a fait disparaitrc. 

(3) Cf. Lei Erangilei >lt Satan, troisiimc partio, p. 31?> 






— 357 — 



tions, (Jacob junior, la femme de Shehimon, Eleazar bar- 
Jalr),qui precedent celle de Bar- Abbas dans les Evan- 
giles et qui forment la suite naturelle de celle de Je- 
houdda et de son frere dans V Apocalypse. II les ignore 
dans YAnticelse,el cependantil cite un Evangile (celui 
des Nazireens) oil il est dit que, si Bar-Abbas avait ete 
crucifie, c'est « parce qu'il avait jure de venger son 
pere (tue par les Juifs du Temple au Recensement). 
S'il en est ainsi, pourquoi, maintenant qu'il est Dieu, 
ne fait-il pas justice de ceux qui l'ont chatie, lui et son 
pere? Mais vous savez bien que celui qui l'a con- 
damne (i) n'a pas raerae ete puni, comme Penthee 
Pris de transports furieux et mis en pieces? Apres 
avoir vecu sans pouvoir persuader personne, pas meme 
ses propres disciples, il a ete execute, n'ayant sum 
«e preserver du mal ni vivre exempt de reproche. 
AUez-vous dire que n'ayant pu convaincre personne 
ici-bas, il est alle dans V Hades (2) pour gagner ceux 
qui s'y trouvent? » (3) 

Convaincu, juge, condamne au supplice, Bar-Abbas 
« s'est sauve bonteusement, il a ete pris, livre par 
ceux-la memes qu'il appelait ses disciples », he, 
emtnene comme un criminel qu'il etait, et enQn puni de 
8 esmefaits. « J'aurais maintes choses a dire de la vie 
d * Jesus (4 1, toutes tres veritables et fort eloignees du 
fecit de ses sectateurs, mais je veux bien les passer 



{») Gamaliel, ou pluldl Herode Antipas dans lesprit de Celse. 

I 2 ) I.'Enfcr, I'Anienti de Valentin. <:„«„., <t« 

<»J Comr, C<l,r. II. § 37. Allusion A l'epilogue de la Sagesst r de 
Va 'enUn. Cf. Le, Evangur, ,l< Scfn, premiere «» V?"^*^?; 
PI'- 61 et 319. Cot ce qui a donnc aux tneologiens 1 .dee de souUmr 
1 Ue Bar-Abbas nctait pas reste en enfer. 

I*) Naturcllement il n'y avait P" « J* EUS »• 



— 358 — 

sous silence. Ce sont la des faits averes qu'on ne 
saurait deguiser, et vous ne direz pas sans doute que 
cesepreuves n'ont etequ'une vaine apparence auxyeux 
des impies, (Romains et Alexandras), et qu'il n'a pas 
soufl'ert! (i) Vous etes Lien oblige d'avouer qu'il asouf- 
fert en etTet. Mais l'imagination des disciples a trouve 
une adroite defaite : c'est qu'il avait prevu lui-meme et 
predit tout ce qui lui est arrive ! La belle raison ! C'est 
comme si, pour prouver qu'un homme est juste, on le 
montrait commettant des injustices ; pour prouver qu u 
est sans reproche, on faisait voir qu'il a verse le 
sang (2) ; pour prouver qu'il est immortel, on montrait 
qu'il est mort..., en ajoutant qu'il avait prevu tout 
cela (3) ! 

a Si, pour faire un Dieu, il suffit d'etre un brigs.no- 
et un meurtrier supplicies, qu'est-ce qui en empeche 
d'autres de lui etre preferes? (4) Des milliers d'homnies 
n'ont-ils pas ete executes et avec tout autant d'ign°" 
minie ? (5) Si vous aviez si fort envie de nouveaute, » 
fallait choisir parmi ceux qui sont mort s virilement et 
qui peuvent justifier la fable d'une consecration divine- 
Mais vous vous donnez pour Dieu un personnage q 111 
a fini par une mort miserable sa vie infame ! Combieo 
il eut mieux valu cboisir Jonas sorti du ventre de 1* 
Baleine! (6) ■ 

Les propheties de J6sus sur sa crucitixion, 1'annoDce 
de la trabison des apotres (la Cene par consequent;* 

(1) Curieuse trace dr la version oripinale. colle de la famillr. 
(3) Celui d'Ananias el de Zaphira tout au moins. 
(3) Contrt Cehe, II, » 16. 

;.'•,.,:,.,,■..,., 11,(41. 

(5) Contrt Celie, II, | *7. 

(6) Contrt CeUt, VII, I 53. 



— 359 — 

1'arrestation de Jesus au Mont des Oliviers, seraient, si 
elies etaient vraies, des embuches qu'il aurait tendues 
a ses compagnons pour faire d'eux des traltres et des 
impies ! (i) « Mais tous ces pretendus faits sont des 
coutesque vos maitres etvousavez fabriques, sans pou- 
voir seulementdonner a vos mensonges une couleur de 
▼erite! On sait d'ailleurs qu'il en est parmi vous qui, 
semblables a ces hommes que l'ivresse entraine a se 
tapper de leurs propres mains, changent et transfor- 
ment le premier teste de 1'Evangile de trois et quatre 
manieres et plus encore, pour avoir plus facilement 
faison des objections qu'on y oppose... (2). Au lieu du 
P«r et saint Logos avec lequel vous identifiez Bar- 
Abbas, vous ne pouvez nous montrer qu'un individu 
'gnominieusement conduit au supplice et batonne. 
Comment trouver un fils de Dieu dans ce hableur et ce 
sorcier? (3; Qu'est-ce que vos Kvangiles? Demechants 
c <mtes fabriques avec de vieilles Ugendes, (lepoisson 
d e Jonas etl'ane de Juda,) dont vos pretres remplissent 
d'abord l'imagination de leurs adeptes, comme on 
^tourdit du bruit des tambours ceui qu'on initie aux 
m ysteres des corybantes (4). Ce qu'ils enseignent a 
Pfopos de Jesus n'a rien de plus releve que les boucs 
et les cbiens des temples d'Egypte (5). » 

Un paien instruit dans la semeiologie, Celse par 
exemple, ne pouvait etre dupe des miracles. II ne leur 
d °nnait pas plus de corps qua Jesus lui-meme. C'etait 
de s fictions qui valaient uniquement par leur sens mys- 

(*) Con/re Crtie, II, | 26. 
W Contre CtUt, II. I 47. 
gj Contrt Celtc, II, {32. 
*) Contrt Celte, 111. 1 16. 
Kl Centre c*U t , in, ||y. 



— 360 — 

terieux, mais ne reposaient sur rien de solide (1). Pour 
les comprendre il fallait les dechilfrer. Celse ne man- 
quait done pas d'expliquer les semeiologies enfermees 
dans les miracles. Dans V Ant i celse la guerison des 
malades, la multiplication des pains, le changement de 
l'eau en vin lui semblent « des prodiges ou plutdt des 
tours fort ordinaires dont les magiciens et les charla- 
tans font montre sur les places publiques pour gagner 
quelques oboles. Tous ces gens-la, qui ont etudie eo 
Egypte, savent chasser les demons du corps des pos* 
sedes, guerir les malades en soufflant sur eux (2), evo* 
quer les jimes des heros, faire paraitre des simulacres 
de tables chargees de mets exquis, de festins abon* 
dants (3) et des spectres d'animaux (\) qui ont toutfl 
l'apparence d'etres reels. Faudra-t-il done croire q ue 
tous ceux qui operent ces miracles sont des fils de DieO' 
Non, rien ne peut nous paraitre divin dans ce qu o D 
rapporte de Jesus... Tout demontre que e'etait uB 
homme bai de Dieu, un miserable imposteur. » 

VI. — La seconde partie du Discours de Celse eta 11 
adressee aux Grecs. Apres avoir dit son fait a Bar* 
Abbas il se tournait vers eux, essayant de les guertf 
de leur aveuglement. Cette apostrophe est aujourdbu 
dans la bouche du Juif, a qui elle convient egalenieD 
bien, il faut le reconnaitre. a D'oii vient, compatriot* 5 * 
que vous avez abandonne la loi de nos peres, et q u 
vous etant laisse ridiculement seduire par les imp 05 " 
tures de celui a qui je viens de parler, vous nous ay** 

(1 AnlietUr, III. r.. fl 

(J) Allusion aux miracles o|*re«. sans conlarl, jar lr >in>r ,c l 
de Jesus. 

(3) Noces de Kana . 

(4) La colombe, par exemple. 



— 361 — 

<juittes pour adopter une autre loi et un autre genre de 
**«• II n'y a que trois jours que nous avons puni 
c elui qui vous mene comme un troupeau » (1). h'Anli- 
celse reproche a son Juif de s'etre imagine que cette rup- 
ture avec la Loi nationale datait des contemporains 
m&mes de Pierre et de Paul (2). II resulte, au contraire 
" e VEvangile de Jochanan que, connaissant l'invin- 
dble attachement des apotres a la lettre de la loi, Jesus 
n a pas voulu les en detourner lui-meme et qu'il a compte 
s ur le temps pour faire la besogne, disant : « J'ai encore 
beaucoup de choses a vous dire, mais vous ne pouvez 
Pas les porter pour le moment. Mais quand viendra cet 
^Prit de verite (3), il vous conduira dans toute verite, 
c ar il ne parlera pas de lui-meme (comme un docteur), 
•^ais il dira ce qu'il aura entendu (de moi, consubstan- 
l, alise avec le Pere). » 

D'un autre cdte, Celse, et c'est a bon droit, repro- 
CQ ait aux Juifs jehouddolatres d'avoir abandonne leurs 
Cr ojances nationales, trahi la foi de leurs peres. 
C'etaient des renegats, destraitres, qui jouaient le plus 
m «prisable des doubles jeux, trompant les goym tout 
* tt denoncant leurs compatriotes comme des deicides. 
Ce grief etant justifle au dela de toute expression, le 
Contre Celse est assez embarrasse : « Les Juifs con- 
* erl is, les Juifs christiens n'ont pas abandonne la loi de 
* Ur s peres! lis l'observent toujours, mais avec une 
klje pauvrete dans Interpretation litterale de la Loi 
qu'on les appelle des Ebionites, du mot ebion qui veut 

jg j-ikette, ii, § 7 . 
Pit* n,itH "' II. §1. I»e ceUe maoiere le Juif certifle lapostolat de 
n* et de I'ani a |, 0Iue Ccs , U !c bul . 

'EvaiiW * 2 ' l ' An ' ift '' ( nemploie pas le mot Paraclet qui est dans 
* •ague, mtig i e mot p neuma ti, alethtiai. 



- 362 — 

dire pauvre en hebreu! » Mais il a repondu trop vite t 
il se reprend plus loin, soutient que les Ebionites n e 
sont pas des christiens, mais bien des heretiques don* 
les christiens ne sont pas responsables. D'ailleurs ds 
s"eteignent lenteraent, immobilises en Palestine pa* 
leurs prejuges, et repoussent les Epitres de ce Pa"* 
qu'ils ne regardent ni comme un saint ni comme W 
sage. 

« Les christiens trouvent dans les prophetes l'annonc* 
de tout ce qui est arrive a liar- Abbas, mais il T * 
une foule de personnes a qui ces predictions peuveO 
s'appliquer beaucoup plus justement qu'a lui. Non, * 
Messie que les prophetes promettent aux Juifs sera 0° 
grand et puissant souveraiti.maitre de la terre, de too* 6 
les nations et de toutes les armees, jamais ils n oB 
parle d'uu fleau tel que votre Jesus! Nul ne saura 1 
reconnaitre en lui un ills de Dieu (1)... Comme le sol' 
eblouit les yeux de l'homme en illuminant l'univcr » 
ainsi en aurait-il ete du Kils de Dieu. Quelquefois, vo 
enveloppez vos fourberies d'une philosophic captieu5»» 
et vous delinissez le tils de Dieu son propre Verbe. Maj 



de 



au lieu de cette parole pure et sainte, c'estun miser* 
supplicie que vous nous presentez, un homme battu 
verges et mort sur une croix. Nous aussi, nous T ° 
approuverions, si c'etait vraiment le Verbe de Dieu <P 
vous regardiez comme son lils! » Mais l'abomin 8 
fraude que celle par oil les theologiens de rati* 
etaient arrives a evincer le Verbe grec ou y 
createur pour lui substituer Bar- Abbas ! Celse » 
propos cite leur Dialogue celeste, ou Tun de ces coq" 1 



(1) Sinon rn hebreu. ou ion noui fait Bar-Abbas. 






— 363 — 



femontre a un apprenti jehouddolatre que Bar-Abbas 
etaat le Fils de 1'homme, le Verbe lui est maintenant 
subordonne. Dans ces conditions, dit le theologien, 
« quel autre que le Fils de 1'homme (Bar- Abbas) coin- 
Handera au Dieu qui gouverne le monde? Pourquoi 
tant de gens sur le bord du pails (ou la verite se cache) 
« pourquoi personne n'y descend-il? Pourquoi, apres 
taut de chemin parcouru, manques-tu de cceur? — Tu 
*e trompes, repond le neophyte, j'ai du cceur et line 
6 Pee ». Apres avoir evince le Verbe createur, ils s'en- 
tendent ensuite pour rouler le Pere dontl'organe visuel 
es t alfaibli par 1'age, ils lui presentent Bar-Abbas 
^mme etant ce Verbe, et le tour est joue! > Si mainte- 
na nt vous prenez la peine de leur apprendre que tous les 
h °mmes ont Dieu pour pere, ils ne l'admettront pas et lis 
Vo «idront adorer en meme temps ce chef de leur faction 
^'ilsont appele fils de Dieu! (1) Finalement, c'est lu. 
WUs adorent seul, tout en s'abritant derriere le Pere ! » 
Avecun sens raagnifique de la verite, Celse combat- 
^et les Juifs qui attendaient le Christ, et ceux qui, 
contrairement a ceux-la, pretendaient l'avoir trouve dans 
e crucifie de Pilatus : « Honteux debat, dit-il, et sur 
,e q«el U n . y a pas a ins i s ter! (2) C'est one absurdite 
J* 6 cette dispute entre Juifs et christiens; une quereUe 
a Propos de Vombre d'un fine (3), comme dit le pro- 
Ver be. Tous accordent que le Sauveur doit venir au 
m °«>«ie; rest* la question de savoir si celui qui est 
an, »onc6 par l'Esprit-Saint est vena ou non. » Ln. 

a\ Q . onlT ' Ct '"- v,u - 1**- 
t£U*k*l, I!.; i «. II serait plus just* de dire : • * l"*P°* *• 
WD re de deux ine*. ■ 



— 364 — 






bien, il n'est venu que dans la mystification evang^* 
lique. 

Leur fanatisme les rend impropres a tout raisonne* 
ment. « Nous injurions Jupiter, Apollon ou tout autr 6 
dieu, disaient-ils, nous les souflletons et ils ne se ven* 
gent pas sur nous ! — Mais votre dieu, replique Cels^i 
a ete soufflete, battu de verges et crucifie, et il ne s'e 5 ; 
jamais venge, ni sur l'heure ni plus tard, sur ceux oy* 
l'ont tourmente. D'autre part, depuis ce jour-la, do^ 
un aussi long espace de temps, est-il jamais rienarfl r 
de miraculeux a ceux qui ont pu croire que ce person' 
nage etait non un vulgaire magicien, mais le fil s 
Dieu? Que dire de celui qui l'avait envove avec ses 1° 
tructions a porter au monde? Le messager a ete croc 1 ' 
lement chatie, il a emporte avec lui son message dans 
neant, et depuis si longtemps son Pere n'a pas enco™ 
agi ! » (1) 

Leur predication est en faillite depuis le premier jo *' 
Elle n'est faite que de promesses absurdes, dont l a . 
teur a ete justement puni par le Dieu a qui il les a ltf ^ 
buait : « Les predicants sont de diverses especes. B eS 
coup, obscurs et sans nom, a propos de quoi q ue 
soit, dans les sanctuaires ou hors des sanctuaires> 
mettent a gesticuler comme saisis de la fureur prop " 
tique; d'autres, devins ambulants, courent les viH eS _ 
les armees, donnant le meme spectacle. A chacun r' 
n'est plus aise de dire, et ils n'y manquent guere : ' 
suis Dieu, fils de Dieu, ou I'esprit de Dieu. Je viens, 
le monde va perir, et vous, 6 homines! vous a 
mourir a cause de vos iniquites. Mais je veux v 

(1) Conlre Celie, VIII, § 41. 



— 365 — 



sauver. Et vous me reverrez bientdt revenir avec une 
Puissance divine. Bienheureux alors celui qui m'aura 
honore aujourd'hui ! J'enverrai tous les autres au feu 
kernel, les villes, les campagnes et les horames. Geux 
^iignorent maintenant les supplices qui les attendent, 
8e repentiront alors et gemiront en vain. Mais ceux qui 
a uront era en moi, je les garderai eternellement ! »... A 
Ce s effusions hautaines, ils melent des termes de pos- 
hes, embrouilleset absolumentincomprehensibles (1), 
d °nt aucune personne raisonnable ne saurait decouvrir 
la signification, tant ils sont obscurs et vides de sens, 
J^is qui permettent au premier imbecile ou au premier 
5 m posteur venu de s'en emparer et de se les approprier 
* Joisir (2). De ces pretendus prophetes, j'en ai entendu 
P'us d'un de mesoreilles, et, apres les avoir convaincus, 
J les ai amenes a avouer leur point faible, et qu'ils 
d< *itaient au hasard tout ce qui leur passait par la cer- 
v «He ! „ 

Celse ne disconvient pas qu'il y en ait parmi eux 
- d ° n t les mceurs personnels sont bonnetes, mais leur 
h °onetete nest point la bonne, puisqu'elle sert de 
v *hicul e au mensonge. Que ceux-la ecoutent qui sont 
Ca Pables d'entendre la raison et la verite! La foi 
* Ve ugle ne peut faire que des victimes et des dupes. 
U ° ne peut croire avant d'avoir compris. 

« Ceux qui croient sans examen tout ce quou leur 
:*°ite ressemblent a ces malheureux qui sont la proie 
des charlatans et courent derriere les metragyrtes (3), 

III L Z' 9'°"«- Nous en avoni donne les principale*. 
Cr J Tel p 6regberinos. Voitt ce que ValenUn aunut voula enter. 

l\\~'u Evan 9' le ' d* *=<"'"!. troisieme partie. p. «». 
„g •'retres-mendiai.ts tUDi ^^ Cybele. la mere des dieux.De 

■*" «* aghehtim. Dou PtrtgMH** Cf. lc present volume, p. l<i 



— 366 — 

les pretres mithriaques ou sabbadiens, et les devots 
d' Hecate ou d'autres divinites semblables, la tete 
perdue de leurs extravagances et de leurs fourberies- 
II en est de meme des christiens. Plusieurs parmi eu* 
ne veulent ni donner ni ecouter les raisons de ce qu u* 
ont adopte (1). lis disent cornraunement : « N'exann ne 
point, crois plut6t, » et : « Ta foi te sauvera » ; et encore . 
« La sagesse de cette vie est un raal, et la folie an 
bien (2) ». Rien ne leur appartient dans la rooral e 
qu'ils produisent : c'est de la morale rapportee. Les 
maximes les plus frappantes de l'Evangile, notamment • 
« II est plus aise a un chameau de passer par le tro" 
d'une aiguille qu'a un riche de se sauver » (3), proverbe 
passe en Grece avec quelque Peregherinos, sont prises 
a des paiens qui, eux, ont eu le merite de les penser, 
tandis que les evangelistes n'ont eu que la peine de leS 
transcrire. 

La tare de leur origine (le mensonge) se trabit dan s 
leur marcbe rampante, dans leur principe de division 
intestines. « Les esclaves, les femmes, les enfants, too 
ce qu'on rencontre a 1'office et dans les communSi 
voila ce qu'ils rechercbent. Le cardeur, le cordonW er ' 
le tailleur qui va en journee, voila leurs orateurs ord*" 
naires. lis attendent que l'enfant, la ferame ou l'escla^e 

(1) Galit-n, qui etait de Pergame, unc des sept eglises nominees d 
Y Apocalypse de Palhmos, et qui vint a Rome dans le dernier tier* 
second sii-cle, avail 616 frappe deja de cclle opiniatrcte' dans ' er ^ uj5 
11 accuse les christiens, — les luillt'naristes genre Peregherinos **" 
doute, — de senteter dans des doctrines dont ils ne peuvent app° ^ ^ 
aucune demonstration. Ce passage seuible autlientiquc. Mais il }' c ^ 
un autre qui ne Test pas, oil il .-e declare franchement cnr ' s '"^- c - 
encorc iaudrail-il savoir ce qu'il cntend par la. {Traili sw '" a " 
liom ilts reins, ch. v. 

(S) Conire CeUe, dans la partie que IL Aube intitule Prtfact. § '• 

(3) Vonlre CeUe, 1, § 6. 



— 367 — 

soit seul avec lui et ils l'entreprennent. Vienne le pere, 
!e mari, le maitre, ils se taisent subitement, ou en 
quelques paroles etouffees remettent la suite au lende- 
fcain. Ainsi, pour apprendre a bien vivre, il faut 
s'ecarter de la famille et aller trouver l'ouvrier qui fait 
sou cours de jehouddolatrie dans la piece reservee aux 
gens de service. Selon lui, cest Bar-Abbas qui tient 
fes clefs du Royaume de Dieu, il ne la donne qu'aux 
8 imples et aux ignorants et, qui mieux est, aux 
Pecheurs. Qu'est-ce done que ces pecheurs, sinon la 
^oupe infame des voleurs, des brigands, des revoltes, 
d es empoisonneurs, des violateurs de tombeaux, des 
8 acrileges, de tout ce qui est bora la loi? Et d'ou 
^ent cette preference pour les pecheurs, cette election 
d 'ou les sages sont exclus? Une association secrete qui 
af fiche unpareil programme n'a-t-elle pas pour but avere 
! * destruction de l'Etat, de la famille et de la societe ? » 

VII. — Celse fait le proces de la jehouddolatrie 
Parce qu'elle vient des Juifs et celui des Juifs parce que 
^x-ci lui ont donne naissance. Cest blasphemer Dieu 
•P* de donner son nom a Iahve. A partir du moment 
06 U compare ce qu'on peut appeler la revelation 
^enne a ce qu'on appelle la revelation juive, son argu- 
mentation se confond etroitement avec celle de Julien. 
C 'est l e meme mouvement, ce sont les memes paroles, 
* es memes expressions, les memes revoltes. Le talent 
^ Celse est de bien exprimer la pensee grecque et la 
^see btine. Les Ecritures juives et tout ce qui en de- 
ny e sont l'expression d'un deisme inferieur et grossier : 
* Tout cela a ete beaucoup mieux dit par les Grecs, et 
J** tout cet appareil de promesses et de menaces de 

Part de Dieu ou de son FUs. » 



— 368 — 

Les Juifs ne disent rien de nouveau ni de particular 
sur le deluge et sur le feu final. Ges idees ne sont qu u n 
plagiat des idees grecques et barbares mal comprises 
et qu'avec leur genie sinistre ils ont aggravees p ar 
l'image de Dieu descendant arme du feu comme u° 
bourreau (1). Les christiens de la Grande eglise recon* 
naissaient le meme Dieu que les Juifs et la meme cos- 
mogonie que Bar-Abbas. II n'en peut etre autrement- 
Mais ceux qui tiennent que Bar- Abbas est le flls <* a 
Dieu des Juifs font contre eux la concentration de tou g 
ceux qui ont des raisons de le combattre dans sou 
Pere. Car les Juifs se separent du reste du monde p* 1 
leur facon d'etre et de penser. Apion les a bien pein 13- 
C'est une orgueilleuse folie, un veritable blaspheme de 
croire que Dieu, parmi l'humanite, ne s'occupe que de 
Juifs et aujourd'hui des christiens. Voila l'image du 
Dieu non moins insociable que ses adorateurs! C eS 
Molse le magicien qui a persuade cela a cette rac* 
inferieure qui adore les anges et s'adonne a la sorce 
'lerie. Moise doit tout a l'Egypte, a commencer p 31 "' 
circoncision. La defection que les Juifs ont comm lS 

_ I || 

envers les Egyptians, ils la subissent a leur tour de 1 
part des christiens. Ceux-ci suivent un Juif rebe 
nomme... (2), et on peut juger d'eux parle meprisq u jj 
inspirent au plus meprisable de tous les peuples, c el . 
lii meme dout ils sont sortis ! Dieu ne leur a pas doQ B 
de pouvoir surnaturel. Bar-Abbas n'est qu'un magi* 51 
qui par jalousie de metier a exclu d'avance les en 
latans qui pourraient venir apres lui. 11 les excW 

(1) Anlkeltr, IV, | |{. . . \t 

(2) II y a Mstu dans VAnlicUe, mais ce qu'il y avait la- ct 
noiu de circonciMon dc cc • Urat. 



— 369- — 

nieme de son vivant (Ananias en sait quelque chose). 
Cet esprit de division, d'intolerance et d'excommuni- 
cation ne peut que transformer le monde en une vaste 
maison de fous, en revolte les uns contre les autres. 

Le materialisme grossier qu'ils reclament de Dieu 
Par la resurrection du corps tue l'ame, cette ame que 
la philosophie avait eu taut de peine a degager dans 
1'homme. Celse se fait de Dieu une idee si haute et si 
Pure, qu'il n"admet de commerce avec lui, apres la 
"tort, que par l'ame. « Pour connaitre Dieu, dit-il, pour 
fe voir, pour aller a lui, les christiens (jehouddolatres) 
8 'imaginent qu'il est necessaire que leurs corps ressus- 
citent... lis demandent comment ils pourraient le 
connaitre, sinon par leurs sens, et s'il est possible de 
Percevoir quelque chose sans le secours des sens... 
p'est la le langage non pas d'un homme, non pas d'une 
Jntelligence, mais de la chair. Qu'ils ecoutent done, si 
Ce s esprits faibles et charnels sont capables de com- 
prendre quelque chose ! Vous ne pouvez voir Dieu que 
8 }> nieprisant vos sens, vous le contemplez en esprit, et 
*'» fermant les yeux de la chair, vous ouvrez ceux de 
'^nie. Mais si vous cherchez de bons guides pour 
j^gler votre vie, il vous faut fuir les imposteurs et les 
r °urbesqui vous repaissent d'illusions! Autrement vous 
v ° u s rendez tout a fait ridicules en blasphemant et en 
ra »tant d'idoles les autres dieux, ceux qui ont donne 
es preuves de leur puissance, et en venerant non pas 
J^eme une ^ole, mais un mort plus raeprisable que 
.° u tes les idoles, et en lui cherchant un Pere semblable 
a lu | ! Car la vraie piete consiste a adorer toutes les 
^aifestatjons du grand Dieu et a endurer tous les 
"Pplices, a souffrir toutes les morts plutot que de dire, 



«l!kU.JIL|ilJJPiJ^^UPIilll... - 



— 370 — 

ou meme de penser quoi que ce soit de contraire au 
respect qu'on lui doit. Mais les cliristiens refuseront 
de celebrer le Soleil ou de chanter un bel hymne a l a 
louange de Minerve, et le mi-rae jour ils se proster- 
neront devant le ministre d'un Juif condamne pour ses 
crimes! » 

Celse voit avec tristesse ce detachement des choses 
de la communaute civilisee, ce refus de vivre et de tra- 
vailler pour elle, cette greve des esprits et des bras, ce* 
abandon complet des conquetes de la pensee. NeaO" 
moins il ne s'emporte pas contre ces malheur£ux, il ° e 
reclame ni edits ni bourreaux, il voudrait les ramener 
aux regies de la solidarity, les convertir a la cause d u 
progres menace dans sa marche, dans son existence 
meme. La civilisation est une patrie, quand les barbare 
sont aux portes. II exhorte les christiens « a venire 
aide a l'Empereur, a l'aider de toutes leurs forces dao 
ses justes travaux, a combattre pour lui, a porter l e 
armes sous lui, s'il l'ordonne, et a conduire ses troup e 
avec lui » (1). Loin de les repousser, il les convie 
o accepter les charges pubhques pour le salut de 
patrie et de la defense des lois. Ces divinites sec 
laires, ces dieux protecteurs qui ont fait la grande 
romaine, qui sont Rome meme, et dont le culte, ^ 
gieusement pratique par vos ancetres, les a rend • 
maitres du monde, vous les abandonner, vous 

(1) La pOroraison du Diseowt de Olse a etc compli-lenient IU ° gjj, 
par 1'auteur du Conlrr Celse. II y est qucMion de deux ^mp"* y 
alors que '• ■!-•■ n'cn visait qu'un qui fill d'abord Constance, I ^ 
Julien. Mais lorsqu'il fill decide que le Diicoun <lt tinii * er T ur ^|f 
Celse I ••(■ii >i: i< n. il pamt bon de le rallacber au temps nil Maro* ^ 
et Lucius Yerus etaient associes k l*Kiiipire. II est question aU> .* Je 
« reveries de fraternite universellc >, nuis couiuie dies etaient "> 
la pensee des christiens vises par Celse ! 



— 371 — 

meprisez, vous les insultez, vous les foulez aux pieds 
et pour qui ? Pour le Dieu des Juifs qui n'a pas meme 
pu les defendre contre la colere d'un Pompee, d'un 
Titus, d'un Trajan, d'un Hadrien ! Pour un criminel mis 
a mort sur une croix, dont le culte est ofiiciellement 
proscrit sur terre corame sur mer (1 ) et qui ne peut m&me 
pas vous proteger, vous, les statues consacrees a sa 
gloire » (2) ! 

Mil. — Georges de Cappadoce avait tres conscien- 

cieusement chasse de leurs ejrlises les jehouddolatres 

°- Alexandrie. Lorsqu'on apprit la mort de Constance, 

Athanase, homme habitue a interpreter largement les 

c ooses, en conclut qu'il etait delivre d'exil et qu'il pou- 

vait reprendre a ce qu'ils appellent, dit Julien, le trdne 

Episcopal ». Tandis que Julien descend des Gaules a 

Constantinople, Athanase remonte vers Alexandrie, 

J entre avec sa bande, s'empare du Serapeum, et fait 

as 8assiner Georges, Dracontius et le comte Diodore, 

Agents de Constance. Le coup fait, il sortit de la ville. 

£ e Dieu de la fuite, lui ayant ete plus favorable qu'a 

ar -Abbas, permit qu'il echappat, cache on ne sait ou, 

y Ru'il mourut onze ans plus tard, apres avoir brave 

u 'ien, comme il avait brave Constance et Constantin. 

Les ariens, en effet, accuserent immediatement les 

^'hanasiens d avoir assassine le Monstre de Cappa- 

0c e (3). Q ue reste-t-il aujourd'hui de cette accusation, 

? Ul Ce rtainement fut formulee par ecrit, apostillee par 

es temoins et portee devant Julien? Pius rien. L'Eglise 

* Don* w? 0011 " T " ulc ccUe fin - i e le rt P* ,e > Mt nn "T^sement qui 
1 epi - de faire ren,re «" le Ditcoivt tie tiriii dans louvre deCelse 
laisT' 11 et dans le * iede de Mare-Aurele. 

' statues de chair ou wartrrs. Hedacuon ecclesiasUque. 

' Socrue, in, 2 . Soiomene, V, 7. 



— 372 — 

soutient que Georges a ete assassine par ses propres 
ouailles. Cependant Gregoire de Xazianze, athanasien 
forcene, avoue que les jebouddolatres participerent au 
massacre. Mais ecoutez Sozomene : « Julien eut sans 
doute prefere que les palens fussent les auteurs de la 
mort de Georges, mais il ne put cacher la verite », ( a 
savoir que Georges aurait ete assassine par les ariens.) 
Sozomene nous conduit tout doucement a un second 
faux. Julien va signer une lettre dans laquelle il accu- 
sera tous les Alexandrins sans distinction : de telle 
maniere que les partisans d'Athanase demeurent impe- 
rialement laves de tout soup?on. Selon l'Eglise Atba- 
nase n'etait meme pas la quand Georges fut assas- 
sine (1). Bar-Abbas non plus n'est pas la quand on 
assassine Ananias. 

On produit diverses lettres de Julien concernan* 
Atbanase. Elles sont substitutes, sans quoi on ne I eS 
produirait pas. Dans Tune il ecrit aux Alexandrins qu" 

(1 ) These de l'Eglise : Georges avail H6 chasse en 35S par les alb** 
nasiens unis aux paieas, a cause des violences qu'il avait ex* r * 
contre les uns et contre les aulres. (Objection : De son cot£ Atban*-._ 
avait <§te chasse par Georges bien avant la mime epoquc.) Apres tr° - 
ans d'exil (oil etait-il done?' Georges rentre dans Alexandric 
26 novembre 361. Lc 30, il apprend la mort de Constance par Gero 
tius. prefet d'Egyple. (Remarque : be son cole\ Athanase, s*°^ 
altendre aucun edit de rappel, rcnlre dans la \ille.) L'nc eW f 
eclate. on met Georges en prison et le 25 decombre on Ten tire P° 
le massacrer avec le comte Draconlius et le eomte Diodore. On br" 
les cadavres et on jette les cendres a la mer. de |>eur — ccci l ^ 
Ammien Manellin. tres certainement enzonc. — que des eglises n*^ 
construisisscnt sur leurs toinbeaux el qu on ne les honorat coni 
des martyrs. (Us £laicnt done si populaires'.' Alors pourquoi ava J:*f|s 
chasse Georges en 358 et l'avait-on eniprisonne en decembre 361 .) 
auraient pu etre secourus |*r les christiens, ajoute encore AinW 1 ^ 
mais ils etaient si detesles ! iOn voit ou I'enzoneur d'Ammien veu 
venir. il vcul que les atbanasiens n'aicnt tU miles en rien » u •" 
sacre et que Georges ait etc victimr des sculs palens.) 



— 373 — 

enjoint a Athanase de quitter la ville des la reception 
de la lettre (1). Dans l'autre, Athanase n'ayant point 
obtempere, il donne ordre a Ecdicius, prefet d'Egypte, 
d'expulser Athanase d'Alexandrie ou plutot de toute 
l'Egypte, avant les calendes de decembre, simplement 
pour avoir ose, Julien regnant, donner le bapteme a des 
femmes grecques de distinction (2). Grief derisoire, si 
"on songe a ceux que sa conduite fournissait depuis 
trente-cinq ans ! Au fond, ce que veut Julien, c'est que 
' e patriarche des jehouddolatres soit absent lors de 
* assassinat de Georges. 

La date de l'assassinat passee, Julien ecrit une troi- 
8 ieme lettre, celle-la adressee aux Alexandrins, et dans 
,a quelle, supposant qu'ils ont reclame contre l'edit 
d 'expulsion, il fait valoir les raisons d'ordre politique 
^i militent en faveur du maintien de cet edit. Julien, 
I 1 " partout ailleurs vante corame sa vertu principale 
Q & attachement opiniatre a la religion de ses peres, 
Pfoclame ici que jusqu'a vingt ans il a ete jehouddo- 
ktre et qu'il a cesse de 1'etre depuis douze ans (3). 
(Heureux habitants d'Alexandrie! Renseignes de la 
ma in merae de l'Apostat, avec les dates !) Et aim que 
8o, » apostasie soit une chose dument signee et para- 

(•) Corrctpondance de Julien, letlre XXVI. 
H ^orrtspondauce de Julien, lettre XXVI. 
JjJ Julie dale son apostate do 351. temps ou son frere Galkis est 
'^t Cesar ,, ar Constance el ou Julien relourne itudier a Constanti- 
>■«• Le faussaire qui lui tient la main pour lui fair* Jignercet e 
?°nniM connait les besoiu de I'Eglise : la vie piiblique et les Cents 
^Julien sont tout palens ; pour qu'il soit apostat, il faut qu il a.t et6 

^"uddoldtre secriteuient, obscureuienl. Et quoi de plus favorable a 
""•-• 'Uiliation secret* que I,- quatrc annecs de relegation passees sur une 
"'^'lagne de Ctnndbeat Invcr>eincnl. corunic il faut que son frere 
8ft? ail «« «PMU» du piguisme, on forge la lettre ou il dec are a 

U1,c, » quil .acrilic loutessw croyances primiUves a la jchouddolatne. 



— 374 — 

phee, lue et approuvee, a 1'abri de toute interpretation 
contraire, il exige que l'edit qui en porte le temoignage 
soit affiche sur tous les raurs de la ville oii les scribes 
ecclesiastiques pourront le copier a loisir. Vit-on jamais 
apostat plus oiliciel? II ne lui manque que de faire 
egalement apposer cette aiTiche sur les murs de Cons- 
tantinople oil il est et sur ceux de Lutece dont il vient. 
Pendant que le faussaire y est, il en profite pour faire 
dire a Julien qu'Athanase occupe le siege fonde par 
Marc a son retour de Rome ou il a compose son Evan" 
gile sous la direction de Pierre : o Lors meme que le 
fondateur de votre cite serait quelqu'uu de ces hommcs 
qui, violateurs de leur propre loi (1), ont ete punis 
com me ils le meritaient pour avoir meue une vie con- 
traire a la justice, seme la rebellion et introduit uH e 
nouvelle doctrine (2), vous n'enauriez pas plus le droit 
de redemander Atbanase! » Mais ils ont des patron 8 
sinon plus recommandables, — c'est impossible! — °n 
moins plus anciens, a commencer par Serapis. Et c'es* 
une bonte de les voir, eux, jadis maitres des Juifs, telle* 
ment egares, pervertis par leurs fourberies, qu'ils se 
font aujourd'bui leurs esclaves. Preferer au Soleil q al 
eclaire le monde « ce Jesus que ni eux ni leurs pci'S* 
n'ont vu, » comment expliquer une pareille aberration 
Si quelques-uns persistent a croire que le pere de Bar* 
Abbas et Bar-Abbas lui-meme ont etudie la magie en 
Egypte, libre a eux ! Mais Julien n'en croit rien. Si mem e 
ils s'imaginent avoir lu dans Philon et dans Apion 

(1) Comme les Dome AjxJIres, les <|u*trc Ev«ngelistes et Pa"' *°. t 
cens»> aroir abandonn.- la Loi juive pour former une religio n I 9 
Jesus et I'Eueharistic pour point de depart. 

(i) La reaurrecUon de Bar-Abbas, partant »a divinite. 



— 375 — 

mascarade du Gymnase, reprise de celle du pretoire de 
Pilatus, qu'ils se livrent a cette illusion ! Quant a Atha- 
nase, c'est un habile, on n'en disconvient pas, mais il 
n'est pas vrai que tous ses adversaires meurent assas- 
sines, il a seulement le tort d'interpreter les Ecritures 
a sa maniere et de penser qu'on en veut a ses jours. 
Julien l'avait banni de la ville, il le bannit maintenant 
de toute l'Egypte! Quelques details sur la mort de 
Georges feraient beaucoup mieux notre affaire, mais tel 
n 'est pas Pavis du scribe qui a fabrique la lettre (1). 

Dans une quatrieme lettre, egalement adressee aux 
Alexandrins, Julien aborde enfin l'assassinat de 
Georges. Maintenant qu'Athanase a recu ses lettres 
d'exil et Ecdicius l'ordre de les mettre a execution avant 
k 1" decembre, les Alexandrins apprennent que ce 
8 °nt eux qui ont assassine Georges (2). Julien estime 
que Georges de Cappadoce meritait la mort et pis 

(*) On y a fait passer quelques considerations prises dans le Dis- 
Co *ri tur'le hoi Soleil. 

C*J t Vons avez assassine G.orges, dit le faussaire, parce qu'il a 
P»Ue l e Serapeum avec deux complices, le prefet et le chef nuhtaire 
" e '"Egj-pte. » (Georges n etait done pas en prison, puisquil a pu din- 
8 . er 'e sac du temple de Serapis avec Dracontius et Diodore.) Cela 

* est passe bien avant la mort de Constance, dit l'Egiise, c'est Arte- 
?" u s qui etait prefet d Egvpte a ce moment-la et qui a aide Georges 

* P'»er le Scrapeum. Mai's le pseudo-Julien : c Cela sest passe sous 
«on regne. mon oncle Julien etant prefet d'Ecypte et residant a 
^'exandrie meme- • LEelise : • Le comte Julien venaitde remplacer 
^emius, ct vers le mois de Janvier 362 il a fait aflicher un edit de 
J UI »n accordant la grace de tout le monde. » II est dit au contraire 
° an * la Utlre aux Al-xanlr.ns que le comte Julien nest plus en 
SpPle el dans 1'edit dexpulsion que son succcsseur sappelait Ecdi- 
JM*. Dautrepart, si c'est Artemius qui a pille le Serapeum. comment 
^ fajt-il quii n - ail point iU> puni mTec Georges, soil par les Alexan- 
""«>* eux-mimes. soil par Julien? L'Egiise : • Artemius a ete mis a 
K r tgalemenL . Quand cela ? Ammicn dit : • Avant Georges. » 
s'e.i : ■ Modem* mois apres. » Si c'est avant Georges, cela ne 

* l 1'as passe sous Julien. mais sous Constance. Si c est apres, ce 






— 376 — 

encore (1), il blame le peuple palen d'avoir fait justice 
lui-meme des entreprises de cet eveque, mais l'enormite 
des crimes de Georges explique ces pieuses repre- 
sailles. Car Georges avait irrite Constance contre 
les Alexandrins (2), puis avec le concours du prefet 
d'Egypte et du chef militaire, suivi de ses hoplites, il 
s'est empare du temple augusle de la Divinite, il en a 
enleve de force les images, les olIYandes et tous les 
ornements sacres, bref il a saccage le Serapeum sous 
Julien, car c'est sous Julieu que la chose se passe. 
Georges est un sacrilege, ainsi que le prefet et le chef 
militaire. Si le peuple ne l'eut pas massacre, c'est Juliet* 
qui se serait charge de sa punition. II aurait de meroe 
puni le prefet et le chef militaire coupables d'avoir 
attente « a la justice, aux lois eta la religiou. » 

Puisqu'il en est ainsi, pourquoi, au lieu de proceder 
energiqueraent contre les deux complices survivants, se 
borne-t-il a blunter simplement les Alexandrins d'avoU" 
« cede a une indiguation toute naturelle » en massacran* 
Georges ? Car enlin le meurtre n'a proflte qu'a Athanase, 
rentre dans Alexandrie triompiiant. Athanase etat* 
Pennemi de Georges, des dieux et de Julien. C'est pou r 
Athanase qu'on a fait le coup. Ce coup est le seconOf 
car Georges a peri de la meme facon que Gregoire (or 
Julien va certainement donner l'ordre d'instruire contr* 
Athanase d'une part, contre le prefet et le chef militatf 

n"est p.is pnur avoir pillti le St'rapeum que Georges a ele ina5 ' i8C I , e 

avec I)racuiitiu> et Diodore, c'est pour un autre motif "|uc no» s 

-■ivon- plus, 111 ii- i|u'Athauase u'ignorait p i- 
(1) Les len-lires exterieures sans doule. ([e 

(i) C'est au i-outrain- Athanase qui toujours les avait cxciU'S con 

Constance et le patriarclie de son choix. 
(3) a. le present volume, p. fJ9. 




— 377 — 



de l'autre. Or il ne manque qu'un nora dans la lettre 
de Julien, c'est celui d'Athanase, et on ne trouve plus 
qu'un coupable : le peuple d'Alexandrie ! Qui pro- 
fite de la mort de Georges? Athanase. De qui est la lettre ? 
Des tenants d'Athanase. Elle est si extraordinaire 
sous la plume de Julien, que le faussaire ne peut s'empe- 
cher de dire : « Comparez done ma lettre actuelle avec 
celles que je vous ai nagueres ecrites, etvoyez la diffe- 
rence! Quels eloges je vous ecrivais alors! » Et ce 
faussaire est a ce point disciple d'Athanase qu'il fait 
dire a Julien : « Irrites contre Georges, cet ennemides 
dieux, vous avez souille une fois deplus la ville sainte, 
a u lieu de le traduire devant les tribunaux. » En somme 
c 'est comme s'il disait : « Georges est tombe sous les 
c oups de ces memes gens qui nagueres ont assassine" 
Gregoire, je les reconnais a leur faire. » II continue : 
■ Par bonheur pour vous, citoyens d'Alexandrie, c'est 
s ous mon regne que vous avez cominis ce crime, sous 
°»oi qui par veneration envers le dieu (Serapis)et envers 
■?on oncle, mon homonyme, qui commandait en 
%ypte et dans voire ville meme, veuxbien vous con- 
8 erverune amitie fraternelle. » Mais alors c'est le comte 
J uHen lui-meme qui a pille ie Serapeumavec Georges? 
Massacrer le Monstre de Cappadoce elait beau, 
m ais lui eolever tous ses livres sur Bar-Abbas et les 
"ruler avec lui etait souverainement esthetique. Sa 
•nort f ut suivie du sac de sa bibliotbeque. On produit 
de »xlettres de Julien ecrites pour la ravoir, l'une a 
E cdicius, prefet d'Egypte, l'autre a un certain Por- 
P Q vre : toutes deux ont ete enz6nees par l'Eghse, ce 
8 °at des lettres de remplacement, ce qui se reconnait 
* leurs contradictious et a l'attenuation des termes, 



— 378 — 

mais lefond est authentique. Afin d'empecher que «des 
hommes (les partisans d'Athanase) dont Tor de Georges 
ne saurait assouvir l'insatiable cupidite ne s'emparent 
en meme temps des livres galileens (arameens) de l'as- 
sassine, » Julien demande au prefet — a titre de service 
personnel — de les faire retrouver : ils out done ete 
pris. Julien ne les recherche d'ailleurs que pour le s 
faire disparailre entierement. (Athanase aussi. C'es* 
etonnant comme Julien ressembleii Athanase!) Mais 
de peur qu'on ne detruise les bons livres (Evangu eS 
canoniques, Actesdes Apotres, Lettres de Paul, etc.) 
avec les mauvais, (Paroles du Rabbi, Assomptio* 1 
de Mo'ise, ecrits valentiniens et gnostiques,) qu'on le 5 
recherche tous ! qu'on prenne pour guide dans cetW 
recherche le notaire meme — copiste et bibliothecaire 
— de Georges ! Ce notaire sait done ce que les livres 
galileens sont devenus ? 11 aura la liberte (il est doB 
arrete ?) s'il s'acquitte fidelement de sa mission, mais s » 
use de fourberie, e'est-a-dire si, achete par Athanas6| 
il ne denonce pas les receleurs, il subira la question. 

Ce notaire, comme on voit, est soit un esc avequi ser* 
affranchi en echange de ses services, soit un homi°e 
libre qui est detenu comme suspect d'avoir facilite 
rapt. En meme temps qu'au prefet, Julien ecrit a P or " 
phyre, — son intendant en Egypte sans doute - 
« Fais-moi rechercher la collection entiere de ce* 
bibliotheque {y compris la yrande quantitd de liv*** 
de tout genre ecrits par les (Jalileens) (1) et dirig 6 ' 
soigneusement vers Antioche, prevenu que tu ser* 
puni d'une forte peine si tu ne mets pas tous tes sol 

(1) M. TalDot, [CEurres de Julien) traduit par : c sur la doctrine 
Galiltens. » U. AliirJ (Juhen) doaae : « toils par les Galilecn*- » 



mmmmr 



— 379 — 



a cette recherche. Les gens, quels qu'ils soient, que 
*u soupconnerais dedetenir ceslivres, apres les avoir 
Aleves, use aupres d'eux de tous les moyens, de tous 
les serments, ne te lasse pas de mettre les esclaves a 
*a torture, et si tu ne parviens pas a les convaincre, 
e «nploie la force pour faire rapporter ces ouvrages ! > 
Ce Porphyre qui a le pouvoir de mettre les esclaves a 
fe torture nepeut etrele uotaire de Georges. Xousavons 
^ que celui-ci etait lui-meme esclave ou arrete. D'ou 
^ent qu'ayaut commis ce notaire a la recherche des 
"vres ecrits par les Galileens, Julien n'en parle pas du 
tout a Porphyre et qu'il charge, au contraire, celui-ci 
d e la meme besogne? II n'importe. Le fait est la. a Les 
ra isons qui ont convaincu Julien que l'Evangile etait 
Un e fourberie purement humaine (i) » resultaient 
des livr es de Georges assassine; et ces livres, Athanase 
le » avait fait disparaitre- Mais trop tard ! Celse y avait 
Puise les elements principaux de son Discours. Et c'est 
** qu'on a voulu dissimuler par les deux faux relatifs a 
Ce « livres. 

IX Quand Julien, les souliers encore humides de 

' a rosee des Gaules, revient dans cet Orient, au milieu 
J*® cette atmosphere ou Dieu est remplace parla judeo- 
J tr ie, apres la sage philosophie qu'il a laissee enGrece, 
'instinctive bonte de cccur qu'il a trouvee chez les 
G fulois T il est frappe du recul moral ou la folie nouvelle 
a Me la conscience humaine. II voit les effets de l'hor- 
nb le speculation du bapteme : la tache encouragee par 
' e ^oyen de la laver, le remords etouffe par l'imposture 
e ^ grace ecclesiastique ; enbasla tourbe sinistre des 

W Avertiiscment dc son livre Conlr* Us Galiteent. 



— 380 — 

adorateurs de tombeaux et de squelettes, l'execrable 
convulsion des vivants qui se roulent sur les morts 
pour se frotter a l'immortalite, et en baut le commerce 
florissant des eveques cousus d'or, des marchands de 
christ rentres dans le Temple au bras de Bar-Abbas, 
qui crie a tout Tenant : « Corrupteurs, meurtriers, 
sacrileges, etres infames, venez ici liardiment, je vous 
rendrai purs a la minute en vous lavant dans cette eau' 
Et quiconque retombera dans les memes crimes, J e 
ferai qu'en se frappant la poitrine et en se cognant la 
tete, il redevienne pur comme devant! » (1) 

Julien n'avait en vue ni les cbrestiens ni certain eS 
sectes de christiens, mais seulementles aflbles qui sui" 
vaient dans sa bideuse trajectoire le juif originaire d e 
Galilee. C'est pourquoi il les nomme eux-memes Ga"" 
leens. Et meme il aurait fait une loi — c'est Grego* 1 " 6 
de .\azianze qui parle — obligeant les christiens a preudr e 
ofiiciellement le nom de Galileens (2). MaissaufGre- 

A) Le' Cisari, in fine. Ce passage scnible avoir He mal interpreUP 
ceuxquiy voient untliscours de Constance, predecesseurde Julien. s 
douleon pent I'interpre'terainsi, il est obscur. plusieurs sujets coruD 1 ^". 
dant la ineme phrase. Mais on ne le peut quau detriment du fond. * j" 
comment je le comprends. Cons tan tin ne trouvant point de m* 1 'jj 
de sa conduite parmi les dieux, se refugie aupri-s de la Debauch*- ^ 
y trouve son fils icelui de la Debauche) criant a tout venant : « J" ^- 
ruptfiirs, meurtriers, etc. • Sur quoi il prend place aupri-s dc i t 
emmene ses fils (Constantin II. Constant et Constance) hors ^. 
l'assemblet- d'oii il a H6 evince lui-memc. Mais les demons fl 
vengent l'atheisme sempannt d eux 'Julien regardc tous ccs P"^. 
comme des athecs) et les lourmentent pour leur faire cxpier le ^ t 
de leurs procbes. jusqu'i ce que Jupiter leur donne un peu de re'- ' . g 
en favour de Claude II et de Constancc-Cblorc que Julien r ''***j„j 
comme des personnages honorable*. Cela ne veut pas dire d uloU '? 8 J5 
ContUntin et ses fils aient etc baptises au nom dc Bar-Abbas, n*^ 
que leur place est avee les jVhouddolalres. dans une sphere <> u 
puissances soumises aux dicux lourmentent les athecs. 

(2) Uratio IV, 1«. 



wmtsmsm 

— 381 — 



goire, dont les affirmations sont plus que suspectes, 
nul n' a jamais entendu parler de cette loi-la. Elle eut 
ete fort sage, et peut-etre eut-elle empeche la confu- 
sion dont l'Eglise fut la beneficiaire et l'humanite la 
v ictime. 

Julien, qui ne se prononcait jamais sur les matieres 
r eligieuses sans mures reflexions, qui plus quepersonne 
7 montrait de la reserve, voulut voir ce qu'il y avait au 
commencement de la jehouddolatrie et dans sa ligne de 
Prolongement. 11 connaissait les profondes differences 
<lu'il v avait entre les ariens restes avec le Verbe, et 
Ie s ministres de Bar-Abbas, lepre de la societe 
burnaine (i), qui monnayaient Dieu, vendaient le bap- 
t6 me, briilaient les temples, renversaient les statues et 
« adoraient le mort .», comme la deja dit Celse. Ce qui 
e ""raye Julien, apres leur ignorance etleurmechancete, 
c 'est leur orgueil. « un orgueil barbare pousse jusqu'a la 
f °He. » Au-dessus des sectes qui se disputent les mem- 
oes amollis de la decadente Asie, il voit planer une 
d 'scipline commune : la haine, servie par une mdomp- 
^le opiniatrete, surtout dans les petites superstitions 
^i accompagnent lagrande. a Tel qui ne donnera pas sa 
^e pour sauver un paien ou roeme un frere voudra mou- 
rir pourlui-mime, supporterala misere, endurera la 
fai m plut6t que de gouter de la chair de porcou de tout 
aut »-e animal etouffe ou mort par accident. » Ceux de 
Ce «e secte s'en tiennent aux ordonnances de Bar-Abbas, 
et ils savent bien que Shehimon n'est jamais alle, sous 
,e Pseudonyme de Pierre, manger des tetines de truie 

J«lSur ce mot UgHse a coupe net la Ltltrt « TMo'orr ^vnom 
2"ft dont le texte offre les iterations les plus profondes. Rigle 
Wr "le : plus ji eUil probant, plus il est altere. 



— 382 — 

chez le centurion Cornelius. Voila la vraie, la p orfl 
Eglise, et le temps n'a point diminuii sa barbarie. 

Le probleme christien, pose par la horde d'eunuques 
et d'intrigants qui vivaient du mort, n'interessait ni » e 
philosophe ni le theologien, la sagesse et Dieu y eta * 
egalement etrangers. Comnie homme de politique et d'af" 
faires, — Julien prend desormais ces deux titres, — i' ' 8 
touchait directement. Derriere Bar-Abbas, les premiers 
charlatans venus le tenaient enechec. Quand ils etaie°j 
les maitres d'une ville, il n'y avail plus de securite °' 
pour les biens ni pour les personnes. C'etait la guerre 
civile en permanence. 

L'eveque est untyran plus redoutable que n'avaitet* 
le proconsul sous les plus mauvaisempereurs. Avecs" 
armee de clercs, il percoit son impot, rend sa justice* 
s'attribue le bien public et celui des particuliers. Ce s 
eveches sont plus que des fermes generates : le feri° ier 
general rendait des comptes. On se fait eveque p* 
amour du gain et passion de l'absolutisme : « Tu ne sa* 
pas ecrire ? Je te ferai ton testament. Tu sais ecru* 6 • 
Voici ce qu'il y faut mettre : n Tout a l'eveque ! * " 
ancien soldat, Eleusius, eveque de Cyzique sous Co 09 " 
tance, bouleverse la ville, ren verse tantdt une egl jse * 
tantot un temple, et prend tout : est heretique tout c 
qui ne produit pas. Marathon, ancien payeur de 
garde pretorienne, est eveque de Nicomedie : o° 
grand'peine a refrener son avarice. .Novatiens,maced0" 
niens, ariens, demi-arien9, c'est a qui s'accusera d ° 
resie pour se piller. Les jehouddolatres sont les p ire ' 
La vieille barbarie se corse d'un nouveau mot d'arg ^ 
theologique designant un nouveau genre de en 01 * 
l'heresie, le fait de penser autrement. En espion *^ 



■rr- 



— 383 — 

les interieurs, en faisant la police des opinions, on a 
le droit de declarer son voisin heretique et par conse- 
quent de le tuer. Sous Constance, on avait egorge des 
foules entieres a Samosate, le pays de Paul, cemonstre 
qui uiait l'existence de Jesus ; a Gyzique, ville de la 
Chersonese de Thrace, en Paphlagonie, en Bithynie, 
e & Galatie et dans d*autres contrees, des bourgades 
e ntieres avaient ete ravagees, detruites de fond en 
c omble (1). Le frere tua son frere, la belle-mere son 
gendre, le pere son fils ; dans chaque famille de cinq on 
fat trois contre deux ou deux contre trois, et ce fut la 
8e ule prophetie de Bar-Abbas qui, en se realisant, etablit 
8a divinite par des signes irrefutables ! 

Ces habitudes de brutalite gagnent les grands- 
P r &tres pafens,quitraitent leurssubordonnes commeles 
deques traitent les leurs. Indigne, Julien ecrit a l'un 
. e "x : (2) « Les egards que nous avons pour des bois 
lQ femes, (il veut parler des bois de la croix), tu ne les 
as pas pour les hommes ! Tu as frappe, toi paien, un de 
tes pretres ! C'est un acte honteux ! Gelui qui frappe 
es t un sacrilege ! Apparemment ce sont les eveques et 
* es pretres des Galileens qui t'inspirent. lis siegent aupres 
de |oi, sinon en public, a cause de ma personne, du 
m °ins en secret et dans l'interieur de la maison ! » Au 
c ontraire, Julien, « resolu a user de douceur et d'hu- 
"janite envers tous les Galileens, veut qu'aucun d'eux 
11 a 't a soufTrir de violence, a se voir traine dans un 

"| J u«ien. LiUrt aiu. BusUettu. 
to.i i '""' d un Pontift ,*ien. II va sans dire que Ifcghse a suppnme 
entr. "^nuneneement, dans lequel Julien etablissait un parallele 
«nf- to lerance quil rccommandait pour des symboles juges 

c, ,*?*'• et les violences que lesjcuouddottlrescxeroaient contre tout 
' I louehait au culle des dieux naU'onaux. 



— 384 — 

temple ou oblige a toute autre action contraire a sa 
propre volonte » (1). 

En face des mauvais instincts, envie, jalousie, 
avarice, desir de nuire toujours en eveil, qui ani- 
ment les christiens les uns contre les autres, Julien se 
dresse comme la derniere image de la tolerance 
paienne : sa raison, et c'est la bonne, va jusqu'a I a 
pitie pour ces malheureux qu'une abjecte superstition 
voue a la mutualite des mauvaises pensees et des 
vilaines passions. « Peut-fitre, dit-il, serait-il juste de 
les guerir malgre eux, comme on fait pour les frene- 
tiques. mais nous leur accordons a tous la pleine liberte 
de rester malades; car il faut, selon moi, instruire et 
non pas punir les gens depourvus de raison. » Julien a 
compte sur la force de Ia verite pour vaincre, il s'es* 
trompe. 

II essaya de la douceur qu'on doit aux fous. U» 
decret « commun a tous ceux, quels qu'ils fussent, q u 
avaient ete bannis par Constance pour cause de foI' e 
galileenne » les releva de leur exil. Aetius, eveque de s 
Eunomeens, qui etait le theologien de Gallus, avait et 
compris, a cause de cette intimite peut-etre, dans le 
edits de Constance : Julien lui ecrivit pour le rappe' e 
et trouva en lui du secours spirituel contre les jehou"" 
doliitres. Les Ariens d'lidesse avaient ete mis par Cons* 
tance en possession de l'Eglise enlevee aux ValenU" 
niens. Constance mort, les Valentiniens se crurent e 
droit de reclamer les richesses dont ils avaient el 
depouilles, mais ils n'en furent que plus maltraites p 
les ariens. Julien, pour les mettre d'accord, distribu 

V)A EeiMt. 



— 385 — 

aux soldats les biens que ces charlatans avaient extor- 
ques a la credulite publique et qu'ils se disputaient en 
se portant aux derniers exces les uns contre les autres. 
« Ainsi, disait Julien, je vous renvoie aux preceptes de 
I Evangile et je vous aplanis la route du royaume des 
Cleux : u Heureux les pauvres, car le royaume des 
cieux est a eux ! » 

L'ne chose prouve que Julien n'avait jamais ete 
Jehouddolatre, il ne persecuta pas. Les precedents et les 
suites prouvent qu'il avail le devoir d'interdire 1'ensei- 
gnement christien. Quant on voit l'immense reseau de 
'enebres et de crimes dans lequel l'Eglise a enferme 

l'l TO 

numanite, on se prend a regretter que, par exces de 
Philosophic, il se soit contente pour tout chatiment de 
Waiter de miserables les Athanase et les Eusebe. 

L'enseignement n'etait pas aux mains des jehouddo- 
latres. Mais vivant chichement de la rhetorique et 
es ambulations palennes, les maitres livraient sour- 
°isement bataille a des dieux qui n'enrichissaient pas. 
u 'ien eut voulu d'eux une chose qu'ils avaient alienee 
e Ja, de la franchise : « S'ils estiment qu'ils se sont 
rompes a l'egard des dieux les plus veneres, qu'ils 
a "lent aux eglises des Galileens interpreter Matthieu 
Luc qui vous ordonnent, si vous les suivez, de vous 
enir de nos ceremonies sacrees! » On feint devoir 
edit la oil il n'y a qu'un voeu. Si ce fut un edit, 
v eut des motifs. Ou sont-ils ? 
, ' " Celse avait ete fait gouverneur de Cilicie. 
0r sque Julien alia en Syrie ou il voulait faire la con- 
p entration des troupes qu'il devait mener contre les 
, r8es , Celse vint au devant de lui jusqu'a Pylas et le 
Ganglia pres d'un autel. Familierement Julien le fait 

25 



— 386 — 

monter dans sa voiture et Ie ramene avec lui jusqu'a 
Tarse (1) ; il est tellemeut heureux d'avoir retrouve son 
compagnon d'etudes qu'il se propose, apres avoir battu 
les Perses, de revenir pres de lui. Et telle etait sa 
volonte de retourner h Tarse que mort on l'y ramena. 

Julien arrive vers la fin de juin 362 a Antioche. Les 
huit mois qu'il y passe sont decisifs pour 1'avenir de 
l'Eglise. Si le mensonge n'est pas tout-puissant, elle va 
etre enterree a Macheron. L'enquete est terminee ' 
Jesus nest autre que Jehoudda, dit le Joannes baptiseur 
et Bar-Abbas, justement crucifie par Pilatus et divi- 
nise dans la suite des temps par les marcbands de 
cbrist. Savamment triture par les evangelistes, Bar- 
Abbas est petit a petit devenu mythe solaire, un 
Mithra, un Serapis, un Apollon du gibet. Julien va se 
tourner vers les habitants d'Antioche, et leur dire 
publiquement : « Ecce homo, voila le Juif dont vous 
faites le Genie tutelaire d'Antioche, a la place <* e 
Jupiter et d'Apollon ! a 

Julien tombait comme un dolmen dans cet imme nS 
marais ou les grenouilles syriennes croassaient chaq° e 
nuit les louanges de la poupee Christos et celles 
Constance. Antioche aimait Christos qui permett* 1 
tout, et regrettait Constance qui n'empechait rien. l^ 
eunuques de Constance suffisaient a conduire &* 
ville d'epiles, d'accapareurs, de mercantis, de danseo 1 * 
et de mimes, ou tout etait libre, la morale encore p' u 
que 1'usure. Oh! qu'on etait bien sous Constance 
sea eunuques! Et qu'on etait mal sous Julien et s 6 * 
philosophes ! Que Christos avec son baptfime etait on 

(J) Ammien Marcallin. XXII, 9. 



— 387 — 

religion facile ! Les chansons contre « la barbe et le 
barbu » pleuvaient surl'empereurromain, qui des Gaules 
etait reparti celte, couchait seul sur un mechant lit, 
vivait de legumes et d'eau claire, tandis que la ville se 
plaignait de manquer de poisson et de coquillages! Un 
tremblement de terre avait bouleverse la region en 341 : 
les afFaires du Rovaume s'en etaient merveilleusement 
trouvees. Les femmes, ayant beaucoup a craindre du 
retour de Bar-Abbas, se prodiguaient corps et biens : 
tout passait aux Galileens. En ne distribuant plus les 
viandes sacrifices, on eloignait les pauvres des sanc- 
tuaires pafens, on les accaparait. Pauvres toujours,ilsne 
diminuaient pas, ils ne faisaient que changer de camp. 
On avait une equipe toute prete pour des emeutes dont 
"s ne voyaient jamais le butin. Les pauvres tendent de 
plus en plus a devenir une categorie officielle de la 
population : le plus que pussent faire les eveques, c'est 
*« imiter les patriciens romains dansleur clientele et de 
renouveler la sportule. 

Aux pafens qui les accusent de tous les malheurs, 
es jehouddolatres repondent en accusant les dieux de 
°utes les miseres. C'est a cause des dieux qu'il y a 
es pauvres ! On se venge done des dieux en jetant le 
P e uple sur leurs idoles. Tandis qu'il gronde, injurie, 
Ci »sse, brise, incendie, les malins de FEglise composent 
av ec les riches qui, tremblant dans leur peau, livrent 
0ut auj : eveques, lesquels, s'ils sont bons, ne donnent 
P as plus que les pafens charitableset, s'ils sont mauvais, 
Sardent tout. La guerre aux dieux n'est qu'une comedie 
^ Ul ^ n ' 1 dans le sang ou dans le feu. La terre a de quoj 
°urrir tous ses habitants, c'est sa repartition qui est 
n J u ste. Julien a cette phrase superbe : « Ce n'est pas 



— 388 — 

les dieux qu'il faut accuser de la pauvrete, raais l'insa- 
tiable cupidite des riches qui permet de calomnier les 
dieux, en donnant aux hommes une fausse idee de la 
justice divine (1) ». 

C'est tromper les pauvres que de leur annoncer la 
pluie d'or dans la Jerusalem d'or (2). Car si cette pluie 
venait a toraber, c'est a qui enverrait ses gens pour 
la recueillir et s'approprier les biens communs a tous. 
La solution est dans la permanence des devoirs sociaux: 
une bienfaisance eclairee, la charite (amour d'autrui). 
la justice, l'humanite, mfime envers les coupables : «J e 
dis, en outre, duss6-je 6tre tnxe de paradoxe, que ce 
serait un acte saint d'accorder, meme a des cnnemJSi 
le vetement et la nourriture » (3). Julien veut une 
charite, qui loin d'etre une tactique de secte et de co»* 
frerie, un salaire de foi, s'inspire des besoins de l'homnie» 
a quelque religion qu'il appartienne. Depuis trop long" 
temps les pretres paiens ont deserte le toit de Jupiter 
Hospitalier. C'est leur indifference qui a suggere au* 
impies Galileens la pensee de pratiquer la bienfaisance 
ou mieux <Ten exploiter les dehors pour le succes de 
leur ceuvre perverse. C'est une bienfaisance toute d os- 
tentation et de surface, avec laquelle il est facile de 
hitter avantageusement, car « ils font comme les g enS 
qui trompent les enfants en leur donnant des gateau*- 

(1) Lttlre <i un pontiff, §2. . 

(2) La Leltre a un pontiff nc s'adressc pas. roinmc on le dit. ■ 
pontife en exercice dans une tglise palenne, clle s'adresse a un p*'^ 
qui s'cst fait dvt-quc jcbouddolatre et qui seme le mensonge aU '°!"' n 5. 
lui. C'est un magnifique morceau et plein de sentiments chrrstif ^-- 
Depuis que l'Athanase auquel il s'adresse s'cst eloigne de la verity 
■lemons ont pris la place des dieux dans son copur. m 

(3* Par consequent il n'y avail encore rien de cela dans la bo" 
de Jesus. 



— 389 — 

Apres deux ou trois tentatives, ils parviennent a s'en 
faire suivre ; puis, quand ils les ont entraines loin de 
leurs maisons, ils les jettent sur un vaisseau, les 
emmenent et leur font expier un moment de douceur 
par toute une vie d'amertume. C'est ainsi que les Gali- 
leens commencent par cette hospitalite, cette invitation 
aux festins qu'ils nomment Agapes, — mot et fait trop 
communs chez eux, — et entrainent les fideles vers 
l'impiete (1) ». 

Fut-il pur, le culte qu'on intronise vaut encore moins 
que celui des idoles. Sans doute, dit Julien, elles ne 
Peuvent rien par elles-memes. Comment ne pas croire 
qu'elles ne sont que bois et pierre? II n'y a qu'a les 
voir. Comment les prendre pour les dieux eux-memes ? 
Us sont invisibles, immortels. II n'y a que les jehoud- 
dolatres pour s'imaginer que les dieux ont des corps, 
qu'il y a la-haut un certain Fils de l'liomme qui a fait 
le monde et qui doit revenir avec les .Eons et cent qua- 
r ante quatre mille Auges armes jusqu'aux dents! « II 
n e faudrait pas, homme impie, toi dont l'ame est le 
refuge de la race entii-re des demons, donner un corps 
* des etres qui n'ont ni figure ni forme! > (2) Non, les 
d'eux ne sont que des images d'idees, aucun d'eux ne 
8 'est incorpore chez les Juifs. 

Mais l'afiaire etait lancee. Bar-Abbas, si criminel 
9 u 'il fat, signifiait pour les uns : « Profits ». Pour les 
au tres : «, Mort a Rome ! Plus d'impdt de sang ni 

finh' A nous ,es P° ints su^Pcns'fs et raeme interruptifs ! Le discours 
^ " au moment ou nous altions (out savoir. La coupure est evidenle. 
chw • rC,le du discours ,iura sans dou, ° e,c supprime par les copistes 
I rc,i, ' ns . dit un des traductours de Juiicn, commc trop injurieux a 

Migioi, qu ils prvfosaitnt. . 

* ' Uttr * o un t^nttfr, S 6. 



— 390 — 

d'argent! Viennent ceux que les Romains appellent 
barbares! » Julien dit : « Pour ce qui est d'un certain 
Christ (l),je vous ai fait toutes les concessions qu'on est 
en droit d'attendre d'un prince qui veut et qui peut 
faire du bien aux hommes. Seulement il est impossible, 
sacbez-le bien, de faire remise de tous les imputs a 
ceux qui les payent ». 

Au milieu de cette tourbe irreductible dans le men- 
songe, un reconfort lui vint de deux eveques : Apolli- 
naris de Laodicee en Syrie et Eustathe de Siibaste en 
Samarie, tous deux antijehouddolatres, le second 
mieux place que personne pour contribuer a la mani- 
festation de la verite, puisqu'il exercait a quelques 
stades de Macheron. 

La haine de l'Eglise contre Apollinaris vient de ce qu'il 
avait resolu, (et avec quelle facilite!) la question prea- 
lable de l'identite de Jesus avec Bar-Abbas. II etait 
remonte de recherche en recherche jusqu'a V Apoca- 
lypse de Gmnala. Selon lui le Verbe etait chair, maw 
essentiellement uranien, il siegeait a la droite de Dieu t 
sous quelque forme qu'il plut a l'imagination, mais le 
Pere n'avait jamais eu la moindre intention de l'engen- 
drer dans le sein d'une femrae juive. Corps, ame, espnw 
en tout le Fils est du ciel. Entre le Verbe et la nais- 
sance de Bar-Abbas il y a, selon V Apocalypse m^nie, 
quatre mille neuf cent cinquante ans, un abime. C e 
ablrae, Apollinaris trouve que Bar- Abbas ne le combie 
pas. La chair du Verbe est pleinement celeste, il 
repete a satiete. Ce qu'il nie, c'est que celle d'un crioH" 
nel juif soit precisement cette chair-la. 

(i) iluopogon. 



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— 391 — 



Mais ceci n'est rien. II professait une « erreur » non 
moins deplorable que la premiere, si 1'on considere que 
la foi en Jesus ne reposait alors que sur ces deux grands 
faux intraevangeliques : I'acte de naissance de Jesus 
au Recensement de 160 et Y institution de I'Eucha- 
vistie, et sur ces deux grands faux extra-evangeliques : 
les Actesdes Aputres et les Lettres de Jochanan, de 
Pierre, de Jacques, de Jude et de Paul. J'ose a peine 
vous dire ce que professait Apollinaris, j'aime autant 
laisser parler Gregoire de Nazianze, qui ecrit vers 381 : 
« Pour les apollinaristes, la Foi a seulement commence 
"y a trente ans d'ici! « Soit vers 350. En effet, le Dieu- 
oomme, Apollinaris l'admet comme l'admettaient les 
ttiillenarist.es, mais le Juif-dieu, il s'y refuse absolu- 
m ent. II repoussait done 1'Evangile qui pour la commo- 
dite d'un Juif avait retourne la proposition. « Nous 
a dorons un seul Dieu en trois etats, disait Apolli- 
°aris. Mais nous n'en adorons pas quatre, le Pere, le 
Pl ls, un homme et l'Esprit-Saint. G'est pourquoi nous 
a nathematisons ceux qui font passer un homme avant 
^•sprit-Saint, e'est-a-dire avant Dieu. » 
On a fait un grand effort contre Apollinaris. D'abord 
? 0n oauvre a disparu, sauf ce qui a pu etre accommode 
a u dogme du Verbe en chair par l'Eglise elle-meme. 
Ensuite on a fait entrer dans TApolUnarisme authen- 
'que des apollinarisants qui avaient pris plus ou moins 
Ue ce qui l eur convenait dans cette doctrine, en sorte 
9° aujourd'hui on distingue plusieurs Apollinaris la ou 
1 n 'y en a qu'un. Mais il est certain que pour les pre- 
fers apollinaristes rincarnation de Jesus n'etait qu'une 
a Pparence a yant tous les caracteres de la mystification : 
■ Lorsqu'il s sont avec leurs fideles, ils font comme les 



— 392 — 

Manicheens avec leurs elus : a peine attribuent-ils la 
chair a Jesus ». Quoiqu'ils eussent peur des coups, 
ils traitaient de judeolatres ceux qui adoraient Bar- 
Abbas, et distinguant a raerveille entre Jesus et lui, 
ils ecrivaient sur leurs maisons : « II faut adorer non 
un homme qui porte Dieu (Bar-Abbas) mais un Dieu 
quiporte chair (1)». Au grand dam de la jehouddolatrie, 
ils professaient sur le mystere du Yerbe en chair des 
idees tellement anciennes et fondees, que Basile les 
qualifie de nouvelles et de contraires aux Ecritures. 
Par Ecritures entendons les Evangiles qui contiennent 
aujourd'hui l'acte de naissance de Jesus et la decapita- 
tion de Bar- Abbas sous le nom de Jean-Baptiste. Apol- 
linaris « traite la theologie en s'appuyant sur des argu- 
ments humains et non sur I'Ecriture, il enseigne des 
fables sur la Resurrection, un retour au culte de la 
Loi, a la circoncision, au sabbat (2) ». Quoi de nouveau 
dans tout cela? Bien, au contraire, qui ne soit conform^ 
aux Paroles du Rabbi. Toute cette partie du pro* 
gramme eiit fait les delices de Papias et d'Irenee, avec 
cette difference qu'Apollinaris juge Bar-Abbas sur son 
dossier et non d'apres sa mutation en Jesus : « Son 
enseignement christologique a jete un tel trouble dans 
les uglises, dit Basile, que si quelques-uns ont conserve 
l'ancienne foi christienne (3), un grand nombre, curien* 
de nouveautes, se livrent a des recherches passionne 68 
sur rincarnation. Eustathe de Sebasle (4) s'est nH s 
avec lui. L'heresie gagne la Syrie, l'Egypte, la Pales* 

(1) Grrgoire de N&iiajue, dan: les deux Leltra a Cledonius. 
(i) Basile, L-lut 263. 

(3) Cel imposteur enlend preeisenicnl la nuuvelle, cclle qui *** 
Apollinarif dataild'unc vingtainc danneca en 362. 
,1) Sauiarie, la Sichetu de» EiangtUs. 






w^mmmmmmmi^mm 



-393 — 



tine, Chypre, la Cappadoce ou elle n'a pas de peine a 
se repandre » (1). Epiphane, de son cote, pretend avoir 
connu des apollinaristes en Chypre; ils posaient des 
questions indiscretes,mais plus genantes encore, celle-ci 
par exemple, a ceux qui soutenaient la venue en chair 
de Jesus concurremment avec Joannes : « A-t-il pris 
un corps, des cheveux, des ongles, comme les ndtres? » 
La decapitation, qui eut pu leur clouer le bee, netaitpas 
encore dans les Evangiles. Sans quoi on n'aurait eu 
qua les renvoyer a ceux ou Jesus a une bouche avec 
laquelle il parle", boit et mange, des cheveux sur lesquels 
Marie Gamaleenne, sa mere selon le monde, verse des 
Parfums abondants, un corps dans lequel Toamin intro- 
duit des doigts inquisiteurs. II faut croire que ces 
details ne conferent pas d'existence charnelle a Jesus, 
Puisque personne ne s'en sert contre les Apollinaristes. 
Avec cela, entetes dans leur folie, ils marcheraient a la 
"lort plutdt que de renoncer a leurs idees ! Epiphane 
s 'etonne quils n'acceptent pas 1'incarnation, (e'est-a-dire 
Jesus en chair), car ce serait leur interet (2). 

Malheureusement, Apollinaris demontre par des docu- 
ments auxquels Eustathe de Sebaste apporte l'appoint 
J e toute la Samarie ce que Julien appelle 1'imposture 
des Evangiles. Jesus n'est pas venu en chair, le tnste 
•ndividu qu'il recouvre est bien celui qui a ete chasse 
du S6rtaba par Pilatus, pris a Lydda par Saul, crucifle 
a " Guol-golta et enterre a Macheron de Samarie, trop 
P f es de Sichem pour qu'on en puisse cOnter a un vieux 
S amaritain comme Eustathe. La facon dont a fim le 
Personnage ne permet pas de croire qull revienne de 

U) fanarion. I. LXXVII, 24. 



— 394 — 

sitdt pour juger les vivants et les morts. Apollinaris 
propose encore d'autres fables sur la resurrection, 
c'est-a-dire sur l'enlevement du cadavre et sur le point 
topographique ou il est enterre. G'est un odieux trouble- 
Eglise (1); et ce qu'il y a de pis, c'est qu'il a du talent, 
du courage et des vertus. mais il s'est laisse debaucher 
paries sophistes. Quels sont ces sopbistes? Ceux qui 
entourent Julien dans Antioche, car Laodicee n'est pas 
loin d'Antiocbe, et Antiocbe n'est pas tellement loin de 
Sebaste qu'Eustathe ne puisse aider a l'enquete ouverte 
sur Bar-Abbas et sa sepulture. Car on ne saurait croire 
la perfidie des Apollinaris et des Eustatbe : « Vous 
dites que le Yerbe s'est fait chair en Bar-Abbas, disait 
Apollinaris ? Vous dites que Dieu s'est fait bomme ? 
Mais si c'est un homme qu'on a crucifle, pour quelle 
raison le soleil cache-t-il ses rayons ? Pourquoi la terre 
entiere se couvre-t-elle de tenebres ? Pourquoi tremble- 
t-elle? Pourquoi ces pierres qui se rompent et ces morts 
qui ressuscitent ? (2) Au contraire, si c'est le Yerbe 
qu'on a mis en croix, pourquoi est-il mort? Depul 9 
quand l'immortel est-il raortel, et le mortel immor- 
tel (3) ? » La malice des apollinaristes allait plus b>i° 
encore, car, protagonistes des verites morales intro- 
duitesdans les£uangi/es,et comme pour faire honteau* 
jehouddolutres, ils donnaient eux-memes l'exemple •-''-' 

(1) On cite unc Ulirt du t*>p* L-Ure a Alhanait coutre \t» doclri ' 
d'Apollinaris. mais les ecrivnins catholiques t-ux-m-' lues M * •''"' ' 
. I .;..•■ .-. Louvain et Paris, 1901. in-8) s'accordent a la W"^ 
faussc. II en est de nieuic de la Ui-.titalt -e Daman sur le u^ 01 
objet. 

(21 Kapporte avec un semblant d exactitude par Diodore. (MiS * 
Palrolo^ie jrrt^ue, t. XXXIII, col. 1561.) j^rrfi 

(3) lUppurte arec denaturalion< par Theodore, In quarto adtt^* 9 ' 
Apotiiiiartm <i6ro, dans Kacundus d'llermiane (I. IX, *). 



395 — 



toutes les qualites qui manquaient a ceux-ci. On a pu 
les traiter d'heretiques, on n'a jamais pu ternir leur 
memoire autrement. 

Gregoire de Xazianze donnerait a entendre qu'Apol- 
Hnaris etait Juif, raais on peut prouverle contraire, car 
dans son Eglise, qui avait ses eveques et ses rites par- 
ticuliers, on ne reconnaissait pas les Psaumes de 
bavid, ne fut-ce qu'a cause de leur application a Bar- 
Abbas par les evangelistes ; on chantait des hyranes 
populaires a la louange d'un Dieu qui ne s'appelait pas 
lahve : les homines en travaillant les chantaient, les 
femmes en filant. II y a dans tout cela quelque chose de 
d oux et d'humain, une piete domestique d'un charme 
^anquille et penetrant. Ce Fenelon du millenarisme 
avait moralise les ames simples de Laodicee. Un Juif 
tt 'aurait jamais ecarte les Psaumes de David. 

Grace a la suppression totale de l'ceuvre d'Apol- 
^aaris, le peu qui nous est presente sous son nom pro- 
v 'ent de faussaires aux gages de l'Eglise et d'adver- 
8 aires declares. On a fait si grandement les choses 
la'aucun de ses contemporains ne semble l'avoir vu, ni 
v « ses ouvrages. II nait on ne sait ou, il meurt on ne 
8 . a >t quand. Tout ce qu"on sait, c'est qu'on a viole son 
Eglise, lacere, brule, noye sesecrits; on les a disperses 
^nune on disperse des os. Apres quoi on l'a fait men- 
* ir tant qu'on a pu, a ce point qu'on a fini par distribuer, 
da ns tous les pays ou il laissait des partisans, de pre- 
^ndus livres de" lui approuves par les Peres et les 
P a pes et par lesquels il se fait le champion resolu de 
B ar-Abbas I La fraude est aujourd'hui decouverte (1), 

(') Cf. d«ns Vdpollmcrum* de M. G. Voisin, Icchapitre : U fraude 
ApoUxnaruit,, p. 152 et suiv. 



— 396 — 

elle vient de la Palestine, transformed pendant plusieurs 
siecles en usine de faux, mais elle n'en a pas moins 
produit tout 1'eiTet qu'on en attendait au cinquieme et 
au sixieme siecles. L'imposteur Cyrille d'Alexandrie 
trempa tres probablement dans ce faux, c'est pour- 
quoi on le represente aujourd'hui comme en ayant ew 
victime. Malgre tout, et quoi qu'on ait pris son aota 
pour le contredire, Apollinaris apparait, dans Athanase, 
tel qu'il fut veritablement. 11 niait que le Verbe se f u * 
incarne dans Joannes et que Jesus eut existe (i)» ' 
reprocbait aux jehouddolatres d'adorer.une creature : 
« le corps du Christos qu'eux-memes refusent d'ado* 
rer ; ils meprisent la chair du Verbe. On ne peut dis* 
cuter serieusement avec eux et l'Evangile est une fab' 6 
impie (2). » 

Ce qui nous touche le plus dans la vie d'ApollinaN 8 ' 
ce sont ses rapports avec Julien au moins par correspo ' 
dance. La tradition ecclesiastique veut qu'ApollinarJ 9 
ait envoye son ouvrage sur le Verbe-chair a Julien, <\ aB 
Julien l'ait lu et qu'il en ait rendu compte en ceS 
termes : « J'ai lu, j'ai compris et j'ai condamne (3)- 
Mais si, en saqualite deplatonicien, Julien condarnna' 
theorie d' Apollinaris, il n'etendit point sa condamnat' 011 
aux faits qui concordaient avec ses propres renseig n& " 
ments, il fit venir Apollinaris et Eustathe. Pour e^ &c ^ 

1) Augustin [De dmo pertererantiz) le reconnail d'apris Ep'r 1 '*^ 
(Contra Julianum, ouvrogc commence. V. Patrvlogie latine de ^'^j 
t. XIV, col. 1363 j qui rapporte que des Apollinaristes qu'il inl** 1 * " 
confcssi'renl cette opinion. 
(2)Atbanasc, Lettrt a Adelphiui, I'alrologie greci/ue, I. XXVI. , t 
(3) Sozomene. Ilistoire, V, 18. A quoi quclqu'un aurail Tt 'P°..ta 
apres conversion d'Apollinaris en jehouddolalre : « Tu as lu. ,n *!^ p - 
n'as pas compris ; car si tu avais compris, tu n'cusscs p* 5 



— 397 — 

la trace de leur intervention, l'Eglise dans Jerdme a ete 
obligee de feindre un Apollinaris qui aurait refute 
Porphyre, et dont Jerdme aurait sum les lecons dans 
Antioche, et elle recommande instamment la lecture 
de cet Apollinaris (1) ; car voici ce qu'il aurait ecrit des 
ApollinaristesdeLaodicee : « Considerez par quels argu- 
ments, par quels lubriques problemes, avec quel esprit 
diabolique ils ruinent les textes, et comment, obliges 
de parler non selonleur sentiment, mais selon la neces- 
sity, (2) ils produisent contre les Ecritures la mime 
chose que les Gentils! » (3) Et cet Apollinaris-Ia, Je- 
rome l'aurait entendu daus Antiocbe, quelque temps 
apres la disparition de l'Apollinaris antijehouddolatre. 

Pour ce qui est d'Eustathe, c'est a lui, je pense, qu'est 
adressee la lettre, fausse ou vraie (4), dans laquelle 
Julien le prie de venir le rejoindre, au besoin par la 
poste publique. Ce qui me le fait croire, c'est qu'elle 
v oisine avec la fausse Lettre deJulien a Basile, dans 
laquelle le faussaire a introduit le mot de 1'empereur sur 
1'ouvrage d'Apollinaris : « J'ai lu, j'ai compris et j'ai 
°ondamne. » Ce faux nous sert a dater l'anoee ou Apol- 
bnaris, avec l'aide d'Eustathe de Sebaste, documents 
■•ulien sur les pelerinages qui se faisaient au tombeau 
d e Bar- Abbas. 

XI. — En efTet, la Samarie ou il reposait avec son 
Pere, son oncle et quelques-uns de ses freres, setait 
P e uplee de fanatiques, de convulsionnaires et de char- 
latans qui tiraient de ces tombeaux des miracles, des 

(') Jt-rfime, Uttre'iO. 

j*) Dc l'enquilc nipirialc. 

W, liTbmc, Lttlre 48, a</ Pammachium. 

W) CBuvrei dtJulien, td. Talbot. Paris, ISG3, in-S,p. «19. 



» 
de 



— 398 — 

propheties, des remedes etsurtout de l'argent. Le tow* 
beau qui produisait le plus, c'etait naturellement celui 
du christ : « Ils adorent le bois de la croix dont i| s 
tracent l'image sur leur front et sur leurs maisons, <"• 
Julien, ils abandonnent les dieux eternels pour aller chei 
les Juifs adorer un mort ! S'ils s'etaient contentes d'aller 
avec les Juifs, ils n'adoreraient qu'un seul Dieu; » u 
moins n'adoreraient-ils pas un homme ou, pour mieu* 
dire, plusieurs hommes miserables ! Comme les sangsues 
ils sucent ce qu'il y a de plus mauvais dans le sang 
l'humanite ! » Ainsi le culte des freres de Bar-Abba 8 
etait presque aussi repandu que le sien. D'autres, ' e 
ermites, « traitres aux dieux eternels et sauveurs, Q 
abandonne les villes pour vivre dans les deserts, comf 
si l'homme n'etait pas de sa nature un 6tre sociable e 
fait pour vivre avec ses pareils. Beaucoup, sacrifaa 11 
leur liberte, se sont charges d'entraves et de W 
cans » (1), pour ressembler davantage a leur dJ 
charge de liens et neanmoins glorifie. 

Cependant Julien avait decide de dire toute la v ^.. 
au peuple d'Antioche. Les dieux qui avaient dev° 
Timposture jehouddolatrique etaient les expressi 
paiennes dela Creation, de la lumiereprophetique e l 
l'instruction : Jupiter, Apollon, Calliope, et ses sceurs, 
Muses directrices de l'intelligence humaine. Les e^ 
gelistes s'etaient purement et simpleraent empares 
mythe heliaque des palens pour en composer le per 8 
nage de Jesus. Le spolie, c'etait Apollon dont le temp 
s'elevait a Daphne, pres d'Antioche. C'etait un site fl 

do"' 
(1) Fragments dune Ltltre a un }.ontife ou plulot d *un '' VI T pcf 
Vtglise a prudcmuient supprimfi le debut ou Julien traitaitde r~ 
sonne du mort. 



— 399 — 

cieux, que Julien metau-dessus de l'Ossa, duPelion, des 
cimes de l'Olympe et des vallees de Thessalie (1). 

Au dixieme mois de l'annee syrienne, (loils, aout,)(2) 
on celebrait la fete solennelle de celui que Julien place 
a u premier rang « des dieux qui.ont dissipe les tene- 
ores de l'atheisme ». Julien vint le remercier d'y avoir 
contribue par ses revelations, d 'avoir livre a tous 
*e secret de la mystification evangelique. II reprocha 
^vement aux senateurs de la ville leur indifference 
Pour la verite. « C'est en face du dieu, devant son 
autel, aux pieds de sa statue, et devant un petit 
Qombre de temoins (3), que j'ai couru sus a vos mefaits. » 
}' eut done la un discours solennel que nous retrou- 
v ons developpe dans le livre de Julien contre les Gali- 
Uens, et dont le fond historique etait tire de celui de 
^else. Ce discours porta sur « le mort », et il etait 
^°ncu dans la forme d'un oracle d'Apollon Daphneen. 
pollon y annoncait qu'un prince honnete et instruit 
^fait tomber le masque de Bar-Abbas. S'adressant a 
Apollon lui-meme, Libanius lui dit : « Tu voyais celui 
" Ue tu avais predit, tu etais vu de celui que tu avais 
Q nonce ! » (4) Le dieu reprenait son bien dans l'Evan- 
Jj e » en montrant que les miracles et les resurrections 
Jesus etaient simplement les « realisations fictives 

(2i u' re "■ lilan ' xu ' P- 3S4 de ''**■ Talbot. 
c Msti mois du Ll0 "' celui 1"' succ * de aux ^"« d &ns la kabbale 
•lieu* \v 6 ' '. ( ^ u ' est - ce <l uc le l.ion ? dit Julien, (Sur la mere des 
cause' • " l ' 0US savons Que c"c?t le principe ipne, e'est-a-dire la 
Lion H^ 1 " prtside * ' a cbaleur el a la flamme. » Cf. limage de l'.Eon- 

(3j i*"** *** Eiangilet <te Salan. troisieme partie, p. 257. 

* enj Plac*.' e !i lple 6Uit plein ' on pcut en ilre sur ' ** !iC * ne rtel,e esl 
4 P'cin , le . u "°)-<>9 on par une bistoire d'oie qui sent son moine 

'oic _. nez ' l-'aninial dont il fut question ce jour-la, ce n'est tws 

Ul'i * ne - 

lonodia ,u f tr Daphiuei templum. 



^ 



mmm 

— 400 — 



de sigaes annonces. » (1). Quant a celui que le peuple 
appelait christ et dont il allait adorer le tombeau chez 
les Juifs, c'etait Joannes : 

« Ce mal provient de Joannes (2) ; mais ce q" e 
vous avez invente dans la suite, en ajoutant de nou- 
veaux morts a voire ancien rnort (3), comment le 
detester assez? Vous avez tout rempli de tombeaux et 
de sepulcres, quoiqu'il ne vous soit dit nulle part d e 
vous rouler devant les sepulcres et de les honorer 1 * 

Tout ce qui s'est passe ce jour-la au temple de Dapu Be 
etait dans la Vie de Julien qu'Eunape a ecrite, car 
Eunape ne se contentait point de nier Jesus : il savai 
qui etait en lui, c'etait l'argument invincible. Et ce 
argument, il l'a repris dans son Histoire generate ( > 

(1) Semiologies. « Virtutes ejus fucrunt quas Apollo P or ' en ' 1 .\L ltf 
npellavit. • Lactance, De verd sapienlm, 1. IV, ch. xv.) P° rtent '^ C ^ 
est un qualilic.ilif traiiuit du grec et qui ne se trouve que itD ^ 
Lactance. 

(2) Quoi de plus clair? ., e 

(3) Pour parer le coup, Cyrille prete a Julien l'opinion que *fj S 
habitude provient des ap6tres apres la mort de leur niaitre. " 
Julien disait tout le contraire, sachant qu'il n'y avail qu'un w *Lji 
parmi ces malheureux, Jehoudda. le Joannes senior, auquel * . 
succede Bar-Jehoudda, le Joannes baptiseur. dont ses freres dis** 
qu'il avail survecu aux executions de Pilatus. Loin de se route 1 " , 
son sepulcre, ils en araient soigneusement dissimule l'empl* c " n 

a leurs contemporains. u j S 

(4) Quatorze livres qui comprenaient YHistoire des Cesar' Y e "j\t 
Claude 11 jusqu'.i Arcadius, empereur d'Orient (395-408). Pn0 '"'fj(fi- 
dans sa BMiotkeque qu il y cut de eel ouvrage deux editions •• f 
rentes. Nous n'en possedons que des fragments « conserves » L f 



Suidas, si toutefois le mot « conserve » peut convenir a un f, „ 

ortra'.'j" 
Bill"] 

,,,htt ' 



operation. A la verite, Kunapc avail laisse des moines un por 



operation, a la verite, hunape avail laisse des moines un po™»»-. . tf ,y/ 
1 f- _' 1 1 - - • ne pouvait deccmiiicnt transmeltre a la posterite. ^ ktt il 
ginirate dEunape, avec sa Vie -le Julien, ses Vies ties phdosoi' ^ 
des sophistes. a *te detruitc aux endroits psychologiqucs. C** ^ 
pas de ces temoins-la quil faut a l'Eglisc. Poiirtant il nous ^Rj 
venu quelques lignes d'Eunape [Vies i /.'•:•■ i. et fCAntonin,^^-^ 
remuees,) sur « ces gens ■.;■;•• ■!.'•- moines qui, tout en ayant I* . „t** 
humaine, vivaient commc des animaux et se livraient * 




— 401 — 

ou il montrait toute la fourberie ecclesiastique (i). 
Pour arreter par des moyens humains 1'essor de 
cette odieuse superstition, Julien ordonna derelever les 
temples dans toutes les villes heliocoles et de detruire 
les tombeaux qui etaient la cause premiere de tant de 
scenes repugnantes. En donnant un tel ordre, il visait 
specialement les tombeaux des « athees de Palestine » 
(Bar-Abbas et ceux de ses freres que les inities adoraient 
Presque a l'egal de l'aine). Celui de Bar- Abbas que 
v eneraient les jehouddolatres de Judee etait, en somme, 
'e Saint Sepulcre. Julien n'avait qu'unbut : montrerque 
°e scelerat n'etait nullement ressuscite, comme le sou- 
tenaient les imposteurs qui vivaient de lui, et qu'il 
a 'etait point assis a la droite de Dieu, lequel d'ailleurs 
n'avait ni droite ni gauche. Vers la fin d'aout, les Grecs, 
^3'riens et Pheniciens de Samarie, exhumerent les 
r estes de Bar-Abbas, les transporterent a Sebaste, les 
■nelangerent a des os d'animaux, — inutile injure ajou- 

gen le 1 deXc6< 1 ue J e n'oserais rapporler. Mais jai deja parte de ces 
de ■ • ^ ans mon Histoire qiniralr. Ils regardaient comme un acte 
. picW dc profancr les chosos divines. A cetle epoque, du reste. toot 
Pub!" 116 affu,, l 1 ' d une r0DC noiro ct 1 ui ne cra'gnait pas d'affecter en 
tite i . Un raainl ' cn P cu decent, avait permission d'exercer une auto- 
lyrannique. C'csl a cc haul point de verlu que I'bumanile en etait 
tn»Z . Ces n >°>nes furenl done etablis a Canope et la ils substi- 
et J 60 ' a dcs divinitcs accessiblcs a Intelligence un culte d'esclaves. 
j{ , nc ? re d'esclaves meprisables, auquel ils soumirent les hommes. 
leiii^ 6 en e ^ cl - ' es ossements et les tttes des miserables que 

c 'te P | ou,1,reul crimes avaient fait condamner par la justice de la 
Uj e ' ,Is ,c s pre>entaicnt comme des dieux, se roulaient convulsive- 
<) e surcos testes immondes, ct s'imaginaientque le contact impur 
Cres s sepulcres les rendait meilkurs. lis les appelaient martyrs, dia- 
t|£ ' arD '*rcs des prieres aupres de la divinity, quand ils n'avaicnt 
P"ru des csclavcs 'nfideles, sans cesse roues de coups de fouet. et 
l eiJ * nt su »"leurs corps les marques infamantcsque leur avait values 

111 Ph VerSi "" Kllalerre *< , u ffre de parei's Dieux! > 
i rhotius Tavouc dans sa Bibhothrgue, au mot : Eunape. 

2G 



— 402 — 

tee a une mesure d'interet public, — et les reduisirent 
en ceadres : fait tellement incontestable que tous les 
historiens ecclesiastiques sont obliges de le recon- 
naitre (1) ; et il semble qu'a mots tres couverts, — pl uS 
couverts aujourd'hui qu'autrefois ? — Gregoire, evequ e 
de Nazianze, y fasse quelque allusion dans ses dis- 
cours (2). La tradition ecclesiastique veut que le s 
jehouddolatres aient sauve quelques debris du corp 9 
de Bar-Abbas et les aient envoyes a Athanase, lequeli 
n'ayant point encore quitte Alexandrie, les aurait dept>" 
ses avec respect dans la muraille d'uiie eglise anonyi° e 
de cette ville (3). Tradition precieuse en ceci qu'Atba* 
nase apparait complice tres conscient de la fourberie 
evangelique mise a nu par Julien. J alien savait tout- 
Athanase aussi. 

Le nom de Photin, eveque de Sirmium (4), est egale" 
ment mele a l'airaire, on devine pourquoi. Photin ava 1 
ecrit contre la jehouddolatrie et les jehouddolatres des 
livres repandus dans toutes les eglises ariennes, et q ue 
l'imposteur Augustin a parfaitement connus. P ^ 
Photin, Jesus n'avait d'autre corps que celui de Bar* 
Abbas, ce qui fut demontre une fois de plus par la decou* 
verte de son tombeau (5). Cette decouverte etait o° 

(1) Cf. Us Slarchan/i de Christ, p. 67. 

(2) Oratio V, 29. . 
(31 Rutin. Hntolre eccUsiastique, II, 28. Athanase etait how d'AleJ? 

drie depuis lc mois de deceinbrc 361. Cf. Ic present volume, p- *' 
(*) Metropole de la Pannonie. to0 t 

(5) Dans lc Contre Julien on fait inlervcnir Photin a u ,.^ 
autre propos. Dans ses ecrils Photin inontrait uue Bar-Abbas n *^ flS 
nullemcnt en Dieu a I'origine des choses, puisqu'il etait ne - ^ 
llerode en 738 de Home. Le I'ontre Julien fait dire a Julien q ue . fJ | 
fils dc Marie, ou tout autre », etait en Dieu des I'origine, « ce J }^ 
en meme temps repondre a Pbotin. > (Euvres de Jul-en, trad. TW^ 
p. 345. 




— 403 — 

succes pour la verite que defendait 1'eveque. En effet 
on produit une lettre de Julien a Photin (1), e t dans 
cette lettre il est dit que Bar-Abbas avail recu la 
sepulture des infames. Mais il n'est pas dit pendant 
combien de temps, ce qui rend le document suspect, 
car Juhen savait parfaitement que, si Bar-Abbas avait 
ete depose dans le cimetiere des criminels, cet enseve- 
hssement n'avait dure qu'unjour; apres quoi le corps 
avail ete transport a Macheron. Si Julien a ecrit a 
^"otm, ce qui n'a rien d'invraisemblable, ce n'a pu etre 
que pour lui annoncer la dispersion des restes de Bar- 
• obas. Nous sommes done en presence d'une lettre 
substituee. 11 y est dit, en effet, que Photin « est bien 
Pres d'etre sauve, pour avoir nie que celui qu'on avait 
f r u dieu ait pu prendre chair dans le sein d'une 
^mme » (2). Certaines parties peuvent etre authen- 
»ques en substance, comme celle ou Julien annonce son 
v entlon d'ecrire « contre lenouveau dieu galileen », et 
^oue al'opprobre, « Diodore, le mage du Nazireen, le 
d °Phiste subtil (3) d'une religion grossiere. » Ce Dio- 
^ore est le futur eveque jehouddolatre de Tarse ; il etait 
j, °rs prt-tre a Antioche et dans un etat de sante ou 
ur de la lettre voit un signe de la vengeance des 

t , ^glise, a pu avouer dans ses historiens que le 

^nioeau de Bar-Abbas avait ete detruit et ses osse- 

s bru »es, elle n'a pu laisser la trace de cette mesure 

Ju '"n Ji T ' el . ,rc esl re ? uc P» r Ht-rtlcin dans la Con-tspondance de 
'*) ''hot' r " " n "' a aucune raison pour I'y laisser. 

***•« eta ■?rV*' i dil ,out ,c conu " aire ' sachant trcs bien de qui Bar- 
(3 ) U av I cl que J * sU -* n61ait n * de personne. 

'^'que l»'. , lUdi6 * AU »ene». Cret un sophislt- de ce genre qui a 
1 ,e * t-tllra de Paul. 



— 404 — 

de purification religieuse dans les ceuvres de celui qui 
en a ete l'auteur. Si nous ouvrons le Misopogon, nous 
y lisons que la chose s'esl passee non ii Samarie, mais 
a Emese, et a supposer qu'elle se soit repetee a Emese, 
pour des tombeaux de jehouddolatres (1), ii n'est pi" 9 
dit un mot de la premiere, la seule qui interesse la 
verite. On lit dans le Misopogon que les habitants 
d'Emese « mirent le feu aux tombeaux des Gah- 
leens s (2). Mais il n'y avait point d'apotres galileens 
enterres a Emese, tandis qu'il y en avait non loin de 
Samarie ou Sebaste. C'est done tres certainement de 
Sebaste, d'oii etait Eustathe, que Julien parlaita prop" 8 
des ossements brides. 

D'ou la comparaison, incomprehensible sans celoi 
qu'il etablit entre les sentiments des jehouddolatres 
d'Antioche a son endroit et celle des gens de Sebaste : 
« Vous aimez christ, vous en faites votre divinite tut e " 
laire, a la place de Jupiter, d'Apollon Daphneen, ct 
de Calliope qui a mis a nu votre perfidie (3). Mais ce" x 

(1) II est-bien vrai qu'en ccrtaincs villes les habitants passeren' •' 
bornes de l'edit. Julien protesle rontre ces eici-s qui n'6laient ni <>' 
ses intentions ni dans ses instructions. .£»r«e 

(2) Toutesles foisque Julien aborde cesujet. lesciseaux de l**!S 
fonctionnent impitoyablement. c Je soupronne. dit la Illeteric » P ^ 
pos de cc passage du Misopogon, § lit, qu : il y avait la quelques W* 
pbemes que les copisles auront retrenches. ■ .^e 

(3) Ce passage du Uisopogon, oil Julien fail allusion a rAp° ca y£,- 
anti-jehouddolatre, sVSloigne considerable-men! de l'original. A " s51 i e V. 
t-on interprite autrement que nous. De ce qu'il en reste : « J,, P' D a 
Apollon Daphneen, et Calliope qui a mi* a nu voire /itrfi'iie, • _ s 
conclu que Julien voulait dire : « Us m'ont appris que les cbaa " lCtt \ 
dinger- contre moi ct presentees coniinc venant dEdcssc P rovon *. u 'il 
reelleinriit <I Antiuclie. . Mais ce n est jos de cette petite rU5 '*!j|«- 
veut parler, c'est de la grande, de celle qui constituc ' Ev8 ^f * 
Apollon Daphneen ct les Muses ne pcuvent plus rien appf* n j f , 
Julien au sujet des chansons el au iiionient du Mi-opogu" ; leurte 10 ' 

» uuimc on v» le voir, est en cendres depuis octobre ! 



1 i i«.ngpnni Jju 

— 405 — 

de... aimaieut-ils christ, eu.v qui out mis le feu aux loin- 
beaux des Galileens? » 

Les jehouddolatres repondirent en renversant dans 
plusieurs villes les autels palens nouvellement eleves. 
Fideles a une habitude qui datait de Bar-Abbas, ceux 
d'Antioche resolurent de se venger, sinon de Julien, du 
moins du dieu qui avait « mis a nu leur perfidie. » Aux 
propheties qu'ils debitaient contre Julien ils ajouterent 
un refrain qui leur etait familier : 1'incendie. « Livre a 
leur audace par la negligence des gardiens, « ces 
athees » reduisirent en cendres le temple de Daphne (1). 
Entreprise impie, dit de son cdte Libanius (2), ou s'af- 
firme une time scelerate, une maincriminelle. » Autant 
en firent-ils de celui d'Apollon Pythien a Batne (3). 

Malgre les sophistications ecclesiastiques du Miso- 
pogon> Julien eta Li it tres nettement encore la relation 
de cause a effet qui existe entre l'incineration du mort 
de Macheron et l'incendie du temple d'Apollon. o Quel- 
ques-uns de vous. impies envers les dieux, ont livre le 
temple du Dieu daphneen a ceux qui s'etaient fach£s a 
cause des reliques du mort : (4) et alors, soit negligence 

(1) Misopogon, §8, p. 299 de ledition Talbot. 

12) Slonodia super Daphnri lemptum. 

(3i Ui'.re h Libanius, p. 3Si de Ted. Talbot. Quoique remaniee par 
1 Kglise, il en rvsulte que le temple de Batne fut mis dans le meme 
i''at que celui de Daphne. On a Iaissi- cetle conslatMion, mais biffe 
Jout ce que Julien mandait a I-ibanius sur l'identite de la cause et 
' *tat des licux. Et comme a Batne il avait 616 I'h6te du pbilosophe 
-°I>ater, gendre de Jamblique, on a introduit ceci : « 11 a recu chez 
'"i mainte et maintc fois nion cousin .Constance) et nion frere ger- 
n >airi (Gallus) et presse souvent par eux, comme cela -levait e"tre, de 
•^noncer au culte des dieux. il a su se preserver, chose difficile, de 
^•Uo ma'adie. » 

'*) Pour Juli-n comme pour Celse, (Cf. le present volume, p. 369), 
'"r-Abbas. e'est u le mort » : « Vous allez cbcz les Juifs adorer un 
mor i'- » dit-il aux jehouddolatres. 



— 406 — 

des premiers (Ies gardiens), soit intelligence avec eux, 
ils (les jehouddolatres) ont mis le feu au temple : spec- 
tacle horrible pour les etrangers, mais agreable a vous 
(jehouddolatres) ainsi qu'au peuple, et au Senat qui ne se 
preoccupe point des coupables. Moi, je suis certain que 
le dieu avait abandonne le temple avant l'incendie. Des 
mon entree, sa statue me le lit connaitre (1), et j'invoque 
contre les incredules le temoignage du Grand Soleil. » 
Avant l'incendie, Apollon avait dit la verite, et cette 
verite demeurait, en depit de ceux qui avaient renverse 
son imasre. 

II n'avait pas trompe Antioche : le corps de Jesus, 
c'etait bien Joannes, baptiseur, christ et auteur de 
VApocalypse, ainsi que Julien, transforme en oracle 
d' Apollon, l'avait annonce au Senat de la ville : « Le 
Dieu a confirme mes paroles (2), dit Julien. Plut «*u 
ciel qu'il n'eut jamais quitte le sejour voisin de la vil' e 
qu'il avait habitee si longtemps, afiu de pouvoir, dans 
ces temps calamiteux, changer l'esprit et arreter l eS 
mains de la violence devenue maitresse ! » (3) Libanius f 
s'adressant a Apollon, exprime la meme pensee : « *"' 
venais, lui dit-il, d'Otre debnrrasse du voisinag 6 
d'un mort importun, et voila que tu fuis soudaiu 
notre hommage et notre culte ! » (4) 

On lit dans Ammien Marcellin que, pour uniq ue 
reponse a l'incendie de Daphne, Julien fit fermer l'egl |S 
d'Antioche. Cost bien peu. Aussi les historiens eccle- 

(1) Par ses debris. 

(2) Les paroles du ilisrours qu'il ndressa nu Srn.it «I"AntiocIie P^^ 
«e plaindre de In deplorable inclinnlioa des habitants pour llar-AbW 5- 
On les a niodifii-es sensiblement. 

(3; llitopogon, | U. p. 315 de led. Talbot. 
[i, Monodia tuper bapUnri lemplum. 



— 407 — 

siastiques ont-il brode autour de cette fermeture une 
suite de scenes ou le devergondage de leur imagination 
se livre ample carriere. Julien fait depouiller l'eglise de 
ses ornements et de ses vases sacres. Son oncle, le comte 
■Julien, un renegat, la pille officiellement avec deux 
autres renegats de sa sorte, le tresurier Elpidius et le 
surintendant Felix. Au spectacle des vases d'oret d'ar- 
gent dus a la munificence de Constantin et de Cons- 
tance : « Voyez, s'ecrie Felix, dans quelle vaisselle on 
sert le fds de Marie! » Quant au comte Julien, il urine 
contre la table sainte, puis prenant une posture plus 
obscene encore, il souille de son ordure paienne les vases 
consacres au culte de Bar- Abbas! Apres avoir gifle 
l'eveque arien, Euzoius, qui tente de s'opposer a ces 
actes defecatoires, il fait comparaitre devant lui le 
pretre Theodoret, un homme abreuve des Saintes Ecri- 
tures, il le fait mettre sur le chevalet ou son corps est 
tellement tire qu'il semble devenu long de huit pieds, 
°e qui augmente d'autant son eloquence et Tapostasie 
de Julien : « Quitte la doctrine d'un mort, lui dit 
Julien, sacriOe etvis ! » Theodoret repond : a Reconnais 
le Dieu qui a fait le ciel et la terre, et Jesus-Christ, son 
"Is, dont le sang precieux t'avait rachete ! — Tu donnes 
a un crucifie, mort et enterre, le nom de Createur du 
monde? — Je preche un crucifie qui est mort et enterre, 
qui est ressuscite d'entre les morts, par qui tout a ete 
•ait, qui es t \ e Verbe et la Sagesse du Pere, et que toi- 
•ueme adorais quand tu etais sage, si vraiment tu as 
P u > un jour, etre sage. » Nonobstant ces declarations, 
J ulien lui affirme qu'il ne le fera pas tuer, mais sa reso- 
uiion change quand, s'armant des propheties que les 
lilies faisaient courir sur 1'empereur, le jehouddo- 



— 408 — 

latre ajoute : a Ton tyran, qui se flatte de faire gagner 
la victoire aux palens, ne pourra pas vaincre ! II perira 
de telle sorte que nul ne saura par qui il a ete frappe • 
II ne reviendra pas dans le pays des Romains! » Le 
comte Julien le condamne alors a etre decapite... 
comme feu Jean-Baptiste. Mais l'empereur, son neveu, 
a qui il rend compte de l'execution de Theodoret, 
manifeste son mecontentement en ces termes : « Tu as 
agi contrairement a ma politique. Je me suis efforce de 
detruire par tous les moyens la loi des Galileens ( 1), niais 
je n'ai commande de violenter ou de tuer aucun d'eux. 
Tu as mal agi en donnant aux Galileens I'occasion 
d'ecrire contre moi, et d'attribuer le titre de martyr 
aux malfaiteurs qui ont ele viis a mort (2). Vois a 
ne faire perir aucun d'eux, et donne a tes subordonne* 
des instructions semblables ! » (3) 

Julien avait pris toute une ville en flagrant delit de 
mensonge : « Menteurs qui n'etes bons qu'a danser en 
cadence, dit-il, les premiers en larcin eten parjure! » (•*/ 
Ce sont de ces choses qu'on ne pardonne pas. On l'a c " 
cabla d'injures, anonymes toutefois, comme le veut 1* 
regie. Le pauvre Julien se prit a regretter ses Gaules. 
sa chere Lutece : < Les Gaulois m'aimaient d'une affeC" 
tion si vive, a cause de la ressemblance de nos mceurs* 
qu'ils ne craignirent point de prendre pour moi I eS 
armes et de m'oflrir de fortes sommes d'argent. P' u 
d'une fois, comme jerefusais,ils me forcerent d'accept er ' 
se montrant en tout d'une obeissance parfaite; niais 

(ll Xullement, mais Ieurs tomlicciix. 

(2) Bar-Abbas et consorts. 

(3) Sur toutes cc* turpitudes, cf. Allnrd. Julien TJp<M/<«'. '• 
pp. 71-82. 

(1) MUopogon. S I.', trad. Talbot, p. 302. 



— 409 — 

point capital, c'est que de chez eux le bruit de ma 
gloire et de mon nom passa jusqu'a vous; tous me pro- 
clamaient brave, intelligent, juste, redoutable a la 
guerre, habile dans la paix, allable et bon. Vous, vous 
leuravez repondu d'abord que j'ai bouleverse le monde! 
Or, j'ai la conscience de n'avoir rien bouleverse, a mon 
escient ou a mon insu. Vous ajoutez qu'il faudrait faire 
des cordes avec ma barbe (1) et que je fais la guerre au 
X (2). Et puis vous regrettez le K (3). Plaise aux dieux 
tutelaires de votre ville de vous en donner deux (4), 
pour avoir calomnie a ce propos les cites voisines, villes 
saintes et vouees au meme culte que moi, en faisant 
croire que les satires composees contre moi emanaient 
d'elles ! Moi, je sais qu'elles m'aiment plus que leurs 
Propres enfants, elles qui se sont hatees de relever les 
temples des dieux et de detruire tous les tombeaux 
"Cs athees sur un de mes ordres recents (5) : zele ardent, 
'ougue emportee qui se dechaina sur des impies plus 
que ne souhaitait ma volonte ! Chez vous, au contraire, 
Sombre de gens ont renverse les autels nouvellement 
e 'eves, et ma douceur a eu grand'peine a les maintenir 
dans l e devoir » (6-7). 

■ Wj Pour le lier et le pendrc au bois, comme on avait fait a Bar- 
Abbas. 

(2) Initiate grecque de Christ 
w) Initiale grecque de Constance, 
dnu " eux karbcs a faire des cordes, mais cette fois contre les jehoud- 

sie u '' on ne nomme aucune de ces villes. mais il y en avait plu- 
ijtf*'' en ,> » les,ine meme. notaminent Gata. On peut done ftre sur 
Co avanl ,' es corrections de I'Eglise il n'etait pas qiit-slion d'Kniese 
f». ""' e s cla nt, elle scule, distinguec des autres villes en nieltant le 
e " aux tombeaux des Galileens. 

l»J Muo/.ogon, § 22, edition Talbot, pp. 312, 313. 

' 'I Uiiopogon, % 6, trad. Talbot 



— 410 — 

Outre les satires contre la barbe et le barbu, on lui 
decocha des propheties d'une complexion moins signa- 
letique, dans lesquelles onse plaignait qu'il attentat par 
sa chaste simplicity a la liberte de mceurs dont on jouis- 
sait encore sous Constance. « Yoila, disait-on, tout le 
bien que tu nous procures, et pour nous debarrasser de 
ce fleau, nous nous sommes adresses aux vieilles qui 
rodent autour des tombeaux. Du reste, nos traits d'es- 
prit ont atteint le but, nous t'avons perce de nos 
sarcasmes comme de Heches. Aussi comment feras-tUi 
mon brave, pour affronter les traits des Perses, toi q 111 
trembles devant nos brocards ? » 

II partageait avec les dieux 1'honneur d'etre insult* 
par la ville (1) : « Jamais, dites-vous, le X n'a fait de 
mal a notre ville, non plus que le K. » L'enigme inventee 
la par votre finesse n'est pas facile a comprendre- 
Cependant quelques-uns des vdtres me l'ont expliq uee ' 
Nous avons appris quels sont les noms que desiga en 
cesinitiales. X veutdire Christ et K Constance... Q uan . 
aux injures que votre malice a vomies contre moi, s0 
en particulier, soit en public, dans des vers anapestes,— 
non, jamais je ne vous ferai pour cela le moindre to* 1 " 
Pas de tete coupee, de fers, de prison, d'amende. 
quoi bon? Puisque la vie reglee que vous me v°j 
mener avec mes amis vous semble meprisable 
importune, puisque je ne vous ofTre point de specta 
qui vous agree, j'ai resolu de quitter cette ville et 
m'eloigner, non que j'aie l'esprit assure de p' aire ,.i 
ceux chez qui je vais (2), mais parce que je crois 1° 

(1) ilitopogon, § 18, trad. Talbot. 

(2) Les villes de Syrie qui sont sur 1c clicmin dc la Pcrsc i U 
i:.-r.- Batne. HierapoUs. 






— 411 — 



vaut mieux, si je suis frustre de 1'esperance de leur 
paraitre beau et bon, leur communiquer quelque chose 
de ma rudesse et ne plus infecter cette cite florissante 
du mauvais parfum de ma moderation et de la sa^esse 
de mes amis (1>. » 

De la guerre contre les Perses Julien reviendrait-il 
vivant? Qui se realiserait de l'oracle d'Apollon ou de 
'a malediction christienne? « L'Empereur, disait Liba- 
mus, conduit vaillamment la guerre, et il la menera 
jusqu'au point ou il doit rencontrer la recompense. 
G'est pourquoi Ton doit avoir confiance qu'il reviendra 
a Pres qu'il aura glorieusement atteint ou meme entiere- 
ment renverse la domination persane... Bient6t, notre 
armee soupera dans Suze, et les Perses captifs verse- 
font a boire a nos soldats. » Mais les jehouddolatres 
enaient que Julien mourrait d'une Heche conduite par 
'invisible main de Bar- Abbas, et l'un de leurs histo- 
riens, Theodoret, a marque leurs esperances par ce 
outde dialogue ou perce le genie du faux. Unjehoud- 
P'atre, pedagogue a Antioche, rencontre un jour Liba- 
J l «s : « Q ue f a j t maintenant le fils du charpentier? » 
etnande ironiquement le sophiste. Et le pedagogue : 
" Le Maitre du monde, que tu appelles le fils du char- 
wntier (2), fabrique un cercueil ! » Et en efletle 23 juin 
<», apres trois mois d'efforts vains pour fixer la vie- 
01r e, Julien tombait, frappe de la Heche dun christien 
*" s'est conduit comme un Parthe ou d'un Pjrthe qui 
e 8t conduit comme un christien : o Tu as vaincu 
H e a ' 6en ! » v oila le cri que 1'Eglise, sauvee par cette 
ne > a mis dans la houche de Julien expirant. 

(1) y 

2 r,'.' P°9<>n. § 20, trad. Talbot, p. 316. 
••"ijposture ne |^rd jamais scs droits. 



— 412 — 

Car Julien vivant et victorieux, c'eut ete le retour des 
dieux enveloppes dans les plis du drapeau, et l'assaut 
donne au christianisme par toutes les forces intellec- 
tuelles de l'Empire. 

XII. — Dans la decouverte dusquelette de celui q" e 
les Evangiles nommaient Joannes a cause de son roya 
etat de Baptiseur, il y avail de quoi faire reculer tou 
autre institution que PEglise. Julien mort, on declara 
que Joannes etait un personnage entierement distil 
du crucifie, et, pour en administrer la preuve, on l ul 
coupa la tete dans les trois l-Jvangiles dont on dispo- 
sal alors, Matthieu, Marc et Luc (I), sans dire toutefoi 
en quel endroit de Palestine on la lui avait coupee. w 
le nom seul de Macheron eut ete une preuve de 1'iden" 
the charnelle de Jesus avec le Baptiseur. 

La disparition des restes de Bar-Abbas sous le n° 
de Joannes devint la preuve de sa divinite sous ce 
de Jesus, car plus le corps decouvert a Macheron et 
celui de Joannes et plus celui de Jesus etait monte 
ciel : « On a decouvert le corps de Joannes a Macher > 
disaient les eveques jehouddolatres a leurs dupeSi 
en effet c'est bien la que les disciples l'ont enterre, d° 
le reconnaissons hautement! Mais puisqu'il est & 
decapite, et que le corps du crucifie a disparu du <-» 
golta le lendemain de l'Eucharistie, c'est que I e .. 
cifie n'a fait qu'un saut de la terre au ciel! S'il en ■, 
autrement, c'est au Guol-golta meme qu'on a ,.j 
retrouve son corps ! » Cette interpretation se r«-'p® ^ 
avec une telle rapidite que Celse, a supposer q u ' -j 
ecrit avaut 1'incineration des os de Bar-Abbas, 

(1) Cf. Lti Mwrhandj de Chritl, p. 111. 



— 413 — 

la plume pour consigner cet evenement dans son Dis- 
cours avecl'argumentnouveau qu'en tiraientles eveques 
en faveur de ce Juif de rapport : « Croyez qu'il est le 
fils de Dieu, disent-ils, quoiqu'il ait ete lie honteusement 
et frappe du supplice le plus infame, et que tout recem- 
merit it ait ete trails avec la derniere ignominie. 
Croye:-le (Vautantplus pour cela mime! » Or, objecte 
Celse, c si les uns proposent celui-ci (Joannes), les autres 
un autre (Jesus), que feront ceux qui desirent sincere- 
ment etre sauves ? Faudra-t-il qu'ils jettent les des 
pour savoir de quel cdte se tourner et a qui s'atta- 
cher? (1)... Car ces charlatans evitent autant qu'ils 
peuvent les hommes les plus polis, parce qu'ils ne se 
laissent pas tromper aisement, pour prendre les plus 
grossiers dans leurs filets » (2). 

II n'en restait pas moins que le corps de celui qu'on 
appelait christ avait ete derange dans son repos et 
detruit. On soutint alors que c'etait simplement sous 
la forme d'une statue. Or vous connaissez l'aversion 
des christiens juifs contre tout ce qui etait representa- 
tion de la figure humaine. Vous savez d'autre part 
°i u il n'avait pas ete possible, depuis deux siecles, de 
rencontrer une seule personne capable d'etablir l'exis- 
tence de Jesus autrement que par la mystification evan- 
g'-'Hque. Eh bien! il s'est trouve quatre « historiens 
e cclesiastiques », Eusebe, Rufin, Philostorge et Sozo- 
m ene, pour declarer qu'il y avait, sur la place publique, 
a Cesaree Paneas, ville la plus voisine des sources du 
Jourdain, une statue de Je"sus que l'hemorrhoisse (3) 

(•)Con/ r « Celte, VI, 5 6. 

J2) Contre Celse. VI, g 14. 

w) l"'hcmorrhoisse, c'est la fillc dc Jalr, alias la Temmcdc Shehimon 



— 414 — 

guerie par lui avait fait dresser par reconnaissance I Et 
cette statue y serait encore si, sur l'ordre de Julien, I es 
palens, emportesparune icouoclastie dont on ne trouve 
point d'exemple dans le christianisme, ne l'eussent ren- 
versee, trainee devant de nombreux temoins a travers 
la ville et finalement mise en pieces! Et la preuve 
qu'elle y etait bien, c'est qu'elle fut remplacee P ar 
l'image de Julien, tandis que les lideles recueillaienl 
pieusement les debris de l'autre et les deposaient dans 
I'Eglise, car — tout se tient — il y avait une eghse 
jehouddolatre a Cesaree depuis Tibere ! 

Afin que personne ne put soupconner 1'endroit ou o° 
avait retrouve le corps du Joannes, on insera dans 
Jean Chrvsostome « qu'hormis saint Pierre et sain 
Paul, saint Jacques le Mineur et saint Thomas, on ne 
connaissait la sepulture d'aucun apdtre. » Ge n'est p a 
tout : en depit des Passions de Pierre et de Paul, o 
Paul meurt decapite sur la route d'Ostie, Gregoire 
Nysse et Jean Ghrysostomedeclarerent l'un et l'autre (J 
que Paul n'avait pas ete decapite, mais bien pen 
(crucifie) ! 

Sitdt que Joannes eut le cou coupe et que Jesus 
iibere de toute identity avec lui, le Saint Sepulcre, 1 
avait ete a Macheron jusqu'en aout 362, futdesorjnai 
reporte au Guol-golta. Des gardes furent constita [' 
par l'ilatus autour du caveau provisoire ou Bar- A" ' 
avait ete depose par Joseph l'Haramatas, aGn qu" 
constate par des temoins romains qu'il n'eu avail p 
pu sortir par un enlevement nocturne, et son c 

dil la Pierre, que Jesui ressuscite en la guerissant de 6« P**^ 
sang. Cf. I.'s Evangilei ile Satan, dcuxieuie partie, p- -"-• 
(1) Honielic XXVI, in Utbrtnt. 



— 415 — 

8'enleva de lui-meme au ciel lorsqu'il parut bon a 
1'Eglise qu'il en fut ainsi. Et puisqu'elle avait decide 
que Joannes, sous le pseudonyme de Jesus, avait ete 
consubstantialise avec son Pere en 325 par le concile 
de Nicee, restait a trouver dans l'entourage de Cons- 
tants, par exemple, un temoin qui des cette epoque fut 
alle visiter le Saint-Sepulcre... au Guol-golta! !! 

II y avait dans la maison de Pempereur une vieille 
criminelle dont l'age n'avait point affaibli la mechan- 
cete. C'etait sa propre mere Helene, jadis repudiee par 
Constance l'Ancien, quoi qu'elle eut deja de lui Cons- 
tants. Grande conseillere de meurtres, surtout au sein 
de sa famille, c'est a sa demande que Constantin avait 
faittuerFausta, sasecondefemme. LeSynode d'Ancyre, 
a 314, avait decide que pour l'bomicide volontaire 
a penitence serait perpetuelle et que le coupable ne 
r ecevrait l'absolution qu'a la mort. Helene comprit : on 
>Ja d'elle, au detriment du peuple, toutes sortes 
eglises, de confessions (1) et d'ornements en or et en 
pierreries, apres quoi elle mourut dans la juste male- 
iction de Dieu. Puisqu'on jonglait dans l'espace avec 
es m orts, pourquoi ne deciderait-on pas que, tenant a 
poser dans la paix du Seigneur, a laquelle ses quatre- 
n gts ans ne lui donnaientpas droit, elle serait allee en 
P e 'erinage a Jerusalem oii l'attendait un certain Macaire 
H^e nous avons revu depuis avec le prenom de Robert? 
^Macaire, — un saint, bien entendu,... fete le..., — 
r ait fait executer pres du Guol-golta, dans l'ancien 
rain des anciennes carrieres de l'ancien jardin de 
lc odeme, des fouilles dont les resultats avaient ete en 



I 



— 416 — 



quelque sorte foudroyants. A la voix de Macaire 
Ilelene ordonne la destruction d'un temple et d'une idole 
de Venus que les palens, avec leur legerete coutumiere, 
avaient eleves sous Hadrien, croit-on, au-dessus du 
sepulcre « ou avait ete enseveli Jesus. » En cherchant 
bien on trouverait le sepulcre et, en elfet, il y etait ! 
Macaire avait fait bonne mesure : on trouva trois croix 
enterrees, mais le travail avait ete un peu precipite, on 
ne put savoir, helas ! laquelle etait cellede Bar- Abbas, 
parce que les inscriptions et les clous etaient separes 
des croix. 

Autre imposture et non moins forte. 

Afin de donner le change sur le Bar-Abbas a propos 
duquel les jehouddolatres d'AntiochebrulerentletempI e 
d'Apollon Daphneen, on a invente un certain Babyl» s 
martyr, dont le corps aurait ete enterre en face du 
temple, et que Julien aurait fait exhumer pour les per' 
secuter dans leurs croyances. Entre Barabas et Kara- 
bas (i) il n'y a qu'une lettre de difference, l'initiate; 
entre Barabas et Babylas il n'y en a que trois, celles afi 
milieu, mais dans les trois noms le nombre des lettres es 
le meme (2). Les faussaires qui ont invente Babylas o° 
respecte ce nombre, afin qu'a ceux qui decouvriraie" 
qu'on avait deterre Barabas, l'Eglise put repondre q° 
le deterre s'appelait non Barabas, mais Babylas, I 
qu'il etait enterre non a Maclieron de Samarie, f 18 

(1) Kom sous lequcl Barabas est designu dans le telle actuej 
Conlre Flaccus de Philon. a pro|>os dc la mascarade d'Alexand 
Cf. Let itarthaniti <lt Christ, p. 118. ,t 

(2) Keman|Uons que ct mot rnppclle a In fois celui de Dabyloo' ^ 
de llaal-Zib-baal, surnom que les Jcrusalciuilcs donnirenl a Jcl '^ i 
dc Uauiala et qui derivait lui-uieiuc du dieu-poisson qu'on ador»* 
Gaza. 






9S!Pf9f*W!Pff«ji(LL il lujjyjj jiLULIi 



— 417 — 

presque dans le temple du dieu qui avait revele a Julien 
l'identite corporelle de Bar-Abbas et de Jesus. 

Toute cette histoire de Babylas vient des imposteurs 
emeritesqui s'appellentSozomene, Theodoret et Philos- 
torge. Afin que le corps de Babylas se trouvat pres du 
temple d'Apollon lors de l'incendie, Sozomene dit que 
Gallus, frere de Julien, s'etant fait jehouddolatre, avait 
construit, en face du temple, uneegliseouil avait trans- 
ports cette precieuse depouille, et que, des ce jour, 
toute pratique divinatoire devint impossible dans le' 
sanctuaire paien. De cette maniere Apollon n'avaitrien 
pu reveler a Julien sur Bar-Abbas. L'Eglise a egalement 
'orge et mis sous le nom de Jean Chrysostome certain 
discours In sanctum Babtjlam contra Julianum et 
Gentiles, dans lequel ilest dit que du saint « une divine 
rosee semblait descendredans lesamesouelle eteignait 
|es feux impurs, brisait la tyrannie de la debauche, 
insinuait la piete », et que, semblable aun pficheurqui 
jette ses filets, Babylas, installe en face du Dieu paien, 
prenait chaque jour quelques-uns de ceux que les delices 
«u site avaient attires a Daphne. Mais le tombeau du 
recheur d'hommes qui fut derange dans son sommeil 
e tait plus pres de Jerusalem que d'Antioche. 

Dans ce meme discours de Jean Chrysostome, on 
raconte que, si Poracle d'Apollon ne parlait plus au 

^mps de Julien, — or il n'avait jamais mieux parle, 

c est que Daphne etait rempli de cadavres (1). En effet 
° n lit dans Ammien Marcellin (enzdne?) que Julien 
alors a exhumer les corps enterres aux environs de 
a source, d'apres le rite dont s'etaient servis les Athe- 

« \L!" Sane!w * Babylam, 13. La phrase vicnt de Julien lui-njume - 
ous avei tout rempli Ac cadavres. > 

n 



— 418 — 

niens pour purifier l'ile de Delos » (1). Ouvrezleshisto- 
riens ecclesiastiques tels que Sozomene, Theodoret et 
Philostorge, vous assistez a la sortie solennelle desrestes 
de Babylas hors de Daphne, et a leur translation dans 
le cimetiere d'Antioclie, clerge en tete, chantant les 
Psaumes de David, au milieu d'une foule innom- 
brable (2). 

Quant aux braves Apollinaristes, si dangereux par 
le temoignage de leur maitre et par sa collaboration 
avec Eustathe de Sebaste, on a travaille a les oublier 
le plus possible apres avoir pille leurs eglises. En 383i 
Theodose appelle a Constantinople les eveques de 
tous les partis, il exige d'eux une profession de foi : 
on examinera les differences, et on trouvera le moyeo 
de concilier lessectes, et surtout on decidera qui il con- 
vient de persecuter, car c'est un conseil plutdt qu'i" 1 
concile. On a convoque jusqu'aux heretiques trinitaire 8, 
Une seule heresie n'a pas ete appelee, celle des Ap '' 
linaristes. Tous les ecrivains catboliques se demanded 
pourquoi. La cause de cette exclusion est cependa» 
bien simple. II n'y a aucun accommodement possib» e 
avec les Apollinaristes depuis les evenements d 
Macheron, on ne veut meme pas qu'ils paraissen ' 
qu'ils parlent, qu'ils exhibent les Paroles du R&0" ' 
les ecrits de leur maitre, ceux des Gnostiques ou B*» 
Abbas finit en enfer, ceux de Celse, de Julien, et p eU 



(1) Annul- n Marccllin, XXII, 12. 

(2) Apres 1'invention dc Babylas, on a modific ainsi I'cndr 01 i* 
MiMOfogon oil Julien etahlissait la relation dc cause a effct e° ^ j 
deti-rrement du inort deMacheron et 1'incendie du temple de * )a P voU c, 
« April la translation du mort <ie Dathne, quelques-uns de ^ 
impies envent les dieux, ont livre le temple du dicu daphneen * 
qui s'etaient (aches a cause de." reliquet- du mort. ■ 



— 419 — 

etre ceux d'Eustathe de Sebaste. Ces maudites gens, 
qui se melent d'etre vertueux tout en disant la verite, 
ne sont bons qu'a etre expulses des villes. Theodose y 
pourvut : en persecutant les ariens, il dissipa ce qui 
restait d'Apollinaristes. Un des bommes qui y contri- 
buerent le plus, c'est Gregoire de Nazianze (1). 

XIII. — Julien quitta Antioche pour la °"uerre de 
Perse le 9 mars 363. Rien n'etablit qu'il ait ecrit contre 
la personne de Bar-Abbas en dehors de la Lettre a un 
pontife et du Discours adresse au Senat d'Antioche 
dans le temple de Daphne. Pour le reste, le livre de 
Celse suffisait. 

Dans des .discours qui furent authentiques, Libanius 
dit que Julienj-etant a Antioche, composa deshvres pour 
venir au secours des dieux. Dans l'un (2) il dit que par 
ses ecrits contre les christiens Julien avait surpasse le 
vieillard de Tyr, (Porphyre), et qu'il avait consacre les 
longues veillees de 1'hiver a un ouvrage dans lequel 
« l'Empereur attaquait par une argumentation etendue 
et par la force du raisonnement les Livres qui font 
Dieu et fils de Dieu un homme de Palestine et montrait 
'e ridicule et la vanite de ce qu'on adore en lui. » Le 
0Q d est vrai, mais la forme a ete certainement modifiee 
dans le sens de 1'attenuation. En dehors de ces men- 
tions nous ne connaissons les ecrits de Julien contre 
* le nouveau dieu Galileen » que par l'Eglise dans 
J er6me et dans Cyrille. Basile, contemporain de Julien 
ne repondit ni a Celse ni a Julien, et ne mentionne ni 

") l*ttre ii Nectaire dans la Patrologic grtcque de Migne. I. XXXVII 

Un ^dil | a lettre ccrite vers 387. 

. "y Epitapfiios loulianou. Mais quelle confiancc avoir dans un texlc 

art - ea est qualifie de theomaqiu iennemi de Dieu; par un de ses 
aa nuraie Urs i 



— 420 — 

Pun ni l'autre com me ayant attaque Jesus en Bar-Abbas. 
Gregoire de Xazianze, qui fait deux discours contre 
Julien, ne dit meme pas que l'Empereur eiit ecrit contre 
les jehouddolatres. Seul Apollinaris aurait repondu et 
du vivant meme de Julien (1); et il aurait demontre les 
erreurs de celui-ci et des philosophes grecs « sans 
invoquer aucun texte de l'Ecriture », ce qui serait un 
tour de force peu commun. On a mis sous le nom d'Epi- 
pliane un Contra Julianum dont il reste bien peu de 
chose, et c'est grand dommage! 

Quant a Jerdme, mon Dieu ! Jerdme a lules livres de 
Julien en Palestine, mais il a dedaigne d'y repondre : 
a Si j'essayais, ecrit-il au rheteur romain Magnus, tu 
ne me le permettraispas! » (2) 

Julien, « pendant son expedition contre les Parthes, 
a vomi sept livres contre les christiens », dit Jer6m e > 
et ailleurs : « Julien, au septieme livre de l'ouvrage qu " 
a ecrit contre nous, les christiens d. II « a ecrit trotf 
livres contre l'Evangile et les christiens », dit l'EgI lse 
dansle Contre Julien deCyrille d'Alexandrie. D'ab° r 
l'ouvrage n'etait nullement dirige contre les christie» s » 
mais settlement contre la secte des jehouddolatres- 
Remarquons aussi que de Jer6me et de Cyrille aucu 
n'en cite le titre exact et ne dit a quelle rln specta 
Julien tendait. Remarquons enlin que pendant quatr 
vingts ans (3) personne ne repond, ne s'emeut, conini 
l'ouvrage d'un empereur contre une secte aussi rnep 
see etait une chose naturelle et commune. Cepen a 
voici Jerdme qui pretend avoir connu sept livres 

fl) Soiomfine. V, IS. . 

(S) J*r<Jmc, Epistola 70. Cf. sur ce point le Julien dc M. AH*"* 
(3) CyrilK mourut en Hi. 






— 421 — 

Julien contre les christiens et qui n'y repond pas, alors 
que Cyrille qui y repond n'en a connu que trois. Julien 
aurait si peu ecrit soit trois livres soit sept livres contre 
eux pendant son sejour a Antioche que Jerome vient 
nous dire : « ils ont ete composes pendant la guerre avec 
les Parthes. » Aussi l'Eglise doute-t-elle aujourd'hui que 
Jerome ait vu l'ouvrage de Julien, il ne l'aurait connu 
que par la refutation qu'en auraient faite Theodore de 
Mopsueste ou Philippe de Side, et c'est cette refuta- 
tion qui aurait ete divisee en sept livres. Mais qui a vu 
cette refutation ? Est-ce ce que nous avons aujourd'hui 
sous le nom d'Origene (i) contre Celse? ou sous celui 
de Cyrille contre Julien ? 

Personne ne repondit, parce qu'il n'y avait pas de 
reponse possible et que la decapitation de Joannes suf- 
fisait a tout. La seule arme du mensonge, quand la 
verite parle, c'est le silence. 

Aussi declare-t-on dans Jean Chrysostome (2) que 
d'une facon generale les ecrits contre les christiens 
n'ont aucune importance et ne jouissent d'aucun credit: 
« Les uns ont disparu depuis longtemps ; les autres 
ont peri en naissant. Si quelqu'un d'entre eux subsiste, 
c'est qu'il est conserve chez les christiens » (3). C'est 
en effet ce qui est advenu du Discours de Celse et de 
celui de Julien, et ce qui explique l'etat dans lequel ils 
sont aujourd'hui. D'un seul coup les sept livres de Julien 
dont il est parle dans Jerdme tombent aux trois livres 
dont il est parle dans Cyrille ! A supposer done que 
Julien ait ecrit un ouvrage contre les Galileens en 

(') Mori plus de cent ans avant Celse. 

<2) Mori en 107. 

W /n sanclum Babytam contra Juiianum et Gentilrt. 






422 



' 



dehors de son Discours au Senat d'Antioche, cet 
ouvrage aurait perdu quatre livres entre Jerdme qui 
meurt en 420 et Cyrille qui meurt en 444. 

D'oii vient que, seul, Cyrille demeure ? De ce que 
Cyrille est un corpus de faux temoignages dans lequel . 
on fait deposer Julien contre lui-meme. 

Mais plus je relis ce superbe fragment qu'on appelle 
Lettre h un ponlife et plus je me convaincs que c'est 
l'epave dun des livres que Julien avait ecrits contre la 
personne meme de Bar-Abbas et dont parle Libanius. 
On en a enleve tout le debut oil, en sa qualite de sou- 
verain pontife, il montrait que, loin d'avoir donne sa 
vie pour autrui, Bar-Abbas l'avait ignominieusement 
perdue, comme il y paraissait au genre de sepulture qui 
s'en etait suivi. Au cours de ce morceau il aborde un 
sujet qui lui est manifestement suggere par I'un en 
deux, deux en un de la theorie jehouddique. Sur cfl 
point de la genese de l'homme, il professe une opinion 
radicalement opposee a celle de Bar-Abbas. Sans se 
pronoucer contre l'hermaphroditisme originel, il tien* 
pour la plurality des couples, o Plusieurs hommes son* 
nes ensemble, dit-il, absolument comme un seul. Com- 
ment les faits le prouvent, nous en traiterons ailleur 9 
avec attention » (1). 

II trait. ait les resurrections comme elles le meritenw 
Aux Juifs ressuscites par la main des evangelistes 
opposait l'exemple de paiens beaucoup plus vertueux, 
qui pourtant Dieu n'avait point fait grace de la nior • 

(1) Lellrt it un ponlife, § I. Or il n'e.-t plus jnmais question de ce^* 
Aillcurs, parlant dc ceux qui n'ont du prtlre que le veleiuent : < ^ 
un point sur lequel je reii'wlrai plus tnrd arec attention. > •« .j 
encore il annoncc qu'il n traiUr ou qu'il i» iraili- des sujcU o° 
n'y a plus trace. 



— 423 — 

En admettant meme que Bar- Abbas eut peri pour une 
cause juste, « est-ce que la multitude n'a pas fait perir 
un Socrate, un Dion et le grand Empedotime? Je ne 
doute pas que les dieux n'en aient pris le plus grand 
soin (apres leur mort), mais les ayant faits perissables, 
ils ont exige d'eux le tribut a la nature. Neanmoins, 
dans la suite, ils ont puni les raeurtriers avec autant 
d'eclat qu'aujourd'hui tant de sacrileges, et — ceci est 
dans Celse et vient completer la pensee de Julien — ils 
ont donne de longs jours a Gamaliel qui en condamnant 
Bar- Abbas n'avait fait que son devoir. « Qu'on ne nous 
paie done pas de paroles, qu'on ne trouble point notre 
foi dans la Providence ! » Non seulement les Juifs ne 
ressuscitent pas plus que les palens, mais jamais lew 
Dieu n'apujustiflerles propheties de ses interpretes (i) 
sur le pouvoir qu'il a de detruire la terre et de rebatir 
le Temple en trois jours (2). « Les prophetes de ceux 
qui invectivent contre nous, dit Julien, nous explique- 
ront-ils comment leur temple trois fois renverse n'a 
jamais ete rebati jusqu'a present ? Je ne dis pas cela 
pour leur en faire un reproche, moi surtout qui me suis 
recemment occupe de le retablir en l'honnear de la 
Divinite qu'on y adore (3) ; mais je cite cet exemple 

(i) L'auteur de V Apocalypse, ses freres Philippe et Toamin, et 
Malhias Bar-Tofimin son neveu. 

(*■) L'Eglise, qui ne perd jamais la carte, repond a cette objection 
dans le Quatrieme Evangue : « Bar-Abbas, dit-elle, entendait cela du 
Temple... de son corps! !! • («>)■ 

l3> Lantijudaisme de Julien s'arrvtc a la limile philosophique. Les 
Juifs ont un dieu a eux, gardicn de leur nationality, qu'ils le 
reprennent ! Le retablisseuient du Temple etail un acte de justice el 
en meme temps de haute politique A la veille d une canipagne diffi- 
cile Julien se conciliait les Juifs orthodoxes et enleTait aux Juifs 
cbristiens, qui debauchaient les Grecs, toutpretexte de conspirer par- 
tout contre Home el de liquidcr l'Empire a leur proGt. Trois fois 



"1 



— 424 — 



pour prouver que rien d'humain n'est a l'abri de la cor- 
ruption et que les prophetes qui ont debite ces sornettes 
vivaieut en la compagnie de vieilles folles, (les deux 
Salome, Thamar, Suzanne, Jeanne et autres) ». 

Ces prophetes sont Bar-Abbas et ses freres, particu- 
lierement ceux qui ont ecrit les livres qu'avait Georges 
de Cappadoce : « Rien n'emp6che que ce Dieu, (celui 
des Juifs,) ne soit grand, mais il n'a pas de bons pro- 
phetes (1) ni de bons interpretes (2), et cela vient de ce 
qu'ils n'ont pas donne leur ame a degrossir par une 
instruction solide, ni ouvert leurs yeux aveugles, ni 
cherche a dissiper les tenebres de leur intelligence... 
Les yeux ferraes au grand jour, ils s'ecrient de toutes 
leurs forces: « Tremblez ! Fremissez! Feu! Flamme! 
Mort! Glaive! Grand sabre! » (3) immense etalage de 
mots pour exprimer simplement les puissances destruc- 
tives du feu. Mais il vaut mieux faire voir en leur lieu 

renverst- par des paiens guerriers, le Temple etait retabli par un paien 
philosophe. Sans se faire trop d'illusions sur la reconnaissance, Julieu 
pouvait en attendre uu effet reflexe. Mais tout demontre qu'il n'ficri- 
vit pas a la nation juive les lettres qu'on produit maintenant. k' n 
empereur qui, a la veille de marcher contre les Perses, exonere te s 
Juifs des charges principals auxquelles ils sont astrcints, ne sem b ' e 
point jouir de tout son bon sens. De plus il ment effronteiuent en Id"" 
ecrivant qu'apres la guerre il va fixer son sejoura Jerusalem. Tout ' e 
monde sail, et eux-memes, qu'il se propose de revenira Tarse aupr"j' s 
de Celse. On n'a pas trouvf d'autrc moyen de le discrtSditer que <» e 
laisser croire qu'il avail conclu ce pactc avee eux par sympathie V° at 
leur deicide. C'est pourquoi, enncmi des Juifs de la facon dont i' c * 
pcrmis de 1'etrc, on le montre en relations de complicity- avec ceux o° 
Palestine. On produit de lui des lettres au patriarche Julius, no"' 
bizarre qui semble latinise, imperialist a plaisir. Esl-il besoin de di«* 
qu'elles sont fausses, que jamais Julien n'cut lintcntion de >e 1*° r 
Jerusalem et d'y finir ses jours dans I adoration d'lahvc? C'est la u ° 
idee dc jehouddolatre et qui sent le cuistre d'Eglise. 

(1) En effet. il les a mis lui-meme en faillitc le 15 nisan 789. 

(2) Leur kabbale a etc dementi- par Dieu. 

(3) Toute VAjiocalyptt en sept uioU. 




— 425 — 

combien ces interpretes des Paroles de Dieu sont 
inferieurs a nos poetes (1) ». 

D'autre part, en lisant avec soin le Contre Julien 
de Cyrille, on voit que quelqu'un, dont le nom a disparu, 
mais dont la personne est souvent evoquee, revelait a 
Julien le sens mysterieux des Evangiles et guidait sa 
main pour le transcrire (2). C'est Apollon Daphneen 
lui-mume, par lavoix de Calliope, la premiere des neuf 
Muses, celle qui revela les mj-steres de Linus et d'Or- 
phee. 

Dans la version qui nous est parvenue, l'oracle 
est enveloppe dans un discours. Nous en donnons 
l'exorde... d'apres Cyrille : 

« Je veux exposer a tous les hommes les raisons qui 
m'ont convaincu que la secte des Galileens est une 
fourberie purement bumaine, inventee par la perversite, 
et qui n'ayant rien de divin a pipe la partie insensee de 
notre ame, qui se plait aux fables, aux contes d'enfants, 
et lui fait tenir pour des verites un tissu de choses 
monstrueuses (3). Comme j'ai a parler de tous leurs 
pretendus dogmes, je veux avant tout etablir ce prin- 
cipe que ceux qui me liront, s'ils ont l'intention de 
repondre, fassent comme dans un tribunal, c'est-a-dire 

(1) Cette comparaison devait 6tre etendue. Elle a He supprim^e, a 
Muse des noins des prophi-tes et interpretes qui y fitaient visi-s du cdte 
iuif. 

(-) « Ecoute maintenant le discours que Platon fait prononcer au 
Wateur, S C, p. 324. Vois comme tout cela est juste, § 1. p. 325. Tu 
J*s entends crier. S^. P- 32S. Tu vois que d'apres les propres paroles 
"e Paul, § 7, p. 343. Tu vois qu'il dit que le CIs de Marie, j 2, p. 345. 
Ecoute encore Xlolse. $ 6, p. 349 » 

|3j It'une uionstmosite qui rejaillit sur celui qui les explique. On a 
•air d'un fou quand on dit a quelqu'un queJean-Baptiste, Bar-Abbas 
e ' Jesus ne font qu'un. Celui-la s'eloigne en haussant les epaules et 
** considi-re comme un sage. 



mpmmmmmmm 



— 426 — 

qu'ils ne s'evertuent pas a introduire un element 
etranger a la cause ou recriminatoire avant d'avoir 
detruit l'accusation. II y aura plus d'ordre et de nettete 
dans leur defense, s'ils s y renferment exclusivement en 
refutant nos assertions, et si pour se laver de nos 
reproches ils ne nous chargent poiut de griefs nou- 
veaux. » 

Mis sur la voie de la verite par Georges de Cappa- 
doce et Celse, Julien etait remonte de generation en gene- 
ration jusqu'a la naissance de Bar- Abbas. Ce n'est point 
en ergotant sur les dogmes qu'il demasqua l'Eglise, c'est 
en demontrant la fraude constitutionnelle des Evan" 
giles (i). Et si par hasard quelque Cyrille avait essaye 
de repondre, si faible etait sa reponse qu'on a prefere 
la faire disparaitre completement sur ce point essentiel. 
afin que de la demonstration julienne il ne restat pa 8 
raeme l'ombre (2). Gar toute la supercherie est dans la 
substitution de Jesus a Bar-Abbas avant le cbatiment 
de ce scelerat, et elle 6e decompose en deux temps : 
Bar-Abbas delie par Pilatus a la demande des JuifSi 
et Jesus cruciGe a sa place ; bref tout le monde, a com* 
mencer par Dieu, roule au benefice du bapteme et des 
baptiseurs I 

Quelques generalites passees au tamis ecclesiastiqu e > 
voila ce qui nous reste de l'ouvrage. Tout ce qui rentrai 

(1) Skeudria, quon a loujours traduit par « Jolit Evangelioruin 
jusqu'au jour ou Bullet, dans son Htstoire tie t'ilabtinement </« e " 
lianisme, a propose de lire... doctrinist!! ^ e 

(2) « L'empereur Julien. dit Tlieophane, (Chronologie,) a <Scr '• j 
refutation des Evangiiet que Cyrille, eveque d'Alexandrie, a «*' u jjt 
son tour selectis et lucuUntis cummentariis. Julien, cet imp 11 ' .^ 
Cedrenus (Compendium hittcricum) a 6crit une Demolition ( erfr "°Lri- 
Evangiles que le crand Cyrille, *v<!que d'Alexandrie, et d'autrc* 
liens ont riyarit (eon eierunt). » 







— 427 — 

dans le plan de Julien, tout ce qui etaitia demonstration 
speciale de l'imposture et de l'impiete des Evangiles, 
la substance de verite historique contenue dans les livres 
deuxieme et troisieme, tout a disparu. Repondre etait 
impossible, on ne pouvait que supprimer et falsifier. 
C'est ce qui a ete fait, car pour Cyrille Julien est un 
atbee, Julien a prononce contre Jesus des paroles 
injurieuses qu'on ne pourrait reproduire sans se 
souiller. 

Afin d'epargner cette souillure a Cyrille, Julien a 
l'air de croire a l'existence de Paul et a celle de Jocha- 
nan evangeliste. 11 a meme l'air de croire a celle de 
Jesus, et il corrobore le faux par lequel Luc le fait 
naitre au Recensement de 760, alors que l'enquete de 
Celse avait eu pour premier resultat de ramener la 
-Xativite de Bar-Abbas au jubile de 738-739. II a l'air 
aussi de croire a la vision de Pierre dans la maison de 
Simon le Corroyeur, alors que Julien connaissait 
l'identite des deux personnages et la raison d'etre de 
ce dernier surnom, qui avait dejaete donne au Joannes, 
premier porteur de la ceinture en cuir de Gamala : 

« En eifet, dit Cyrille mettant Julien en scene, apres 
quelques mots sur le Joannes baptiseur, il revient a 
son fameux Verbe et il dit : « Le Verbe s'est fait chair 
et il ahabite parmi nous. » Comment, il a craint de le 
dire (1). Mais nullepart il ne nomme ni Jesus ni le 
christ (2)...,il cberche atrompernosoreillesdoucement, 

(1) Au contraire, il lexpliquait parfaitement, il disail en qui ce 
Verbe s'clait fail chair, il n'avait pour eela qua suivre Cerinuie. 
Cf. L'Evangile de Srsiui, p. 17. 

(2/ 11 nommait Bar-Jelioudda dit Joannds (Ieou-Shina-os) et Bar- 
A,J bas. Ie<iucl en effrt n'etait ni le Messic ni le sauveur, niais un 
'niposteur et un scelerat. 



— 428 — 

secretement, disant que le Joannes baptiseur a rendu 
ce temoignage a Jesus que c'est lui qu'il faut croire 
qui est le Verbe de Dieu. » Que Joannes ait dit cela 
du christ, je ne le nie point, dit' Cyrille, bien qu'il 
semble a quelques impies qu'autre est Jesus-Christ, 
autre le Verbe preche par Joannes (1). Mais il n'en est 
point ainsi. Car il (Julien) dit lui-m< : me que le Verbe- 
Dieu est bien le christ-Jesus connu de Joannes le 
baptiseur (2). » II va sans dire qu'au contraire Julien 
demontrait — et avec quelle facilite ! — que le pseudo- 
Jesus etait simplement Joannes jouant le rdle du Fils 
de l'homme ou Verbe de Dieu, c'est-a-dire le person- 
nage qu'il avait espere etre a partir des Anes de la 
Grande Annee. Et c'est ce que prouve cette phrase de 
Cyrille : « Remarquez avec combien de precaution, de 
management et de dissimulation, il introduit dans son 
dramece denouement impie! » Or ce denouement, ce 
n'est pas Julien qui l'avait invente, c'est l'Evangile q ul 
1'imposait a tous. « En eiTet, declare Cyrille : Julien 
est toujours pret a nous preter ses inventions (3) ! » 

Or dans quel Evangile trouve-t-on la premiere tenta- 
tive faite pour identifier Bar-Abbas avec le Verbe- 
Dans celui de Cerinthe. « L'imposture et la fourberie 
des Evangiles » resident partiellement en cela, m* 19 
grace a Cyrille, il ne reste rien de la demonstration q u 
Julien avait pu emprunter aux Aloges, (4) lesquels o 

(i) II y a en effet iles christiens qui distinguent les tins cntre J« ' 
et le christ. les autns entrc Jdsus et le Verbe, tei qu'il a ete pf* " 
par le christ Mais ce ne sont des impies que pour Cyrille. ne 

(2) Cyrille vient au contraire dc constatcr que nullt yort Julie" 
nomwai I ni Jisui ni U ehriit. 

(3) Conlre Julien, 1. X, § 2, p. 330 de I edition Talbot. 

(4) Cf. L'Evangile de Seitut, p. 3. 



— 429 — 

connaissaient pas d'evangeliste nomine Jochanan et 
donnaient le Quatrieme Evangile a Cerinthe, son 
auteur primitif. 

On peut etre certain qu'apres avoir dit que l'impiete 
qui consiste a adorer un mort provient du Joannes (1), 
Julien n'a pas ecrit ceci que lui prete Cyrille : « Ni 
Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc n'avaient ose dire 
que Jesus Cut Dieu, raais Vexcellent Jochanan ayant 
remarque qu'un grand nombre de villes italiennes 
etaient atteintes de cette maladie et ayant appris sans 
doute que les tombeaux de Piem-e et de Paul etaient 
adores e?i secret, osa le premier soutenir cette doc- 
trine. » Savez-vous ce que vient dire ici l'homme qui a 
demontre en aout 362 l'identite charnelle de Joannes 
et de Jesus par la destruction de son tombeau? Toutle 
contraire de ce qu'il avait prouve au Senat d'Antioche ! 
II lui avait dit que le point de depart de toute la mysti- 
fication, c'etait le corps de Joannes enterre a Macheron. 
Nous avons cite la phrase (1). Mais maintenant il cer- 
tifie l'authenticite de toutes les Ecritures du canon, 
Paul, Marc, Matthieu et Luc; il assure qu'outre 
Joannes le baptiseur, decapite par ordre d'Herodiade, 
il a existe un certain Jochanan apdtre, et apdtre excel- 
lent, puisqu'il a repose sur le sein de Jesus pendant la 
Cene eucharistique, — laquelle est un fait indubitable; 
— que ce Jochanan cheri est alle en Italie sous Domi- 
tien (2) ; qu'il y a remarque une jehouddolatrie presque 
generale; que Pierre et Paul etaient enterres a Rome ou 
ils etaient morts martyrs sous Neron; que leurs tom- 
beaux y etaient adores de tous, mais secretement, par 

(1) Cf. le present volume, p. 100. 

(2) Cf. le present volume, p. 52. 






— 430 — 

crainte des persecutions ; qu'apres avoir constate cet 
etat de choses, au detriment de sa sante sinon au peril de 
sa vie, (affaire de la Porte latine et de la chaudiere d'huile 
bouillante,) il est retourne a Ephese; qu'exile a Pathmos 
il y a compose I' Apocalypse, et que revenu a Ephese il y 
est mort, apres avoir laisse un Evangile, le Quatrieme, 
en temoignage de la divinite de Bar- Abbas ! 

« Jesus, dit-il, n'est connu que depuis trois cents 
annees, » comme si Julien avait pu croire un seul instant 
que les Evangiles fussent de 62 de l'E. C. qui est pre- 
cisement celle ou l'Eglise fait venir Paul a Rome. Au 
moins eut-il fallu ne pas laisser dans Celse que ce culte 
infame n'etait connu que depuis tres peu d'annees, a* 
dans Gregoire de .Nazianze que selon Apollinaris » 
datait tout au plus de trente ans » (i). Car nous avons 
deja vu que Celse ne connaissait pas de resurrections a 
l'actif de Bar-Abbas. Or Julien n'en connait pas davan* 
tage. a II n'a fait pendant sa vie aucune action remar- 
quable, a moins qu'on ne regarde comme une grande 
merveille de guerir des boiteux ou des aveugles, et 
d'exorciser les demons dans les villages de Bethsaida 
et de Bathanea ». Ainsi les resurrections que Jesus 
annonce a Joannes, cellos de Jacob junior, de la fill© " e 
Jair, et la resurrection par excellence, celle d'Elea* ar 
dans le village meme de Bathanea que cite Julien, to u 
cela n'est que seme'iologie, realisation posthume « e 
signes du Royaume (2). 

II est egalement certain que Julien ne tenait pas 
discours suivant, dans lequel il accepte l'historicite de 
Actes des Apdtres, ou les princes de la maison de Da* 1 



(I) Cf. le present volume, p. 30'J. 
(2, Cf. Ic present volume, p. (Ou. 



pjpmiwi 



— 431 — 

sont represents comme des pecheurs illettres : « C'est 
assez pour vous de tromper des servantes, des esclaves, 
et par ceux-ci des femmes et des hommes tels que Cor- 
nelius et Sergius. Si Ton a vu sous le regne de Tibere 
ou de Claude un seul homme distingue (1) se convertir 
a leurs idees, regardez-moi comme le plus grand des 
iraposteurs ! » Julien, au contraire, constatait que si, du 
cdte des herodiens, des princes comme Saul avaient 
combattu la famille davidique, beaucoup de Juifs et de la 
plus haute naissance, — Josephe est formel sur ce point, 
— allerent avec les Jehoudda, les Cleopas et les Jalr. 

I/injustice et la mechancete de leurs doctrines sont 
ce qui revolte le plus Julien. II fait ressortir l'ambition 
et le vilain esprit des anges auxquels s'attachent les 
jehouddolatres et qui meriteraient mieux d'etre appeles 
dtmons. Or, avant d'etre appeles anges, ils sont appe- 
les demons dans les Evangiles memes, et c'est ce qui 
avail permis a Celse (2) d'identiner les sept demons de 
Marie la Gamaleenne avec les sept fils de Jehoudda le 
Gamaleen (3). L'histoire juive aidant, Julien avail saisi 
le Uen qui rattache le christianisme au sicanat jehoud- 
dique : « Au lieu de vous preoccuper de savoir s'il y a 
eu chez eux (Jehoudda et les disciples) de la saintete, 
vous riimitez que leur colere et leur fureur. Vous 
egorgez non seulement ceux qui restent fideles au culte 
de leurs peres, mais ceux d'entre vous que vous dites 
(I) Cyrille vicnt justcmcnt d'en citer deux, un centurion et un gou- 

Ve (2wlessept ministres delEvangile du Royaun lc s ont appelfe mga 
[i'agghtlo,. envoy.-.) dans \' Apocalypse dt Fnthmos. Cf. Us Smfdet 
de Satan, premii-re partie, p- '50. 

(3) Cf. le present volume, p. 351. 

(41 On n'aappele sa femme « Magdaleenne » que par une inversion 
dans laquclle les iniUes retrouvaient « Gamaleenne ». 



— 432 — 

infestes d'heresie et qui ii'adorent pas le mart de la 
meme maniere que vous, (il s'agit de l'Eucharistie). Mais 
ce sont lade vos inventions. Jamais Jesus (considere 
dans sa personne humaine) ne vous a donne de pre- 
ceptes a cet egard, ni Paul (1). Laraison en est qu'ils 
n'ont jamais espere que vous arriveriez a ce degre de 
puissance. » Done pas de Cene dans les Evangiles 
anciens que Georges de Cappadoce avait dans sa col- 
lection. 

Julien ne contestait nulleraent — comment eut-il pu 
le faire? — que Bar-Abbas descendit de Juda, fils de 
Jacob, et que la prophetie de I'Ane convint a David et 
a ses successeurs. II renvoyait mime aux X ombres ou 
Balaam, traduisant les idees de son anesse, dit : « II se 
levera une etoile de Jacob et un homme d'Israel. » Cet 
homme d'Israel, e'est precisement Juda, et vous avez 
pu voir d'apres Cyrille lui-meme que Julien, par res- 
pect pour la circoncision, — cet etat civil des Juifs, — 
n'appelait jamais Bar- Abbas Jesus ni son pere Joseph 
ni sa mere Marie. La ou il disait « le fils de Jehoudda » 
on lui fait dire aujourd'hui « le fils de Marie », expres- 
sion purement ecclesiastique, mise la pour amener 
ceci qui est du Cyrille tout pur : « II n'est point de 
Juda... Et pour Joseph lui-mime, vous avez beau ! e 
rattacher a Juda, vous ne pouvez pas reussir da ,lS 
cetle imposture, et Ton prouve que Matthieu et L« c 
sont tout a fait en desaccord sur cette genealogie (2)* 

• Ml Julien parlait de Saul, rar pour cc <|ui est de Paul, e'est au co"* 
traire un des invcnleurs de I'Eucbaristie. Cf. Let Evangiles de Sal""' 
(roisienie partie. p. 25. , 

(2) Sur d'nutres points pcul-etrc, mais sur celui-la accord comP'f ' 
(Test le but memc <le la penialogic par Jeboudda (Matibieu) et de 
genealogie par Salome (Luc). 



— 433 — 

Comme nous devons examiner avec soin I'authenticite 
de ce fait (i) dans le second livre, laissons-le de cdte 
pour le moment. Supposons doncque ce soit la le prince 

issu de Juda. » 

Julien demande a ceux des jehouddolatres qui, sans 
etre Juifs, ont embrasse l'opinion des Galileens, — a 
savoir que le Christ doit regner pendant mille ans sur 
la terre, — comment il se fait qu'ils ne se soient pas 
fixes a cette opinion, mais qu'ils Vaient abandonnee 
pour suivre un chemin qui leur fut propre (2). Pourquoi 
appeler religion par excellence un systeme infame et 
meprisable, qui, participant de la credulite des Juifs et 
de la grossiere indolence des Grecs, assume les vices des 
deux nations et ne conserve meme pas le merite d'etre 
reste fidele a Venseignement de ses fondateurs ? » 
Cyrille a naturellement supprime tout ce qui dans 
Julien faisait valoir l'etrangete de cette volte-face. Car 
Julien, qui avait eu en main les ouvrages des fonda- 
teurs d\x systeme, avait tres bien vu que les jehouddo- 
latres, formes par les Lettres de Paul, ne confessaient 
plus du tout le Christ millenariste, mais l'ombre eploree 
de celui-la : « Vous 6tes assez miserables pour ne 
pas mime observer les preceptes que vous ont donnes 
les apotres. (3) Et cela s'est fait par l'impiete et la per- 
versite de leurs successeurs » (4). 

La pretention des christiens primitifs etait de repre- 
sentor les vrais Israelites, et en cela de differer de leurs 

(1) Que Bar-Jehoudda descend bien de Juda, fils de Jacob. Julien 
eut C-K- le seul a n'en pas convenir. 
|2) Conire Jultrn, 1. 1, I 3. 

(3) Les sept fils de Jchoudda, les fils de Cleopas. les fils de Jair. 

(4) Les individus qui ont fabrique les Evongilts, les Actrs et les 
Uttrti <le Paul. 

28 



— 434 — 

compatriotes passes a la loi modernisee, c'est-a-dire 
au Dieu unique des Saduceens. lis n'avaient point 
change depuis Jehoudda. Us avaient simplement, sans 
meme que la plupart s'en doutassent, accepte son 
fils pour Fils de 1'Homme sous le pseudonyme de 
Jesus, et falsilie sans scrupule toutes les Ecritures pro- 
phetiques, Mofse lui-meme, pour les adapter a leurs 
besoins. a Cette impiete — le culte d'un homme et quel 
homme ! — vient de l'audace des Juifs en meme temps 
que de 1'indiiTerence et de la confusion des Gentils. 
Apprendre aux enfants a negliger l'instruction civique, 
a mepriser les sciences, les arts, la medecine elle- 
meme en ce qu'elle a de naturel, et tout cela pour lea 
Ecritures juives, quelle honte ! Si, arrives a l'age 
d'homme, ils sont devenus meilleurs que des esclaves, 
dites que je suis un fou et un maniaque 1 » Entre le 
judaisme et le paganisme Bar-Abbas est le troisierne 
larron, s'enrichissant de ce qu'il y a de pis dans l'un 
et dans l'autre. A l'un il a tout pris, convertissant la 
malediction en un principe religieux; de l'autre il n a 
rien retenu que la liberte de manger de tout, a l'excep- 
tion des viandes consacrees aux dieux. 

L'oracle d'Apollon s'exer£ait surtout contre le songs 
de Joseph : « Molse dit que le Createur du monde choi- 
sit la nation des Hebreux, veilla exclusivement sur 
elle, ne se preoccupa que d'elle et donna a elle seule 
tous ses soins. Quant aux autres nations, comment e* 
par quels dieux sont-elles gouvernees, il n'en est p aS 
question : a peine semble-t-il leur accorder de jouir <* a 
soleil et de la lune (1)! Moise et apres lui les propbeteSf 



(1) En effet, le songc de Joseph accaparc tous les aslres. 






— 435 — 

et Jesus (1) le Nazireen, pretendent que Dieu est exclu- 
sivement le dieu d'Israe'l et de la Judee et que c'est la 
son peuple de predilection. Mais tous les charlatans et 
les imposteurs qui furent jamais ont ete surpasses 
par Paul. Que les Juifs aient ete exclusivement sous le 
patronage de Dieu, qu'ils aient ete son heritage de 
predilection, c'est non seulement une assertion de 
Moise, de Jesus, mais aussi de Paul. Et c'est une chose 
etonnante chez celui-ci, car a chaque instant, corame 
les polypes sur les rochers, il change de croyance rela- 
tivement a Dieu, tant6t pretendant que les Juifs sont 
l'heritage exclusif de Dieu, tant6t affirmant que les 
Grecs y ont egalement part, puisqu'il dit que Dieu n'est 
pas seulement le dieu des Juifs, mais des Gentils, posi- 
tivement des Gentils. II est done juste de demander a 
Paul pourquoi Dieu, s'il n'est pas que le dieu des Juifs, 
mais celui des Gentils, a envoye seulement aux Juifs 
l'esprit prophetique, Moise, le chrisme (2), les pro- 
phetes, la Loi, les prodiges et les miracles fabuleux. 
Tu les entends crier : « Nous avons mange le pain des 
anges (3) ! » Pour finir Dieu leur envoie Jesus qui n'est 
ni christ, ni prophete, ni maitre (4), ni heraut de cet 
amour que Dieu doit plus tard montrer pour les homines 
sur cette terre (5). Mais il attend des milliers d'an- 
nees (6), laissant dans l'ignorance tous les peuples 

(I) Ilappelons que nolle part Julien n'appelait Bar-Abbas Jgsus ou 
Christ. Cf. le present volume, p. in. 

12) Le fail pour le peuple juif d'etre oint tout enUer en la personne 
du Messiah. 

(3) Sur ce pain, d'oii sont tires les douze pains de la multiplication. 
Cf. L'Evangile de Nesstu. p. 146. 

.'■ M ■■■.!-.■'■. ii. Rabbi. Kurios, Dominus. 

(5) Apres les mille ans du regne de Bar-Abbas. 

(6) Cinq mille au compte de Bar-Abbas. Le chiffre etait dans Julien. 



— 436 — 

depuis le levant jusqu'au couchant, a l'exception d'une 
petite peuplade habitant depuis deux mille ans ou a 
peu pres un coin de la Palestine (1). Gonvenez, Juifs, 
que ce pretendu chrisme est un produit de votre orgueil, 
le reve fantastique d'un homme de votre race (2). Nos 
auteurs, au contraire (3), disent que le Createur de 
l'univers est le pere et le roi commun de toutes les 
nations, chacune obeissant a l'ascendant particulier de 
celui des dieux qui la conduit. Si l'experience ne con- 
flrme pas ce que je dis, que toutes nos croyances ne 
soient que mensonge, folle persuasion, et qu'on approuve 
les v6tres ! Vous pretendez que Dieu a confondu le lan- 
gage des homines par peur de leur Concorde (4), et apres 
cela vous osez dire que vous avez une juste notion de 
la Divinite ? Si les biens de l'ame et les avantages du 
corps sont une preuve de la Providence, il n'y a pas 
de nation qui ne soit plus aimee de Dieu que les Juifs, 
point de legislateur palen qui ne soit egal a Moise, si 
meme plusieurs ne le surpassent pas de beaucoup. Ou 
veux-je en venir ? A ceci que si le Createur preche par 
Moise veille sur le monde, nous avons de lui une opi- 
nion meilleure en le considerant comme le maitre com- 
mun de l'univers. Qui faut-il honorer? Le Dieu de 
l'univers ou celui qui veille sur une petite partie do 
tout? 



(1) Le centre du m»ndc, fixe' a Jerusalem lueme par VApocalyPf'' 
<tait seul sauve dans le systenie de Bar-Abbas. Cf. Le Roi ties Ju'P' 
p. 88, ct Let Evangilei ile Hatan, troisieme partie, p. 306. 

(2, II s'agit de Joseph. {Conlre Juliai, I. II, .5 5, pp. 328, 329 <>e 
l'edition Talbot). On voit que Julien n'a pas connu deux homnie*' 
Joannes ct un autre nomine Jesus, mais un seul : liar-Abbas. 

(3) Les auteurs paiens. . 

(4) §3 du I. IV de Cyrille, p. 331 de ledition Talbot. Allusion a '* 
tour de Babel. 




— 437 — 

« D'autre part si le Dieu des Juifs est si jaloux de 
sa puissance qu'il vous punisse d'en adorer d'autres, 
pourquoi lui donnez-vous un fils qu'il n'a jamais ni 
reconnu ni regarde comme sien, c'est facile a prouver, 
et que vous presentez vous-memes comme un enfant 
suppose (1), alors que vous connaissez tous et son 
■pere et sa mere (2), (et ses freres et ses sceurs, et ses 
beaux-freres et ses belles-sceurs, et ses neveux et ses 
nieces). » Ou trouver une preuve plus decisive non seule- 
ment que Celse n'avaitpas introduit dans son Discours 
Thistoire du soldat Panther, mais encore qu'aucune 
interpretation blessante pour l'honneur de Panthora 
n'avait ete donnee par personne au sotadisme de Bar- 
Abbas ? 

« Non, Dieu ne s'est point occupe exclusivement des 
Juifs, mais il veille sur toutes les nations, et il n'a 
donne aux Juifs rien de bon, rien de grand. S'agit-il 
de revelation? Les Egyptiens depuis Hermes Trisme- 
giste, les Chaldeens depuis le Joannes (3), les Assyriens 
depuis Belus, les Grecs depuis Chiron, ont eu des 
interpretes plus savants dans les choses divines. A 
peine David et Samson ont-ils pu etendre leurs pou- 
voirs aux limites de la Judee. La connaissance des 
phenomenes celestes a ete perfectionnee chez les Grecs 
a la suite des observations faites par les Babyloniens. 
Par les Egyptiens la geodesie est devenue la geometrie, 
les Grecs ont eleve Parithmetique des marchands phe- 
niciens au rang de science, et en la continuant avec 
l'astronomie et la geometrie, ils ont ete mis sur la voie 

(1) Suppose fils de Dieu. Oar AOI.at. 

(2) Contrc Julien, 1. IV, § 8. p. 333. 

(3) Jonas, dans les Ecritures juives ct dans le Coran. 



— 438 — 

de l'harmonie universelle. S'agit-il d'humanite ? Le dieu 
des Juifs est battu par la douceur d'un Lycurgue, par 
la clemence d'un Solon, par la bonte, la moderation 
des Romains envers leurs ennemis. Les plus pervers, 
les plus cruels des chefs d'armee parmi les paiens se 
sont montres plus elements envers ceux qui les avaient 
offenses que Molse a l'egard de gens qui ne lui avaient 
rien fait du tout 1 » 

On a enleve toute la partie, la plus importante a 
nos yeux, dans laquelle Julien, completant le travail 
de Celse, etablissait les origines paiennes de ce qu'on 
appelle la morale evangelique, et montrait a quelles 
palinodies Jesus s'abaisse pour deguiser le programme 
d'accaparement que Bar-Abbas avait preche. Car 
Jesus ne raisonne plus comrae le faisait Bar- Abbas.: 
« Vendez ce que vous possedez et donnez-le moi, 
disait celui-ci, vous vous ferez ainsi des tresors qui 
ne piriront pas » (1). Autrement dit : « Vous entre- 
rez avec moi dans le Royaume et je vous rendrai tout 
au centuple ». Le Royaume ecarte du programme, 
on ne pouvait plus laisser ce texte. On mit : « Vendez 
ce que vous possedez et donnez-le aux pauvres », etant 
sous-entendu que l'Eglise s'enrichissait seule au detri- 
ment de ceux-ci. Et comme peu de gens suivaient ce 
conseil quand ils jouissaient de toutes leurs facultes, 
on les entreprenait quand ils etaient a l'agonie ou quand 
une catastrophe publique amollissait les egoismefl- 
« Comment suivre cet enseignement? disait Julien; su 
venait a triompher il n'y aurait plus ni ville, ni natioDi 
ni maison. Qui serait acheteur ? Et si tout etait vendUi 

(1) Voyez la similitude du tresor dans Ltt Erangiln de Satan, P 1 *" 
mitre partie, p. S69. 






— 439 — 



pourrait-il y avoir une famille honorable? II est bien 
evident que si, dans une ville, tous vendaient, il ne se 
trouverait personne pour aclieter » (1). 

Les christiens ayant quelque peine a retorquer de tels 
arguments, — l'ordonnance de Bar- Abbas etant inappli- 
cable, raeme revue par Jesus, -on l'a mise au condi- 
tional dans le teste modifie. « Si vous voulez Ure 
parfaits », dit maintenant l'Evangile. 

Les conclusions philosopbiques de Juhen etaient a 
la hauteur de sa penetration critique. 

Les dieux ne font aucun mal ni aux hommes, m aux 
etres sensibles, par un sentiment d'envie, de jalousie 
ou de haine; et lorsqu'ils leur pretent ces passions dans 
les poemes, les Grecs ne sont pas mieux inspires que 
les prophetes juifs dans ces declamations incoherent^ 
par ou les jehouddolatres font impression sur les 
malheureux qui les suivent. Sur le Dieujuif Juhen con- 
tinue Marcion et tous les Gnostiques : ce dieu fonciere- 
ment vindicatif et mechant est un dieu national, mfe- 
rieur a presque tous les autres, et nullement le Dieu 
universel profondement bon, egal pour tous, n'ayant 
confere de privilege a personne et n'ayant mis entre les 
peuples d'autre difference que les aptitudes intellec- 
tuelles et sociales, sous le rapport desquelles il a, au 
contraire, desavantage les Juifs. C'est le point de vue 
egyptien, le point de vue grec, le point de vue romain. 
C'est le precipite que donne la chimie de l'histoire : a 
peuple inferieur, dieu inferieur. Tous les dieux sont a 
l'image de ceux qui les font. Julien n'est pas plus contre 

(1) Citi plus ou nioins cxactcment dans Photius. Queitions amtigues. 



— 440 — 

celui-ci que contre les autres, mais il le veut a la place 
ou il doit utre; et si les circonstances l'eussent permis 
il eut releve le Temple de Jerusalem avec la religion 
que Bar-Abbas voulait donner au monde. 

XIV. — J'arrete ici la liste, d'ailleurs fort ecourtee, 
des hommes ou pour mieux dire des peuples qui 
ont connu l'inexistence de Jesus et la fraude cons- 
titutionnelle de l'Eglise. N'allez pas croire que cette 
liste s'arrete subitement avec le quatrieme siecle! Mais 
je n'ai pas promis de vous mener plus loin. On me dira 
que mes temoins sont surtout choisis parmi les palens 
et les heretiques. En compensation, le prochain volume 
par lequel je termine mon ouvrage ne contiendra que 
des temoignages orthodoxes et canoniques. Personne, 
m£me parmi les ennemis les plus acbarnes du chris- 
tianisme, n'a moins cru a l'existence de Jesus que 
ceux qui l'ont plaidee dans les Lettres de Paul et les 
autres pieces fausses dont se compose exclusivem^nt le 
tresor des divines Ecritures. /V 

1' V 1 

• Iv.l. -I 



TABLE DES MATIERES 



DE BAR-ABBAS A JESUS 

I. Engagement texu 

II. Rar-Abbas en Egyple : kabbale et magie 3 

III. Sa mission definie par les miracles de son enfance . 6 

IV. Juifs ti-moins de l'existence de Bar-Abbas et de 

l'inexistence de Jesus : Philon, Alexandre, Josi-phe, 

Juste de Tiberiade. Faux de l'Eglise 10 

V. Le temoignage des Egypliens : Apion et les Ancs. 

Faux de l'Eglise 14 

VI. Le temoignage des Juifs de Chypre : Simon le Magi- 

cien; de Menandre le Samaritain. Faux de l'Eglise . 22 
VII. Le temoignage des Romains. Faux de l'Eglise : Actes 

de Pilate. Manoeuvres dans Tacite et dans Suetone. 

Temoignage des Juifs de Rome : Akiba l'ancien. 

Faux de l'Eglise : incendie de Rome par les cbris- 

liens; enzonement de Sencque 33 

VIII. Les Juifs de Rome apri-s la prise de Jerusalem par 

Titus U 

IX . Opinion de Quintilien sur Har-Abbas et sa famille. . 40 
X. Le Jubile de 839 sous Domitien. Le fisc judaique et 

Fombre du Joannes. Pn'dicalion de Rabbi Akiba. 

Les Ancs dans le peuple. Les fils de Toaniin a Rome. 

Rabbi Gamaliel. Condamnation de Flavius Clemens 



— 442 — 

et d'Acilius Glabrio pour circoncision et bapteme. 

Testament de Flavius Clemens en faveur de Itabbi 

, Akiba. Conversion de Clemens en successeur de 

Pierre par l'Eglise 51 

XI. Le voyage d'Andreas et d'Artemion "1 

XII. Lafausse lettre de Plineel la faussereponsede Trajan. 75 

XIII. Jubile de 889 sous Hadrien. Le dernier roi-christ ; 

Shehimon dit Bar-Eocheba, petit-neveu de Bar- 
Abbas. La Montague royale. Faux de l'Eglise sur 
Ilar-Koclieba. Fausses lettres d'Hadrien 81 

XIV. Execution des adorateurs de Bar-Abbas a Cartilage. 

Faux de l'Eglise : la lettre d'Antonin le Pieux sur les 

jebouddolatres 91 

XV. L'n chrestien qui ignore Jesus : temoignage de Minu- 
cius Felix sur le sctlerat crucifle par Pilatus et sur sa 
secte. Faux de l'Eglise : interpolations, falsifications 
et suppressions 



98 



EMISSION DE JESUS 

I. Le hideux Tebuthe. L'infame Cerinthe. Le mytbc de 
Bar-Abbas ressuscite. Les Juifs christiens de 
Phrygie. Papias d'Hierapolis et Irenee de Lyon. 

Faux de l'Eglise ili 

II. Ariston de Pella. Opinion des Manicheens sur les pre- 
miers evangeliste * 

III. Les Montanistes non dupes de la fourberie evange- 

lique i& 

IV. La fable sans credit en Galilee et dans la Decapole. 

Elisee ben Abbouya et les Litres des eijares. Theodo- 
tion et Symmaque. Le pretendu « Juil de Celse. " 
Faux en replique a ce temoignage suppose. . • • 
V. Temoignage des Nazireens, Cainites, Ebionites, Seve- 
riens, Setbiens, Naasseniens, etc., sur I'inexistence 

de Jesus • • • 

VI. Temoignage des Syriens. Saturnil. Faux de l'Eglise 
am tie les Saturniliens. Cerdon 



— 443 — 

VII. Pas une seule dupe chez les Egyptiens. Les Gnos- 

tiques. Antichristianisme des chrestiens 149 

VIII. Temoiguage de Basilide. Antichristianisme des Basi- 
Iidiens. Carpocrate, Ptolemec, Secundus. Temoi- 

gnage des Valentiniens 156 

IX. Celse lepicurien. Son litre Contre les Uagiciens. 
Lucien. I.e Pi'cheur d'hommes ou les Rcssuscitcs. 
Exorcist-urs christiens. Reliques de crucifies ... 104 
X. Pd-regherinos le Hessuscileur. Ses debuts dans la vie. 
Les efTets du bapteme. PtTegherinos-Protee et son 
bapteme de feu. Pen-gherinos christ et pere des 
pagano-christiens. Sa collaboration aux Evangiles. 
La tonte des moutons; les collectes. Retour de 
Per<5ghennos au pays natal. Toum^es chris- 
tiennes en Macddoine, Thessalie et Grece. Arret 
subit de lexploitation 1"! 

XI. Peregherinos en Egyple. II sefaitphilosophe cynique 

et se dit le nouvel llercule. Son sejour a Rome. 
Sous le nom de Crescens il denonce Bar-Abbas. 
Faux de l'Eglise contre ces C-crits : le pseudo-Justin. 189 

XII. Derniere forme du prot&sme de Per^gbi-rinos. L'an- 

nonce de son evaporation divine. Le bucher d'Har- 
pine. Assomption publique du nouvel llercule . . 199 

XIII. Son testament. Ses apotres en Macedoine. L'Evan- 

gile de l'Ane (Tor. Vengeance de la Philosophic et 
chatiment de l'ex-Ressusciteur 203 

XIV. Inlluence de son « evaporation » sur la redaction des 

Evangiles. Faux de l'Eglise. Contre-martyre de 

Polycarpe 209 

XV. Tgmoignage antichristien de Tatien d'Assyrie. Ses 
Problcmes. Son enzonement a la suite de Justin. 
Substitution du pseudo-Paul a Peregherinos. Autres 
falsifications 214 



— 444 — 



DE JESUS A PAUL 

I. Le roi-clirisl du Pont : Alexandre d'Abonotichos. Son 
Apocalypse, ses mysteres, son eglise, ses miracles. 

Le dieu Glycon 224 

II. Philopatris. L'ne Eglise egypto-christienne. Le dieu 
Joannes et la paque poissonniere. Sentiments chris- 
tiens 248 

III. Marcion. Les chrestiensdu Pont. Leurtemoignagesur 

I'inexistence de Jesus. Marcion a Rome. Ses Anti- 
thises antichristiennes. La datede la nativite de Bar- 
Abbas. Reponse a Marcion dans les Ecritures cano- 
niques. Necessity de convertir Saiil el d'inventer 
Paul. Calomnies de l'Eglise contre les Marcionites. 257 

IV. Tdmoignages des Calnites et des Archontiques sur 

Tinexistenct' de Jesus. I.es I'hilotophoumena et les 

« Ecritures du cbrist. » 266 

V. Les faux de l'Eglise sous le nom de Tertullien. T6moi- 
gnage d*Apelles sur I'dtat des Evangilcs au troisieme 
siecle. La famille de Itar-Abbas. Les Revelations de 
Philumene. Alexandre, disciple d'Apelles. On instan- 

tan6: le portrait de Jesus par Pilatus 26" 

VI. Temoignages des Monarchiens: Praxeas et Victorin, 
deTheodotedeByzance,d'lleracl(5on, d'llermogene, 
de Marcus l'egyptien et de Colarbaze, sur I'inexis- 
tencede Jesus. Predicalionantichristiennede Marcus 

en Gaule 276 

VII. Enzonement de Panlene, de Cldmenl d'Alexandrieet 
d'Origene. Suppression du temoignage de Porpbyrc 
sur Bar-Abbas. Lucius Charinusetses Viesdesapulres. 
L'execrable Agapius. Ses blasphemes contre la 
pretendue Marie. Ses plaisanleries sur la croix. I.a 
supercherie eucharistique di-nonccc sous Maximin 
Daza. Le lirrc de lllaslus sur l'impossibilitr- mate- 

rielle de 1'Eucharistie. Les Blastiens 282 

VIII. Teraoignage d'Arius et de tous les eveques ariens sur 
rinexistence de Jesus. Sus a Bar-Abbas ! Les faux 



— 445 — 

canons de Nicee (325 de YE. C). Eunomius, ev£que 
deCyzique. Son livre centre les jehouddolatres. Les 

Doci'tes. Paul de Samosate 294 

IX. Un champion de Bar- Abbas : Athanase, pape-roi 

d'Enypte. Ses tableaux des Saintes Ecritures .... 200 

X. Le bon empereur Julien. L'epithete d'apostat. Educa- 

tion toute palenne. Georges ou le Monstre de Cap- 
padoce : sa bibliotheque. Julien et VAne de Juda. 
I.a fausse Lcttre a Gallus. Julien a Alhenes. Sa 
liaison avec Celse le platonicien. L age du « nou- 
veau dieu galileen. » La fausse Leltre a Dasile. Le 
cri de la vieille gauloise 299 

XI. Lapaque d'Athanase. Georges de Cappadoce envoye 

a Alexandrie corarae patriarche. Fuite d'Athanase 
devant le Monstre. Son usine de faux. Complicity 
des eveques d'Occident dans 1'extension de la 
jehouddolatrie 312 



LE CADAVRE 

I. Celse le platonicien. Son Discours devcrite. Efforts de 
TEglise pour le ramener au second siecle dans le 
Contre Celse 320 

II. Invention de Lactance comme apologiste contempo- 
rain de Constantin. Faux, mis sous son nom contre 
le temoignage du juge de Bithynie. Bar-Abbas roi 
des voleurs 324 

III. Le Contre Celse. Oil etait enterre Bar-Abbas. L"enquete 

de Celse sur ce sc^lerat. Les origines de la secte. 
Sicaires et magiciens. Changements successifs 
op^res dans les Evangiles 335 

IV. Le Juif chargS de discrediter Celse : les amours de 

Marie et du soldat Panther. Joseph le charpentier. 
Oil apparait, malgre tout, le vrai temoignage de 

Celse 343 

V. La Gamal6enne et ses sept demons. Bar-Abbas et sa 
kabbale. Safaillite.Caractere meurtrierde sonnazi- 



— 446 — 

real. Sa condamnation, sa fuite, son arreslalion. 
Hassesse des procedes evangeliques. Les pretendus 
miracles 350 

VI. Itappel des dupes h la pudeur el a la raison. Demons- 
tration de l'antillu : L<mcdc I'Eglise. I.'ombre define. 
Caractere hypocrite et orgueilleux de la jehouddo- 

latrie. Impiete de la foi irraisonnee 360 

VII. Inferiorile du dieu des Juifs sur tous les autres dieux. 

Conclusion du Discours de verite 367 

Mil. Rentree d'Athan.-fse dans Alexandrie. Assassinat du 
Monstre de Cappadoce, le sac de sa biblioUieque. 
Les fausses lettres deJulien sur cet eveneimnt. . 371 

IX. Julien avise aux moyens d'arreter la lepra de la sociele 
humaine.Sz douceur, sa tolerance enverslesjehoud- 
dolilres. I.eurs divisions et leur cujiiiiitt- 379 

X. Julien chez Celse Antioche. foyer de jehouddolulrie. 
Julien sait tout et dire tout. Le Royaume pave d'or 
ne viendra jamais. Teraoignage d'Apollinaris de 
Laodicee et d'Eustalhe de Samarie contre la mys- 
tification evangelique. Le Saint-Sepulcre. Apolli- 
naris et EustatliD mandes par Julien. Le faux Apol- 

linaris 385 

XI. Les pelerinages au tombeau de liar-Abbas et de ses 
freres. L'oracle dApollou daphnex-n. Discours de 
Julien au Senat d'Antiocbe. Le mort de Macheron. 
Ordre de detruire son tombeau. Incineration de 
ses os a Samarie (aout 362). Leltre de Julien a 
Pholin, eveque de Sirmium. La replique des jehoud- 
dolatres a Apollon : incendie de son temple. Les 
pretendus martyrs. Julien et ses Gaulois. Propheties 
cbristiennes annoneant sa mort. La fliclie du Par- 

the. Tu as vaincu, Galileen! 397 

XII. Les effets de IVxhumalion ctde I'incinerationde Bar- 
Abbas. La statue de Jesus. Decapitation de liar- 
Abbas comme baptiseur. Translation du Saint- 
Sepulcre de Macheron au Guol-golta. Ilelcne et 
Macaire. Invention de Babylas. Mesures de I'Eglise 
contre les Apollinaristes ". . *' 2 



— 447 — 



XIII, 



Les Merits de Julien contre « le nouveau dieu gali- 
leen. » Son antijudalsme philosophique. Fraude 
constitutionnelle des EL-angiles. Le Contre Julien .- 
transformation de Julien en faux temoin par l'Eglise. 
Yanitfi de ces mami'uvres. Les oreilles de VAne de 
Juda. Ignominie fondamentale du christianisme. 
Derision de Dieu et rnepris des hommes 419 



XIV. 







S. GREVIN — IHl'aiHERIE DE LAGNV 



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Sous ce litre : LE MENSONGE CHRETIEN 
— (JESUS-CHRIST N'A PAS EXISTE), l'ouvrage 
complet se compose de ouze volumes in-8° ecu, compre-, 
nant, a c6te du travail personnel de M. Hkulhard, l'editiorr 
critique de toutes les pieces connues sous le nom dc 
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